Bretons contre Francs au temps de Charlemagne.

Bretons contre Francs au temps de Charlemagne.

Remettre les références à leur place.

Pour cette période comme pour les siècles antérieurs, nous sommes condamnés à nous contenter de trop rares sources écrites et d’autant plus aléatoires qu’elles sont en bonne partie le fait de chroniqueurs assujettis au pouvoir franc, tel Ermold le Noir, et qui, d’ailleurs, ne cachaient même pas leur parti pris.
Par ailleurs, les Français, même s’ils sont historiens, sont formatés par le « roman national » enseigné depuis des siècles. Le mythe de la « France éternelle » générant anachronismes et vision inadaptée du contexte. En particulier pour des personnages comme Hlodovig (Clovis) ou Karl der Grosse. Ainsi, ce dernier, issu des Francs saliens de l’embouchure du Rhin, germanophone (tudesque) de naissance mais parlant latin, habitant Aachen (Aix-la-Chapelle), réputé défenseur des arts et des lettres mais illettré lui-même, est tout autant revendiqué comme souverain national par les Français (Charlemagne) que par les Italiens ou, à plus juste titre, par les Allemands.

Ni Clovis, ni Charlemagne …

Après avoir clairement interdit à Hlodovig (Clovis) de pénétrer en Armorique, les Bretons avaient établi une sorte de statu quo – voire des relations de bon voisinage – avec les Mérovingiens. Si, après le coup d’état de Pépin le Bref en 751, celui-ci reprend en 753 Vannes, avant-poste stratégique qui avait été annexé par le prince breton Waroch, ce calme perdurera encore pendant trente trois ans … consolidé par l’établissement par les Francs de Marches de Bretagne (zone de défense face à un pays indépendant et hostile) dont le premier titulaire n’est pas un des moindres guerriers francs : le « sans peur et sans reproche » comte Roland, célèbre par sa mort à la bataille de Ronceveaux.

Sept vaines tentatives d’invasion.

Et ce jusqu’à ce que Charlemagne (devenu roi des Francs en 768 et disposant de la plus grande force armée de l’époque) puis son fils Louis le Pieux ne lancent une première attaque en 786, inaugurant ainsi une série de sept campagnes en quarante quatre ans ! Les chroniqueurs francs évoquent eux-mêmes ces campagnes aux allures de guerre totale : dévastation des territoires, déportations en masse, tueries gratuites et populations terrorisées… Ponctuellement efficaces comme en 799, mais renforçant également l’union des Bretons contre les Francs d’où la nécessité de ces campagnes à répétition (786, 799, 811, 818, 822, 824, 825, 830) contre Morvan, Guiomar…

charlemagne

Carte d’Europe à l’époque de Charlemagne -lettres.histoire.free.fr

« Marches » protectrices, campagnes infructueuses…

Il est difficile dans ces conditions de croire à une Bretagne soumise et intégrée au domaine carolingien. D’ailleurs les historiens étrangers ne s’y trompent pas et leurs cartes mentionnent systématiquement la Bretagne comme pays indépendant.
Les chroniqueurs francs, eux-mêmes, s’enthousiasmant des victoires éphémères de leur roi témoignent aussi, sans le vouloir, de leur extrême fragilité. Ainsi en 799, les Annales du royaume des Francs disent « toute la Bretagne est sous domination franque ce qui ne s’était jamais produit auparavant »… mais pour combien de temps ? En effet, dès 818, Ermold le Noir avoue « Louis réunit à l’Europe des contrées qui en avaient été depuis longtemps séparées » ou en 824 « Un messager arrive de chez les Bretons intraitables… ce peuple a rompu le traité précédemment conclu ».

Nominoë et Louis Le Pieux.

Pour mettre fin à cette situation de conflit permanent, il faudra en 831 l’accord entre Louis le Pieux et Nominoë inaugurant une situation sans équivalent dans l’organisation carolingienne : un chef autochtone reconnu par l’empereur pour assurer la paix avec une région à l’assimilation trop problématique et non alignée sur le droit commun de l’empire !
Ceci assurera une douzaine d’années sans guerre entre Bretons et Francs… avant qu’avec le décès de Louis le Pieux et donc la fin de l’accord de 832, l’expansion territoriale bretonne ne reprenne de plus belle à partir de 843 ouvrant une nouvelle dynastie de rois bretons (Nominoë, Erispoë, Salomon, Alain le Grand), vainqueurs des rois francs et imposant aux Carolingiens de leur céder le Cotentin, l’Avranchin et les territoires à l’ouest de la Maine…Jusqu’à ce que les Vikings viennent semer la désolation et bouleverser tous les royaumes d’Europe occidentale !

Article écrit en collaboration avec Jean Jacques MONNIER, Historien.
Photo de couverture : détail du vitrail de Karl der Große (Charlemagne pu Carolus Magnus) à Metz

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A propos de l'auteur

Patrick MALRIEU
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Je ne suis pas un historien mais un lecteur passionné de ce qui a pu être écrit pas les historiens sur la Bretagne. Ma spécialité est plutôt la chanson et la musique (fondateur de Dastum en 1972 et président jusqu'en 1995). Mes intérêts concernent la Bretagne, tous azimuts (président du Conseil Culturel de Bretagne de 2003 à 2009 et de l'Institut Culturel de Bretagne depuis 2010)

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