✅ Stonehenge, mégalithe ordinaire ou monument alibi ?

✅ Stonehenge, mégalithe ordinaire ou monument alibi ?

Stonehenge

Dans le sud-est de l’Angleterre, le Comté du Wiltshire garde l’un des monuments le plus emblématique d’Europe occidentale : l’ensemble mégalithique de Stonehenge.
Tantôt montré comme référence du mégalithisme de la séquence néolithique (5 000 à 2 500 avant notre ère) ; tantôt accaparé par les inconditionnels du celtisme pour venir conforter leur conviction, ce site est galvaudé par des interprétations les plus douteuses. Des articles de magazines, des films proposés sur des chaînes télévisuelles à prétention culturelle s’emparent sans vergogne de ce superbe monument pour entrainer un large public dans des théories de l’imaginaire.

Depuis quelques décennies, aidés par les avancées technico-scientifiques de la recherche, les archéologues révèlent de nouvelles données. Ces apports incontestables viennent bousculer tous les discours ésotériques en vogue depuis le XVIII° siècle.

Stonehenge : entre légende et réalité.

Au début du XVIIIe siècle, l’Angleterre se trouve empêtrée dans un conflit de pouvoir qui oppose Jacques II Stuart et Guillaume d’Orange. Les chrétiens jacobites, refusant la création du Royaume Uni (annexion de l’Écosse et soumission de l’Irlande) se perdent dans la recherche d’une identité culturelle capable de s’opposer au projet unioniste des orangistes protestants. En construisant un argumentaire fondé sur les prétendues origines celtiques une forte contestation se structure autour de convictions aux origines douteuses. N’hésitant pas à qualifier de celte tout ce qui peut servir à étayer leur discours, une élite engagée impose une vision orientée. Bien que démunis des meilleurs moyens d’analyse, quelques esprits curieux n’hésitent pas à s’inscrire dans ce débat. Certains, comme l’évêque James Mac Pherson, oseront même s’aventurer dans la falsification de documents pour assoir leur conviction. Venant soutenir cette opposition, le mouvement littéraire irlandais Irish Literary Revival créé en 1896 génère une sorte de confédération alors reconnue sous le nom de Celtic Revival. C’est alors que sortant d’imaginations les plus fertiles des théories stupéfiantes se propagent.

C’est bien pour des raisons politiques que Stonehenge est sorti de l’oubli.

En 1723, William Stukeley, passionné d’antiquités, s’applique à dresser un plan de cette étonnante structure de pierre. Sans plus de précaution, il la décrit comme un temple des anciens Celtes. Puis emporté par l’enthousiasme du moment et sans se soucier de l’absence de moyen sérieux de datation, il attribue tout le mégalithisme (cairns, dolmens, allées couvertes et menhirs) à ces derniers.

stonehenge

Stonehenge, l’évolution du site au cours des âges

Mais Stonehenge a une autre histoire bien réelle !

Sa construction débute au Néolithique final (3 100 ans avant J.C.) par le creusement d’un large fossé circulaire doublé d’un gros talus marqué alors de quatre monolithes de quartz blanc. Mille ans plus tard, dans cette enceinte fossoyée, les premières pierres sont dressées. Elles forment une architecture en hémicycle. Les portiques constitués de piliers et linteaux installant le cercle intérieur sont l’œuvre des cultures du Bronze (vers 2000 ans avant J.C.). Certaines pierres proviennent très vraisemblablement des secteurs de Marlborough, localisés à une quarantaine de kilomètres. D’autres, importées du Pays de Galles, sortent des carrières de Preseli-Hills situées à 350 km du lieu de construction. Les derniers réaménagements de ce prestigieux monument interviennent dans les premiers temps du Bronze moyen (vers 1 500 ans avant J.C.

On ne peut ignorer que de nombreux mégalithes inclus dans l’organisation de ce site prestigieux proviennent de la déconstruction du site similaire de Waun Mawn (Pays de Galles).

Erigé environ 400 ans avant Stonehenge, cet ensemble révèle de nombreuses similitudes. Autant dans les dimensions que dans l’orientation et la disposition des blocs mis en œuvre. Par ailleurs les récentes analyses des molécules de strontium, effectuées sur les restes humains des sépultures, reconnaissent sans conteste possible des individus d’origine galloise de l’Age du Bronze. Sans doute sommes-nous en présence des carriers constructeurs de ces grands hémicycles. Cette information vient contredire les affirmations formulées par John Aubrey. En fouillant au XVIII° siècle, les fosses funéraires présentes dans l’hémicycle, ce passionné d’antiquités et de druidisme s’empressait de les qualifier comme Celtes pour mieux soutenir les théories d’opposition Jacobites.

Lors de leurs récentes études entreprises sur le site, les archéologues anglais peuvent aujourd’hui affirmer la destruction de la longue palissade de bois bien avant les premières cultures celtiques.

Cette enceinte de près de 700 m, séparait l’espace sacré des terres profanes. Pour conclure, les chercheurs constatent que tout ce secteur était retourné à des fonctions agricoles et que le monument, en cours de ruine, se trouvait envahi par la végétation dès le début de l’Âge du Fer.
Par ailleurs, la présence de nombreuses gravures très proches d’un style hellénique, constatée par une observation méticuleuse, permet un rapprochement avec les cultures de l’est de la Méditerranée. Au regard des échanges maritimes attestés pour cette séquence, ce fait est aujourd’hui parfaitement admis.

Maintenant que nous savons ce site enfoui sous la végétation à l’Ag du Fer, si on peut lui reconnaître une organisation en relation avec le solstice du printemps il semble bien difficile d’y voir des rituels druidiques menés durant cette séquence. Par la présence des nombreuses sépultures, on doit l’admettre comme une sorte de nécropole funéraire. Mais son organisation ne peut nous détourner de possibles relations astrales.
Alors acceptons de regarder Stonehenge pour ce qu’il fut et non pas pour ce que certains voudraient qu’il soit. Comme pour de nombreux autres vestiges de notre protohistoire, efforçons-nous de garder une analyse rationnelle. Ces lieux et objets racontent une Histoire passionnante qui n’a nul besoin de contes mythiques pour exister.

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Du même Auteur, Yannick LECERF.

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Á propos de l'Auteur

Yannick LECERF
Yannick LECERF 5 posts

Yannick LECERF est un archéologue préhistorien breton très renommé, également Conservateur du Patrimoine et chercheur au CNRS. On lui doit de nombreux ouvrages comme autant de références : Bretons et Celtes, Le Grand Cairn de Barnenez, La Bretagne Préhistorique ...

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