surfréquentation touristique en Bretagne

Surfréquentation touristique en Bretagne

de NHU Bretagne

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Pourquoi la Bretagne est-elle confrontée à une surfréquentation touristique ?

Chaque été ou presque, le même débat ressurgit en Bretagne.
Les plages se remplissent, les routes se saturent, les parkings débordent et certains sites naturels peinent à absorber l’afflux de visiteurs. Pour les professionnels du tourisme, cette fréquentation est une chance. Pour de nombreux habitants, elle devient parfois un véritable sujet de préoccupation.

La Bretagne est aujourd’hui l’une des destinations touristiques les plus appréciées d’Europe occidentale.
Son littoral, son patrimoine, ses îles, sa culture si particulière, son Histoire et un climat estival souvent plus tempéré que dans le sud du continent attirent chaque année des millions de visiteurs.
Ce succès est incontestable.
Pourtant, toute réussite finit par poser une question essentielle : à partir de quand une forte fréquentation devient-elle une surfréquentation ?

Car il ne s’agit pas ici de remettre en cause le tourisme lui-même.
Une activité touristique raisonnable crée des emplois, fait vivre des entreprises locales et contribue au rayonnement international de la Bretagne. En revanche, lorsque plusieurs millions de personnes se concentrent sur quelques semaines et sur une partie seulement du territoire, les équilibres deviennent plus fragiles. Les conséquences touchent alors le logement, les infrastructures publiques, les ressources en eau, les espaces naturels ou encore la qualité de vie des résidents permanents.

Une précision indispensable avant de commencer

Avant d’aller plus loin, une précision s’impose.
Dans cet article, le mot touriste désigne toute personne qui passe au moins une nuit hors de son domicile habituel pour un motif non professionnel. Ainsi, un Nantais qui séjourne quelques jours dans une autre partie de la Bretagne est lui aussi un touriste. À l’inverse, une personne qui ne fait que passer la journée est un excursionniste.
Enfin, lorsque nous employons l’expression « personne étrangère à la Bretagne », nous utilisons le mot étranger dans son sens lexical : une personne extérieure à la Bretagne, qu’elle réside à Bruxelles, Berlin, Strasbourg… ou ailleurs.

La véritable question n’est donc pas de savoir si la Bretagne accueille trop de touristes.
Elle est plus simple et plus fondamentale : la Bretagne peut-elle absorber durablement une telle fréquentation sans en subir les conséquences ?
C’est cette question que nous vous proposons d’examiner, chiffres à l’appui.

Résidences secondaires en Bretagne
Résidences secondaires en Bretagne – 53% d’entre elles appartiennent à des étrangers

Pour l’état central, la Bretagne a au moins deux rôles à remplir : lui servir de frigo garde-manger avec nos secteurs agricole et agroalimentaire parmi les plus performant d’Europe, et lui servir de parc de loisir, estival surtout.
Il ne faut donc pas s’étonner de cette surfréquentation touristique en Bretagne.

Les chiffres de la fréquentation touristique en Bretagne

Une fréquentation de plusieurs millions de visiteurs

Chaque année, la Bretagne accueille environ 15 millions de touristes, auxquels s’ajoutent plusieurs millions d’excursionnistes venus passer une journée sur le territoire sans y passer la nuit. Ces deux catégories de visiteurs exercent des pressions différentes, mais leur présence contribue à accroître fortement la fréquentation de nombreux sites, notamment durant la période estivale.

Rapportée à une population permanente d’environ 5 millions d’habitants, cette fréquentation est considérable. Elle concerne un territoire de 34 018 km², dont une large partie du littoral concentre les principaux pôles d’attractivité touristique.
Il ne s’agit toutefois pas d’une présence régulière tout au long de l’année.
En effet, la majeure partie des visiteurs se concentre sur quelques semaines seulement, principalement entre la mi-juin et la mi-septembre. Dans certaines communes littorales ou insulaires, la population peut alors être multipliée par cinq, dix, voire davantage.

Une pression très inégalement répartie

La surfréquentation touristique ne touche pas l’ensemble de la Bretagne avec la même intensité.
Les principaux flux de visiteurs se concentrent sur les stations balnéaires, les îles, les grands sites naturels et les villes les plus connues. À l’inverse, une grande partie de l’intérieur de la Bretagne accueille une fréquentation beaucoup plus modérée, parfois même insuffisante pour soutenir pleinement l’activité touristique locale.

Cette différence est fondamentale. Elle montre que le débat ne porte pas sur le tourisme en général, mais sur la concentration d’un très grand nombre de visiteurs dans un nombre limité de lieux, durant une période elle aussi limitée. C’est cette concentration qui explique les difficultés rencontrées par certaines communes en matière de circulation, de logement, de gestion des déchets, d’approvisionnement en eau ou encore de préservation des espaces naturels.

La Bretagne supporte t-elle une pression touristique exceptionnelle ?

Comparer des réalités comparables

Affirmer que la Bretagne accueille de nombreux touristes est une évidence.
En revanche, comparer uniquement le nombre de visiteurs n’a qu’un intérêt limité. Recevoir quinze millions de touristes n’a pas les mêmes conséquences pour un pays de cinq millions d’habitants que pour un pays qui en compte près de soixante-dix millions.

Pour mesurer la pression touristique réelle, il est donc nécessaire de rapporter cette fréquentation à la population permanente, mais aussi à la superficie du pays concerné. Ces deux indicateurs permettent de mieux apprécier les contraintes qui pèsent sur les habitants, les infrastructures et les espaces naturels.

Des ratios qui changent complètement la perspective

La France a accueilli récemment quelques 102 millions de touristes étrangers (à la France) pour une population d’environ 67 millions d’habitants. Cela représente un ratio d’environ 1,34 touriste étranger par habitant.

En Bretagne, la situation est différente. Si l’on considère les quelque 15 millions de touristes étrangers (à la Bretagne) pour une population permanente de 5 millions d’habitants, on obtient un ratio d’environ 3 touristes par habitant.

Autrement dit, la pression touristique rapportée à la population permanente est plus de deux fois supérieure à celle observée à l’échelle de la France.

La différence apparaît également lorsqu’on rapporte cette fréquentation à la superficie.

Pays Touristes Population Touristes par habitant Superficie Touristes par km²
France 102 millions 67 millions 1,52 551 695 km² 185
Bretagne 15 millions 5 millions 3,00 34 018 km² 441

Ces chiffres ne signifient évidemment pas que chaque kilomètre carré breton accueille le même nombre de visiteurs. Ils montrent en revanche que, rapportée à sa taille et à sa population, la Bretagne supporte une pression touristique très supérieure à la moyenne de l’Hexagone.

Une réalité qui ne peut être ignorée

Cette comparaison permet de mieux comprendre pourquoi le débat sur la surfréquentation touristique revient chaque été. La Bretagne n’est pas confrontée à un simple afflux de visiteurs : elle doit absorber, sur un territoire relativement restreint, une fréquentation particulièrement élevée.

Cette pression s’exerce d’autant plus fortement qu’elle se concentre principalement sur quelques semaines et sur une partie seulement du territoire. Les communes littorales, les îles et les principaux sites touristiques doivent alors accueillir une population bien supérieure à celle pour laquelle leurs infrastructures ont été conçues.

La question n’est donc pas de savoir si le tourisme constitue une richesse pour la Bretagne. C’est une évidence. La véritable interrogation est ailleurs : à partir de quel niveau une fréquentation touristique devient-elle suffisamment importante pour fragiliser durablement les équilibres d’un territoire ? C’est précisément ce que montrent les conséquences observées chaque été dans de nombreuses communes bretonnes.

À partir de quand une forte fréquentation devient-elle une surfréquentation ?

Le tourisme est une richesse pour la Bretagne

Le tourisme fait vivre des milliers d’entreprises et de familles en Bretagne.
Hôtels, campings, restaurants, commerces, artisans, musées, sites patrimoniaux ou encore activités nautiques bénéficient directement de cette fréquentation. Dans de nombreuses communes, l’économie locale serait profondément différente sans les visiteurs qui choisissent chaque année de découvrir la Bretagne. Qu’ils soient Bretons ou non.

Le tourisme participe également au rayonnement du pays.
Chaque visiteur qui repart avec une image positive de la Bretagne devient, à sa manière, un ambassadeur de notre patrimoine, de notre culture et de nos paysages. Cette attractivité constitue un véritable atout qu’il serait absurde de remettre en cause.
Le débat n’est donc pas de savoir si la Bretagne doit accueillir des touristes. La réponse est évidemment oui.

Lorsqu’un équilibre est rompu

Comme toute activité humaine, le tourisme possède cependant ses limites. Une fréquentation raisonnable s’intègre généralement sans difficulté dans la vie quotidienne d’un pays. En revanche, lorsque le nombre de visiteurs dépasse durablement les capacités d’accueil de certains secteurs, les premiers déséquilibres apparaissent.

Les routes deviennent saturées, les stationnements insuffisants, les réseaux d’eau et d’assainissement atteignent leurs limites, tandis que les habitants voient leur quotidien profondément modifié pendant plusieurs semaines. Les espaces naturels les plus fragiles subissent également une pression croissante, parfois difficilement réversible.

Autrement dit, ce n’est pas le tourisme qui pose problème. C’est le dépassement de la capacité d’absorption d’un pays, de ses infrastructures et de ses milieux naturels. C’est précisément ce phénomène que l’on peut qualifier de surfréquentation touristique.

Une question d’équilibre plutôt que de quantité

La surfréquentation touristique ne dépend pas uniquement du nombre de visiteurs accueillis.
Elle résulte avant tout de la rencontre entre trois facteurs : un grand nombre de personnes, un espace limité et une période de temps très courte.

À l’inverse, ces mêmes visiteurs, mieux répartis dans le temps et sur l’ensemble de la Bretagne, exerceraient une pression beaucoup plus faible tout en continuant à générer des retombées économiques importantes.
La véritable question n’est donc pas : Y a-t-il trop de touristes en Bretagne ?

Mais celle-ci, beaucoup plus pertinente : la fréquentation touristique actuelle dépasse t-elle, sur certains secteurs et à certaines périodes, la capacité d’accueil de la Bretagne ? »
À la lumière des chiffres présentés précédemment et des difficultés rencontrées chaque été dans de nombreuses communes, cette interrogation mérite aujourd’hui d’être posée sans détour.

Les sept principales conséquences de la surfréquentation touristique

Les chiffres présentés précédemment permettent de mieux comprendre pourquoi la surfréquentation touristique en Bretagne n’est pas une simple impression ressentie par les habitants. Lorsqu’un pays accueille, en quelques semaines seulement, plusieurs millions de visiteurs concentrés sur une partie limitée de son territoire, les conséquences deviennent rapidement visibles.
Certaines sont immédiates, d’autres beaucoup plus discrètes. Toutes méritent néanmoins d’être prises en considération si l’on souhaite préserver durablement la qualité de vie des habitants comme l’attractivité de la Bretagne.

Des espaces naturels de plus en plus fragilisés

Le littoral breton constitue l’un des principaux atouts touristiques du pays.
Dunes, falaises, landes, plages, estuaires, îles ou zones humides accueillent chaque été plusieurs millions de visiteurs.

Cette fréquentation exerce une pression croissante sur des milieux parfois très fragiles. Le piétinement accélère l’érosion des sentiers et des dunes, certaines espèces animales voient leur tranquillité perturbée pendant les périodes de reproduction, tandis que les opérations d’entretien deviennent toujours plus nombreuses et coûteuses.
Plus un site connaît une fréquentation importante, plus il devient nécessaire d’investir pour préserver ce qui fait précisément son intérêt.

Sans parler des dégâts occasionnés sur les plages, les incendies

Une pression croissante sur le logement

La Bretagne connaît déjà une forte croissance démographique. Dans ce contexte, la multiplication des résidences secondaires et des locations touristiques de courte durée accentue les tensions sur le marché immobilier.

Dans de nombreuses communes littorales, il devient difficile pour les jeunes ménages, les actifs ou les travailleurs saisonniers de trouver un logement à un prix abordable. Une partie du parc immobilier est occupée seulement quelques semaines par an, alors que les besoins en résidences principales continuent d’augmenter.
Cette situation nourrit un sentiment d’incompréhension et de rejet chez de nombreux habitants qui voient leur accès au logement se compliquer dans leur propre pays.

Des réseaux publics dimensionnés pour quelques semaines

Routes, parkings, collecte des déchets, stations d’épuration ou réseaux d’assainissement doivent être capables d’absorber les pics de fréquentation estivaux.

Pour certaines communes, cela signifie financer des équipements capables de répondre à une population multipliée par cinq, dix ou davantage pendant quelques semaines seulement. Le reste de l’année, ces infrastructures fonctionnent très en dessous de leur capacité maximale.
Cet écart représente un coût important pour les collectivités locales et, indirectement, pour leurs habitants.

Prenons l’exemple de Batz sur Mer / Bourc’h Baz dans les marais salants de Loire Atlantique, dans le sud du pays.
62% des habitations sont des résidences secondaires. Cette commune de moins de trois mille habitants permanents voit passer sa population à 15000 habitant, voire vers 20000 en certaines circonstances.

Une ressource en eau sous tension

L’eau devient progressivement l’une des ressources les plus stratégiques en Europe occidentale. La Bretagne n’échappe pas à cette évolution.

Lorsque plusieurs milliers de personnes supplémentaires séjournent dans une même commune au cœur de l’été, la consommation d’eau potable augmente fortement au moment même où les ressources disponibles peuvent être les plus faibles.
Certaines collectivités doivent déjà adapter leur gestion de l’eau afin d’anticiper ces épisodes de forte consommation. Avec le changement climatique, cette question pourrait devenir encore plus sensible dans les années à venir.

Comment une commune de moins de trois mille habitants va faire pour disposer dans les prochaines années, d’assez d’eau pour alimenter les besoins de quinze à vingt mille personnes supplémentaires, ne fut-ce que trois mois dans l’année ?
Cela va devenir dans certains cas tout simplement impossible.
Et il faudra faire des choix. C’est déjà le cas dans certaines communes du sud de l’Occitanie qui choisissent de ne plus délivrer de permis de construire, afin de ne pas accroître la pression démographique.

Des emplois saisonniers difficiles à pourvoir

Le tourisme crée de nombreux emplois, mais une grande partie d’entre eux restent saisonniers.

Les entreprises rencontrent de plus en plus de difficultés pour recruter du personnel durant l’été. Les problèmes de logement expliquent en partie cette situation. Lorsqu’un studio est plus rentable en location touristique qu’en location à un salarié saisonnier, les possibilités d’hébergement diminuent rapidement.
Le paradoxe est connu : certaines entreprises disposent de clients, mais peinent à trouver les salariés nécessaires pour les accueillir.

Les Bretonnes et les Bretons profitent moins de leur propre pays

Les habitants de Bretagne prennent eux aussi leurs congés durant la belle saison. Ils souhaitent profiter des plages, des îles, des chemins côtiers ou des principaux sites patrimoniaux.
Or ce sont précisément ces lieux qui connaissent les plus fortes concentrations de visiteurs.

Embouteillages, stationnements difficiles, longues files d’attente, plages saturées ou tarifs en forte hausse transforment parfois une simple sortie familiale en véritable parcours d’obstacles.
À terme, certains habitants renoncent même à fréquenter des sites qu’ils considéraient autrefois comme faisant naturellement partie de leur cadre de vie.

Un équilibre devenu plus difficile à préserver

Aucune de ces conséquences, prise isolément, ne remet en cause l’intérêt du tourisme pour la Bretagne.
En revanche, leur accumulation interroge sur la capacité du pays à absorber durablement une fréquentation toujours plus importante sans altérer ses paysages, ses ressources, ses infrastructures ou la qualité de vie de ses habitants.

Le véritable défi n’est donc pas d’opposer tourisme et Bretagne.
Il consiste à trouver un équilibre permettant de préserver l’un sans sacrifier l’autre. C’est sans doute l’un des grands enjeux auxquels la Bretagne sera confrontée au cours des prochaines décennies.

Les résidences secondaires : un enjeu distinct du tourisme

Une réalité ancienne devenue un phénomène de société

Les résidences secondaires ne constituent pas un phénomène nouveau en Bretagne.
Depuis plusieurs décennies, elles participent au paysage de nombreuses communes littorales et insulaires. Elles permettent à leurs propriétaires de séjourner régulièrement en Bretagne et contribuent, elles aussi, à l’activité économique locale.

Toutefois, leur nombre a fortement augmenté au fil des années. Aujourd’hui, la Bretagne historique compte plus de 300 000 résidences secondaires, dont une majorité appartient à des personnes ne résidant pas en Bretagne de façon permanente. Dans certaines communes, elles représentent désormais une part très importante du parc immobilier.

Cette évolution dépasse désormais la seule question touristique. Elle concerne directement l’aménagement du pays et l’accès au logement.

Des logements occupés quelques semaines par an

Une résidence secondaire est, par définition, un logement qui reste inoccupé pendant une grande partie de l’année. Dans certaines communes, des quartiers entiers voient ainsi leurs volets fermés durant l’automne, l’hiver et une partie du printemps, avant de retrouver une forte animation pendant quelques semaines seulement.

Cette situation pose plusieurs questions. Les réseaux publics, les commerces ou les services doivent être dimensionnés pour répondre à une forte fréquentation estivale, alors qu’une partie importante des logements demeure vide le reste de l’année.

Parallèlement, les habitants permanents rencontrent des difficultés croissantes pour se loger à proximité de leur lieu de vie ou de leur travail.

Il existe près de 313000 résidences secondaires en Bretagne, sur nos cinq départements.
Plus de la moitié de ces résidences secondaires bretonnes n’appartiennent pas à des résidents permanents. Ces résidences secondaires servent de base de logement seulement quelques semaines par an à une partie de ces quinze millions de visiteurs de passage.

Un défi majeur pour les communes bretonnes

Toutes les résidences secondaires ne produisent évidemment pas les mêmes effets. Dans certaines communes, leur présence reste limitée et s’intègre naturellement à la vie locale. Dans d’autres, elles représentent une proportion telle qu’elles modifient profondément les équilibres démographiques, économiques et sociaux.

La question n’est donc pas de remettre en cause le droit de posséder une résidence secondaire. Elle consiste à s’interroger sur les conséquences d’une concentration toujours plus importante de ces logements dans certains secteurs déjà soumis à une forte pression immobilière.
Il est plus que temps d’instaurer en Bretagne le statut de résident.

Pour les élus locaux, le défi devient particulièrement complexe : comment préserver l’attractivité touristique de la Bretagne tout en permettant aux jeunes ménages, aux familles et aux actifs de continuer à vivre toute l’année dans les communes où ils sont nés ou souhaitent s’installer ?

La Bretagne face à d’autres pays comparables

Une comparaison plus parlante que les chiffres bruts

Les comparaisons internationales permettent de mieux mesurer la singularité de la Bretagne.
Les chiffres absolus sont souvent impressionnants, mais ils prennent une tout autre dimension lorsqu’ils sont rapportés à des pays dont la population est proche de celle de la Bretagne.

Deux exemples méritent particulièrement l’attention : la République d’Irlande et la Nouvelle Zélande.
Toutes deux comptent un peu plus de cinq millions d’habitants et figurent parmi les destinations touristiques les plus réputées au monde.

La Nouvelle Zélande : une référence mondiale du tourisme

Avec une population estimée à 5,36 millions d’habitants, la Nouvelle Zélande a accueilli environ 3,4 millions de visiteurs internationaux sur une année récente. Le pays poursuit sa reprise après la crise sanitaire, mais il reste encore en dessous de ses records d’avant 2020.

Autrement dit, un pays mondialement reconnu pour la qualité de son offre touristique reçoit aujourd’hui un nombre de visiteurs internationaux inférieur à celui accueilli chaque année par la Bretagne.

La République d’Irlande accueille également moins de visiteurs

La comparaison avec la République d’Irlande est tout aussi instructive. Avec une population comparable à celle de la Bretagne, le pays a accueilli environ 6,4 millions de visiteurs étrangers en 2025.
Là encore, la Bretagne accueille, selon les estimations retenues dans cet article, plus de deux fois plus de visiteurs.

Ces comparaisons ne signifient évidemment pas que ces trois pays connaissent les mêmes réalités économiques, géographiques ou touristiques. Elles montrent simplement qu’un pays de cinq millions d’habitants peut être confronté à des niveaux de fréquentation très différents.

Une situation qui mérite d’être prise en compte

Ces comparaisons invitent à relativiser certaines idées reçues.
La Bretagne n’est pas seulement une destination touristique importante à l’échelle européenne. Rapportée à sa population, elle accueille un volume de visiteurs comparable, voire supérieur, à celui de plusieurs pays mondialement réputés pour leur attractivité touristique.

Cette réalité ne constitue pas une preuve que le tourisme serait excessif par nature. En revanche, elle confirme que la question de la capacité d’accueil mérite d’être posée avec sérieux. Lorsqu’un pays de cinq millions d’habitants reçoit chaque année un nombre de visiteurs plusieurs fois supérieur à sa population permanente, il devient légitime de s’interroger sur les conséquences de cette fréquentation pour les habitants, les paysages et les infrastructures.

Le changement climatique accentue encore la pression touristique

La Bretagne devient une destination climatique

Pendant longtemps, le principal argument touristique de la Bretagne reposait sur la beauté de ses paysages, la richesse de son patrimoine et la diversité de son littoral.
Désormais, un nouveau facteur prend progressivement de l’importance : son climat.

Alors que de nombreuses régions d’Europe connaissent des épisodes de chaleur de plus en plus fréquents et plus intenses, la Bretagne conserve généralement des températures estivales plus modérées. Cette différence devient un critère de choix pour un nombre croissant de vacanciers qui recherchent davantage de fraîcheur pendant leurs congés.

Ce phénomène reste encore difficile à mesurer avec précision, mais il est désormais largement évoqué par les professionnels du tourisme comme par les climatologues.

Une attractivité appelée à progresser

Les projections climatiques laissent penser que les épisodes de fortes chaleurs continueront de se multiplier au cours des prochaines décennies. Si cette évolution se confirme, la Bretagne pourrait voir son attractivité touristique continuer à progresser.

Cette perspective représente naturellement une opportunité économique pour de nombreux secteurs. Cependant, elle pose également une question simple : les infrastructures, les espaces naturels et les ressources du pays seront-ils capables d’absorber une fréquentation encore plus importante que celle d’aujourd’hui ?
Autrement dit, la réflexion sur la surfréquentation touristique ne concerne pas uniquement la situation actuelle. Elle consiste aussi à anticiper les évolutions des prochaines décennies.

Anticiper plutôt que subir

La Bretagne dispose encore d’une marge de manœuvre. Agir aujourd’hui permettrait d’accompagner cette évolution plutôt que de la subir.
Mieux répartir les visiteurs dans le temps et dans l’espace, développer davantage le tourisme hors saison, valoriser l’intérieur de la Bretagne autant que son littoral ou encore préserver les sites les plus sensibles constituent autant de pistes de réflexion.

Car si le changement climatique fait de la Bretagne une destination toujours plus recherchée, le véritable enjeu ne sera plus d’attirer davantage de visiteurs. Il sera de préserver durablement ce qui fait la qualité et l’authenticité de la Bretagne, afin que son succès touristique ne devienne pas, à terme, sa principale fragilité.
Mais bien avant de penser à nos visiteurs de passage, nous devons penser à nous, Bretonnes et Bretons qui vivons toute l’année en Bretagne. Plus d’autonomie dans nos décisions doit nous permettre de prendre des mesures plus rapides et plus efficaces.

Le véritable défi : mieux répartir les visiteurs

La Bretagne n’est pas saturée partout

Parler de surfréquentation touristique ne signifie pas que l’ensemble de la Bretagne serait saturé tout au long de l’année. Cette idée est largement exagérée.

La très grande majorité des difficultés se concentre sur quelques semaines estivales et sur une partie seulement du pays. Les stations balnéaires, les îles, les grands sites naturels et les villes les plus touristiques accueillent l’essentiel des visiteurs, tandis que de vastes secteurs de l’intérieur de la Bretagne connaissent une fréquentation beaucoup plus modérée.
Cette réalité mérite d’être rappelée. La Bretagne ne manque pas d’espaces capables d’accueillir davantage de visiteurs.

Une Bretagne intérieure encore trop méconnue

Les Monts d’Arrée / Menez Are, le Kreiz Breizh, le pays de Redon, le Trégor intérieur, les vallées bretonnes ou encore de nombreuses petites cités de caractère disposent d’un patrimoine naturel, historique et culturel remarquable.
Pourtant, ces secteurs restent largement à l’écart des grands flux touristiques estivaux. Ils pourraient accueillir davantage de visiteurs, au bénéfice de leur économie locale, tout en contribuant à réduire la pression exercée sur le littoral.
Cette répartition plus équilibrée profiterait à l’ensemble de la Bretagne.

Mieux répartir plutôt que limiter

La véritable question n’est donc probablement pas de réduire le nombre de touristes qui découvrent la Bretagne.
Elle consiste plutôt à mieux répartir leur présence dans le temps et dans l’espace.

Développer le tourisme hors saison, valoriser davantage les richesses de l’intérieur du pays, améliorer les liaisons vers des destinations moins fréquentées ou encourager la découverte de sites encore méconnus constituent autant de pistes de réflexion.
Autrement dit, la Bretagne n’a sans doute pas trop de touristes. Elle accueille surtout trop de touristes au même endroit, au même moment.

Accroître la notoriété de la Bretagne : faire connaître notre beau pays au reste du monde … oui, mais à quel prix ?
Et créer de l’activité plus ou moins furtive pour seulement 8% du PIB Produit Intérieur Brut de la Bretagne.
Tant de contraintes, tant de problèmes … pour 8% de notre PIB de 143 milliards d’euros.
Est-ce raisonnable ?
Est-ce tenable encore longtemps ?

Pour rappel : Définition du touriste

visiter la Bretagne
Sur -fréquentation touristique en Bretagne : définition du mot Touriste

« Un touriste est une personne qui se déplace entre deux emplacements géographiques pour son plaisir, hors de son lieu de vie habituel, et qui effectue au moins une nuitée sur place, ce qui le différencie de l’excursionniste qui fait l’aller-retour dans la même journée« 

Sources et remerciements

www.unwto.org/fr – Alan, trugarez dit evit da soñj – Photo : @Samueles

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7 commentaires

Penn kaled 31 mai 2023 - 9h06

Je suis entièrement d’accord avec vous .Il faudrait créer un mouvement d’opinion transversal au plan politique sur thématique .Cependant vous avez oublié la concurrence que subit d’autres activités économiques vitales par rapport au tourisme ,donc c’est aussi potentiellement du PIB en moins . L’activité agricole en pâtit durement dans les zones littorales .D’autre part ce tourisme a aussi pour conséquence une incitation supplémentaire à l’acquisition de logements par des personnes extérieures à la Bretagne qui deviennent souvent des résidences secondaires inoccupées la plupart du temps . Effectivement beaucoup de Bretons ont également des résidences secondaires sur le littoral , sans vouloir me faire leur avocat , vu qu’ils sont aussi responsables du déficit en logement .Mais malgré tout ces habitations sont occupées plus souvent que celles de personnes extérieures à la Bretagne .
Vous dites
Pour l’état central, la Bretagne a au moins deux rôles à remplir : lui servir de frigo garde-manger avec nos secteurs agricole et agroalimentaire parmi les plus performant d’Europe, et lui servir de parc de loisir, estival surtout. Il ne faut donc pas s’étonner de cette sur – fréquentation touristique en Bretagne.

Il ne faut pas oublier également la militarisation de la Bretagne qui repart de plus belle de part l’actuelle action d’un député du Morbihan .Ce qui sans compter toutes les autres conséquences fait de notre territoire une cible de choix dans l’embrasement actuel du monde . C’est actuellement une des plus grandes craintes que j’ai en ce moment . Il ne faut pas oublier que sur le plan géopolitique et militaire est stratégique sur le plan européen voir mondial .
La focalisation actuelle globale de l’opinion , que l’on peut comprendre , sur les questions environnementales et la réforme des retraites nuit à la prise de conscience par les Bretons de problèmes qui concernent leur proche avenir , c’est très grave ….

Répondre
Penn kaled 31 mai 2023 - 9h16

J’ai oublié
Il ne faut pas oublier que sur le plan géopolitique et militaire la Bretagne est stratégique sur le plan européen voir mondial .

Répondre
Penn kaled 2 juin 2023 - 13h10 Répondre
CAROFF 25 septembre 2024 - 18h23

J’étais à Pleyben cet été, puis Carhaix, Braspart et j’ai terminé ma balade à Morlaix, je n’ai franchement pas eu l’impression d’être envahis d’estivants.

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nhu Bretagne nhu Brittany
NHU Bretagne 26 septembre 2024 - 9h55

J’étais à Concarneau / Konk Kerne, Saint Malo / Sant Maloù, Karnag, La Baule / Ar Baol, Belle Ile / Ar Gerveur, les Glenan / Inizi Glenan, Roscoff / Rosko … j’ai réellement eu l’impression d’être envahi d’estivants !!😉

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Calli 15 août 2025 - 16h17

Eh bien nous à Huelgoat ON N’EN PEUT PLUS DES TOURISTES !!!!!! Qu’ils restent chez eux !!!! Une vraie PLAIE

Répondre
nhu Bretagne nhu Brittany
NHU Bretagne 15 août 2025 - 16h44

Bonjour Calli. Ces touristes ne font-ils pas vivre An Uhelgoad deux, trois mois par an ? Au moins les commerçants, un peu mieux ?
Mais il est vrai que cette sur-fréquentation touristique génére de nombreuses nuisances

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