Genette commune

Genette commune en Bretagne : l’animal fantôme ?

de Stéphane BROUSSE

Un bref portrait de la Genette commune en Bretagne

Je n’ai pour ma part jamais observé de Genette commune (Genetta genetta) si ce n’est un cadavre frais sur les bord d’une route traversant une forêt du Finistère il y a plus de dix ans. Parmi les animaux terrestres  les plus énigmatiques vivant en Bretagne, il y a la très mystérieuse Genette commune, une noctambule, solitaire, qui hante nuitamment nos bocages et nos marais. Elle est parfois nommée chat-fouine, chat-martre, ou chat-putois. Avec ses airs sympathiques de marsupilami, elle pourrait être  une vedette des sorties naturalistes et des photographes animaliers si elle ne se montrait pas si élusive.

Bref portrait de la Genette commune

Précisons tout de suite, que si la Genette commune ou Genette européenne ressemble un peu  à un Chat domestique, elle est un viverridé, comme la mangouste, la civette, ou même le suricate. Elle est la seule représentante en Europe du genre Genetta qui compte treize espèces dans le monde.

Ni félin, ni mustélidé donc !
Quelques éléments biométriques. Taille du corps de cinquante à soixante centimètres.
Poids de 1,5 à 2 kilogrammes.
Sa silhouette est svelte, pour ne pas dire filiforme. Ses pattes sont courtes et musculeuses. La belle arbore une robe globalement grise marquée de quatre à cinq lignes de tâches noires sur les flancs, et une ligne noire sur le dos. Sa queue de quarante centimètres est épaisse et annelée à la manière des ratons-laveurs. Sa tête semble  petite, et au-dessus de son museau pointu, deux grands yeux sombres et de grandes oreilles rondes qui  lui permettent de se sentir parfaitement à son aise au cœur des ténèbres. La Genette européenne ne présente pas de dimorphisme sexuel marqué.
Son espérance de vie est de dix ans en liberté et quinze ans en captivité.

Répartition et biotope

La Genette commune est présente en Afrique du Sud, dans les zones sahéliennes, en Afrique du Nord ainsi que dans toute la péninsule ibérique, et en France, sur une ligne allant de Nantes / Naoned à Nîmes. La discrète s’adapte à divers milieux tels que les garrigues basses et sèches, les bois et les forêts aux sols rocailleux. Un point d’eau ou un cours d’eau à proximité est apprécié.  Dans le sud de la France, la genette sera retrouvée au cœur des massifs calcaires arborés de chênes verts et de chênes pubescents. Elle apprécie  aussi les châtaigneraies et les hêtraies.  En Bretagne, elle occupera plutôt les vallées humides, ou encore, les territoires où subsistent de belles haies bocagères.

Genette commune
Genette commune – répartition dans l’Hexagone

Mode de vie

La Genette européenne est une solitaire en dehors de la période des amours. Elle sera le plus souvent observée aujourd’hui, grâce aux pièges-photographiques, et, malheureusement sous forme de cadavre, victime de collisions routières, ou de piégeage de ragondins. Ses mœurs sont nocturne, au mieux, crépusculaires. Elle se déplace avec grande aisance et grande discrétion, tant au sol que dans les arbres. Ses gîtes diurnes sont différents de ses gîtes nocturnes. La genette se réfugie dans les troncs creux ou les anfractuosités rocheuses. Son territoire est marqué de petits crottiers et de marquages musqués.

Sa maturité sexuelle est atteinte à deux ans. Le rut débute en janvier et s’achève en mars.  La gestation est de soixante-dix jours. Les naissances auront lieu entre avril et juin. Une seconde mise bas peut être observée en fin d’été, ou en début d’automne. La femelle élève seule ses nourrissons. Les deux à trois jeunes seront sevrés à six mois.

Régime alimentaire

Le Genette commune est en matière de nourriture une opportuniste.
Son ordinaire se compose habituellement de micromammifères – 50 à 70% – d’oiseaux – 10 à 20% – et d’insectes. Son menu sera complété par des batraciens et parfois par diverses baies. Des cas rares de prédations sur les poulaillers ont été rapporté. Elle chasse de nuit, le plus souvent dans la strate arbustive ou arborée et plus rarement au sol.  

Genette commune
Genette commune @Alberto Garcia

Des origines africaines

Une étude génétique récente (Gaubert et al., 2009) a établi que la Genette commune était issue de souches algériennes. L’animal serait donc parvenu sur le sol européen lors des invasions sarrasines au début du VIIIe siècle.  Hérodote, dans son ouvrage Histoires la mentionne. La genette a été domestiquée par les Maures  et les Romains. Il se peut donc qu’elle soit arrivée en Gaule lors des conquêtes romaines. Elle était alors à la fois un animal de compagnie et un animal protégeant les récoltes de la dent vorace des rongeurs. Une histoire raconte que Charles Martel (688-741) après sa victoire  en 732, frappé par la beauté des genettes et de leurs fourrures, créa peu après l’Ordre de la Genette, ordre prestigieux, qu’il ne conféra qu’à seize de ses compagnons d’armes. Les plus anciens restes de Genette commune en Europe, ont été retrouvés au Portugal et datent du XIII siècle.  

Genette commune
Genette commune – vitrail

La Genette en France

La Genette commune a longtemps été préférée au Chat domestique. L’Église catholique voyait en raminagrobis un acolyte du diable. Elle recommande alors de l’occire par les flammes. Du Moyen-Âge à la Renaissance, la genette  fut notre commensale dans les  nobles et bourgeoises demeures, nous protégeant alors des malfaisants petits rongeurs et aussi, peut-être, de la peste transmise par les puces. On la retrouve ainsi en 1541 sur le vitrail du Baptême du Christ en l’église parisienne de Saint – Étienne du Mont. Elle apparait sur la fameuse tapisserie dite de la Dame à la Licorne. On la retrouve aussi en héraldique sur les armes de Jeanne de Bourbon, fille de Charles VII. C’est peut-être en raison de fortes odeurs de marquages, que le chat lui fut peu à peu préféré.

Des collectes de données, effectuées entre 1991 et 2009, permettent de définir des zones de présences régulières et des zones de présences irrégulières. Vingt-neuf départements du sud-ouest présentent une présence régulière et étoffée, sur une ligne allant grosso-modo de Nantes / Naoned à Nîmes. Cette présence tend à évoluer vers l’est et le nord de la France. La genette est ainsi observée de manière irrégulière jusqu’en Alsace-Lorraine et dans le Pas de Calais, preuves, affirment les naturalistes de sa discrète expansion.

Genette commune
Genette commune – présence en Bretagne, Groupe Mammologique de Bretagne

La Genette en Bretagne

La Genette européenne demeure si timide  que les données sont rares et toutes sujettes à discussions. Elle a été signalée entre 2005 et 2014 dans les cinq départements bretons. La seule véritable population cependant se trouve en Loire – Atlantique : Lac de Grand – Lieu, Marais de Goulaine, Sèvre Nantaise, Marais de Brière … Les autres observations, en pleine journée, dans des zones plus ou moins urbanisées, laissent penser que ces individus sont peut – être des échappés ou des relâchés. Il existe en effet un commerce de la Genette européenne. Les genettes observées dans le centre – ouest de la Bretagne pourraient être des genettes férales en provenance de populations ligériennes qui auraient suivi le canal de Nantes  à Brest.

Statut et protections

La Genette commune est en préoccupation mineure au niveau national et régional selon le classement UICN. Un arrêté ministériel du 17 avril 1981 relatif aux mammifères protégés sur l’ensemble du territoire français en  interdit la chasse, la capture ainsi que  la dégradation de son milieu naturel. Morte ou vive, elle ne peut être détenue, achetée ou vendue ou même transportée.

Iconographie

Genette commune @ Alberto Garcia
Genette commune @ David Lindo
Carte de France – Répartition de la Genette commune – Wikipédia
Carte de Bretagne. Groupe mammalogique breton – Bretagne vivante
Tapisserie Dame à la Licorne
Vitrail église Saint – Étienne du Mont – Paris

Sur Internet

http://www.iyufera.com/portfolio-item/spain-common-genet/

Bibliographie

LA GENETTE, petite biographie d’une furtive, Yann Liotard, Illustrations de Jean Wollenschneider, Klincksieck éditions, parution, 07 mai 2025, 136 pages
ATLAS DES MAMMIFÈRES DE BRETAGNE, ouvrage collectif sous la coordination de Franck Simonet, Éditions Locus Solus, date de parution 2015, 303 pages

Articles

• P. Gaubert, Early phases of a successful invasion: mitochondrial phylogeography of the common genet (Genetta genetta) within the Mediterranean Basin, Biological invasions, vol. 11, no 3,‎ 2009, p. 523–546
• Virginie Muxart, Essai sur la valeur symbolique de la genette dans la littérature et l’art médiéval occidental, article extrait de l’animal symbole, actes du 141e congrès national des sociétés historiques et scientifiques tenus à Rouen en 2016. Publication sur OpenEdition Books le 30 avril 2019 : https://books.openedition.org/cths/5182

Genette commune
Genette commune: tapisserie de la Dame à la Licorne

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