Un statut de résident pour la Bretagne ?

Un statut de résident pour la Bretagne ?

Le statut de résident.

Quand on évoque le statut de résident dans l’Hexagone, il y a deux points qui reviennent le plus souvent.
D’abord, c’est un sujet corse. En effet, il y a déjà plusieurs années que le sujet du statut de résident est largement évoqué en Corse. Puis il y a les opposants qui crient de suite au repli sur soi et à la discrimination.

Le statut de résident en Corse.

De quoi s’agit-il ? Face à la spéculation immobilière excessive sur l’île de Corse, de plus en plus de voix demandent, de plus en plus fort, d’établir sur l’île un statut de résident. Concrètement, il serait impossible pour quelqu’un d’acquérir un bien immobilier s’il ne vit pas déjà sur l’île depuis cinq années.
En effet, aujourd’hui, cette spéculation immobilière provoque une flambée des prix des biens qui interdit aux autochtones d’acquisition de ces biens. Ainsi, ce sont des non Corses, Français, Italiens … qui achètent ces biens. Le système a atteint un tel niveau que lors d’un décès de parents, les enfants ne parviennent pas, le plus souvent, à acquérir le bien familial qui est acheté à prix d’or par des étrangers. Le revenu moyen d’un Corse insulaire est moindre que celui d’un continental et dès lors, les dés sont d’une certaine façon pipés.
A priori, rien d’illégal bien sûr dans ces acquisitions de biens corses par des non Corses. Et après tout, pourquoi pas.

Les opposants crient à la discrimination.

Privilégier, ne serait-ce que par une loi, une catégorie de la population (ici les autochtones corses) au détriment d’une autre (les non Corses) serait une discrimination.
Certes.
Mais privilégier les non Corses plus fortunés que les habitants de l’île n’est-il pas aussi une forme évidente de discrimination ? Discrimination à la fois financière et ethnique.
Alors un repli sur soi ?
Si défendre sa culture, son patrimoine, la mémoire de ses Anciens … c’est du repli sur soi, alors le Canada, la Norvège, l’Australie … et bien d’autres, pratiquent légalement le repli sur soi.
Soyons sérieux : il ne s’agit ici ni de discrimination, ni de repli sur soi. Il s’agit plus simplement et plus naturellement de respect mutuel.
Cinq années de résidence dans l’Union Européenne, c’est après tout le délai minimal exigé pour tout étranger souhaitant bénéficier de certains avantages.

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Carte de Bretagne – Résidences secondaires en Bretagne

Et en Bretagne ?

La Bretagne subit de manière accrue ce même problème de l’arrivée massive d’investisseurs non Bretons acquérant des biens immobiliers. Surtout sur nos 2700 kilomètres de côtes maritimes, mais également dans l’intérieur du pays.
Dans certaines communes littorales, plus de 80% des maisons sont devenues des résidences secondaires, dont beaucoup appartiennent à des personnes vivant onze mois sur douze hors de Bretagne.

Les questions soulevées en Corse et en Bretagne.

Le premier problème, puisque s’en est un, c’est que ces résidences secondaires ne sont physiquement occupées que quelques jours, au mieux semaines, par an. Pratiquement, ces maisons sont globalement inoccupées entre Septembre et Juin. On est dans des villages et des quartiers morts, sans vie. Volets clos entre silence et absence. Les communes de quelques centaines ou milliers d’âmes doivent investir pour des dizaines, voire de centaines de milliers de touristes. Ce serait tellement plus dynamique si ces habitations étaient habitées tout au long de l’année par des autochtones. Ceux-là même, qui chez eux, sont refoulés hors de leur commune de naissance, pour aller grossir les lotissements en périphérie de grands villes. Une commune, quelle qu’elle soit, ne vit que par ses habitants. Et quoiqu’on en pense, ce sera toujours plus bénéfique de disposer d’une population permanente que d’une population de passage. Il en va également de la qualité du tissu social, plus solide dans le premier cas et bien trop volatile dans le second.
Nous parlons ici d’habitat durable et responsable. Également de respect mutuel.

Une perte d’âme …

Ces étrangers à la commune, pour ceux qui y restent plus que quelques semaines estivales, s’investissent dans la vie communautaire. Ce qui, à priori, est une bonne chose. Mais les dégâts collatéraux surviennent en général assez rapidement. Non originaires de la commune, ces personnes y sont parfaitement hors-sol le plus souvent. Pour la très grande majorité, ils ne connaissent pas l’histoire locale, ou bien moins que les autochtones. Pas plus que le patrimoine, ou les traditions. Ce qui est normal évidemment. Il y a parmi eux d’authentiques amoureux de leur nouvelle commune, mais ils sont minoritaires. Ainsi, on voit des communes bretonnes dont le conseil municipal est à majorité étrangère à la commune. Dès lors, ce conseil municipal sera tenté de prendre des décisions parfois plus dans l’intérêt des résidents secondaires que dans celui des autochtones.
Comme participer au remplacement de noms de rues et de lieux-dits en breton par des noms en français. On assiste alors à une dé-bretonnisation pure et simple. A l’encontre d’une Histoire séculaire, d’un patrimoine et de la mémoire de nos Anciens.

Une perte d’unité …

L’immobilier en Bretagne se porte plutôt bien. Mais les disparités sont fortes et accrues entre la Bretagne orientale et la Bretagne occidentale. Le train LGV qui nous accroche plus qu’il nous approche de Paris, est finalement le tuyau alimentant cette occupation immobilière spéculative.
Cela coupe également la Bretagne entre Bretagne côtière et Bretagne intérieure. Et ces découpages artificiels ne sont pas bons, ni pour notre économie, ni pour l’unité sociale.

Quid des retours au pays de Breton(ne)s exilés ?

Il y aura cette épineuse question à évoquer.
Pour trouver du travail ou suivre l’amour de sa vie, de (trop) nombreux Bretons et Bretonnes ont choisi de s’exiler à un moment de leur vie. S’ils décident, dix ou trente ans plus tard, de quitter London ou Grenoble pour revenir au pays, ce statut de résident doit-il également s’appliquer à eux ?

Tout peut-il être mondialisé et commercialisé ?

Au même titre qu’un groupe financier chinois ou arabe peut acheter un aéroport, et pourquoi pas bientôt la Tour Eiffel à Paris; doit-on laisser des investisseurs étrangers fortunés « acheter » jusqu’à 80% de communes corses ou bretonnes ?
C’est la loi de l’offre et de la demande. Sans doute, mais tout peut-il se vendre sans un minimum de garde-fous ?
Pour certains il semble que oui.  Et pour d’autres non, et j’en fait partie.
Donc oui il faudra, tôt ou tard, évoquer un statut de résident pour les cinq départements de Bretagne. En prenant, pourquoi pas, la même base que nos amis Corses. C’est à dire une période de cinq années. Ou toute personne ne résidant pas en permanence déjà en Bretagne depuis cinq ans ne peut y acquérir une autre résidence (pour elle-même ou un tiers). Ou elle le peut mais un résident permanent est prioritaire dans cette acquisition.

La « différenciation » …

Bien sûr, l’état central, arc-bouté sur son Hexagone un et indivisible, est totalement incapable d’imaginer qu’une partie de celui-ci, puisse bénéficier d’une quelconque « différenciation ». Seul pays européen, avec la Turquie, a s’accrocher à ce repli nationaliste d’un autre temps. Par ailleurs en totale contradiction avec des faits, en feignant d’oublier des statuts particuliers et différenciations déjà acceptés pour l’Alsace Moselle, la Polynésie, la Nouvelle calédonie ou la Corse.
Le Président de la région administrative bretonne, si prompt à gloser sur cette différenciation promise, pourrait s’emparer de ce sujet de statut de résident.

 

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Lire aussi à ce sujet :

Des résidences secondaires, y en a t-il trop en Bretagne ?

L’immobilier se porte très bien en Bretagne.

L’immobilier en Bretagne : de fortes disparités …

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Rémy PENNEG
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