Sommaire
CH Confédération helvétique, KB Kengevread Breizh : et si la Bretagne s’inspirait de la Suisse ?
À quoi pourrait ressembler une Confédération bretonne inspirée de la Suisse ?
La France affirme régulièrement vouloir se décentraliser. Pourtant, l’essentiel du pouvoir demeure concentré à Paris. Les réformes s’empilent, les compétences se chevauchent et les responsabilités deviennent illisibles. Quant à la Bretagne, elle reste divisée entre deux régions administratives et ne décide presque rien de fondamental pour son avenir.
Et si nous changions entièrement de perspective ?
Au lieu d’attendre une nouvelle réforme française qui ne viendra pas, imaginons une organisation conçue depuis la Bretagne. La Suisse pourrait alors offrir une précieuse source d’inspiration.
Son nom officiel ouvre déjà une piste. CH signifie Confoederatio Helvetica, soit Confédération helvétique.
Pourquoi ne pas imaginer, en miroir, KB pour Kengevread Breizh, la Confédération bretonne ?
Il ne s’agirait pas de reproduire mécaniquement les institutions suisses.
L’Histoire, la géographie et la situation juridique diffèrent. Cependant, quelques principes peuvent nourrir une organisation bretonne moderne : subsidiarité, pouvoir collégial, démocratie directe, autonomie fiscale et respect des langues.
La Suisse, une confédération qui est devenue fédérale
Une précision s’impose d’abord.
Malgré son nom officiel, la Suisse actuelle n’est plus une confédération d’États souverains. Depuis 1848, elle constitue un État fédéral. Le mot « confédération » demeure donc un héritage historique. Cette continuité explique le sigle CH. Le latin évite aussi de privilégier l’une des langues nationales. En effet, la Suisse ne repose pas sur une identité linguistique unique. Elle organise politiquement sa diversité.
Selon la présentation officielle du fédéralisme suisse, le pouvoir se partage entre trois niveaux : la Confédération, les 26 cantons et les communes. Chacun possède ses propres responsabilités. Surtout, l’échelon supérieur ne doit pas accomplir ce que l’échelon inférieur peut gérer efficacement.
Ce principe porte un nom : la subsidiarité.
Il s’oppose directement à la pyramide française, dans laquelle la décision descend trop souvent du sommet. NHU Bretagne a déjà montré combien le centralisme français contraste avec les démocraties fédérales allemande et suisse.
Une Bretagne réunifiée, mais pas recentralisée
Transposer cet esprit suppose une condition préalable. Kengevread Breizh ne pourrait concerner qu’une Bretagne complète, réunissant ses cinq départements. Une institution limitée à quatre départements reproduirait la partition actuelle au lieu de la dépasser.
Comme nous l’avons expliqué, la réunification doit précéder toute véritable autonomie bretonne. La Loire Atlantique ne constituerait donc ni une annexe ni une extension. Elle participerait pleinement à la fondation du nouvel ensemble.
Cependant, réunifier la Bretagne ne suffirait pas.
Il serait absurde de transférer tous les pouvoirs de Paris vers Rennes / Roazhon. L’actuelle capitale administrative bretonne deviendrait alors le centre d’une nouvelle pyramide. Les habitants de Brest, Nantes / Naoned, Saint Brieuc / Sant Brieg ou Vannes / Gwened n’y gagneraient qu’un changement d’adresse administrative.
La dévolution doit suivre le chemin inverse. Elle confie la décision au niveau le plus proche capable de l’assumer. Ainsi, la Bretagne ne remplacerait pas le centralisme parisien par un centralisme rennais.
Les neuf pays bretons pourraient devenir la base du système
Quels seraient alors les équivalents bretons des cantons ?
Les cinq départements actuels pourraient remplir cette fonction. Ils possèdent des administrations, des élus et des habitudes de travail. Toutefois, leur découpage résulte de la Révolution française et de sa volonté d’uniformisation.
Une autre piste mérite donc d’être étudiée : les neuf pays historiques.
La Cornouaille / Bro Gerne, le Léon / Bro-Leon, le Trégor / Bro-Dreger et le Vannetais / Bro Gwened formeraient la partie occidentale. À l’est se trouveraient les pays de Saint-Brieuc / Bro Sant Brieg, Saint-Malo / Bro Sant Maloù, Dol / Bro Zol, Rennes / Bro Roazhon et Nantes / Bro Naoned.
Cette carte ne devrait pourtant pas être restaurée comme une relique médiévale. Les déplacements, les bassins économiques et la population ont profondément changé. De plus, les écarts entre les pays seraient considérables. Le pays de Dol / Bro Zol ne pourrait pas exercer exactement les mêmes missions que celui de Nantes / Bro Naoned.
Il faudrait donc ouvrir un débat démocratique. Ensuite, les limites pourraient évoluer, tandis que certaines compétences seraient mutualisées. Néanmoins, les provinces historiques et les pays traditionnels de Bretagne offriraient une base plus enracinée que les découpages technocratiques successifs.
Deux chambres pour représenter les habitants et les pays
Le Parlement suisse repose sur deux chambres de même poids.
Le Conseil national compte 200 élus répartis selon la population. Le Conseil des États comprend 46 représentants des cantons. Ainsi, les habitants et les composantes fédérées participent ensemble à la décision.
Kengevread Breizh pourrait reprendre cet équilibre.
Une première chambre représenterait les citoyens proportionnellement à la population. Une seconde donnerait une voix égale aux pays bretons, éventuellement avec deux représentants pour chacun.
Cette organisation éviterait deux écueils.
D’un côté, les zones les plus peuplées ne pourraient pas décider seules. De l’autre, les plus petits pays ne bloqueraient pas systématiquement la majorité des Bretons. Les lois importantes devraient obtenir l’accord des deux chambres.
Par ailleurs, le dispositif protégerait notamment les îles, les campagnes et le Kreiz Breizh.
Leur poids démographique reste limité, mais leurs besoins sont particuliers. Une démocratie équilibrée ne consiste pas seulement à compter les habitants. Elle doit aussi empêcher l’effacement des communautés les moins nombreuses.
Un Conseil breton plutôt qu’un Président omnipotent
La Suisse ne confie pas son exécutif à une personnalité dominante.
Son gouvernement comprend sept conseillers fédéraux placés sur un pied d’égalité. La présidence change chaque année. De plus, son titulaire demeure le premier parmi ses égaux.
La Bretagne pourrait s’inspirer de cette collégialité. Un Conseil breton de sept membres serait élu par les deux chambres. Chaque conseiller prendrait en charge un grand domaine : économie, environnement, solidarités, éducation, culture, infrastructures ou relations extérieures.
La présidence tournerait chaque année. Ainsi, aucun responsable ne pourrait confondre durablement la Bretagne avec sa personne. Le système obligerait aussi plusieurs sensibilités politiques à travailler ensemble.
Cette culture du compromis tranche avec la verticalité française.
Elle réduit la théâtralisation du pouvoir. Surtout, elle rend chaque membre identifiable et responsable de son action. Le désaccord ne disparaît pas, mais il doit produire une décision commune.
Des votations pour rendre la parole aux Bretons
Le modèle suisse ne se limite pas au fédéralisme.
En effet, les citoyens interviennent régulièrement dans la fabrication des règles. Selon la présentation officielle de la démocratie directe suisse, une initiative fédérale nécessite 100 000 signatures en dix-huit mois. Par ailleurs, 50 000 signatures en cent jours permettent de soumettre une loi votée au référendum.
Ces mécanismes donnent au peuple un pouvoir réel entre deux élections. Ils obligent également les élus à anticiper l’opinion publique. Une décision juridiquement adoptée peut encore être contestée démocratiquement.
Kengevread Breizh pourrait instaurer des seuils proportionnels à son corps électoral. Une initiative soutenue par environ 1 à 2 % des électeurs devrait être examinée. Ensuite, les citoyens pourraient demander une votation sur une loi majeure, une dépense exceptionnelle ou une modification institutionnelle.
NHU Bretagne a déjà présenté un modèle de démocratie directe inspiré de la Suisse.
La Confédération Bretonne lui donnerait un cadre cohérent. Cependant, le vote numérique ne devrait jamais être retenu. Des garanties fortes protégeraient le secret du scrutin, l’égalité d’accès et la sincérité des résultats.
L’autonomie fiscale rendrait les responsabilités visibles
Un pouvoir sans budget reste une façade.
Aujourd’hui, les collectivités de l’Hexagone dépendent largement de règles, de dotations et d’arbitrages décidés ailleurs. Cette dépendance permet ensuite à chaque niveau d’accuser l’autre.
En Suisse, la Confédération, les cantons et les communes prélèvent des impôts.
De plus, les 26 cantons disposent de leurs propres lois fiscales. Toutefois, un mécanisme de péréquation réduit les différences entre les cantons les plus riches et les plus fragiles.
Une organisation bretonne pourrait fonctionner selon la même logique. La Confédération Bretonne financerait les grandes solidarités et les services communs. Les pays lèveraient une part clairement identifiée de l’impôt. Enfin, les communes conserveraient des ressources adaptées à leurs missions.
Cette autonomie ne devrait pas déclencher une concurrence sans limite.
Un socle commun garantirait l’école, la santé, les transports et la protection sociale. Par conséquent, un fonds de solidarité soutiendrait les pays confrontés au vieillissement, à l’insularité ou à une faible base fiscale.
La dévolution prendrait alors un sens concret. Comme le rappelle Yes Breizh dans sa présentation de la dévolution, décider exige aussi de pouvoir financer ses priorités et d’assumer les résultats.
Trois langues reconnues dans la vie publique
La Suisse compte quatre langues nationales : l’allemand, le français, l’italien et le romanche. Leur nombre de locuteurs varie énormément. Pourtant, le pays considère ce plurilinguisme comme une part essentielle de son identité.
Ainsi, la Bretagne pourrait reconnaître officiellement le breton, le gallo et le français. Cette reconnaissance ne devrait pas rester symbolique. Les institutions publieraient progressivement leurs textes dans plusieurs langues. De même, chaque citoyen pourrait employer la sienne dans ses relations avec l’administration.
Les pays adapteraient ensuite leurs pratiques à leur réalité linguistique.
Le breton aurait naturellement une présence plus forte à l’ouest. Le gallo retrouverait une place publique dans l’est. Quant au français, il resterait une langue commune sans écraser les deux langues originelles de la Bretagne.
L’exemple suisse montre qu’une langue minoritaire ne doit pas attendre de devenir majoritaire pour obtenir des droits. Au contraire, les institutions contribuent à sa transmission. Une Confédération bretonne digne de ce nom ne pourrait donc traiter le breton et le gallo comme des éléments décoratifs.
Quelles compétences pour Kengevread Breizh ?
Tout dépendrait du statut politique obtenu.
Dans une Bretagne autonome au sein de l’Hexagone, Paris conserverait probablement les fonctions régaliennes : défense, la monnaie et l’essentiel des relations internationales.
En revanche, la Bretagne pourrait administrer l’éducation, la culture, la santé, le logement, l’économie, les transports et une partie de la fiscalité.
Kengevread Breizh répartirait ensuite ces pouvoirs. Le niveau breton prendrait en charge les grands réseaux ferroviaires, les ports, l’énergie, les universités et les solidarités communes. Les pays piloteraient notamment l’aménagement, les mobilités quotidiennes, la formation et le développement économique. Enfin, les communes resteraient au cœur de la proximité.
Une Bretagne devenue souveraine élargirait naturellement ses compétences. Toutefois, l’architecture intérieure pourrait rester identique. Le mot « confédération » ne trancherait donc pas, à lui seul, le débat entre dévolution, autonomie et indépendance.
L’essentiel se trouve ailleurs.
Les cinq départements bretons partageraient un cadre commun, tandis que les pays conserveraient une capacité réelle de décision.
La Bretagne serait unie sans devenir uniforme.
La Suisse comme inspiration, jamais comme modèle parfait
Toutefois, le modèle suisse possède aussi ses faiblesses.
La concurrence fiscale peut accentuer certains écarts. La multiplication des consultations ralentit parfois les réformes. De plus, les petits cantons disposent d’un poids politique supérieur à leur population.
Cependant, la démocratie directe ne garantit pas des choix toujours justes. Une majorité peut se tromper ou menacer les droits d’une minorité. Des protections constitutionnelles et une justice indépendante resteraient donc indispensables.
La Bretagne part également d’une situation différente. Les cantons suisses ont construit leur alliance au fil des siècles. Les pays bretons ne disposent plus d’institutions politiques comparables. Il faudrait donc créer des habitudes de coopération et former une nouvelle culture administrative. Cependant, ces différences ne rendent pas la comparaison inutile. Elles obligent simplement à distinguer les principes des mécanismes. La Bretagne peut adopter la subsidiarité sans copier chaque règle suisse. Elle peut développer les votations sans reprendre exactement les seuils helvétiques.
KB pourrait devenir davantage qu’un joli sigle
CH résume une construction politique singulière. Plusieurs langues, des cantons jaloux de leurs libertés et des communes puissantes forment pourtant un pays stable. Son unité ne repose pas sur l’effacement des différences, mais sur leur organisation.
De son côté, KB pourrait porter une ambition comparable. Kengevread Breizh désignerait une Bretagne réunifiée, démocratique et profondément décentralisée. Le pouvoir ne descendrait plus d’une capitale étrangère lointaine. Il remonterait des communes, des pays et des citoyens.
Cette idée dépasse donc le choix d’un nouveau découpage administratif.
Elle pose une question plus profonde : voulons-nous seulement davantage de compétences pour Rennes / Roazhon, ou voulons-nous transformer la manière de décider ?
La Suisse nous rappelle qu’un pays peut être solide sans être centralisé.
Elle prouve aussi que plusieurs langues et identités locales ne condamnent pas l’unité. Bien organisées, elles peuvent au contraire devenir sa principale force.
Kengevread Breizh ne constitue encore qu’une hypothèse. Cependant, elle mérite mieux qu’un sourire ou une objection automatique. Pour imaginer l’avenir de la Bretagne, commençons peut-être par accepter cette idée simple : ce qui fonctionne ailleurs n’est pas, par nature, impossible chez nous.

Soutenir NHU Bretagne via HelloAsso
Soutenir NHU Bretagne via PayPal
Soutenir NHU Bretagne via Tipeee
3 commentaires
Réunifier, oui, mais comment ?
Ca va mieux en le disant.
Vous associez clairement réunification et capitale Rennes
« Cependant, réunifier la Bretagne ne suffirait pas.
Il serait absurde de transférer tous les pouvoirs de Paris vers Rennes / Roazhon. L’actuelle capitale administrative bretonne deviendrait alors le centre d’une nouvelle pyramide. Les habitants de Brest, Nantes / Naoned, Saint Brieuc / Sant Brieg ou Vannes / Gwened n’y gagneraient qu’un changement d’adresse administrative. »
Cette réunification ne se fera pas.
Jamais Nantes, 1,5 fois Rennes et Rennes métropole en matière démographique n’acceptera de devenir sous-préfecture de Rennes.
Quant à une confédération, on en est encore plus loin.
Nantes et Rennes doivent se partager les prérogatives en B5, ainsi qu’ils sont prêts à le faire dans le grand ouest. Un peu de décentralisation vers l’ouest viendrait ensuite. Cette organisation déséquilibrée est un héritage de l’Histoire. Les derniers ducs étaient des capétiens adeptes du centralisme (au niveau de la Bretagne) et d’une administration bien rodée. Quand on lit une Histoire de la Bretagne, on n’apprend rien sur les puissants comtes du Léon, perdants de l’Histoire.