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On ne lutte plus contre. On s’adapte pour
Avant nos gouvernements nous disaient qu’il fallait lutter contre le changement climat. Maintenant il ne s’agit plus de lutte mais d’adaptation au changement climatique.
À première vue, cette affirmation paraît excessive, voire provocatrice.
Après tout, les gouvernements continuent d’annoncer des objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Les conférences internationales se succèdent. Les plans climat se multiplient. Les engagements officiels restent les mêmes : limiter le réchauffement climatique.
Pourtant, lorsqu’on observe les politiques publiques mises en œuvre depuis quelques années, un autre constat s’impose progressivement. Les mots qui dominent désormais ne sont plus seulement atténuation, réduction des émissions ou neutralité carbone. Ils s’appellent adaptation, résilience, préparation.
Les collectivités végétalisent leurs centres-villes pour mieux supporter les canicules. Les agriculteurs recherchent des cultures plus résistantes à la sécheresse. Les communes littorales anticipent le recul du trait de côte. Les services de santé se préparent à des épisodes de chaleur plus fréquents. Les pouvoirs publics réfléchissent à stocker davantage d’eau, à protéger les forêts contre les incendies ou à adapter les bâtiments aux températures de demain.
Autrement dit, une partie croissante des efforts consiste désormais non plus à empêcher le changement climatique, mais à vivre avec ses conséquences.
Ce simple changement de vocabulaire est-il anodin ?
Ou traduit-il une évolution beaucoup plus profonde de notre manière d’envisager l’avenir ?
Cet article ne prétend pas répondre définitivement à cette question.
En revanche, il propose d’examiner un phénomène rarement analysé : le glissement progressif des politiques climatiques, de la lutte contre les causes vers l’adaptation aux effets.
Cette affirmation va choquer… mais observons d’abord les faits
Le titre de cet article est volontairement percutant.
Beaucoup de lecteurs réagiront immédiatement : « C’est faux, les États continuent de lutter contre le changement climatique. » Et, en effet, les discours officiels continuent d’insister sur la réduction des émissions, la transition énergétique ou les objectifs fixés à l’horizon 2050.
Mais une analyse ne consiste pas seulement à écouter les déclarations.
Elle consiste aussi à observer les décisions prises, les investissements réalisés et les priorités qui se dessinent.
C’est précisément cette démarche qui guidera cet article.
Pourquoi un titre aussi direct ?
Les mots ont un sens, les mots ont un poids.
Dire « on ne lutte plus » ne signifie pas que toute politique climatique aurait disparu du jour au lendemain. Cela signifie que le centre de gravité semble évoluer.
Pendant longtemps, la priorité consistait à éviter le changement climatique en agissant sur ses causes. Aujourd’hui, une part croissante des politiques publiques cherche à limiter les conséquences d’un changement déjà engagé.
Cette nuance est essentielle. Elle ne traduit pas nécessairement un abandon. Elle peut aussi révéler une prise de conscience : certaines évolutions sont désormais considérées comme suffisamment probables pour qu’il faille s’y préparer.
Ce que cet article ne dit pas
Cet article n’affirme pas que toute action visant à réduire les émissions est devenue inutile.
Il ne prétend pas non plus que l’avenir est définitivement écrit, ni que toute possibilité d’infléchir la trajectoire climatique aurait disparu.
En revanche, il pose une question simple.
Pourquoi les responsables politiques parlent-ils de plus en plus d’adaptation ?
Pourquoi les collectivités investissent-elles massivement pour faire face aux conséquences du changement climatique ? Et pourquoi cette évolution semble-t-elle s’accélérer depuis quelques années ?
Ces interrogations méritent d’être examinées sans caricature.
Regarder les politiques publiques avant les discours
Les mots sont importants. Les actes le sont encore davantage.
Lorsqu’un gouvernement finance des retenues d’eau, adapte les hôpitaux aux canicules, protège des quartiers contre les inondations, accompagne les agriculteurs vers de nouvelles pratiques ou prépare le recul de certaines habitations face à l’érosion côtière, il ne décrit plus seulement un risque futur. Il organise déjà la réponse à une réalité qu’il considère comme crédible.
C’est peut-être là que réside le véritable tournant.
Non pas dans les discours, qui continuent souvent de parler de lutte contre le changement climatique, mais dans les politiques publiques, qui accordent une place croissante à l’adaptation.
Avant de porter un jugement sur cette évolution, encore faut-il en comprendre les raisons. C’est ce que nous allons examiner.

Pendant trente ans, la priorité était de limiter le changement climatique
Si le mot adaptation occupe aujourd’hui une place centrale, cela n’a pas toujours été le cas.
Pendant près de trois décennies, le cœur des politiques climatiques reposait sur une idée simple : il fallait agir suffisamment tôt pour limiter le réchauffement climatique. La priorité n’était pas de préparer les sociétés à ses conséquences, mais d’empêcher, autant que possible, qu’elles ne surviennent.
Cette approche, appelée atténuation, consistait à réduire les émissions de gaz à effet de serre afin de ralentir le changement climatique.
Une mobilisation internationale sans précédent
À partir des années 1990, la lutte contre le changement climatique devient progressivement un enjeu mondial.
Les conférences internationales se multiplient. Les États négocient des accords destinés à réduire les émissions. Le protocole de Kyoto, puis l’Accord de Paris, fixent un cap commun : contenir le réchauffement en diminuant progressivement la dépendance aux énergies fossiles.
Les objectifs évoluent au fil des années, mais la philosophie reste la même : réduire les émissions aujourd’hui doit permettre de limiter les conséquences demain.
Cette logique inspire également les politiques des États européens.
Transition énergétique, développement des énergies renouvelables, amélioration de l’efficacité énergétique des bâtiments, évolution des transports, soutien à de nouvelles technologies : autant de mesures présentées comme des leviers capables d’infléchir la trajectoire climatique.
L’atténuation au cœur du discours politique
Durant cette période, le vocabulaire utilisé par les responsables publics est relativement stable.
Les expressions les plus fréquentes sont connues :
- lutte contre le changement climatique,
- réduction des émissions de gaz à effet de serre,
- transition énergétique,
- neutralité carbone,
- sobriété énergétique.
Le message est clair. Le changement climatique reste un phénomène que l’humanité peut encore limiter si elle agit rapidement et collectivement.
Autrement dit, l’effort principal doit porter sur les causes plutôt que sur les conséquences.
L’adaptation existe déjà dans les travaux scientifiques, mais elle demeure largement secondaire dans la communication politique. Préparer les sociétés à un climat différent pourrait même être interprété comme une forme de résignation.
Une conviction largement partagée
Pendant longtemps, cette approche fait l’objet d’un consensus relativement large.
Les scientifiques alertent sur les risques du réchauffement climatique. Les gouvernements promettent d’accélérer la transition. Les entreprises annoncent des stratégies de décarbonation. Les collectivités élaborent leurs premiers plans climat.
L’idée dominante est que chaque réduction d’émissions contribue à limiter le réchauffement futur. Cette conviction structure une grande partie du débat public pendant plusieurs décennies. Pourtant, au fil des années, un changement discret s’opère.
Sans abandonner officiellement l’objectif de réduire les émissions, les responsables publics commencent à parler de plus en plus d’un autre sujet : l’adaptation. Et les médias subventionnés répètent le nouveau message sans trop de poser de questions.
Ce glissement ne se produit pas en quelques mois. Il s’installe progressivement, presque silencieusement, jusqu’à devenir aujourd’hui omniprésent.
C’est précisément cette évolution que nous allons maintenant examiner.
Depuis quelques années, un autre mot s’impose : l’adaptation
Le changement ne s’est pas produit du jour au lendemain.
Aucune conférence internationale n’a officiellement déclaré que la lutte contre le changement climatique était terminée. Aucun gouvernement n’a annoncé qu’il renonçait à réduire les émissions de gaz à effet de serre.
Pourtant, un simple exercice permet de mesurer l’évolution du discours.
Il suffit d’observer les politiques publiques, les plans gouvernementaux, les déclarations des élus ou les investissements réalisés depuis quelques années. Un mot revient désormais avec une fréquence croissante : adaptation.
Ce terme, autrefois relativement discret, est progressivement devenu l’un des piliers des politiques climatiques.
L’adaptation est désormais une politique publique
En Bretagne comme dans de nombreux autres pays, l’adaptation ne constitue plus un simple complément aux politiques climatiques.
Elle fait désormais l’objet de stratégies spécifiques, de plans nationaux et de financements dédiés.
L’objectif n’est plus seulement de réduire les émissions de demain.
Il s’agit également de préparer les populations, les infrastructures et l’économie aux conséquences d’un climat qui évolue déjà.
Autrement dit, les pouvoirs publics ne travaillent plus uniquement sur les causes du changement climatique.
Ils savent, bien mieux que nous, qu’il n’est plus possible d’inverser la tendance. Ils savent, bien mieux que nous, qu’au contraire, et malgré tous leurs effets d’annonce, que la situation va s’aggraver de façon exponentielles.
Mais pour ne pas inquiéter les populations, par ailleurs électrices et électeurs, ils continuent à nous parler de lutte contre le changement climatique … tout en construisant de nouvelles autoroutes, aéroports …
Ils savent, bien mieux que nous, que tout est plié et que pour durer, encore un peu, nous n’avons plus qu’une seule solution : nous adapter au mieux.
Des exemples qui parlent d’eux-mêmes
Les exemples se multiplient.
Les communes végétalisent leurs centres afin de limiter les îlots de chaleur.
Et les écoles réfléchissent à de nouveaux aménagements pour faire face aux épisodes de canicule.
Les gestionnaires de l’eau cherchent à mieux stocker la ressource pendant l’hiver afin de sécuriser les besoins de l’été.
Les agriculteurs expérimentent des variétés plus résistantes à la sécheresse ou adaptent leurs pratiques culturales.
Les forestiers modifient les essences plantées pour anticiper un climat différent.
Et les collectivités littorales préparent le recul du trait de côte, renforcent certaines protections ou réfléchissent à déplacer des équipements exposés.
Les hôpitaux et les établissements accueillant des personnes âgées développent de nouveaux protocoles face aux vagues de chaleur.
Pris séparément, chacun de ces projets répond à une problématique précise.
Pris ensemble, ils dessinent une orientation beaucoup plus large, et maintenant visible.
Un changement de priorité plus qu’un changement de vocabulaire
À première vue, il ne s’agit que d’une évolution des mots.
En réalité, c’est peut-être davantage que cela.
Lorsque l’essentiel des efforts consiste à adapter les villes, les bâtiments, les réseaux d’eau, l’agriculture, les forêts ou les infrastructures à un climat plus chaud, la priorité des politiques publiques évolue nécessairement.
L’enjeu n’est plus seulement de limiter un changement futur.
Il devient aussi de réduire les conséquences d’un changement considéré, au moins en partie, comme inévitable.
Cette évolution ne signifie pas que les politiques de réduction des émissions ont disparu.
Elle montre en revanche que les responsables publics consacrent désormais une attention croissante à une autre question :
Comment continuer à vivre, produire, se déplacer, se soigner et protéger les populations dans un climat qui change déjà ?
Cette interrogation marque un tournant.
Pendant longtemps, le débat portait essentiellement sur les moyens d’éviter le changement climatique.
Aujourd’hui, il porte de plus en plus sur la manière de vivre avec lui.
Reste à comprendre pourquoi ce basculement s’est imposé aussi progressivement. C’est l’objet de la partie suivante.
Pourquoi les politiques climatiques évoluent-elles ?
Le développement des politiques d’adaptation ne résulte pas d’un changement de mode. Il traduit une évolution plus profonde de la manière dont les responsables publics analysent les décennies à venir.
Plusieurs facteurs, scientifiques, démographiques, économiques et géopolitiques, contribuent à expliquer cette transformation.
L’inertie du système climatique
Le climat possède une caractéristique fondamentale : son inertie.
Même si les émissions mondiales diminuaient fortement à partir d’aujourd’hui, les effets ne disparaîtraient pas immédiatement. Les océans, l’atmosphère et les grands équilibres climatiques réagissent sur des échelles de temps longues.
Autrement dit, une partie du réchauffement futur est déjà engagée.
Ce constat conduit naturellement à une conclusion pratique : il ne suffit plus de chercher à limiter les émissions.
Il faut également préparer les sociétés aux changements qui se produisent déjà ou qui sont désormais considérés comme très probables.
Une planète qui poursuit son développement
La population mondiale dépasse aujourd’hui les huit milliards d’habitants.
Dans de nombreux pays, plusieurs centaines de millions de personnes aspirent encore à bénéficier d’un meilleur niveau de vie, d’un logement confortable, d’une alimentation plus diversifiée, d’un accès plus large aux transports, aux soins ou à l’électricité
Cette aspiration est parfaitement compréhensible.
Elle pose néanmoins une question difficile : comment concilier le développement économique de nombreuses régions du monde avec la réduction rapide des émissions mondiales ?
Les réponses apportées jusqu’à présent restent incomplètes et alimentent des débats parfois vifs entre pays industrialisés et pays émergents.
Les limites d’une action mondiale coordonnée
Le changement climatique constitue probablement l’un des défis internationaux les plus complexes jamais rencontrés.
Près de deux cents États doivent parvenir à coordonner leurs politiques alors que leurs priorités, leurs ressources et leurs niveaux de développement diffèrent profondément.
Les pays fortement industrialisés cherchent à réduire leurs émissions tout en préservant leur compétitivité. Les économies dites émergentes souhaitent poursuivre leur développement. Quant aux pays les plus vulnérables, ils demandent davantage de financements pour faire face aux conséquences du réchauffement.
Dans un tel contexte, les compromis sont souvent difficiles à obtenir et plus encore à mettre en œuvre.
Entre ambition affichée et réalisme politique
Face à cette réalité, les gouvernements se trouvent confrontés à une double responsabilité.
D’aune part, continuer à soutenir les politiques destinées à limiter les émissions de gaz à effet de serre.
Mais aussi protéger les populations contre des phénomènes qui deviennent plus fréquents ou plus intenses : vagues de chaleur, sécheresses, inondations, incendies de forêt ou érosion du littoral.
C’est sans doute ici que se situe le principal changement.
Pendant longtemps, les politiques climatiques étaient essentiellement tournées vers l’objectif de limiter un risque futur.
Aujourd’hui, elles cherchent également à gérer des conséquences déjà visibles.
L’adaptation ne remplace pas officiellement l’atténuation.
En revanche, elle occupe désormais une place de plus en plus importante dans les décisions publiques. Cette évolution conduit à une interrogation plus politique que scientifique.
Les États sont-ils simplement en train d’ajouter un nouveau volet à leurs politiques climatiques… ou préparent-ils déjà leurs sociétés à un monde qu’ils estiment, au moins en partie, inévitable ?
C’est cette question que nous allons maintenant explorer.
Les États se préparent ils déjà à un monde qu’ils ne pensent plus pouvoir éviter ?
À ce stade, une question mérite d’être posée : pourquoi les gouvernements investissent-ils autant dans l’adaptation si leur priorité reste avant tout d’empêcher le changement climatique ?
La réponse la plus évidente est qu’ils poursuivent les deux objectifs simultanément. Ils savent déjà qu’il est maintenant impossible d’empêcher la dégradation climatique, alors ils placent leurs efforts dans l’adaptation.
On ne lutte plus, on s’adapte.
Mais lorsqu’on observe la nature des investissements engagés depuis plusieurs années, une autre lecture devient possible.
Les politiques publiques semblent désormais s’organiser autour d’une idée simple : les émissions doivent continuer à diminuer, mais ce sera dérisoire, mais les sociétés doivent également apprendre à vivre dans un climat différent.
Autrement dit, les États ne cherchent plus uniquement à transformer l’avenir. Ils commencent aussi à préparer le présent.
Les investissements racontent parfois une autre histoire
Les budgets publics traduisent souvent les véritables priorités.
Or, que financent aujourd’hui les États, les régions et les collectivités ?
Ils rénovent les bâtiments pour mieux résister aux vagues de chaleur et développent de nouveaux dispositifs de prévention contre les incendies de forêt. Ils renforcent certains ouvrages face aux inondations et accompagnent les agriculteurs confrontés aux sécheresses répétées. Ils adaptent les réseaux d’eau potable et élaborent des stratégies pour les communes littorales exposées au recul du trait de côte.
Toutes ces décisions répondent à une même logique. Il ne s’agit plus seulement d’éviter un changement futur. Il s’agit de limiter les conséquences d’un changement déjà à l’œuvre.
On ne lutte plus, on s’adapte.
Les collectivités locales n’attendent plus
Ce sont souvent les communes, les intercommunalités, les départements et les régions qui se retrouvent en première ligne.
Lorsque des écoles deviennent difficilement supportables pendant les canicules, il faut les rénover.
Lorsque certaines cultures souffrent du manque d’eau, il faut accompagner les exploitations agricoles.
Ou lorsque des quartiers sont régulièrement inondés, il faut revoir l’aménagement urbain.
Et lorsque des portions du littoral reculent, il faut parfois accepter de déplacer des infrastructures.
Les élus locaux ne raisonnent plus uniquement à l’horizon 2050. Ils doivent répondre à des difficultés déjà observables aujourd’hui.
L’adaptation cesse alors d’être un concept scientifique. Elle devient une nécessité de gestion.
Une autre manière de penser l’avenir
Cette évolution dépasse largement les questions techniques. Elle traduit un changement de perspective.
Pendant longtemps, la logique dominante consistait à agir aujourd’hui pour éviter un problème demain.
Progressivement, une seconde logique s’impose. Agir aujourd’hui pour continuer à vivre malgré un changement déjà engagé. Cette nuance paraît discrète. Elle est pourtant considérable.
Elle signifie que les politiques publiques ne se construisent plus uniquement autour de l’idée d’empêcher le changement climatique.
Elles cherchent également à maintenir le fonctionnement de nos sociétés dans un environnement qui évolue.
Une stratégie assumée… ou un changement silencieux ?
Peu de responsables politiques présentent cette évolution comme un changement de doctrine. Le discours officiel continue naturellement de rappeler la nécessité de réduire les émissions de gaz à effet de serre.
Pourtant, la montée en puissance des politiques d’adaptation interroge.
Traduit-elle une simple diversification des outils disponibles ?
Ou révèle t-elle une conviction plus discrète : celle que certains changements sont désormais suffisamment probables pour qu’il devienne indispensable de préparer les sociétés à y faire face ?
La réponse appartient sans doute à chacun. Mais une chose paraît difficile à contester. L’adaptation n’est plus un plan de secours.
Elle est devenue l’un des principaux piliers des politiques climatiques contemporaines.
Cette évolution conduit alors à une interrogation plus fondamentale encore.
Et si le véritable enjeu n’était plus de sauver la planète, mais de préserver les conditions qui ont permis le développement de notre civilisation ?
Le véritable enjeu n’est évidemment pas la planète, mais notre civilisation
Le débat sur le changement climatique est souvent présenté comme une bataille pour « sauver la planète ».
Cette formule est devenue si familière qu’elle n’est presque plus interrogée. Pourtant, elle mérite d’être nuancée.
La Terre a connu, depuis plus de quatre milliards d’années, des périodes glaciaires, des épisodes beaucoup plus chauds, des variations du niveau des océans et plusieurs extinctions massives.
À chaque fois, elle a continué d’évoluer.
Ce qui est en jeu aujourd’hui n’est donc probablement pas la survie de la planète qui continyera sans nous à exister pendant au moins encore quatre milliards d’années.
La véritable question concerne plutôt les sociétés humaines qui se sont développées dans des conditions climatiques relativement stables.
Parler de sauver la planète est un mensonge, une forme de déni.
On ne lutte plus, on s’adapte.
Nos sociétés se sont construites sur un climat favorable
L’agriculture moderne, les grandes villes, les réseaux de transport, les infrastructures énergétiques ou encore les systèmes de santé ont été conçus dans un environnement dont les caractéristiques variaient relativement peu à l’échelle de quelques générations.
Cette stabilité a favorisé le développement économique, les échanges commerciaux, la croissance démographique et l’amélioration des conditions de vie dans une grande partie du monde.
Lorsque ce cadre évolue progressivement, ce n’est pas seulement la météo qui change.
Ce sont les conditions de fonctionnement de nos sociétés qui sont appelées à s’adapter.
L’adaptation a un coût
S’adapter ne signifie pas simplement modifier quelques habitudes.
Il faut rénover des bâtiments, transformer certaines pratiques agricoles, sécuriser les ressources en eau, renforcer les infrastructures, protéger des zones exposées aux inondations ou à l’érosion, repenser parfois l’aménagement de certains quartiers ou de portions du littoral.
Toutes ces évolutions mobilisent des moyens financiers, techniques et humains considérables.
Elles nécessitent également des arbitrages parfois difficiles entre les priorités environnementales, économiques et sociales.
Autrement dit, l’adaptation est elle-même un défi majeur. Et la France n’a plus du tout les moyens de mener ces politiques très coûteuses avec sa dette colossale et sa piètre gestion.
Toutes les sociétés ne disposeront pas des mêmes capacités
Face à un même phénomène climatique, les conséquences peuvent être très différentes.
Les pays disposant d’importantes capacités financières, d’infrastructures solides et d’institutions efficaces auront généralement davantage de moyens pour protéger leurs populations et adapter leurs équipements. À l’inverse, les régions les plus fragiles risquent de rencontrer davantage de difficultés.
Cette inégalité rappelle que l’adaptation ne dépend pas uniquement du climat.
Elle dépend aussi des choix politiques, des ressources économiques, de la qualité des infrastructures et de la capacité des sociétés à anticiper.
Préparer l’avenir plutôt que subir
Constater que l’adaptation devient une priorité ne revient pas à considérer que tout serait joué d’avance.
Au contraire.
Plus une société anticipe les évolutions auxquelles elle sera confrontée, plus elle augmente sa capacité à protéger sa population, son économie et ses infrastructures. C’est peut-être là le principal enseignement de l’évolution actuelle des politiques climatiques.
L’atténuation cherche à limiter l’ampleur du changement.
L’adaptation cherche à limiter ses conséquences.
Ces deux approches ne s’opposent pas.
Elles répondent à des objectifs différents et peuvent se renforcer mutuellement.
Reste une dernière question, peut-être la plus importante. : assistons-nous simplement à un rééquilibrage entre ces deux stratégies… ou sommes-nous en train d’entrer dans une nouvelle époque, où l’adaptation devient progressivement le principal cadre de réflexion des politiques climatiques ?
C’est cette interrogation qui permettra de conclure cet article.
Sommes-nous entrés dans une nouvelle époque climatique ?
Pendant des décennies, le débat climatique s’est organisé autour d’une ambition : limiter le réchauffement climatique en réduisant les émissions de gaz à effet de serre.
Cet objectif demeure … officiellement !
Les accords internationaux (qui ne servent pas à grand chose) sont toujours en vigueur.
Les politiques dites de décarbonation se poursuivent. Les investissements dans les énergies renouvelables, les transports moins émetteurs ou la rénovation énergétique continuent de se développer.
Mais toutes ces mesures semblent tellement dérisoires face à la démesure du problème que nous avons créé et qui est là, devant nous.
Pourtant, un second pilier s’est progressivement imposé.
L’adaptation n’est plus un sujet secondaire réservé aux spécialistes. Elle structure désormais les décisions des États, des collectivités, des entreprises et de nombreux acteurs économiques.
Les plans de gestion de l’eau se multiplient. Les villes se préparent doucement aux canicules. Les agriculteurs adaptent leurs pratiques mais disparaissent dans le mondialisation. Les gestionnaires du littoral anticipent le recul du trait de côte en bricolant. Les infrastructures sont un peu repensées pour résister à des événements climatiques plus fréquents ou plus intenses.
Ce mouvement ne signifie pas que la lutte contre le changement climatique serait abandonnée.
En revanche, il traduit une évolution profonde : les sociétés ne cherchent plus seulement à limiter les causes du réchauffement. Elles s’organisent aussi pour en affronter les conséquences.
Peut-être est-ce là le véritable changement de notre époque.
Nous ne sommes plus uniquement dans une logique de prévention.
Nous sommes également entrés dans une logique de préparation.
On ne lutte plus, on s’adapte.
« Changement climatique : on ne lutte plus, on s’adapte. »
Le titre de cet article était volontairement provocateur : Changement climatique : on ne lutte plus, on s’adapte.
Pris au pied de la lettre, il est volontairement excessif.
Les politiques de réduction des émissions existent toujours et demeurent indispensables si l’on souhaite limiter l’ampleur du réchauffement à long terme.
En revanche, l’observation des politiques publiques révèle une évolution difficile à ignorer.
L’adaptation, longtemps considérée comme un simple complément, est devenue un axe majeur de l’action publique.
Ce glissement ne signifie pas que la lutte contre le changement climatique a pris fin.
Il montre que les gouvernements, les collectivités et de nombreux acteurs considèrent désormais qu’une partie des changements est déjà engagée et qu’il serait irresponsable de ne pas s’y préparer.
Au fond, la véritable question n’est peut-être plus de savoir s’il faut choisir entre atténuation et adaptation.
Elle est de déterminer si nos sociétés seront capables de mener les deux de front.
Continuer à réduire les émissions lorsque cela est possible. Mais ces capacité et volonté que nous avons à réduire notre empreinte sont tellement ridicules face à l’ampleur colossale du problème, que c’est une goutte d’eau dans un océan.
Et, dans le même temps, adapter nos villes, notre agriculture, notre gestion de l’eau, nos infrastructures et nos modes de vie à un climat qui évolue déjà.
Mais n’est-ce pas déjà trop tard ?
Car, au-delà des débats politiques ou scientifiques, une certitude s’impose.
Les générations futures ne jugeront probablement pas seulement notre capacité à annoncer des objectifs.
Elles jugeront surtout notre capacité à préparer le monde dans lequel elles sur-vivront.

2 commentaires
Enfin le principe de réalité !
Comme vous le dites, pendant 30 ans, les politiques en matière d’évolutions climatiques ont été influencées par les dogmes écologistes basés sur la pensée magique, les prophéties autoréalisatrices, en clair prendre ses désirs pour des réalités.
Les analyses des écologistes sur l’évolution du climat n’étaient pas fausses, mais leur biais gauchiste les conduisait inéluctablement vers leur objectif principal : emmerder les riches (décroissance, plus d’avions…) en ne se préoccupant pas des contraintes des moins riches (besoin de déplacement en voiture…)
La période actuelle est intéressante car elle met en perspective les réalités :
• oui, la planète se réchauffe avec les conséquences que l’on constate.
• Les mesures de limitation des émissions de gaz à effet de serre sont prises mais, elles mettent du temps à produire des effets, ce qui est normal.
• Malgré les engagements de 2016, la mise en œuvre des mesures est inégalement appliquée.
Conclusion : en attendant le constat des effets des mesures prises, il faut s’adapter au réchauffement et ses conséquences.
D’où les mesures récemment prises concernant, notamment la climatisation.
L’objectif est de survivre.
En attendant que les mesures prises et / ou à prendre produisent leurs effets.
Vu comme c’est parti, je ne suis pas franchement optimiste.
Mais, à cour terme, l’adaptation est la seule solution.
Les guerres et le lobby militaro industriel sont responsables pour environ 10 % du réchauffement climatique mondial cela représente 85 % du trafic automobile, c’est un tabou. Les nantis ce ne sont pas à la limite par ce qu’ils sont riches qu’ils sont responsables mais c’est le mode de vie de la plupart d’entre eux qui est en cause.
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