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Bolloré Bluebus : la fin des bus électriques à Ergué-Gabéric

de NHU Bretagne
7 minutes lire

Le dossier Bolloré Bluebus à Ergué-Gabéric connaît un tournant brutal.

Le groupe prévoit l’arrêt définitif de la production de ses autobus électriques, tandis que Blue Solutions va réduire ses effectifs. Deux plans de sauvegarde de l’emploi menacent officiellement 115 postes. Cette annonce intervient seulement deux ans après la présentation d’un investissement de 2,2 milliards d’euros dans les batteries solides de nouvelle génération.

À Ergué Gabéric / An Erge Vras, près de Kemper, l’annonce du 8 septembre 2026 met fin à quinze années d’ambition industrielle.
Près de 400 salariés seraient concernés par des reclassements ou des licenciements. Toutefois, le communiqué officiel de Bolloré annonce précisément 115 suppressions de postes envisagées : 74 chez Bluebus et 41 chez Blue Solutions.

Bolloré Bluebus en chiffres

2011 — création de Bluebus à Ergué Gabéric / An Erge Vras
Près de 700 — autobus électriques mis en circulation
74 postes — suppressions envisagées chez Bluebus
41 postes — suppressions envisagées chez Blue Solutions
17 contrats — transfert possible vers un repreneur européen
2,2 milliards d’euros — investissement annoncé en 2024 pour la Gen4

Pourquoi Bolloré Bluebus s’arrête à Ergué Gabéric / An Erge Vras

Depuis sa création en 2011, Bluebus a mis en circulation près de 700 autobus électriques de 6 et 12 mètres.
L’entreprise a donc joué un rôle pionnier dans la décarbonation des transports collectifs. Cependant, elle est restée un petit constructeur sur un marché qui réclame de gros volumes, une gamme étendue et une forte capacité commerciale. Quinze ans après son lancement, l’activité n’a jamais atteint la taille nécessaire pour répartir ses coûts industriels sur des séries suffisamment importantes.

Bolloré invoque trois raisons principales : un marché hexagonal moins dynamique qu’attendu, une concurrence intense et une forte pression sur les prix.
Face à Iveco Bus, Solaris, Mercedes-Benz, MAN ou aux fabricants chinois, Bluebus disposait de moyens et de volumes plus limités. Dès lors, chaque appel d’offres devenait plus difficile à remporter.
Cette fragilité rappelle, en négatif, combien Saint-Nazaire demeure un moteur industriel de la Bretagne grâce à des filières puissantes et structurées.

La fabrication s’arrête, une petite activité demeure

La production des autobus doit cesser définitivement.
Néanmoins, Bolloré conservera une organisation réduite afin d’assurer le service après-vente et le suivi des véhicules en circulation. Le groupe ne quitte donc pas immédiatement ses clients, mais il abandonne le métier de constructeur. Un plan de sauvegarde de l’emploi portant sur 74 postes a été présenté aux représentants du personnel de Bluebus. La consultation devra encore préciser le nombre final de licenciements et les solutions de reclassement.

Par ailleurs, un industriel européen étudie la reprise d’une partie des actifs ainsi que de l’activité de recherche et développement.
Cette opération pourrait entraîner le transfert de 17 contrats de travail. Elle limiterait donc le nombre de suppressions chez Bluebus, sans sauver l’assemblage des véhicules à Ergué Gabéric / An Erge Vras. Autrement dit, une fraction des compétences techniques pourrait subsister, mais la Bretagne perdrait bien une activité complète de fabrication de véhicules électriques.

Les incendies de 2022 ont-ils pesé sur Bluebus ?

Le communiqué de Bolloré ne mentionne pas les incendies de deux Bluebus de la RATP survenus à Paris en avril 2022.
Après ces deux sinistres, l’opérateur parisien avait retiré temporairement 148 véhicules de la circulation. Des modifications avaient ensuite permis leur retour progressif en service. Il serait donc excessif de présenter ces incendies comme la cause directe de la fermeture annoncée quatre ans plus tard. Le groupe avance d’abord des raisons de taille, de marché et de prix.

Cependant, ces événements ont pu fragiliser l’image commerciale de la marque.
Les grandes commandes publiques reposent sur le prix, mais aussi sur la fiabilité, la sécurité et la capacité à assurer durablement la maintenance. Dans un secteur déjà très concurrentiel, une interruption aussi visible ne pouvait être neutre. Elle s’est ajoutée aux limites d’un constructeur resté dépendant de quelques grands clients et incapable d’atteindre les volumes de ses principaux concurrents.

Blue Solutions : de 1 500 emplois promis à 41 suppressions

Le contraste est encore plus saisissant chez Blue Solutions.
En mai 2024, l’entreprise avait présenté à Ergué Gabéric / An Erge Vras un programme de plus de 2,2 milliards d’euros. Celui-ci visait près de 1 500 créations d’emplois d’ici 2032. Une ligne pilote et un centre de recherche devaient voir le jour dans le Finistère. Ensuite, une usine géante devait produire les batteries solides Gen4 en Alsace à partir de 2030, avec une capacité annuelle annoncée de 25 GWh.

Cette production aurait représenté les batteries d’environ 250 000 voitures électriques par an.
En 2024, Blue Solutions présentait même ce programme comme le premier projet d’investissement industriel annoncé dans l’Hexagone. Deux ans plus tard, le vocabulaire a profondément changé. L’entreprise ouvre un plan visant 41 suppressions de postes et souhaite conduire la Gen4 jusqu’à son industrialisation avec un partenaire investisseur. La technologie n’est donc pas abandonnée, mais son financement et son déploiement ne sont plus assurés selon le schéma initial.

La batterie solide reste une promesse très coûteuse

Sur le papier, la Gen4 conserve de sérieux atouts.
Blue Solutions annonce une densité énergétique supérieure aux meilleures batteries lithium-ion, une autonomie pouvant approcher 1 000 kilomètres et une recharge en une vingtaine de minutes. Dès 2024, l’entreprise cherchait pourtant à lever plus de 100 millions d’euros et discutait avec plusieurs constructeurs automobiles, selon Reuters. La recherche d’un allié financier ne constitue donc pas une idée nouvelle.
Toutefois, le passage d’un prototype performant à des millions de cellules demeure extrêmement difficile.
Il faut garantir la sécurité, la durée de vie, la rapidité de fabrication et un prix compétitif. Surtout, les investissements nécessaires se comptent en milliards d’euros, face à une industrie asiatique déjà dominante. Blue Solutions a besoin d’un partenaire capable d’apporter du capital, des commandes et une véritable puissance industrielle. Sans cet allié, le vaste programme annoncé en 2024 paraît désormais très incertain.

La Bretagne innove, mais conserve t-elle ses décisions ?

L’affaire Bluebus rejoint une question économique déjà rencontrée par NHU Bretagne.
Notre pays sait faire naître des entreprises, des technologies et des savoir-faire. En revanche, il peine à réunir les capitaux et les leviers nécessaires pour les conserver durablement. Le récent rachat d’Olmix avait déjà illustré ce risque : la Bretagne invente, mais les décisions stratégiques peuvent finalement partir ailleurs.
Pourtant, les ressources ne manquent pas.
NHU Bretagne estime à environ 530 milliards d’euros les actifs financiers détenus par les ménages bretons. Une part minime de cette somme suffirait à renforcer plusieurs filières d’avenir. La question consiste donc à savoir comment orienter davantage l’épargne des Bretons vers l’économie bretonne. Sans outils financiers puissants et sans centres de décision proches, les projets prometteurs restent dépendants de choix effectués ailleurs.

Une alerte industrielle majeure pour la Bretagne

À court terme, l’urgence concerne les salariés et leurs familles.
Les procédures de consultation devront préciser les reclassements, les départs et les conditions d’une éventuelle reprise. Les 115 suppressions annoncées constituent donc un projet, et non encore le bilan social définitif. Cependant, le choc dépasse déjà les seuls postes supprimés. Des centaines de salariés voient leur métier, leur affectation ou leur avenir professionnel remis en question.

À plus long terme, la Bretagne risque de perdre une activité de construction de véhicules électriques et une partie de compétences industrielles rares. Le précédent de Gad a pourtant montré combien la disparition d’un grand site peut laisser des traces durables. Il a aussi démontré que la Bretagne peut reconstruire des filières lorsqu’elle préserve ses savoir-faire et leur donne de nouveaux débouchés.
Encore faut-il anticiper avant que les équipes ne se dispersent.

L’arrêt de Bolloré Bluebus referme ainsi une aventure industrielle commencée à Ergué Gabéric / An Erge Vras en 2011.
Surtout, il révèle la fragilité des grandes promesses de réindustrialisation. Une technologie ne peut s’imposer sans les volumes, les clients et les capitaux nécessaires. L’avenir de la Gen4 dépendra maintenant du partenaire que Bolloré parviendra à convaincre. Il dépendra aussi de la place qui restera réellement à Ergué Gabéric / An Erge Vras dans le futur projet.

Sources : Groupe Bolloré, Blue Solutions, Reuters
Photo header : Pymouss – Wikimedia Commons – CC BY 4.0

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