Série spéciale : nord de l’Irlande, comprendre un conflit
Article 5 sur 8
À travers cette série, NHU Bretagne propose de mieux comprendre l’histoire, les mémoires, les fractures et les enjeux actuels du nord de l’Irlande. Une région souvent réduite à quelques clichés, alors que son passé comme son avenir éclairent des questions politiques majeures en Europe.
Sommaire
Les Troubles : trente ans de violence au nord de l’Irlande
Pendant près de trente ans, le nord de l’Irlande a vécu au rythme des attentats, des assassinats, des émeutes et des opérations militaires.
De la fin des années 1960 à l’Accord du Vendredi saint de 1998, les Troubles ont fait plus de 3 500 morts. Pourtant, présenter ce conflit comme une guerre entre catholiques et protestants ne permet pas d’en comprendre les causes profondes.
Derrière la fracture religieuse se trouve d’abord une question politique et nationale : le nord de l’Irlande doit-il rester dans le Royaume Uni ou rejoindre le reste de l’île au sein d’une Irlande réunifiée ? Cette opposition plonge ses racines dans une histoire beaucoup plus ancienne. La bataille de la Boyne et la mémoire qu’elle a laissée permettent déjà de comprendre une partie de cette fracture.
Il faut également remonter aux Plantations d’Ulster, à l’installation de populations venues de Grande Bretagne puis à la partition de l’île.
Pourquoi l’Ulster est resté britannique revenait précisément sur cette construction historique et sur la naissance de l’Irlande du Nord.
À partir de 1968, une autre question met le feu aux poudres. Une partie de la population catholique dénonce les discriminations dans le logement, l’emploi et la représentation politique. Le mouvement des droits civiques réclame l’égalité. Les tensions deviennent rapidement incontrôlables et ouvrent une période de violence qui durera près de trois décennies.
Quand les droits civiques mettent le feu aux poudres
Une société profondément inégalitaire
En 1968, l’Irlande du Nord existe depuis près d’un demi-siècle.
Ses institutions ont été dominées depuis leur création par les unionistes, attachés au maintien dans le Royaume Uni. La population catholique et nationaliste constitue cependant une importante minorité, majoritaire dans certains secteurs, notamment à Derry / Doire.
Les griefs se sont accumulés.
L’accès aux logements publics et à certains emplois, le découpage électoral ou encore les règles du vote local sont particulièrement contestés. Le rapport Cameron, commandé après les premières violences, reconnaîtra que plusieurs de ces revendications reposaient sur des motifs réels.
La Northern Ireland Civil Rights Association, créée en 1967, réclame notamment le suffrage universel aux élections locales, une attribution équitable des logements sociaux et des mesures contre les discriminations dans l’emploi. Le mouvement s’inspire en partie des campagnes internationales pour les droits civiques.
Mais derrière ces revendications apparaît une fracture beaucoup plus ancienne.
Pour une partie du mouvement nationaliste et, plus encore, pour les républicains, ces inégalités s’inscrivent dans l’histoire d’une île conquise puis colonisée en partie par la Couronne britannique avant d’être divisée.
La dimension coloniale affleure ainsi derrière le conflit, même si cette lecture est profondément rejetée par les unionistes. Elle mérite à elle seule une enquête : NHU Bretagne reviendra prochainement sur cette question et, plus largement, sur ce qui permet historiquement de définir une colonie.
1968 : les manifestations commencent
Le 5 octobre 1968, une manifestation pour les droits civiques interdite par les autorités se tient malgré tout à Derry / Doire. La Royal Ulster Constabulary intervient. Les images de policiers frappant des manifestants sont diffusées à la télévision et donnent soudain une audience considérable au mouvement.
Les mois suivants voient se succéder manifestations, contre-manifestations et affrontements. Des réformes sont engagées, mais la dynamique de confrontation est déjà enclenchée. À Derry puis à Belfast / Béal Feirste, la violence augmente.
En août 1969, plusieurs jours d’émeutes dans le Bogside, quartier nationaliste de Doire, transforment les rues en champ de bataille. Le 14 août, Londres déploie finalement l’armée anglaise. Des soldats sont d’abord accueillis avec soulagement par une partie des habitants catholiques, qui espèrent être protégés des violences.
Cette relation ne va pas durer.
Belfast bascule dans la violence
De protectrice à force ennemie
Contrôles, fouilles et opérations militaires se multiplient.
À Belfast / Béal Feirste, certains quartiers se barricadent. En juillet 1970, le couvre-feu imposé dans le secteur de Falls contribue encore à détériorer les relations entre l’armée et la population nationaliste.
Progressivement, les soldats anglais que certains avaient accueillis comme des protecteurs deviennent, aux yeux d’une partie de cette population, les représentants armés de Londres. Pour les républicains, leur présence renvoie directement à l’histoire de la domination britannique sur l’Irlande.
Tous les catholiques ne partagent pourtant ni cette analyse ni le choix de la lutte armée. Beaucoup souhaitent avant tout l’égalité et la sécurité. À l’inverse, les unionistes considèrent la présence de l’armée comme légitime puisque, pour eux, l’Irlande du Nord appartient pleinement au Royaume-Uni.
C’est justement cette division persistante du nord de l’Irlande qui permet de comprendre pourquoi les mêmes soldats peuvent être considérés comme protecteurs dans un quartier et comme force d’occupation dans un autre.
IRA et groupes loyalistes : l’engrenage paramilitaire
À la fin de 1969, l’Irish Republican Army se divise.
La Provisional IRA, bientôt dominante dans la lutte armée républicaine, veut défendre les quartiers nationalistes mais poursuit surtout un objectif politique : mettre fin à la souveraineté britannique sur les six comtés et réunifier l’Irlande.
Attentats, tirs contre les forces de sécurité et assassinats deviennent les instruments de cette stratégie. Face à elle, les organisations paramilitaires loyalistes intensifient également leurs actions. L’Ulster Volunteer Force (UVF), puis l’Ulster Defence Association (UDA), s’en prennent notamment à des civils catholiques.
En août 1971, le gouvernement nord-irlandais introduit l’internement sans procès.
L’opération vise initialement presque exclusivement le camp républicain. Loin d’affaiblir durablement l’IRA, cette politique nourrit la colère et contribue à radicaliser une partie de la population.
La revendication d’égalité des droits se trouve désormais prise dans un conflit beaucoup plus vaste. Les quartiers se séparent, les organisations armées recrutent et l’armée britannique s’installe durablement.
1972, l’année où tout bascule
Bloody Sunday à Derry / Doire
Le 30 janvier 1972, une marche contre l’internement est organisée à Derry / Doire. Des milliers de personnes participent à cette manifestation pour les droits civiques. Des soldats du 1er bataillon du Parachute Regiment sont déployés dans la ville.
En quelques minutes, la journée bascule. Les soldats ouvrent le feu. Treize personnes meurent ce jour-là et une quatorzième succombera plus tard à ses blessures.
Pendant des décennies, les circonstances des tirs alimentent une bataille politique et judiciaire. L’enquête Saville, ouverte en 1998, aboutit finalement en 2010. Le Premier ministre britannique David Cameron reconnaît alors devant la Chambre des communes que les tirs étaient injustifiés et injustifiables et présente les excuses du gouvernement britannique.
Bloody Sunday devient un événement majeur de la mémoire nationaliste. Surtout, il renforce considérablement l’hostilité envers l’armée britannique et favorise le recrutement de la Provisional IRA.
Pour certains jeunes nationalistes, l’idée qu’une réforme pacifique du système puisse suffire perd alors une grande partie de sa crédibilité.
L’année la plus meurtrière
Bloody Sunday n’est que le début d’une année terrible. En mars, Londres suspend le Parlement nord-irlandais de Stormont et impose l’administration directe depuis Westminster.
Le 21 juillet, la Provisional IRA déclenche à Belfast / Béal Feirste ce qui restera comme Bloody Friday. Vingt-deux bombes explosent en environ 75 minutes. Neuf personnes sont tuées et environ 130 blessées.
Quelques jours plus tard, trois voitures piégées explosent à Claudy / Clóidigh, dans le comté de Derry. Neuf personnes meurent. Le même jour, l’armée britannique lance l’Operation Motorman afin de reprendre le contrôle de secteurs de Béal Feirste et Derry jusque-là largement soustraits à l’autorité des forces de sécurité.
L’engrenage est désormais complet : l’armée anglaise tue des civils, l’IRA multiplie attentats et assassinats, tandis que les organisations loyalistes frappent à leur tour des civils catholiques.
Les deux mémoires de 1916 que nous avons racontées dans Somme contre Pâques 1916 : deux mémoires irréconciliables trouvent alors une traduction contemporaine particulièrement violente : deux conceptions de l’appartenance nationale continuent de s’affronter, mais désormais dans les rues.
Une guerre au coin de la rue
Attentats, assassinats et représailles
Après 1972, la violence n’atteint pas chaque année la même intensité. Elle s’installe cependant dans la durée. Les Troubles deviennent une réalité quotidienne faite d’attentats, de fusillades, de contrôles militaires et d’assassinats ciblés.
La Provisional IRA poursuit sa campagne contre la présence britannique. Ses principales cibles sont les soldats, la police et ceux qu’elle considère comme participant à l’appareil britannique. Mais ses opérations tuent également de nombreux civils. La violence franchit même la mer d’Irlande pour frapper directement l’Angleterre.
Les organisations loyalistes répondent par leur propre campagne.
L’UVF et l’UDA assassinent notamment des catholiques sans aucun lien avec une organisation républicaine. Dans cette logique, une religion supposée, un nom ou une adresse peuvent suffire à désigner une victime.
Forces britanniques et police nord-irlandaise participent elles aussi à cette histoire violente. Arrestations, opérations militaires et renseignement deviennent permanents. Les accusations de mauvais traitements, de tirs injustifiés et de collusion avec des paramilitaires loyalistes alimentent parallèlement la défiance du camp nationaliste.
Parler seulement de catholiques contre protestants devient alors particulièrement trompeur. La religion constitue un puissant marqueur communautaire, mais l’enjeu est politique : les républicains veulent une Irlande réunifiée ; les unionistes veulent rester au sein du Royaume-Uni.
Des civils au cœur du conflit
La majorité des habitants n’appartient pourtant à aucune organisation armée. Ce sont eux qui vivent avec les conséquences du conflit. Un déplacement peut signifier un contrôle militaire. Un véhicule abandonné peut provoquer une alerte à la bombe. Dans certains quartiers, les enfants grandissent avec soldats, blindés et barricades comme éléments ordinaires du paysage.
Les chiffres donnent la mesure du drame.
La base CAIN de l’Ulster University recense plus de 3 500 morts liés aux Troubles. Une majorité des personnes tuées étaient des civils, et des dizaines de milliers d’autres ont été blessées.
Certaines attaques restent particulièrement présentes dans les mémoires. Les attentats de Birmingham tuent 21 personnes en 1974. En 1979, l’IRA assassine Lord Mountbatten dans le comté de Sligo tandis que 18 soldats britanniques meurent le même jour à Warrenpoint.
En 1987, une bombe de l’IRA explose pendant les cérémonies du Remembrance Sunday à Enniskillen / Inis Ceithleann. Douze personnes mourront des suites de l’attentat.
La violence loyaliste connaît également des épisodes meurtriers.
En octobre 1993, l’UDA tue huit personnes au Rising Sun Bar de Greysteel. L’attaque intervient une semaine après l’explosion d’une bombe de l’IRA sur Shankill Road à Belfast / Béal Feirste, qui avait fait dix morts, dont l’un des auteurs.
La logique des représailles paraît alors pouvoir se perpétuer indéfiniment.
Comment sortir de l’engrenage ?
Quand la perspective militaire atteint ses limites
Les tentatives de règlement politique n’ont pourtant pas attendu les années 1990. Dès les années 1970, Londres et Dublin / Baile Átha Cliath recherchent des formules permettant de restaurer des institutions acceptables par les deux communautés.
L’accord de Sunningdale de 1973 prévoit ainsi un partage du pouvoir et une coopération avec la République d’Irlande. Il s’effondre quelques mois plus tard face à une forte opposition unioniste et à la grève de l’Ulster Workers’ Council.
En 1985, l’accord anglo-irlandais accorde à Dublin / Baile Átha Cliath un rôle consultatif dans certaines affaires nord-irlandaises.
Surtout, le principe selon lequel le statut du nord de l’Irlande ne pourra être modifié sans le consentement d’une majorité de sa population s’impose progressivement.
Parallèlement, des contacts discrets se développent.
John Hume, dirigeant du SDLP, dialogue avec Gerry Adams, président du Sinn Féin. Londres et Dublin multiplient eux aussi les échanges.
Une réalité finit par s’imposer : aucun camp ne parvient à atteindre ses objectifs par la force. Le Royaume Uni n’a pas éliminé l’IRA. L’IRA n’a pas contraint Londres à quitter le nord de l’Irlande. Les paramilitaires loyalistes n’ont pas davantage fait disparaître le mouvement nationaliste.
1994 : les armes commencent à se taire
Le 31 août 1994, la Provisional IRA annonce une cessation complète de ses opérations militaires. Quelques semaines plus tard, les principales organisations paramilitaires loyalistes annoncent à leur tour un cessez-le-feu.
Pour la première fois depuis une génération, une sortie du conflit paraît possible. Rien n’est pourtant acquis. La méfiance reste considérable et l’IRA rompt son cessez-le-feu en février 1996 avec l’attentat de Canary Wharf, à Londres.
Le processus politique survit.
Après l’arrivée de Tony Blair au pouvoir en 1997, l’IRA rétablit son cessez-le-feu et le Sinn Féin rejoint les négociations. Les gouvernements anglais et irlandais, les partis nord-irlandais et le médiateur américain George Mitchell entrent alors dans la phase décisive.
Une idée nouvelle finit par remplacer la logique militaire : aucune solution constitutionnelle ne pourra être imposée durablement par un seul camp.
Le 10 avril 1998, l’Accord du Vendredi saint est finalement conclu. Après trente années de violence, le conflit quitte progressivement la rue pour retourner dans les institutions et les urnes.
Trente années qui ont laissé des cicatrices
Une société profondément marquée
Un accord politique ne peut cependant effacer trente années de violence. Derrière les quelque 3 500 morts se trouvent autant de familles et de quartiers touchés par les assassinats, les attentats et les représailles.
La géographie urbaine porte toujours cette histoire.
À Belfast / Béal Feirste, des quartiers nationalistes et unionistes restent séparés par des peace walls, dont les premiers ont été construits au début des Troubles. Portes, fresques murales, mémoriaux et drapeaux matérialisent encore des appartenances différentes.
La paix a donc mis fin à l’essentiel de la violence organisée, mais pas aux mémoires. Bloody Sunday, les attentats de l’IRA, les assassinats loyalistes ou les opérations de l’armée britannique appartiennent à une histoire commune sans produire nécessairement une mémoire commune.
C’est ce paradoxe qui explique une grande partie de la situation actuelle.
La paix ne règle pas la question de fond
Pour arrêter la violence, l’Accord du Vendredi Saint n’a pas prétendu résoudre définitivement la question nationale. Il a inventé un mécanisme permettant aux deux projets politiques de continuer à exister sans chercher à s’imposer par les armes.
Les unionistes peuvent défendre l’appartenance au Royaume Uni. Les nationalistes et les républicains peuvent défendre une Irlande réunifiée. Le changement fondamental tient désormais au moyen employé : le statut constitutionnel doit dépendre du consentement démocratique.
Cette évolution permet également de comprendre pourquoi réduire les Troubles à une guerre de religion conduit à une impasse. Catholiques et protestants sont des marqueurs communautaires essentiels, mais le conflit porte aussi sur la souveraineté, l’identité nationale et l’avenir politique de l’île.
En arrière-plan demeure une histoire commencée bien avant 1968 : conquête de l’Irlande, Plantations d’Ulster, colonisation de peuplement, domination britannique puis partition.
La lecture coloniale constitue ainsi l’une des grilles d’interprétation du conflit, particulièrement dans la tradition républicaine irlandaise. Les unionistes la contestent et considèrent leur appartenance au Royaume Uni comme légitime.
Cette question mérite donc mieux qu’une formule.
NHU Bretagne lui consacrera prochainement une enquête spécifique : qu’est-ce exactement qu’une colonie et à partir de quels critères peut-on employer ce terme ?
Comprendre les Troubles pour comprendre le nord de l’Irlande
Pendant longtemps, l’image des Troubles en Europe s’est résumée aux voitures piégées, aux soldats britanniques dans Belfast / Béal Feirste ou aux hommes cagoulés de l’IRA. Cette représentation spectaculaire masque pourtant l’essentiel : derrière la violence se trouvait une question politique que les armes n’ont jamais réussi à résoudre.
Pendant près de trente ans, organisations républicaines, groupes paramilitaires loyalistes et forces britanniques ont participé, selon des responsabilités et des logiques différentes, à un engrenage dont les civils ont payé une part considérable.
L’Accord du Vendredi Saint ne supprime ni l’unionisme ni le nationalisme irlandais. Il organise leur coexistence et substitue le consentement démocratique à la confrontation armée. Le nord de l’Irlande peut ainsi être aujourd’hui en paix tout en restant profondément divisé.
Plus d’un quart de siècle après l’accord, les murs, les drapeaux et les mémoires rappellent toujours les Troubles. Pourtant, une génération entière a grandi sans connaître la violence quotidienne vécue par ses parents ou ses grands-parents. Et la question autrefois disputée par les armes appartient désormais au débat démocratique : maintien dans le Royaume-Uni ou, si les conditions prévues par l’accord sont réunies, réunification de l’Irlande.
Dans le prochain épisode, nous irons justement dans les rues de Belfast / Béal Feirste pour observer ce que la paix a réellement changé et ce qu’elle n’a toujours pas réussi à effacer.
À suivre : 6/8, Belfast aujourd’hui : une ville encore séparée.
Sources et références
– Quis Separabit ? Loyalisme et unionisme en Irlande du Nord, Yann Vallerie
– Travaux de Jonathan Bardon
– Base de données CAIN de Ulster University
– Analyses de BBC et RTÉ
Pennskeudenn krouet gant / Illustration principale générée par ChatGPT5.3 pour et par NHU Bretagne
Les épisodes de notre série spéciale : nord de l’Irlande, comprendre un conflit.
1 – Pourquoi la division persiste encore aujourd’hui
2 – La bataille de la Boyne /An Bhóinn : un mythe fondateur toujours vivant
3 – Pourquoi l’Ulster a refusé l’indépendance de l’Irlande
4 – Somme contre Pâques 1916 : deux mémoires irréconciliables
5 – Les Troubles : la guerre oubliée d’Europe occidentale
6 – Belfast aujourd’hui : une ville encore séparée
7 – Vers une réunification de l’Irlande ?
8 – Pourquoi la France comprend mal le nord de l’Irlande

Soutenir NHU Bretagne via HelloAsso · via PayPal · via Tipeee