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Celtic Interconnector : la Bretagne au cœur d’un câble stratégique entre Irlande et Europe
Le projet Celtic Interconnector entre désormais dans une phase concrète.
En effet, les travaux ont commencé en Bretagne. Pourtant, derrière ce câble sous-marin présenté comme stratégique, une question essentielle demeure : la Bretagne est-elle actrice… ou simple point de passage ?
Un câble électrique géant au cœur de la mer Celtique
Le Celtic Interconnector est un projet d’interconnexion électrique entre deux pays : l’Irlande et la Bretagne, en traversant la Mer Celtique.
Concrètement, il s’agit d’un câble sous-marin d’environ 575 kilomètres. Celui-ci reliera La Martyre / Ar Merzher, dans le Finistère, à la région de Cork / Corcaigh, au sud de l’Irlande.
Sa capacité annoncée atteint 700 mégawatts.
Autrement dit, il peut alimenter plusieurs centaines de milliers de foyers. De plus, il fonctionne en courant continu haute tension. Cette technologie permet de transporter l’électricité sur de longues distances avec moins de pertes.
Ainsi, ce type de liaison est aujourd’hui privilégié pour les interconnexions maritimes. Par ailleurs, il permet de contrôler précisément les flux d’électricité entre deux zones. Ce point est crucial dans un marché énergétique désormais libéralisé.
Une Irlande en quête de sécurité énergétique
L’Irlande se trouve dans une situation particulière en Europe. En effet, elle reste largement isolée sur le plan énergétique. Jusqu’à présent, elle dépendait fortement de ses connexions avec la Grande Bretagne.
Cependant, le Brexit a rebattu les cartes. Désormais, Dublin cherche à sécuriser ses approvisionnements. Le Celtic Interconnector s’inscrit donc dans cette logique. Il constitue une première liaison directe avec l’Europe continentale.
Dans le même temps, la demande en électricité explose en Irlande.
Cette hausse s’explique notamment par le développement massif des data centers. Ces infrastructures consomment des quantités considérables d’énergie.
Ainsi, l’Irlande a besoin d’un réseau plus robuste. Elle cherche aussi à diversifier ses sources. Dès lors, ce câble apparaît comme un outil stratégique majeur.
Une Bretagne au centre du dispositif… mais sans contrôle
Sur le papier, la Bretagne occupe une position centrale. En effet, elle devient la porte d’entrée de cette interconnexion en France. Pourtant, cette position ne signifie pas pour autant un véritable pouvoir.
Car les décisions sont prises ailleurs, comme toujours ou presque.
Le projet est piloté par le gestionnaire du réseau français. Celui-ci dépend directement de l’État central. Par conséquent, la Bretagne n’a qu’une influence très limitée.
De plus, les flux d’électricité ne seront pas décidés localement. Ils dépendront des prix du marché européen. Autrement dit, ce sont les logiques économiques qui primeront.
Ainsi, la Bretagne produit, transporte… mais ne décide pas.
Cette réalité pose une question fondamentale. Peut-on parler de bénéfice local dans ces conditions ?
Un chantier désormais bien avancé en Bretagne
Aujourd’hui, le projet n’est plus théorique. En effet, les travaux ont franchi une étape décisive. La pose des câbles sous-marins a débuté. Elle mobilise notamment des navires spécialisés comme La Calypso.
Par ailleurs, les infrastructures terrestres sont déjà largement avancées. Environ 90 % des travaux seraient achevés. Cette progression confirme un calendrier désormais bien engagé.
La mise en service est prévue autour de 2028. Ainsi, le projet entre dans sa phase finale. Dès lors, il devient difficile de remettre en question sa réalisation.
Cependant, cette avancée soulève aussi des interrogations.
La Bretagne a-t-elle réellement choisi ce projet ?
Ou bien le subit-elle dans une logique hexagonale et européenne ?
1,6 milliard d’euros : qui finance, qui profite ?
Le coût total du Celtic Interconnector est estimé à environ 1,6 milliard d’euros. Une partie importante de ce financement provient de l’Union européenne. Celle-ci a déjà engagé plus de 530 millions d’euros.
Officiellement, ce soutien s’inscrit dans une logique de solidarité énergétique. L’objectif est de renforcer les interconnexions entre pays européens. Cela permettrait d’assurer une meilleure stabilité du réseau.
Cependant, cette vision mérite d’être nuancée. En réalité, les principaux bénéficiaires sont souvent les grands opérateurs. Ce sont eux qui arbitrent les flux en fonction des prix.
Ainsi, l’électricité circule vers les zones les plus rentables. Elle ne va pas nécessairement là où elle est produite. Dès lors, la question du bénéfice local se pose à nouveau.
Qui finance réellement le Celtic Interconnector ?
De nouveaux éléments permettent aujourd’hui d’affiner la lecture du projet. En effet, derrière l’affichage d’un grand projet européen, la réalité du financement apparaît plus contrastée.
Selon plusieurs sources concordantes, le coût total du Celtic Interconnector, estimé à 1,6 milliard d’euros, serait réparti entre plusieurs acteurs publics et privés.
- Union européenne (CEF) : environ 530 millions d’euros
- EirGrid (Irlande) : environ 400 millions d’euros
- Région Bretagne : environ 400 millions d’euros
- Banques (Barclays, Danske Bank) : environ 400 millions d’euros
- RTE (France) : contribution limitée
- BNP Paribas : participation marginale
Autrement dit, la Bretagne contribue directement et significativement à une infrastructure stratégique présentée comme européenne.
Pourtant, dans les faits, ce câble vise avant tout à sécuriser l’approvisionnement électrique de l’Irlande, historiquement isolée du réseau continental.
Ce déséquilibre interroge. Car si les bénéfices sont partagés sur le papier, l’intérêt stratégique principal semble clairement orienté vers Dublin.
La Bretagne finance, l’Irlande sécurise.
Dans ce contexte, une question se pose : qui décide réellement des priorités énergétiques en Bretagne ? Et surtout, au bénéfice de qui ces infrastructures sont-elles construites ?
Une communication officielle à relativiser
Du côté des institutions, le projet est présenté comme un symbole de solidarité européenne et de transition énergétique.
Cependant, cette communication met peu en avant la répartition réelle des financements ni les rapports de force économiques sous-jacents.
Or, comme souvent, quelques projets emblématiques suffisent à masquer une réalité plus large : celle d’une Bretagne intégrée dans des stratégies énergétiques décidées à Paris et à Bruxelles.
Ainsi, derrière les discours officiels, le Celtic Interconnector illustre une tendance de fond : celle d’un pays utilisé comme point d’appui technique, sans réelle maîtrise des décisions.
Interdépendance ou dépendance déguisée ?
Officiellement, le Celtic Interconnector est présenté comme une liaison équilibrée. L’électricité pourra circuler dans les deux sens. Cela crée une forme d’interdépendance entre l’Irlande et l’Hexagone.
Cependant, cette symétrie reste théorique. En pratique, les flux dépendront des besoins et des prix. Il peut donc exister des déséquilibres importants.
Par exemple, l’Irlande pourrait importer massivement en période de tension. À l’inverse, elle pourrait exporter lors de pics de production renouvelable. Dans tous les cas, le marché reste le véritable arbitre.
Ainsi, le câble ne garantit pas une relation équilibrée. Il crée surtout un lien supplémentaire dans un système déjà complexe.
La Bretagne face à un réseau énergétique qui la dépasse
Le Celtic Interconnector ne doit pas être vu isolément. Il s’inscrit dans un réseau européen en pleine expansion. De nombreuses interconnexions sont en cours ou à l’étude.
Dans ce contexte, la Bretagne pourrait devenir un hub énergétique. Elle serait alors un point de passage entre différentes zones. Cependant, cette position comporte des risques.
Car être un hub ne signifie pas maîtriser les décisions. Cela peut même renforcer une dépendance. La Bretagne pourrait accueillir des infrastructures sans en tirer pleinement profit.
Par ailleurs, le développement de l’éolien en mer va accentuer ces enjeux. L’électricité produite pourrait être exportée directement. Elle ne bénéficierait pas nécessairement aux habitants.
Une puissance énergétique sans pouvoir politique ?
La Bretagne dispose pourtant de nombreux atouts. Elle produit de l’énergie, possède un potentiel maritime considérable et se situe aussi à un carrefour maritime stratégique.
Cependant, ces atouts restent sous-exploités localement. Les décisions sont prises par le pouvoir central à Paris. Elles s’inscrivent dans une logique hexagonale hyper centralisée et parisiano-centrée, voire européenne.
Ainsi, la Bretagne n’est pas maîtresse de son destin énergétique.
Elle participe à un système qu’elle ne contrôle pas. Cette situation interroge sur son avenir.
Faut-il se contenter d’être un simple relais ?
Ou bien revendiquer une capacité de décision ?
La question mérite d’être posée.
Le Celtic Interconnector, symbole d’un modèle à repenser
Au final, le Celtic Interconnector dépasse largement la technique. Il révèle un modèle énergétique centralisé. Il met aussi en lumière les limites de ce système.
D’un côté, il renforce les connexions entre pays. Il améliore la sécurité globale.
De l’autre, il éloigne les décisions des territoires concernés.
Ainsi, la Bretagne se retrouve au cœur d’un projet majeur. Pourtant, elle n’en maîtrise ni les règles, ni les objectifs. Cette contradiction est frappante. Il en est de même pour l’éolien en mer.
Dès lors, une réflexion s’impose.
Comment faire en sorte que ces infrastructures profitent réellement aux Bretons ?
Comment redonner du pouvoir aux acteurs locaux ?
Une question simple, mais essentielle
Le Celtic Interconnector reliera l’Irlande à l’Europe.
C’est un fait. Il renforcera aussi les échanges d’électricité. C’est également indéniable.
Mais une question demeure.
La Bretagne est-elle un acteur de ce projet… ou simplement un territoire traversé ?

2 commentaires
vous parlez ici de la Bretagne croupion.
La Bretagne, la seule Bretagne comprenant donc évidemment la Loire Atlantique, est bien plus proche de l’équilibre et peut-être même excédentaire.
Si vous avez les chiffres, je suis preneur.
Bonsoir Jean. Non, ce chiffre parle de la Bretagne. A NHU Bretagne nous n’en connaissons qu’une. Merci de votre commentaire et merci de nous suivre. A galon.