Sabella, une PME bretonne dans l’aventure de l’énergie hydrolienne en mer

Cette entreprise quimpéroise d’environ quinze personnes, est en pointe dans le domaine de l’énergie hydrolienne. La Sabella D10 est la première hydrolienne française à avoir alimenté un réseau électrique. En fait cette installation de dix mètres de diamètre a été assemblée au port de Brest et immergée de juin 2015 à juillet 2016 par 55 mètres de fond dans le passage du Fromveur. Par ailleurs elle a fourni 70 MWh à l’ile d’Ouessant. C’est une réussite technologique qui place l’entreprise à l’avant-garde dans le développement de cette énergie.

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                                                                                                       L’hydrolienne bretonne de Sabella- Crédit photo : Sabella

Cette situation reflète également les débuts laborieux de la filière en France. « Toujours les seuls… » postait la société sur son compte twitter le 6 janvier. Puis trois jours plus tard un article du site Les Échos titrait «les projets hydroliens peinent à démarrer dans l’hexagone» (1). Car seul « Sabellix » résiste à la « courte vue » et à la « frilosité » dans ce domaine novateur.

Rien n’est simple

Des projets de ferme hydrolienne sont envisagés dans les trois zones identifiées comme les plus  propices à leur développement.

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Potentiels hydroliens en Manche et Bretagne Crédit : NewsIdernergy 2011 via le site de l’ENSEEIHT

Pendant l’année de fonctionnement dans la passe du Fromveur, l’équipe de Sabella a été confrontée à la bêtise humaine. Ainsi l’ordinateur permettant la connexion par satellite avec le système de pilotage de l’hydrolienne a été « hacké » en octobre 2015. Donc son remplacement a été nécessaire. L’installation a été sortie de l’eau au bout d’un an seulement. Sur le plan matériel, la détérioration d’un câble lors de l’immersion n’a pas permis de faire correctement le suivi environnemental. Ce câble dégradé a abouti à l’arrêt de l’alimentation électrique de l’ile d’Ouessant à partir de février 2016.
Seulement 5% des besoins de l’ile, au lieu des 15% espérés, ont pu être fournis.

Remise à l’eau de la Sabella D10 bientôt.

L’autorisation administrative de mise en place de l’installation dans la zone n’était valable que jusqu’au 21 septembre 2016. Une enquête publique vient d’avoir lieu pour autoriser un maintien jusqu’à 2019. La remise à l’eau de la SABELLA D10 est prévue au printemps 2017. Les autorisations auront normalement été obtenues et les conditions météorologiques seront plus favorables.

Les autres projets connaissent aussi des difficultés.

Dans la zone Paimpol-Bréhat, les deux hydroliennes de démonstration développées par EDF (ENEDIS) et DCNS, via sa filiale OpenHydro  vont devoir être sorties de l’eau. Cette opération impose d’attendre des conditions favorables.  Un problème de corrosion des supports empêche leur mise en service. Cela repousse le début espéré de production d’électricité à la fin de l’année 2017. Ce problème technique est cependant considéré comme maitrisé. Une hydrolienne de même type a été immergée par OpenHydro en novembre dernier dans la baie de Fundy au Canada (2) pour alimenter la Nouvelle-Ecosse. Elle bénéficie des améliorations la préservant de ce genre de problèmes.

Des acteurs plus ou moins engagés.

La zone à plus fort potentiel en France métropolitaine est le Raz Blanchard, au large de la Normandie. Deux projets de fermes hydroliennes y sont prévus. L’un par le groupe EDF/DCNS-Openhydro (Projet Normandiehydro). Il bénéficiera de l’expérience acquise à Paimpol-Bréhat. La fin d’installation est toujours prévue en 2018. L’autre, le projet NEPTHYD, était porté par ENGIE et General Electric (via sa filiale Alstom). Un article des Échos de janvier 2017, annonce que Général Electric  a jeté l’éponge (3), le marché n’étant pas à hauteur « des espoirs suscités ». En conséquence ENGIE a décidé « d’arrêter le projet NEPHTYD ».

Des intérêts à plusieurs niveaux

L’énergie hydrolienne c’est d’abord le courage d’une vision à long terme, au-delà des rentabilités immédiates et purement économiques. C’est une des énergies marines renouvelables (EMR), source d’espoir pour un développement durable. Il faudra du temps et de la persévérance pour les développer, face à l’insouciance permise par le Nucléaire, au prix, hélas, d’un coupable aveuglement sur les déchets et la fausse indépendance énergétique. Les difficultés rencontrées montrent qu’il faut confronter au plus tôt le principe de l’hydrolien aux réalités du milieu maritime pour en tirer les enseignements nécessaires.

Une opportunité pour Brest

Ainsi à plus court terme, le développement de cette EMR est aussi intéressant pour l’avenir de Brest et de son port. En effet, et dans l’attente du développement de l’éolien flottant, la ville est assez mal placée vis-à-vis des grands projets de parcs éoliens en mer. Dans cette perspective, Cherbourg et Saint-Nazaire ont, jusqu’à présent, été privilégiés par les industriels.

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Carte FEE offshore 2030

Sabella est un futur utilisateur potentiel du nouveau polder EMR (4) brestois en cours de création, non loin d’Océanopolis. Cette infrastructure a bénéficiée d’un financement de 220 millions d’euros, essentiellement de la part du Conseil régional. Grâce à la proximité immédiate du Fromveur, l’énergie Hydrolienne est une  voie de développement local. C’est aussi à Brest que DCNS a embarqué sa deuxième hydroliennes pour la zone de Paimpol-Bréhat.
L’investissement est toujours un pari sur l’avenir. L’entreprise bretonne Sabella vient d’annoncer un projet concret de ferme hydrolienne aux Philippines (5). Cette perspective de succès confirme que la frilosité n’est pas de mise.

Lire aussi :

(1) www.lesechos.fr/industrie-services/energie-environnement/0211663982994-les-projets-hydroliens-peinent-a-demarrer-dans-lhexagone-2055501.php?utm_source=dlvr.it&utm_medium=twitter
(2) www.rcinet.ca/fr/2016/11/23/nouvelle-ecosse-mise-en-marche-dune-hydrolienne-geante-dans-la-baie-de-fundy/
(3) www.lesechos.fr/industrie-services/energie-environnement/0211667185289-energies-marines-ge-jette-leponge-dans-lhydrolien-2055163.php#
(4) www.latribune.fr/regions/bretagne/port-de-brest-le-futur-polder-dedie-aux-emr-621177.html
(5) www.letelegramme.fr/economie/sabella-une-ferme-hydrolienne-aux-philippines-en-2019-25-01-2017-11375134.php

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Rémi de KERSAUSON
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Rémi de KERSAUSON. Je suis retraité de la Marine. Mes centres d’intérêts : tout ce qui touche à la Bretagne et en particulier l'écologie, l'économie et la défense.

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