Auguste Pavie

Auguste Pavie, un explorateur breton en Indochine

de Stéphane BROUSSE

Jean Marie Auguste Pavie, un explorateur breton en Indochine

Dans de nombreuses communes en Bretagne, en Ille et  Vilaine surtout, il existe une rue ou une place Auguste Pavie.
Si cet homme, jadis couvert de gloire est aujourd’hui oublié ou presque, il fut dans les deux dernières décennies du XIXe un explorateur impénitent de l’Indochine et une figure héroïque de la présence française en extrême-orient.
Loin du colonisateur arrogant, Auguste Pavie se révèle pacifiste et humaniste – sa mémoire est encore aujourd’hui honorée au Laos et au Cambodge – respectueux des peuples et curieux de leurs cultures, sans pour autant perdre un instant de vue les ambitions colonisatrices de la IIIe République.   

Une jeunesse bretonne.

Auguste Pavie nait à Dinan le 31 Mai 1847, au cœur de la vieille cité, à l’ombre de la basilique Saint Sauveur. 
Sa maison natale est aujourd’hui une superbe maison d’hôtes. Ses origines ne sont pas bretonnes. Sa famille est originaire de Dordogne. Son grand père, gendarme à cheval, est en poste à Plancoët / Plangoet. Son père, lui aussi gendarme, est nommé à Loudéac / Loudieg, à Saint Quay Portieux / Sant Ke Porzh Olued, puis à Guingamp / Gwengamp.  

Le jeune Auguste fait ses études à Guingamp / Gwengamp, mais, à seulement dix-sept ans, las de feutrer ses culottes sur les bancs du collège, il s’engage dans l’armée impériale. Il intègre un régiment d’infanterie de marine avec le secret espoir de participer aux expéditions mexicaines (1861-1867) de Napoléon III.

Auguste Pavie
Auguste Pavie carte de la mission

Le jeune homme est affecté en Cochinchine, à Saïgon, le 11 janvier 1869.  

Bien que fervent patriote, le casernement se révèle si morne que notre jeune soldat démissionne et se fait simple commis des Postes et Télégraphes. Quand la Guerre Franco-Prussienne éclate en 1870, il décide de s’engager à nouveau pour défendre la patrie. Il ne parvient en métropole que pour constater la défaite humiliante de la France.

Désillusionné, le jeune homme ne souhaite plus que de faire à nouveau briller son pays en se faisant explorateur de territoires inconnus. En 1872, le voici donc de retour à Saïgon. Quatre années plus tard, il est nommé à Kampot, au Cambodge, où, durant trois ans, unique européen parmi les autochtones, il adopte le mode de vie des locaux, se familiarise à la culture et à la langue Khmères que lui enseignent les moines bouddhistes.

Auguste Pavie
Auguste Pavie Mekong

Ingénieur et diplomate.

Charles-Marie le Myre de Vilers (1833 – 1918) alors Gouverneur de la Cochinchine, impressionné par la  qualité  de son travail et la pertinence de ses notes, lui confiera entre 1881 et 1885 la construction de la ligne télégraphique Phnom Penh – Bangkok. Pour ce remarquable ouvrage, il sera fait Grand Officier de la Légion d’honneur. Il n’est alors âgé que de trente-sept ans !

Auguste Pavie se fait aussi très favorablement remarqué pour ses capacités de diplomate auprès entre autres des autorités siamoises. Il sera nommé vice-consul à Luang – Prabang au Laos. En 1886, de retour à Paris, il fonde avec treize jeunes garçons de la haute société cambodgienne, l’école cambodgienne qui deviendra en 1889, l’école coloniale dont le but principal est de former des cadres indigènes. Notre homme, qui ne semble guère apprécier les mondanités et les honneurs, une fois encore, retourne en Indochine avec pour projet cette fois, une exploration des terres inconnues du Haut – Laos.

Explorateur et écrivain.

C’est à partir de 1872 sans doute que germa dans son esprit ce projet d’exploration de certaines zones inconnues du sud-est asiatique. En 1879, il se voit offrir une première mission d’exploration et de cartographie du Cambodge du Golfe du Siam jusqu’aux rivages du Mékong. Il explore ensuite  le royaume du Laos dont la géographie est alors presque inconnue des européens. Pavie arbore une longue barbe hirsute. Il est  vêtu du sampot traditionnel, d’une veste de toile et d’un large chapeau de feutre. Il se déplace le plus souvent à pied – il sera parfois surnommé l’explorateur aux pieds nus – parfois en pirogue, parfois en charrette ou encore à dos d’éléphants.

Le 10  mai 1887  Auguste Pavie séjourne dans la petite capitale de Luang – Prabang, au nord du Laos où il devient un proche du vieux souverain Oun Kham (1807-1895) dont il assure le sauvetage lors des tentatives de renversement par des mercenaires chinois, les pavillons noirs, à la solde du  royaume de Siam soutenu par les Britanniques.

« Si mon fils y consent, nous nous offrions en don à la France, sûrs qu’elle nous gardera des malheurs futurs » … lui assure le souverain. 

Auguste Pavie
Auguste Pavie Indochine

Auguste Pavie est nommé en 1889  premier vice-consul de France du Laos.

En 1888, il parvient à pacifier les abords de la Rivière Noire affluant du Fleuve Rouge au nord du futur Vietnam. Luang – Prabang passe alors sous protectorat français. En 1893, une guerre éclate entre la France républicaine et le  royaume de Siam aboutissant à la signature du traité d’octobre 1893, qui sera la pierre angulaire de la naissance en 1946 du Laos. Aujourd’hui encore, le peuple laotien honore la mémoire de cet homme qui sauva le Laos d’une annexion par le Siam future Thaïlande.

En 1888, il monte une seconde expédition à vocation géographique, scientifique et politique nommée Mission Pavie.
Il est alors accompagné de plus de quarante personnes : militaires, commerçants, topographes, scientifiques, artistes …
Ceux – ci parcourront de 1889 à 1890 plus de 35.000 kilomètres sur un territoire de près de 700.000 kilomètres ². Après cette fructueuse expédition Auguste Pavie devient en 1892 consul général de France à Bangkok, puis commissaire général du Laos en 1893. Physiquement épuisé et souffrant de paludisme et de dysenterie, il quitte en 1895 définitivement l’Indochine.

Auguste Pavie
Auguste Pavie mission Pavie

Le retour en France, puis en Bretagne.

De retour en France, malgré des offres de postes prestigieux, il  est nommé presque contre sa volonté ministre plénipotentiaire en titre, mais, lassé par la médiocrité des politiques, il démissionne rapidement  pour se consacrer à la création de la première carte de l’Indochine qui sera éditée en 1899 sous le nom de carte de la Mission Pavie.
De 1898 à 1919, il ne publie pas moins de dix volumes, témoignages précieux sur la géographie et les cultures de ces lointaines contrées d’extrême- orient. L’ouvrage sera intitulé : Mission Pavie – Indochine 1879-1895.
Dans son hôtel privé à Auteuil, il reçoit de nombreux explorateurs, dont les fameux Pierre Savorgnan de Brazza (1852-1905) et le Maréchal  Hubert Lyautey (1854-1934). 

Notre aventurier rencontre à Paris une jeune dinannaise de trente ans sa cadette nommée Hélène Louise Marguerite Gicquelais qu’il épouse le 25 octobre 1897. De cette union naitra un fils prénommé Paul Auguste qui mourra en 1940 des suites de la tuberculose alors qu’il préparait une biographie de son illustre père.

Auguste Pavie
Auguste Pavie 1888

Auguste Pavie fuyant la vie parisienne se retire  en 1897, en Bretagne, à Thourie en Ille et Vilaine où la famille de  son épouse possède une belle demeure du XVIIIe siècle, le Château de Raimbaudière.
Il y fait installé une immense bibliothèque qui comptera plusieurs milliers d’ouvrages, le fond Auguste Pavie : Laos, Cambodge, Vietnam – aujourd’hui propriétés de la Bibliothèque municipale de Dinan.

En 1921 est publié son Journal de Voyage ainsi que À la Conquête des Cœurs qui sera préfacé par un de ses plus fervents admirateurs, Georges Clémenceau (1841-199). L’ouvrage sera réédité à plusieurs reprises. En 1995 il parait aux éditions Terre de Brume sous le titre de Au pays des millions d’éléphants et du parasol blanc.  Durant les dernières années de son existence Auguste Pavie travaille à un recueil de contes cambodgiens ainsi qu’à  un ouvrage consacré à la protection des éléphants.
De 1924 à sa disparition le 07 mai 1925 il exercera aussi les fonctions de maire de Thourie.  

Bibliographie

Auguste Pavie, l’explorateur aux pieds nus, ouvrage collectif, éditions Archives nationales d’outre-mer, collection Histoire d’outre – mer, 2010, 200 pages
Nouvelle Histoire de l’Indochine française, François Joyaux, éditions Perrin, 10 mars 2022, 448 pages
Au pays des millions d’éléphants et du parasol blanc, À la conquête des cœurs, Auguste Pavie, éditions Terre de Brume, collections Bibliothèque du Voyage, 1995, 224 pages

Sitographie : www.lamaisonpavie.com

Soutenez votre média breton !

Nous sommes indépendants, également grâce à vos dons.

A lire également

Une question ? Un commentaire ?

Recevez chaque mois toute l’actu bretonne !

Toute l’actu indépendante et citoyenne de la Bretagne directement dans votre boîte e-mail.

… et suivez-nous sur les réseaux sociaux :

Notre mission

NHU veut faire savoir à toutes et tous – en Bretagne, en Europe, et dans le reste du monde – que la Bretagne est forte, belle, puissante, active, inventive, positive, sportive, musicienne…  différente mais tellement ouverte sur le monde et aux autres.

Participez

Comment ? en devenant rédacteur ou rédactrice pour le site.
 
NHU Bretagne est une plateforme participative. Elle est donc la vôtre.