Olmix rachetée par EW Group

La Bretagne invente, l’Allemagne rachète : le cas Olmix

de NHU Bretagne

Une pépite bretonne change de mains

Olmix passe sous le contrôle du groupe allemand EW Group.
L’acquisition, finalisée le 7 Août 2026, ouvre un nouveau chapitre pour cette entreprise fondée à Bréhan / Brehant Loudieg en 1995.

Spécialisée dans les solutions naturelles destinées à l’agriculture, Olmix transforme notamment des algues, des argiles et des levures. Elle emploie aujourd’hui plus de 900 personnes sur neuf sites industriels et commercialise ses produits dans plus de 100 pays.

NHU Bretagne avait déjà présenté Olmix comme l’une des grandes réussites de l’économie bretonne.
Désormais, son siège reste à Bréhan / Brehant Loudieg, mais son propriétaire se trouve en Allemagne.

Ce rachat peut accélérer son développement international.
Toutefois, il pose une question essentielle : que conserve réellement la Bretagne lorsqu’une entreprise maintient ses activités dans le pays, mais que son pouvoir de décision ultime part ailleurs ?

Olmix, un leader mondial né au cœur de la Bretagne

Hervé Balusson crée Olmix en 1995 à Bréhan, entre Loudéac / Loudieg, Pontivy / Pondi et Ploermael. Le groupe se spécialise d’abord dans les amendements agricoles. Puis il développe des solutions naturelles pour la santé des animaux, des plantes et des sols.

Son implantation possède une forte portée symbolique.
Bien qu’Olmix valorise une ressource marine, son centre de décision se trouve au cœur des terres bretonnes. L’entreprise démontre ainsi qu’une activité innovante peut se développer internationalement depuis une commune de moins de 3 000 habitants.

Les algues, une ressource devenue industrielle

Olmix ne se contente pas de récolter des algues.
Ses équipes en extraient des principes actifs, ensuite associés à des argiles, des levures ou d’autres matières naturelles. Le groupe investit dans la recherche dès 2002 et dépose progressivement plusieurs dizaines de brevets.
Ses activités sont aujourd’hui organisées autour de deux branches.
Animal Care propose des solutions pour l’élevage et la nutrition animale.
Plant Care travaille sur la santé des végétaux, la fertilité des sols et les biostimulants.

Cette expertise place Olmix sur des marchés en forte croissance. L’agriculture cherche à réduire certains intrants chimiques tout en maintenant ses capacités de production. Or, les algues constituent l’un des grands atouts naturels et économiques de la Bretagne.

Olmix réalise environ 200 millions d’euros de chiffre d’affaires et vend l’essentiel de ses produits hors de l’Hexagone. Sa réussite repose donc sur une chaîne complète : ressource naturelle, recherche, brevets, production industrielle et exportation.

EW Group prend le contrôle de la pépite bretonne

Les négociations exclusives entre les actionnaires d’Olmix et EW Group avaient été annoncées en Mai 2026.
L’acquisition a été finalisée trois mois plus tard, ce 7 Août.

EW Group rachète les participations détenues par Amadéite, la holding d’Hervé Balusson (62 ans), et par Motion Equity Partners.
Le montant officiel de l’opération reste confidentiel. La presse économique évoque néanmoins une valorisation comprise entre 400 et 450 millions d’euros. Cette fourchette demeure une estimation.

Un groupe familial allemand de 30 000 salariés

Installé à Visbek, en Basse-Saxe, EW Group intervient dans les sciences du vivant. Ses activités concernent notamment la génétique, la santé animale et le diagnostic.
Le groupe familial contrôle plus de 300 filiales. Il emploie plus de 30 000 personnes et exerce ses activités dans une cinquantaine de pays. Il possède également EW Nutrition, entreprise spécialisée dans la nutrition et la santé animales.

Le rapprochement repose donc sur une véritable complémentarité industrielle.
Olmix apporte ses brevets, sa connaissance des algues et son expertise des biosolutions agricoles. De son côté, EW Group possède les moyens financiers et les réseaux nécessaires pour accélérer son développement.
Olmix doit rester une société autonome au sein de la holding allemande, aux côtés d’EW Nutrition. Son siège demeure à Bréhan / Brehant Loudieg. EW Group annonce également de futurs investissements dans la recherche, les technologies et l’expansion internationale.

Ces engagements peuvent renforcer l’entreprise.
Toutefois, son autonomie opérationnelle ne doit pas être confondue avec une indépendance capitalistique. Olmix poursuit ses activités depuis la Bretagne, mais appartient désormais à un groupe allemand.

Depuis 2020, le capital d’Olmix était déjà partagé

Le rachat par EW Group ne constitue pas la première évolution importante de l’actionnariat d’Olmix. En 2020, Amadéite, la holding d’Hervé Balusson, s’était associée à Motion Equity Partners, un fonds d’investissement installé à Paris.
Les deux partenaires détenaient à parts égales Bioalg Holding. Cette structure contrôlait 95 % du capital et des droits de vote d’Olmix. Le fondateur breton ne décidait donc plus seul.
Toutefois, il conservait la moitié du bloc de contrôle.

Motion Equity Partners, bien plus qu’un financeur

Motion Equity Partners participe alors à la nouvelle stratégie d’Olmix. Le fonds accompagne sa gouvernance, son recentrage sur Animal Care et Plant Care, ainsi que ses acquisitions.
En 2022, un financement accordé par Bridgepoint Credit apporte des moyens supplémentaires. Puis Olmix intègre Bois Valor et la biotech brésilienne Yes Sinergy en 2023.

Cette intervention suit la logique du capital-investissement.
Un fonds entre au capital, accélère la croissance, puis revend sa participation quelques années plus tard. En 2026, Motion Equity Partners et Amadéite cèdent ensemble leurs parts à EW Group.
Le changement est donc important.
En 2020, Hervé Balusson conservait la moitié du contrôle d’Olmix. Six ans plus tard, la famille fondatrice quitte ce bloc, désormais détenu par un groupe allemand.

Olmix : les chiffres du changement de contrôle

  • 1995 : création d’Olmix à Bréhan par Hervé Balusson ;
  • 2020 : association à parts égales entre Amadéite et Motion Equity Partners ;
  • 95 % : part du capital et des droits de vote détenue par leur structure commune Bioalg Holding ;
  • 2022 : nouveau financement auprès de Bridgepoint Credit ;
  • 2023 : acquisitions de Bois Valor et de Yes Sinergy ;
  • 7 août 2026 : acquisition d’Olmix par EW Group.

Le montant de la vente reste confidentiel. La presse économique évoque une valorisation comprise entre 400 et 450 millions d’euros. Cette fourchette demeure une estimation.

Sources : Motion Equity Partners, UGGC Avocats, Olmix et EW Group.

Le siège demeure à Bréhan / Brehant Loudieg, mais le pouvoir ultime change de pays

EW Group annonce qu’Olmix conservera son siège à Brehant Loudieg et fonctionnera comme une société autonome.
Aucun transfert d’activité ni aucune suppression d’emploi ne sont annoncés. Au contraire, le nouveau propriétaire promet de soutenir la recherche et le développement international.

Ces engagements sont favorables aux équipes bretonnes.
De plus, EW Group recherche précisément les compétences scientifiques, les brevets et les produits qui font la valeur d’Olmix. Le maintien de cette expertise en Bretagne répond donc, au moins à court terme, à la logique du rachat.

Autonomie opérationnelle et indépendance ne sont pas synonymes

Cependant, un siège social ne possède pas toujours le dernier mot.
Une filiale peut gérer ses activités quotidiennes tout en dépendant de son actionnaire pour les décisions les plus importantes.
Les investissements majeurs, les acquisitions, les cessions ou les changements de direction devront désormais s’inscrire dans la stratégie d’EW Group. La Bretagne conserve donc les équipes, les sites industriels et le siège opérationnel.
En revanche, le pouvoir de décision ultime se trouve maintenant en Allemagne.

NHU Bretagne avait déjà souligné l’importance des centres de décision à propos d’Arkéa.
Leur présence protège davantage que les seuls emplois immédiatement visibles. Ils choisissent les activités à développer, les recherches à financer et les lieux où seront réalisés les futurs investissements.
Rien n’indique aujourd’hui qu’EW Group souhaite affaiblir Bréhan.
Il serait donc excessif d’annoncer un départ d’Olmix. Toutefois, la Bretagne ne dispose plus des droits de vote lui permettant de décider seule de l’avenir de cette entreprise.

On expliquera donc aux Bretons qu’Olmix reste bretonne puisque son siège demeure à Brehant Loudieg.
Après tout, on leur explique déjà que la Bretagne administrative décide depuis Rennes / Roazhon, lorsque l’étendue même de ses pouvoirs se décide à Paris.

côtes bretonnes côtes de Bretagne
La Bretagne possède 2700 kilomètres de côte maritime

Olmix représente davantage qu’une entreprise

Le changement de propriétaire dépasse le seul parcours d’Olmix. L’entreprise travaille sur une ressource stratégique pour l’avenir maritime, agricole et industriel de la Bretagne.
Avec plus de 2 700 kilomètres de côtes, le pays possède le premier champ d’algues d’Europe. Cette richesse alimente déjà plusieurs activités : alimentation, agriculture, cosmétique, santé ou emballages biosourcés. Cependant, son potentiel demeure encore partiellement exploité.

De la ressource naturelle à la propriété industrielle

La valeur des algues ne réside pas seulement dans les volumes récoltés.
Elle dépend surtout des technologies permettant d’en extraire des molécules utiles, puis de les transformer en produits commercialisables.
Olmix a précisément construit cette chaîne de valeur. Ses équipes associent la ressource marine à la recherche, aux brevets et à la production industrielle. L’entreprise ne vend donc pas seulement des algues bretonnes. Elle commercialise un savoir-faire développé durant trois décennies.

D’autres sociétés démontrent également le potentiel de cette filière. Algaia a ainsi relocalisé une partie de ses activités en Bretagne.
De son côté, LLDC Algae a implanté dans le pays une importante ferme de microalgues.

Le contrôle d’une entreprise comme Olmix concerne donc les emplois, mais aussi les brevets et les futures applications industrielles. La Bretagne conserve ses équipes scientifiques. Toutefois, les choix relatifs à cette propriété intellectuelle dépendront désormais d’EW Group.

Olmix et Samsic, deux chemins opposés vers l’international

Quelques jours avant l’annonce du rachat d’Olmix, NHU Bretagne consacrait un article à l’ascension internationale de Samsic. Le groupe rennais vient de réaliser plusieurs acquisitions en Europe tout en conservant son siège et son actionnariat familial en Bretagne.
Les deux entreprises prouvent la capacité bretonne à conquérir des marchés internationaux.
Cependant, elles suivent désormais des trajectoires opposées.

Acheter ailleurs ou être acheté

Samsic rachète des entreprises étrangères et les intègre à un groupe dirigé depuis Rennes / Roazhon. Sa croissance internationale renforce ainsi un centre de décision breton.

Olmix emprunte le chemin inverse.
L’entreprise obtient les moyens de poursuivre son expansion, mais rejoint une holding installée en Allemagne. Son activité peut continuer à grandir depuis Bréhan / Brehan Loudieg. Néanmoins, sa réussite renforce désormais un ensemble dont la direction se trouve à Visbek.

Cette comparaison ne signifie pas que le rachat d’Olmix serait nécessairement défavorable. EW Group peut lui ouvrir de nouveaux marchés et financer ses recherches. De plus, toutes les entreprises ne disposent pas des capitaux nécessaires pour acheter leurs concurrents.
Cependant, la localisation du pouvoir produit des effets durables. Lorsqu’une entreprise bretonne réalise des acquisitions, elle attire vers la Bretagne des compétences, des revenus et des fonctions stratégiques. Lorsqu’elle est rachetée, ces mêmes décisions remontent vers son nouveau propriétaire.

La différence ne se mesure donc pas seulement au nombre de salariés ou au chiffre d’affaires. Elle tient à la capacité de décider depuis la Bretagne et d’y préparer les prochaines étapes du développement.

La Bretagne sait créer des pépites, mais peine à les conserver

Olmix n’est pas un cas isolé. La Bretagne fait naître des entreprises innovantes dans l’agroalimentaire, le numérique, les biotechnologies, les services ou l’économie maritime. Certaines deviennent des leaders nationaux ou mondiaux.
Pourtant, leur croissance exige des capitaux considérables.
Il faut financer la recherche, construire de nouveaux sites, recruter des spécialistes et s’implanter à l’étranger. Lorsque les ressources disponibles en Bretagne ne suffisent plus, les dirigeants se tournent vers des investisseurs extérieurs.

Le manque de capitaux bretons de long terme

L’entrée de Motion Equity Partners en 2020 a permis à Olmix d’accélérer sa transformation. Six ans plus tard, le fonds revend sa participation. Ce fonctionnement correspond à la logique du capital-investissement, fondée sur une durée limitée de détention.
La Bretagne dispose pourtant d’une importante capacité d’épargne. Comme NHU Bretagne l’a montré, les Bretons sont davantage fourmis que cigales. Cependant, cette épargne finance rarement directement les entreprises du pays.

Le problème ne vient donc pas d’une absence de richesse.
Il réside dans le manque d’outils capables de rassembler cette épargne, d’investir sur une longue durée et d’accompagner les entreprises sans préparer immédiatement leur revente.
Des banques, des investisseurs et des fonds bretons plus puissants permettraient de conserver davantage de centres de décision. Ils offriraient également une autre solution aux fondateurs souhaitant transmettre leur entreprise ou financer une nouvelle étape.

Que peut encore gagner la Bretagne avec le nouveau propriétaire ?

Le changement d’actionnaire ne doit pas conduire à annoncer le pire. EW Group présente un profil industriel cohérent avec les activités d’Olmix. Il s’agit aussi d’un groupe familial, habitué aux investissements de long terme dans les sciences du vivant.
Son arrivée peut donc apporter des moyens supplémentaires à Brehant Loudieg. Le développement de nouveaux produits, l’ouverture de marchés ou le renforcement des équipes scientifiques bénéficieraient directement à l’économie bretonne.

Des engagements qui devront être observés dans la durée

Les prochaines années permettront de mesurer les conséquences réelles de l’acquisition.
Plusieurs indicateurs devront être suivis : les effectifs en Bretagne, les investissements à Bréhan / Brehant Loudieg, les budgets de recherche et la localisation des fonctions dirigeantes.
Il faudra aussi observer la gestion des brevets et des futures innovations. Le maintien des laboratoires ne suffit pas si les nouvelles technologies sont ensuite détenues, exploitées ou cédées depuis l’extérieur.

Enfin, l’autonomie promise à Olmix devra se vérifier dans les faits.
La conservation de sa marque, de sa direction et de sa capacité d’initiative montrera si EW Group veut renforcer la pépite bretonne ou l’intégrer progressivement à ses propres structures.
NHU Bretagne suivra ces évolutions.
L’acquisition ne doit susciter ni procès d’intention ni indifférence. Elle mérite une vigilance économique fondée sur des faits.

Olmix reste en Bretagne, mais la Bretagne n’en décide plus seule

Olmix conserve son siège, ses équipes et ses activités à Brehant Loudieg.
Son acquisition par EW Group peut même renforcer sa recherche et accélérer sa croissance internationale. Rien ne permet aujourd’hui d’annoncer un affaiblissement de ses implantations bretonnes.

Toutefois, une étape décisive vient d’être franchie. La holding du fondateur a cédé sa participation et le contrôle ultime appartient désormais à un groupe allemand.
Cette opération révèle une force et une faiblesse.
La Bretagne sait transformer ses ressources naturelles en innovations, en brevets et en entreprises mondiales. En revanche, elle ne possède pas toujours les capitaux nécessaires pour conserver durablement leur contrôle.

L’avenir dira si EW Group développe Olmix depuis Bréhan / Brehant Loudieg comme annoncé.
Mais une question demeure : combien d’autres pépites la Bretagne pourra-t-elle faire naître avant de se donner les moyens de les garder ?

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