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Preply breton : pourquoi la langue bretonne est-elle absente ?

de NHU Bretagne

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Pendant que des millions de personnes apprennent chaque jour une langue sur Internet, une question mérite d’être posée : pourquoi le breton n’est-il pas proposé sur Preply, l’une des principales plateformes mondiales de cours particuliers en ligne ?

Le constat surprend d’autant plus que Preply affiche un catalogue de plus de quatre-vingt-dix langues.
On y trouve de grandes langues internationales, mais aussi des langues régionales ou minoritaires comme le gallois, le gaélique écossais, le cornique ou encore le basque. En revanche, le breton, le corse et l’occitan sont absents; trois langues parlées dans l’Hexagone et que le pouvoir central veut éradiquer.

Cette situation peut sembler paradoxale.
La Bretagne rassemble près de 5 millions d’habitants. De nombreuses écoles, associations et universités y enseignent le breton. La langue dispose également d’une littérature très riche et ancienne, d’artistes et d’une présence croissante sur Internet. Pourtant, elle reste invisible sur une plateforme utilisée par des milliers d’enseignants et d’apprenants à travers le monde.

Faut-il y voir un simple choix commercial ?
Un manque de professeurs inscrits ?
Une demande encore insuffisante ?
Ou bien une intervention du pouvoir central parisien auprès de la plateforme ?

Avant d’avancer des explications, il convient d’examiner les faits. Car la comparaison avec d’autres langues présentes sur Preply réserve plusieurs surprises.

Preply, une plateforme devenue incontournable

Créée en 2012, Preply s’est imposée en quelques années parmi les principales plateformes mondiales de mise en relation entre professeurs particuliers et élèves. Son fonctionnement est simple : chaque enseignant crée son profil, fixe son tarif horaire et propose des cours en visioconférence à des apprenants du monde entier.

Un catalogue particulièrement riche

L’offre dépasse largement les langues les plus enseignées comme l’anglais, l’espagnol ou le français. Preply accueille également des langues moins répandues, qu’elles soient nationales, régionales ou minoritaires.

Ainsi, un utilisateur peut apprendre notamment les autres langues celtiques (gallois, cornique, gaéliques écossais et irlandais), le des langues parlées en zone ibérique (basque, catalan, galicien), mais aussi le maltais, l’islandais, le quechua ou le kalaallisut groenlandais.
Mais aucune des langues de l’Hexagone autre, bien sûr, que le français.

Cette diversité montre que la plateforme ne se limite pas aux langues comptant des dizaines de millions de locuteurs. Au contraire, elle laisse une place à des communautés linguistiques beaucoup plus modestes.

Une vitrine internationale

Aujourd’hui, être présent sur une plateforme comme Preply ne signifie pas seulement proposer des cours.
C’est aussi offrir à une langue une visibilité mondiale. Un étudiant canadien, japonais, australien ou brésilien peut découvrir son existence, entrer en contact avec un professeur et commencer un apprentissage en quelques minutes.

Dans ce contexte, la présence d’une langue constitue également un signal culturel. Elle indique qu’il existe une communauté prête à transmettre son patrimoine linguistique au-delà de ses frontières.
À l’inverse, une absence peut donner l’impression qu’une langue n’est pas enseignée, qu’elle ne dispose pas de professeurs ou qu’elle n’intéresse personne. Cette perception est évidemment réductrice, mais elle influence malgré tout la manière dont une langue est vue à l’international.

Une première interrogation

Le cas du breton devient alors particulièrement intéressant.

Pourquoi Preply propose-t-il des langues parlées dans des territoires parfois dix fois moins peuplés que la Bretagne, tout en laissant de côté le breton ?

La réponse n’est sans doute pas aussi simple qu’il y paraît. Quoique !
Pour la comprendre, il faut d’abord regarder de plus près les langues effectivement présentes dans le catalogue de la plateforme.

Des langues de petites communautés bien représentées

L’absence du breton pourrait sembler logique si Preply réservait son catalogue aux seules grandes langues internationales. Pourtant, ce n’est pas le cas.
La plateforme accueille également des langues parlées par des populations beaucoup plus réduites. Certaines appartiennent à des États souverains. D’autres sont des langues dites « régionales ou minoritaires » qui ont retrouvé une place grâce à des politiques de revitalisation ou à l’engagement de leurs locuteurs.

Cette diversité constitue l’une des forces de Preply.
Elle permet à des apprenants du monde entier de découvrir des langues qui dépassent largement le cadre des enseignements scolaires traditionnels.

Le cas du cornique

L’exemple le plus frappant est sans doute celui du cornique.
Cette langue celtique de Cornouailles avait pratiquement disparu avant de connaître un mouvement de renaissance au cours du XXᵉ siècle. Aujourd’hui, seuls quelques centaines de personnes la parlent couramment, même si plusieurs milliers possèdent des connaissances plus ou moins avancées.

La Cornouailles compte environ 572 000 habitants, soit près de neuf fois moins que la Bretagne.
Malgré cette différence démographique considérable, le cornique est proposé sur Preply.
Ce simple constat montre que la taille d’une population ne constitue pas, à elle seule, un obstacle à la présence d’une langue sur la plateforme.

D’autres exemples étonnants

Le cornique n’est pas une exception.
Parmi les langues disponibles figurent également :

LanguePopulation du territoire principal
Islandais≈ 400 000 habitants
Maltais≈ 560 000 habitants
Cornique≈ 572 000 habitants
Estonien≈ 1,4 million d’habitants
Letton≈ 1,9 million d’habitants
Galicien≈ 2,7 millions d’habitants
Basque≈ 3,2 millions d’habitants
Gallois≈ 3,2 millions d’habitants
Breton≈ 5 millions d’habitantsAbsent

Ces chiffres ne permettent évidemment pas d’expliquer à eux seuls les choix de Preply. En revanche, ils montrent que la plateforme ne fixe pas un seuil minimal de population pour accepter une langue.

Le nombre d’habitants n’explique pas tout

La présence du cornique, du maltais ou de l’islandais invite donc à dépasser une lecture purement démographique.
Une langue peut être proposée alors même qu’elle est parlée dans un espace relativement restreint.
À l’inverse, une langue associée à un territoire beaucoup plus peuplé peut rester absente.
D’autres critères entrent donc nécessairement en ligne de compte.

Le paradoxe des langues de France

En observant le catalogue de Preply, un autre élément attire l’attention : les principales langues originelles de l’Hexagone autres que le français brillent par leur absence.

Le breton n’y figure pas. Le corse non plus. L’occitan est également absent.
Pourtant, chacune possède une histoire, une production culturelle et des réseaux d’enseignement toujours actifs.

Faut-il y voir, là encore, là aussi, la main du pouvoir central ?

Cette situation contraste avec celle de plusieurs pays européens.
Au Royaume Uni, le gallois bénéficie d’une politique publique ambitieuse. Les médias, les établissements scolaires et les universités contribuent à sa diffusion.
Le gaélique écossais suit une trajectoire comparable, avec des chaînes de télévision, des programmes éducatifs et des formations universitaires.
Même le cornique, pourtant beaucoup moins parlé, bénéficie d’une reconnaissance officielle qui accompagne son renouveau.

Ces politiques ne garantissent pas à elles seules une présence sur une plateforme privée comme Preply. En revanche, elles favorisent la constitution d’un réseau d’enseignants et renforcent la visibilité internationale de ces langues.

Ces trois pays celtiques bénéficient d’une large autonomie tandis que la Bretagne est sous tutelle d’un État hyper centralisé et parisiano-centré. Ils ont des gouvernements qui oeuvrent pour les intérêts vrais de leurs pays respectifs, quand les loyalistes qui administrent la Bretagne ne sont là que pour mettre en oeuvre les politiques et décisions, y compris linguistiques qu’ils reçoivent de Paris.

Une visibilité encore insuffisante

Le breton dispose pourtant de nombreux atouts.
Des écoles immersives existent depuis plusieurs décennies. Les filières bilingues accueillent chaque année de nouveaux élèves. Des associations, des maisons d’édition, des artistes et plusieurs médias participent à la vitalité de la langue.
Pour autant, cette dynamique reste peu visible à l’échelle internationale.

Lorsqu’un internaute parcourt le catalogue de Preply, rien ne lui laisse penser que le breton est aujourd’hui enseigné, utilisé ou transmis.
Cette absence contribue, malgré elle, à rendre la langue moins identifiable auprès d’un public mondial.

Une question qui mérite d’être posée

À ce stade, il serait prématuré de conclure que Preply a volontairement écarté les langues de France.
En revanche, une interrogation apparaît parfaitement légitime.
Pourquoi une plateforme internationale capable d’accueillir des langues comptant parfois seulement quelques centaines de locuteurs actifs ne propose t-elle toujours ni le breton, ni le corse, ni l’occitan ?

La réponse appartient sans doute à plusieurs facteurs.
C’est précisément ce que nous allons maintenant examiner.

Une opportunité plutôt qu’une fatalité

L’absence du breton sur Preply ne constitue pas une condamnation définitive.
Au contraire, elle peut être perçue comme une opportunité.

Les plateformes numériques évoluent régulièrement.
Leur catalogue s’enrichit en fonction des demandes des utilisateurs, de l’arrivée de nouveaux enseignants et de l’intérêt suscité par certaines langues. Rien n’indique que le breton ne pourrait pas rejoindre cette liste dans les prochaines années.
Encore faut-il que cette demande soit visible.
Des professeurs de gallois, d’islandais, de kalaallisut groenlandais et de cornique ont pu s’enregistrer sur cette plateforme Preply, mais aucun professeur de brezhoneg ne la connaitrait ?
Il existe plus de 100 000 professeurs inscrits sur cette plateforme … et pas un seul n’est Bretonne ou Breton !

Les acteurs bretons ont un rôle à jouer

Le développement d’une langue ne repose pas uniquement sur les pouvoirs publics. Heureusement pour nous Bretons, sinon le breton aurait déjà été éradiqué.
Les associations, les écoles, les universités, les enseignants indépendants, les entreprises et les médias peuvent également contribuer à accroître sa visibilité.

Une présence sur une plateforme internationale représenterait plusieurs avantages :

  • faciliter l’accès au breton pour les Bretons vivant en Bretagne et hors de Bretagne ;
  • permettre aux descendants de l’émigration bretonne d’apprendre la langue de leurs ancêtres ;
  • offrir une solution aux étudiants étrangers intéressés par les langues celtiques ;
  • faire découvrir le breton à un public qui n’en aurait peut-être jamais entendu parler.

Internet a profondément modifié la manière dont les langues se transmettent.
Aujourd’hui, un professeur installé à Brest, Kemper ou Vannes / Gwened peut enseigner à un élève situé à Montréal, Tokyo ou Buenos Aires.

Pourquoi ne pas dialoguer avec Preply ?

Avant toute conclusion, une démarche paraît évidente : pourquoi ne pas interroger directement Preply ?

L’entreprise pourrait expliquer les critères qui président à l’ajout d’une nouvelle langue.
Existe t-il un nombre minimal de professeurs ?
Une demande préalable est-elle nécessaire ?
Des candidatures d’enseignants bretonnants ont-elles déjà été déposées ?

Autant de questions auxquelles seule la plateforme peut répondre.
Cette transparence permettrait d’éviter les suppositions et de mieux comprendre les mécanismes qui conduisent à la sélection d’une langue.

Vous aussi, questionnez Preply.

Allez sur nos réseaux sociaux NHU Bretagne et copiez-collez ce visuel en anglais pour l’afficher sur les réseaux sociaux de Preply listés en fin d’article pour leur demander : pourquoi ?
Et partagez-le également sur vos propres réseaux sociaux en n’oubliant pas de les tagguer @preply

Au-delà de Preply, la place du breton dans le monde numérique

Au fond, cet article dépasse largement le cas d’une seule entreprise.
Il pose une question plus générale : quelle place les autres langues que le français de l’Hexagone occupent-elles dans les grands services numériques internationaux ?

Applications d’apprentissage, assistants conversationnels, plateformes vidéo, réseaux sociaux, outils de traduction ou encore intelligence artificielle : ces nouveaux espaces façonnent désormais la manière dont les langues sont découvertes, utilisées et transmises.
Lorsqu’une langue y est absente, elle devient également moins visible auprès des nouvelles générations et des publics étrangers.

À l’inverse, chaque nouvelle présence renforce sa légitimité et élargit son audience.
Le breton possède une histoire millénaire, une littérature, quelques modestes médias, des écoles, des enseignants et une communauté engagée.
Sa place dans l’univers numérique international paraît donc constituer un enjeu culturel à part entière.

Chez NHU Bretagne, nous avons choisi de poser la question à Preply.

Nous solliciterons donc officiellement Preply afin de connaître les raisons de cette absence.
Leur réponse, si elle nous parvient, sera naturellement publiée. Leur refus ou leur silence aussi.
Et cet article paraîtra aussi en anglais et sera relayé sur quelques médias internationaux.
Car comprendre est toujours plus utile que supposer.

Faites connaissance avec Preply sur leur site Internet, et leurs réseaux sociaux : FacebookInstagramLinkedInTikTok

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