Istor Breizh 6

Istor Breizh n°6 : la Bretagne, de la Grande Guerre aux routes du monde

de NHU Bretagne
7 minutes lire

Avec Istor Breizh n°6, la revue poursuit une ambition que NHU Bretagne suit avec intérêt depuis ses débuts : raconter l’Histoire de Bretagne pour elle-même. Mais aussi la replacer dans les grands mouvements européens et internationaux. De la Grande Guerre aux relations avec l’Andalousie, des toiles bretonnes parties vers l’Amérique à Anne de Bretagne, ce nouveau numéro traverse les siècles et multiplie les découvertes. Une démarche familière à nos lecteurs : NHU avait présenté Istor Breizh dès son premier numéro, consacré à l’Histoire de la Bretagne et à la Bretagne dans l’Histoire.

Istor Breizh n°6 : la Grande Guerre vue depuis la Bretagne

La première moitié de ce sixième numéro est largement consacrée à la Grande Guerre.
Cependant, Istor Breizh ne se contente pas de revenir sur les combats. Plusieurs contributions interrogent surtout ce qu’ils ont laissé derrière eux. Des morts par dizaines de milliers, des familles endeuillées, des monuments et une mémoire collective toujours présente plus d’un siècle après l’armistice.
Le mémorial de Sainte Anne d’Auray / Santez Anna Wened ouvre cette exploration.
Viennent ensuite Émile Masson et son pacifisme. Puis le calvaire du Tréhout à Maissin, en Belgique. Le lecteur retrouve également les fusiliers marins bretons de l’amiral Ronarc’h à Dixmude. Autant d’approches différentes d’une même guerre, vécue à hauteur d’hommes, de familles et de communes.

Une question particulièrement sensible apparaît également au sommaire : combien de soldats bretons sont réellement morts pendant la Grande Guerre ?
Elle rejoint directement les interrogations sur la construction de la mémoire de 1914-1918. NHU Bretagne s’était déjà penché sur cette dimension dans « Novembre et la guerre de 14, le mois de la mémoire ».
Enfin, une étude consacrée à la linguistique des monuments aux morts dans le Léon apporte une dimension supplémentaire.
Car les monuments racontent aussi une société par les mots qu’elle choisit. La guerre, la Bretagne et la langue se rencontrent ainsi dans la pierre.

Cette histoire militaire bretonne ne commence évidemment pas en 1914.
Quelques décennies auparavant, la guerre de 1870 avait déjà profondément marqué notre pays. Le sort de l’Armée de Bretagne reste notamment associé au Camp de Conlie et à l’un des épisodes les plus douloureux de l’histoire bretonne du XIXe siècle.

Quand l’Histoire de Bretagne dépasse largement ses frontières

Puis Istor Breizh n°6 change d’horizon. Et c’est probablement l’une des parties les plus stimulantes de ce numéro.

Avec « De Nantes à Sanlúcar, sur les traces de l’histoire brito-andalouse » et une étude consacrée aux premières relations commerciales entre Bretagne et Andalousie, le regard se porte vers la péninsule Ibérique. Ces relations rappellent une évidence parfois oubliée. En effet, pndant des siècles, la Bretagne a regardé vers la mer autant que vers ses voisins continentaux.
Le numéro va encore plus loin avec les toiles bretonnes exportées vers l’Amérique au milieu du XVIe siècle. Derrière ce commerce apparaissent des producteurs, des marchands, des ports et des réseaux capables d’insérer la Bretagne dans des échanges à très longue distance.

Ce sujet fait directement écho à une enquête déjà publiée par NHU Bretagne sur la place oubliée de la Bretagne dans le commerce maritime mondial.
Les toiles, le lin ou le chanvre bretons circulaient loin de leurs lieux de production, tandis que les négociants entretenaient des relations suivies avec plusieurs ports européens.
Ces contributions ont donc un mérite particulier.
Elles sortent l’Histoire bretonne d’un cadre uniquement franco-breton pour la replacer dans ses dimensions européenne et atlantique. La Bretagne n’apparaît plus en périphérie d’une histoire écrite ailleurs : elle retrouve sa place dans des réseaux qu’elle contribuait elle-même à faire vivre.

De Guérande / Gwenrann aux manuscrits irlandais : les surprises du numéro

L’une des qualités dIstor Breizh reste également sa capacité à surprendre. Après la Grande Guerre et les routes commerciales, le sommaire prend des chemins beaucoup moins attendus.

Comment ne pas s’arrêter, par exemple, sur cette monnaie de guerre frappée à Guérande / Gwenrann en 1815 ?
Puis, quelques pages plus loin, le lecteur part à la découverte des manuscrits irlandais, du Xe au XIXe siècle. La proximité historique et culturelle entre Bretagne et Irlande prend ici la forme très concrète de textes transmis à travers les siècles.

Le détour devient ensuite franchement insolite : la lance pyrophore du pardon de Quelven en 1995, le chant populaire breton dans l’œuvre de Jef Le Penven ou encore le commerce des cheveux. Plus loin apparaissent aussi Charles Marie Guillois au micro de la BBC en 1940 et sous la plume de Samuel Julien, l’étonnante histoire du navire de la Reine Anne de Bretagne et de ses onze hermines.

Cette diversité pourrait donner une impression de dispersion. Elle produit plutôt l’effet inverse : elle rappelle combien l’histoire de Bretagne offre encore de chemins peu fréquentés.

Anne de Bretagne, de Saint Aubin du Cormier à une mort toujours questionnée

Anne de Bretagne retrouve naturellement sa place dans ce numéro avec la contribution de Claire L’Hoër, « Anne de Bretagne, d’un château à l’autre ». Impossible, pourtant, d’aborder son destin sans revenir au basculement de 1488.
Le 28 juillet de cette année-là, la défaite bretonne à Saint Aubin du Cormier marque une étape décisive dans la guerre entre la Bretagne et la France. François II meurt quelques semaines plus tard. Sa fille Anne hérite alors d’une situation politique et militaire extraordinairement difficile.
Son destin continue d’ailleurs de susciter des questions bien après son accession au pouvoir et ses deux mariages royaux. NHU Bretagne a récemment consacré une longue enquête aux circonstances de la mort d’Anne de Bretagne en 1514 et à l’hypothèse d’un empoisonnement.
Ainsi, quelques pages d’une revue peuvent ouvrir la porte vers plusieurs décennies décisives de l’Histoire bretonne. C’est précisément l’un des intérêts de ce type de publication : donner envie d’aller plus loin.

Rozenn Milin et la mémoire d’une langue interdite à l’école

Le sommaire se termine par une contribution de Rozenn Milin dont le titre suffit à mesurer l’enjeu : « De la Terreur à la loi Ferry de 1882, l’interdit linguistique à l’école ».

Cette histoire ne relève pas seulement des textes administratifs et des décisions politiques. Elle s’est inscrite dans la vie quotidienne de générations d’enfants. L’école a joué un rôle déterminant dans le recul de la transmission du breton, notamment par des pratiques destinées à décourager son usage.
L’une des plus connues reste celle du « symbole ».
Un objet passait d’un élève à l’autre lorsqu’un enfant était surpris à parler breton. À la fin de la journée, celui qui le détenait pouvait être puni. NHU Bretagne a consacré un article à l’histoire du symbole en Bretagne et aux mécanismes employés pour faire disparaître le breton des cours d’école.

Terminer ce numéro sur la langue n’a donc rien d’anecdotique.
Après les guerres, le commerce, les relations internationales et les grandes figures historiques, Istor Breizh revient à quelque chose de profondément intime : les mots transmis, ou empêchés de l’être, d’une génération à l’autre.

Istor Breizh, une revue à lire et à faire connaître

Avec ce sixième numéro, Istor Breizh confirme surtout qu’il n’existe pas une seule manière de raconter la Bretagne.
La mémoire de 1914-1918 côtoie l’Andalousie et l’Amérique, Anne de Bretagne rencontre les manuscrits irlandais, tandis que l’histoire de la langue nous ramène jusque dans les écoles.
C’est précisément cette liberté de circulation entre les époques et les sujets qui fait l’intérêt de cette superbe revue.
Elle permet au lecteur de retrouver des épisodes connus, mais aussi d’ouvrir des portes vers des pans beaucoup moins explorés de notre histoire.

Pour NHU Bretagne, qui accompagne Istor Breizh depuis ses débuts, ce n°6 mérite donc largement d’être découvert, lu et partagé.

Pour ne rien manquer de Istor Breizh, le plus sûr moyen est encore de s’y abonner.

Couverture : Détail du mémorial pour la Grande Guerre à l’intérieur de la mairie de Kemper. Ces fresques de 1928 sont l’oeuvre de Charles Godeby, artiste peintre et conservateur du Musée des Beaux Arts de Kemper. ©Christian Gouerou.

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