Lorient, la Compagnie des Indes, l’Âge de Piastre

Lorient, la Compagnie des Indes, l’Âge de Piastre

L’Âge de Piastre, un roman de Michel PIRIOU.

C’est de ma rencontre aux archives de la Marine avec des documents d’un vaisseau de la Compagnie des Indes parti du port de Lorient pour la Chine au milieu du XVIIIème siècle, qu’est né ce livre. Le rôle d’équipage du Duc de Béthune contient force détails sur les hommes. Aussi bien leur âge, leur taille et la couleur de leurs cheveux et les salaires, les noms des fuyards comme ceux des clandestins. Le livre de ventes des hardes liste les effets des disparus vendus aux enchères à l’équipage. On y trouve au hasard des pages, quelques notes quant aux circonstances de disparitions, de séries de maladies, de morts inexpliquées et même d’un assassinat. Le capitaine, un véritable «capitaine d’industrie», gagne au retour d’une campagne largement de quoi s’acheter un immeuble.

Comme aujourd’hui, les emplois de stagiaires non rémunérés ne manquent pas.

Je me suis pris à reconstituer le périple de ce vaisseau marchand de 600 tonneaux. J’ai imaginé reconstituer la vie des gens du bord avec l’intention de décrire cette micro société avec ses souffrances et ses luttes. Également ses injustices et ses fêtes, une image de cette France qui allait quarante ans plus tard, basculer dans la révolution française. Et j’y reviens, parce que c’est d’actualité, la dimension mondiale du commerce, de la finance et de la fraude.
On peut assez facilement faire le parallèle avec la société aujourd’hui qu’on pourrait caractériser en une phrase : « On n’y peut rien, c’est nouveau, c’est la mondialisation ! »

Le négoce de la Compagnie des Indes.

Ce négoce repose sur un nombre limité de produits. Dont les épices (poivres, clou de girofle, muscade, cannelle), les cafés (Moka, Bourbon, Java) et les thés (noirs, verts et Bouy). Ainsi que la soie, les cotonnades, et les porcelaines. L’engouement pour ces produits de luxe va se diffuser dans les foyers aisés d’Europe, provoquant un déséquilibre. Car enfin, les achats ne peuvent être compensés par les exportations européennes. Il n’y a pas de comptoir en Chine où seuls les échanges sont admis à Canton sur une période limitée. Les produits européens ne séduisent pas beaucoup les populations chinoises habituées au raffinement de la soie et de la porcelaine.

Les bateaux ne partent donc pas avec des cales chargées de marchandises françaises.

Mais, de plus en plus souvent, avec des piastres d’argent en provenance des Amériques du centre et du Sud, ou achetés à Cadix. C’était un discret trafic et le port de Lorient est devenu une véritable plaque tournante financière. La proportion de piastres dans les cargaisons pour la Chine ne cessent d’augmenter. Ainsi elles passent de 10% à la fin du XVIIème siècle à 50% à celle du XVIIIème. Peu à peu, le commerce avec l’Asie est parfois dénoncé comme le gouffre des métaux précieux. Tout cela témoigne de l’interconnexion qui existe entre les trafics américains, voire antillais et africains, et européens, et la planétarisation des échanges.

La Chine n’avait pas de mine d’argent.

On leur échangeait des piastres d’argent espagnoles contre des barrettes d’or. Pour les chinois, la piastre c’était simplement du métal. Cet échange avec la Chine rapportait trois fois plus qu’en Indes ou en Europe. Avec la Chine, on pouvait transformer l’argent en or ! C’est moins spectaculaire que le plomb mais ça marche! Alors sur notre vaisseau, on n’a que ce mot à la bouche : des piastres, des piastres, des piastres.
Á la fin du XVIIIème, on trouve dans un ouvrage sur la balance commerciale en France d’un certain Arnould : « Peut-on concevoir rien de plus monstrueux que le parallèle à faire de l’écoulement d’un milliard dans le gouffre d’Asie depuis plus d’un siècle et le chétif résultat d’un débouché de quelques centaines de mille livres qu’obtiennent aujourd’hui les produits de notre sol et de notre industrie ».

Il est vrai qu’à part en Bretagne, le commerce avec les Indes n’a guère donné de travail à la population du royaume.

Tout cela forme le terreau sur lequel j’ai planté mon histoire, au plus près de la réalité et de la folie de l’époque. J’ai changé les noms, celui du bateau et ceux des marins. Car mes personnages ne leurs rendent pas toujours hommage. Aussi parce que certains hommes du Duc de Béthune ont laissé des traces dans l’Histoire. Et des familles se glorifient encore aujourd’hui de leurs exploits.

 

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L’Âge de Piastre, roman du Lorientais Michel PIRIOU.
Éditions La Route de la Soie

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Á propos de l'Auteur

Michel PIRIOU
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Michel PIRIOU demeure sur les bords de la rade de Lorient où il est né. La plus grande partie de sa carrière d’instituteur s’est déroulée à l’Institut Universitaire de Formation des Maîtres de Bretagne. Il s’est peu à peu consacré à l’apprentissage de la lecture en approfondissant la nature du langage écrit et de la littérature. Il a collaboré au comité de rédaction de la revue « Les Actes de Lecture ». Après avoir parlé lecture pendant toute sa vie professionnelle, il s’est mis à écrire des fictions dans lesquelles le quotidien des personnages marque les enjeux de notre société. Il est désormais auteur chez « La route de la soie-Éditions ». Son dernier roman, « Anna Djorkaeff » parle, étrangement, d’une bretonne du XXème siècle.

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