monnaies de Bretagne

Monnaies de Bretagne

de NHU Bretagne

Ces pièces qui prouvent que la Bretagne fut un État

Une petite pièce d’argent circule dans le grand port breton de Nantes / Naoned au XVe siècle. Sur son flanc, une hermine s’impose fièrement. Autour, une légende latine mentionne le nom d’un Duc de Bretagne. Ainsi, cette pièce sert à payer le sel, le blé ou les tissus venus d’Angleterre. Elle traverse les marchés, les foires et les ports atlantiques. Elle incarne une autorité et affirme un pouvoir.

Pourtant, peu de gens le savent parce que parler de cela, c’est reconnaître que la Bretagne fut longtemps indépendante.
Or, cette réalité ne relève ni du mythe ni de la nostalgie. Au contraire, elle s’inscrit dans le métal, dans des milliers de monnaies conservées aujourd’hui dans des collections publiques et privées.

L’ouvrage Les monnaies de Bretagne de Bruno Collin et Véronique Lecomte-Collin rassemble et analyse ces témoignages matériels. En effet, les auteurs ne plaident aucune cause. Ils décrivent, classent et contextualisent. Cependant, leur travail met en lumière une évidence historique : la Bretagne a exercé pendant des siècles un pouvoir monétaire propre.

Une tradition monétaire ancienne en Armorique

Bien avant les ducs, les peuples armoricains frappent déjà monnaie. Ainsi, les Osismes, les Vénètes ou encore les Redones produisent des pièces inspirées des modèles grecs. Ces monnaies circulent dans les réseaux commerciaux atlantiques et celtiques. Elles accompagnent les échanges de sel, d’étain et de produits agricoles.

De ce fait, l’Armorique s’insère dans des circuits économiques structurés. Elle participe activement aux dynamiques de son temps. En effet, frapper monnaie suppose une organisation, un contrôle des échanges et une capacité d’imposer une valeur reconnue.

Déjà, la monnaie traduit une autorité. Elle structure un espace. Par conséquent, elle facilite les échanges tout en affirmant une identité politique. Dès cette période, la Bretagne développe donc une tradition monétaire cohérente et durable.

Les Ducs de Bretagne et le droit de battre monnaie

À partir du IXe siècle, le pouvoir ducal s’organise durablement. Progressivement, les Ducs de Bretagne frappent leurs propres monnaies. Ils installent des ateliers à Nantes / Naoned, à Rennes / Roazhon, à Vannes / Gwened ou encore à Morlaix / Montroulez sur la côte nord du pays. Ainsi, ces ateliers produisent des pièces d’argent et parfois d’or. Chaque émission porte un message politique clair.

Sur les monnaies figurent des hermines, des croix ou des titulatures latines. De plus, les légendes mentionnent le nom du duc en exercice. Dès lors, la pièce devient un outil d’affirmation du pouvoir. Elle circule dans tout le pays. Elle traverse aussi les frontières commerciales.
Frapper monnaie constitue un droit régalien. Or, ce droit figure parmi les prérogatives majeures d’un État. Il s’inscrit aux côtés de la justice, de l’armée ou de la diplomatie. Ainsi, une autorité qui bat monnaie exerce une souveraineté concrète.

Les Ducs de Bretagne ne se contentent donc pas d’administrer. Ils gouvernent et gèrent le pays. Ils fixent une valeur monétaire. Par conséquent, ils organisent un espace économique cohérent. Dès lors, la monnaie ducale n’apparaît plus comme un simple instrument technique. Elle incarne une réalité institutionnelle pleinement assumée.

La monnaie comme signature d’un pouvoir

Une monnaie ne se limite jamais à un moyen de paiement. En réalité, elle affirme une autorité. Elle impose une norme. Elle matérialise une légitimité. Ainsi, chaque pièce diffuse le nom de celui qui gouverne. Elle rappelle qui fixe la valeur et garantit l’échange.
Aujourd’hui encore, seuls les États ou des ensembles comme l’Union Européenne émettent une monnaie officielle. Or, cette fonction ne relève pas d’un détail administratif. Elle constitue l’un des fondements du pouvoir politique.

Dès lors, regarder les monnaies bretonnes revient à observer l’exercice d’une fonction étatique pleine et entière. Pendant plusieurs siècles, la Bretagne produit, contrôle et diffuse sa propre monnaie. Elle ne dépend pas d’une autorité extérieure pour fixer sa valeur monétaire.
Cette continuité révèle une organisation solide. En effet, elle démontre une capacité à structurer l’économie et à affirmer une autorité reconnue. Ainsi, le métal conserve la trace de cette organisation politique.

L’annexion de 1532 et la transformation institutionnelle

Au XVIe siècle, l’annexion de la Bretagne au royaume de France modifie cet équilibre. Les institutions évoluent. Cependant, les compétences se redéfinissent. Peu à peu, le droit de battre monnaie disparaît au profit du pouvoir royal.

Or, cette disparition confirme justement l’importance du droit monétaire. On ne retire pas une prérogative insignifiante. On transforme un élément central de souveraineté. Ainsi, la fin de la frappe monétaire bretonne marque un tournant institutionnel majeur.
Peu de gens le savent parce que parler de cela, c’est reconnaître que la Bretagne fut longtemps indépendante. Et le roman national pourrait s’en trouver quelque peu écorné. Pourtant, l’histoire monétaire offre une démonstration factuelle. Elle repose sur des objets tangibles. Elle s’appuie sur des archives et des pièces conservées.

La transformation institutionnelle du XVIe siècle ne gomme donc pas le passé. Au contraire, elle en souligne la réalité.

Une mémoire discrète mais persistante

L’Histoire enseignée met souvent l’accent sur la centralisation française. En revanche, elle accorde peu de place aux institutions propres à la Bretagne médiévale. Pourtant, les monnaies racontent une autre dimension du récit.
Une pièce ne développe pas un discours. Cependant, elle montre un nom. Elle affiche un symbole. Ainsi, elle circule dans un espace défini. Elle atteste une autorité exercée ici, sur ce pays.

Ces monnaies ne relèvent donc pas seulement du patrimoine numismatique. Elles constituent également des documents politiques. En effet, elles témoignent d’une organisation institutionnelle cohérente. Elles révèlent une capacité à gouverner et à structurer un espace économique autonome.
Regarder ces pièces aujourd’hui, c’est redécouvrir une part méconnue de notre Histoire. C’est aussi comprendre que la Bretagne a longtemps disposé d’attributs étatiques complets.

Le métal conserve ce que les récits oublient

Les discours varient selon les époques. Les interprétations évoluent. Cependant, les sensibilités changent. En revanche, le métal conserve la trace du pouvoir exercé.
Une hermine gravée sur une pièce ducale ne relève pas de l’ornement. Au contraire, elle affirme une identité politique. Un nom latinisé ne constitue pas un détail esthétique. Il revendique une autorité.

Ces pièces ne racontent pas une légende. Au contraire, elles attestent une réalité politique exercée pendant des siècles. Ainsi, elles montrent qu’un pouvoir a structuré ce pays, organisé ses échanges et fixé sa valeur monétaire.
Dès lors, la Bretagne ne se réduit pas à une province périphérique de l’Histoire. Elle a exercé des fonctions étatiques complètes, a gouverné, administré et frappé monnaie. Comme le firent les États indépendants de l’Europe de toute cette période.

Le métal ne ment pas.

Pour en savoir plus encore, nous vous recommandons la lecture de Les Monnaies de Bretagne de Bruno Collin et Véronique Lecomte-Collin

Soutenez votre média breton !

Nous sommes indépendants, également grâce à vos dons.

A lire également

Une question ? Un commentaire ?

Recevez chaque mois toute l’actu bretonne !

Toute l’actu indépendante et citoyenne de la Bretagne directement dans votre boîte e-mail.

… et suivez-nous sur les réseaux sociaux :

Notre mission

NHU veut faire savoir à toutes et tous – en Bretagne, en Europe, et dans le reste du monde – que la Bretagne est forte, belle, puissante, active, inventive, positive, sportive, musicienne…  différente mais tellement ouverte sur le monde et aux autres.

Participez

Comment ? en devenant rédacteur ou rédactrice pour le site.
 
NHU Bretagne est une plateforme participative. Elle est donc la vôtre.