Irlande et Bretagne, deux partitions territoriales

Irlande et Bretagne, deux partitions

de NHU Bretagne
Publié le Dernière mise à jour le

Peut-on comparer les partitions de l’Irlande et de la Bretagne ?

La Loire Atlantique est-elle à la Bretagne ce que l’Irlande du Nord est à l’Irlande ?
La comparaison peut sembler évidente. Dans les deux cas, une frontière politique sépare une partie d’un pays historique du reste de celui-ci. Pourtant, les deux partitions ne résultent ni des mêmes événements ni des mêmes rapports de force.

L’Irlande a connu plusieurs siècles de domination britannique, une colonisation de peuplement, des affrontements religieux, une guerre d’indépendance puis un conflit qui fit des milliers de victimes.
La séparation administrative de la Loire Atlantique n’a provoqué aucune violence comparable. Elle résulte d’une succession de décisions prises par l’État central français au cours du XXe siècle, sans consultation directe de la population bretonne.

Comparer ces deux Histoires impose donc de ne pas les confondre.
Cependant, leurs différences ne doivent pas empêcher d’examiner leurs points communs. Dans les deux cas, un pays celtique historique a été divisé. Une frontière politique durable s’est installée. Un grand centre économique s’est retrouvé séparé d’une partie de son espace naturel. Enfin, une revendication de réunification a traversé les décennies sans disparaître.

Il existe néanmoins une différence fondamentale. Depuis l’accord du Vendredi Saint de 1998, la population du nord de l’Irlande dispose d’un mécanisme permettant de choisir démocratiquement son avenir. En Bretagne, aucune procédure comparable ne permet aux habitants de Loire Atlantique et des quatre autres départements bretons de se prononcer ensemble.

Irlande et Bretagne, deux partitions : au-delà du rapprochement historique, la comparaison pose donc une même question démocratique.
Qui doit décider des frontières et de l’organisation d’un pays : ses habitants ou le pouvoir central ?

Irlande et Bretagne, deux partitions aux histoires différentes

La partition de l’Irlande après plusieurs siècles de domination britannique

La présence anglaise en Irlande commence au XIIe siècle.
Cependant, la domination de l’île se renforce surtout à partir du XVIe siècle. La Couronne anglaise impose progressivement son autorité politique, militaire et religieuse. Elle organise également des « plantations », c’est-à-dire l’installation de colons venus principalement d’Angleterre et d’Écosse sur des terres confisquées aux Irlandais.

Ce mouvement prend une ampleur particulière dans la province d’Ulster, au nord de l’île.
Une importante population protestante et attachée à l’union avec la Grande Bretagne s’y constitue. Dès lors, la question irlandaise ne se résume plus à une opposition entre l’Irlande et Londres. Elle oppose aussi, au sein même de l’île, des populations aux identités nationales, religieuses et politiques différentes.

Au début du XXe siècle, la lutte pour l’autonomie puis l’indépendance s’intensifie. L’insurrection de Pâques 1916, la victoire électorale du Sinn Féin en 1918 et la guerre d’indépendance irlandaise bouleversent le rapport de force.

En 1920, le Government of Ireland Act organise deux entités politiques : l’une regroupe vingt-six comtés; l’autre, six comtés du nord-est, où les unionistes sont majoritaires. Le traité anglo-irlandais signé en décembre 1921 conduit ensuite à la création de l’État libre d’Irlande. Le nord de l’Irlande choisit de demeurer au sein du Royaume Uni.

La partition de l’île devient alors une réalité politique.
Elle provoque une profonde fracture dans le mouvement national irlandais. Pour de nombreux Irlandais, l’indépendance demeure inachevée puisque six des trente-deux comtés historiques restent sous souveraineté britannique.

Cette frontière ne sépare donc pas simplement deux administrations. Elle traverse une île, des familles, des échanges économiques et deux conceptions de l’avenir national. Elle nourrira ensuite des décennies de discriminations, de tensions et de violences, jusqu’au processus de paix engagé à la fin du XXe siècle.

La Loire-Atlantique progressivement séparée de la Bretagne

L’Histoire bretonne est très différente.
La Loire Atlantique, autrefois Loire Inférieure, n’a pas été détachée du reste de la Bretagne à la suite d’une guerre ou d’un traité international. Sa séparation administrative résulte d’une construction progressive conduite par l’État central français.

Historiquement, son appartenance à la Bretagne ne fait pourtant guère de doute.
Nantes / Naoned fut l’une des principales villes du duché. Le château des Ducs de Bretagne rappelle encore cette place centrale. Le pays nantais participa pleinement à la vie politique, économique et culturelle bretonne pendant plusieurs siècles.

La Révolution française supprime les anciennes provinces en 1790 et crée les départements.
La Loire Inférieure demeure alors l’un des cinq départements issus de la Bretagne, avec le Finistère, les Côtes du Nord, le Morbihan et l’Ille et Vilaine. Toutefois, les départements ne sont pas encore regroupés dans les régions administratives que nous connaissons aujourd’hui.

Le découpage établi en 1941 sous le régime collaborationniste de Vichy constitue une étape importante.
La préfecture régionale de Rennes / Roazhon rassemble quatre départements bretons, tandis que la Loire Inférieure dépend de celle d’Angers. Néanmoins, il serait trop simple de faire de cette seule décision l’origine directe de la situation actuelle. Les découpages de Vichy disparaissent à la Libération.

La séparation est reconstruite et durablement installée après-guerre.
Le décret du 30 juin 1955 prévoit la création de programmes d’action régionale. Le découpage arrêté en 1956 place les quatre départements de l’actuelle région administrative Bretagne dans un même ensemble, tandis que la Loire Atlantique rejoint une nouvelle construction regroupant également les départements français des Maine et Loire, Mayenne, Sarthe et Vendée.

Cette organisation donnera naissance à la région administrative sans Histoire ni âme des Pays de la Loire.
Elle sera ensuite consolidée par les différentes étapes de la régionalisation française, sans que les habitants de Bretagne aient été appelés à se prononcer directement.

Contrairement à la partition irlandaise, aucune frontière internationale reconnue ne traverse donc la Bretagne.
Pourtant, une limite administrative sépare toujours la Loire Atlantique des quatre autres départements bretons. Elle place Nantes / Naoned et Saint Nazaire / Sant Nazer dans une région dépourvue d’unité historique comparable à celle de la Bretagne.

La différence entre les deux histoires est considérable.
Mais leur résultat présente un premier point commun : dans les deux cas, une frontière politique s’est imposée à l’intérieur d’un pays historique et s’est maintenue au fil des générations.

Irlande et Bretagne bientôt réunifiées
Irlande et Bretagne bientôt réunifiées

Ce qui rapproche réellement les partitions de l’Irlande et de la Bretagne

Comparer les partitions de l’Irlande et de la Bretagne ne revient pas à confondre deux histoires profondément différentes.
Le parallèle devient néanmoins pertinent lorsqu’on observe les conséquences politiques, économiques et identitaires de ces divisions.

Dans les deux cas, une frontière décidée par un pouvoir central lointain et étranger sépare une partie d’un pays historique du reste de celui-ci. Cette limite n’a pas effacé les appartenances plus anciennes. Elle a cependant installé une organisation politique qui, au fil des décennies, a pu apparaître comme normale ou définitive.

Une frontière politique au sein d’un pays historique

La frontière entre la République d’Irlande et le nord du pays partage une île dont l’unité géographique et historique est évidente. Elle ne supprime pas l’identité irlandaise d’une partie importante de la population vivant dans les six comtés du Nord. Elle coexiste toutefois avec une identité britannique profondément enracinée chez de nombreux habitants.

Cette réalité impose de se garder des simplifications. Le nord de l’Irlande n’est pas seulement une partie de l’Irlande maintenue sous souveraineté britannique. Elle est également une société dans laquelle plusieurs appartenances nationales cohabitent, parfois difficilement.

En Bretagne, la limite est administrative et officiellement non internationale.
Pourtant, elle produit elle aussi une rupture au sein d’un pays historique. La Loire Atlantique demeure bretonne par son Histoire, sa géographie, son patrimoine et une partie importante de sa culture. Son rattachement à la région administrative on ne peut plus artificielle des Pays dits de la Loire n’a pas fait disparaître plusieurs siècles d’appartenance à la Bretagne.

Nantes / Naoned en constitue l’illustration la plus visible. La ville fut une résidence majeure des ducs de Bretagne et l’un des principaux centres politiques et économiques du pays. Le château des ducs de Bretagne ne se trouve pas à la périphérie de l’histoire bretonne. Il en occupe une place centrale.

Dans les deux cas, la frontière politique entre donc en contradiction avec une continuité historique plus ancienne. Elle peut modifier les institutions et les représentations officielles. Elle ne peut pas, à elle seule, réécrire le passé.

Des populations qui n’ont jamais oublié leur unité

La partition irlandaise n’a jamais mis fin à l’idée d’une réunification, tout comme c’est le cas en Bretagne.
Celle-ci demeure un objectif fondamental du mouvement républicain irlandais. Elle est également inscrite dans le cadre politique issu de l’accord du Vendredi Saint.

Cependant, tous les habitants du nord de l’Irlande sou domination anglaise ne souhaitent pas rejoindre la République d’Irlande. Une part importante de la population reste attachée au Royaume Uni. Une réunification ne peut donc être envisagée durablement que par un processus démocratique respectant les différentes identités.

carte de Bretagne ou carte de région administrative
carte de Bretagne ou carte de région administrative

En Bretagne, la revendication réunificatrice traverse également les générations. Depuis plusieurs décennies, des associations, des mouvements culturels, des acteurs économiques et de nombreux élus réclament le retour de la Loire Atlantique dans la région administrative Bretagne.

Cette demande ne se limite pas aux organisations politiques bretonnes. Des enquêtes d’opinion ont régulièrement montré qu’une part importante des habitants de Loire Atlantique se considère bretonne et se déclare favorable à la réunification. En 2018, plus de 105 000 électeurs du département ont signé une pétition demandant l’organisation d’une consultation.

La mobilisation n’a pourtant débouché sur aucun vote. Le pouvoir central français maintient le découpage actuel, tandis que les procédures permettant de le modifier restent particulièrement contraignantes.

L’Irlande et la Bretagne partagent donc une même permanence : les frontières institutionnelles n’ont pas suffi à faire disparaître l’aspiration à l’unité. Toutefois, cette aspiration doit désormais se traduire par une proposition démocratique. Il ne s’agit pas d’imposer une réunification, mais de permettre aux populations concernées de choisir. Quoique ? Y a t-il eu consultation populaire quand il s’est agit d’amputer la Bretagne de 30% de son PIB national ?

Deux séparations aux conséquences économiques importantes

Le nord de l’Irlande et la Loire Atlantique occupent chacune une place économique considérable dans leur pays historique.

Belfast / Béal Feirste fut l’un des grands centres industriels de l’île d’Irlande. Ses chantiers navals, notamment Harland and Wolff, ont marqué l’histoire maritime européenne. Le Titanic y fut construit au début du XXe siècle. La ville développa également d’importantes industries textiles, mécaniques et aéronautiques.
La partition priva ainsi le nouvel État irlandais d’une grande partie du principal bassin industriel de l’île. La République d’Irlande dut construire son développement économique sans Belfast et sans les six comtés du Nord.

En Bretagne, la Loire-Atlantique concentre également des activités stratégiques.
Nantes / Naoned constitue une métropole économique majeure. Saint-Nazaire / Sant-Nazer possède l’un des principaux complexes portuaires et industriels de Bretagne. Les Chantiers de l’Atlantique comptent parmi les plus importants chantiers navals d’Europe.

Orchestrée à dessein par le pouvoir central, la séparation administrative prive donc la région Bretagne actuelle de son principal ensemble industrialo-portuaire. Inversement, elle éloigne Nantes / Naoned et Saint-Nazaire / Sant Nazer de Brest, Lorient / An Oriant, Rennes / Roazhon et des autres pôles économiques avec lesquels une stratégie bretonne cohérente pourrait être construite.

Rien ne permet cependant d’affirmer que la volonté de contrôler ces industries fut la cause directe des deux partitions.
Dans le cas irlandais, l’économie constitua un enjeu important parmi des facteurs politiques, religieux et stratégiques beaucoup plus larges. Dans le cas breton, les documents disponibles ne démontrent pas que les chantiers navals aient déterminé le découpage administratif.
Mais « diviser pour régner » ne date pas d’aujourd’hui, et il est évidemment tentant, pour un pouvoir central souhaitant affaiblir une colonie, de l’amputer de sa région la plus riche.

Le constat économique reste néanmoins valable : les deux divisions ont séparé des pays historiques d’une partie importante de leurs capacités industrielles et maritimes. Elles ont ainsi durablement influencé leur équilibre et leurs possibilités de développement.

Pourquoi les deux partitions ne peuvent pas être confondues

Les ressemblances observées ne doivent pas masquer une différence fondamentale. Les partitions de l’Irlande et de la Bretagne ne relèvent ni de la même Histoire ni du même degré de violence.

La partition irlandaise s’inscrit dans plusieurs siècles de domination britannique.
Elle est aussi l’aboutissement d’une colonisation de peuplement, de divisions religieuses et d’affrontements politiques. Elle intervient après une insurrection, une guerre d’indépendance et de nombreux morts.

Après 1921, la création de l’Irlande du Nord ne met pas fin aux tensions.
Les catholiques y subissent longtemps des discriminations, notamment dans l’accès au logement, à l’emploi et à la représentation politique. À partir de la fin des années 1960, les Troubles plongent le pays dans trente années de violences. Attentats, assassinats et affrontements provoquent plus de 3 500 morts.

Rien de comparable ne s’est produit en Bretagne.
La séparation actuelle de la Loire Atlantique n’est issue ni d’une guerre ni d’un conflit religieux. Elle n’a pas entraîné de violences communautaires, de déplacements de population ou de frontière militaire. Il s’agit d’une division administrative progressivement imposée et maintenue par l’État central français pour affaiblir la Bretagne et tenter de lui ôter certaines revendications.

Cette distinction est essentielle. Comparer les deux partitions ne signifie donc pas placer sur le même plan les souffrances vécues en Irlande et les conséquences du découpage régional hexagonal forcé.

Le rapprochement porte ailleurs. Dans les deux cas, une décision politique a divisé un pays historique. Elle a séparé un centre économique majeur du reste de celui-ci. Enfin, elle a installé une frontière durable sans faire disparaître l’aspiration à la réunification.

Les moyens employés, les violences subies et les réalités humaines diffèrent profondément. Cependant, une question commune demeure : une frontière politique peut-elle devenir légitime par sa seule ancienneté lorsqu’elle reste contestée par une partie de la population ?

Irlande et Bretagne : deux droits à la réunification profondément inégaux

Les deux réunifications restent aujourd’hui inachevées.
Pourtant, les populations irlandaise et bretonne ne disposent pas des mêmes droits pour décider de leur avenir. L’Irlande bénéficie désormais d’un mécanisme démocratique reconnu par un accord international. En Bretagne, aucune procédure comparable n’existe.

L’accord du Vendredi Saint reconnaît le droit de choisir

Signé en 1998, l’accord du Vendredi Saint a largement mis fin aux Troubles. Il repose sur un principe essentiel : le statut du nord de l’île d’Irlande dépend du consentement de sa population et de l’accord du pouvoir central londonien.

Chaque habitant peut se reconnaître comme Britannique, Irlandais ou les deux. Il peut également posséder la nationalité britannique, la nationalité irlandaise ou chacune d’elles. Ainsi, l’accord ne cherche pas à effacer les identités. Il organise leur coexistence dans un cadre pacifique.
Surtout, il prévoit la possibilité d’un référendum sur la réunification. Le gouvernement britannique doit organiser cette consultation s’il apparaît probable qu’une majorité des électeurs nord-irlandais souhaite rejoindre une Irlande réunifiée.

Toute modification nécessiterait un vote favorable dans le nord de l’île, mais aussi en République d’Irlande. La réunification ne pourrait donc pas être imposée par Londres, Dublin / Baile Átha Cliath ou une seule communauté. Elle dépendrait du choix démocratique exprimé dans les deux parties de l’île.
La date d’un éventuel référendum demeure incertaine. Néanmoins, le droit de choisir existe. La frontière actuelle n’est pas juridiquement considérée comme intangible.

La Bretagne reste privée de consultation démocratique

La situation bretonne est profondément différente. Aucun dispositif ne permet aux habitants de Loire Atlantique et des quatre autres départements bretons de se prononcer ensemble sur la réunification de la Bretagne.

Pourtant, les demandes de consultation se sont multipliées.
En 2018, plus de 105 000 électeurs de Loire Atlantique, soit le minimum requis d’au moins 10% du corps électoral ont signé une pétition réclamant l’organisation d’un vote départemental. Ce nombre dépassait largement le seuil permettant de demander l’inscription du sujet à l’ordre du jour du conseil départemental.
Cependant, aucune consultation n’a été organisée., véritable déni démocratique des notables locaux trop soucieux de leurs intérêts personnels.

Les procédures françaises de modification des limites régionales restent également dépendantes des institutions concernées et du pouvoir parisien. Elles ne reconnaissent pas aux Bretons un droit collectif à décider des contours administratifs de leur propre pays.
La revendication démocratique est pourtant simple. Il ne s’agit pas d’imposer le rattachement de la Loire Atlantique à la région Bretagne. Il s’agit de permettre aux populations concernées de débattre, puis de choisir.

Le contraste avec l’Irlande apparaît alors clairement. Le Royaume Uni reconnaît qu’une frontière vieille de plus d’un siècle peut être remise en cause par les urnes. Paris, de son côté, maintient une division administrative sans offrir aux Bretons un moyen direct de se prononcer.
L’inégalité ne concerne donc pas seulement deux processus de réunification. Elle oppose deux conceptions de la Démocratie : l’une reconnaît le droit au consentement, tandis que l’autre demande aux populations de s’accommoder indéfiniment d’une décision prise sans elles.

La réunification de l’Irlande est-elle devenue possible ?

La réunification de l’Irlande n’est plus seulement une aspiration historique. Depuis l’accord du Vendredi Saint, elle constitue une possibilité politique et juridique. Toutefois, son existence dans les textes ne signifie pas qu’elle soit imminente.

Le Brexit a profondément modifié le débat. En quittant l’Union européenne, le Royaume Uni a fait réapparaître la question de la frontière irlandaise. La République d’Irlande reste membre de l’Union, tandis que le nord de l’île appartient à un État qui l’a quittée. Il a donc fallu élaborer des dispositions particulières pour préserver les échanges et éviter le retour d’une frontière physique.

Parallèlement, les équilibres démographiques et politiques évoluent. Le recensement de 2021 a montré que les appartenances nord-irlandaises ne se répartissent plus entre deux blocs simples. Certains habitants se définissent comme Britanniques, d’autres comme Irlandais ou Nord-Irlandais. Beaucoup revendiquent également plusieurs identités.

Les succès électoraux du Sinn Féin ont également renforcé la visibilité du projet réunificateur. Cependant, voter pour ce parti ne signifie pas nécessairement approuver immédiatement une réunification. De même, l’évolution des appartenances religieuses ne permet pas de déduire automatiquement le résultat d’un futur référendum.

La question économique sera décisive. Une Irlande réunifiée devrait harmoniser deux systèmes de santé, de fiscalité, de protection sociale et d’administration. Elle devrait surtout garantir la place des populations unionistes et respecter leur identité britannique.

La réunification est donc devenue possible, mais elle n’est ni certaine ni proche par définition. Elle nécessiterait une majorité clairement établie en Irlande du Nord, un vote favorable dans la République d’Irlande et un projet suffisamment précis pour convaincre au-delà du seul électorat nationaliste.

L’essentiel demeure néanmoins : la population peut ouvrir cette voie par les urnes. La frontière irlandaise n’est plus présentée comme irréversible. Son avenir dépend, au moins en droit, du consentement démocratique.

La réunification de la Bretagne peut-elle encore être refusée ?

Depuis plus de soixante-dix ans, la Loire Atlantique demeure toujours séparée administrativement des quatre autres départements bretons. Pourtant, cette durée n’a pas suffi à faire disparaître la revendication réunificatrice. Elle n’a pas davantage effacé l’appartenance bretonne de Nantes / Naoned, de Saint Nazaire / Sant Nazer et du pays nantais.

La Bretagne continue d’exister au-delà des limites régionales. Les relations culturelles, économiques et humaines traversent quotidiennement cette frontière administrative imposée de Paris. Des institutions, des associations, des entreprises et des événements travaillent déjà à l’échelle des cinq départements. Dans de nombreux domaines, la réalité bretonne précède donc la décision politique.

Une Bretagne réunifiée retrouverait aussi une cohérence économique plus forte.
Nantes / Naoned et Saint Nazaire / lui apporteraient un grand ensemble métropolitain, industriel, universitaire, portuaire et maritime. Leur complémentarité avec Rennes / Roazhon, Brest, Lorient / An Oriant, Kemper ou Vannes / Gwened permettrait de construire une stratégie commune. Celle-ci concernerait notamment les transports, l’enseignement supérieur, l’économie maritime, la culture et les langues de Bretagne.

Cependant, la réunification ne peut pas reposer sur la seule histoire.
Elle doit devenir un projet concret, préparé et démocratiquement approuvé. Ses conséquences institutionnelles, financières et administratives devront être expliquées. Les habitants devront également connaître les bénéfices attendus, mais aussi les difficultés d’une telle évolution.

La question centrale n’est donc pas de savoir si chacun partage déjà la même opinion. Elle consiste à déterminer si le trop lointain État central peut continuer à refuser toute consultation. Plus de 105 000 électeurs de Loire Atlantique ont demandé un vote en 2018. Cette mobilisation exceptionnelle n’a pourtant entraîné aucune décision démocratique.

Refuser indéfiniment la réunification sans permettre aux populations concernées de s’exprimer revient à considérer le découpage actuel comme intouchable. Or une organisation administrative n’est pas une vérité historique. Elle doit pouvoir évoluer lorsqu’elle ne correspond plus à la volonté des habitants.

La réunification de la Bretagne peut être débattue, contestée ou défendue. En revanche, le droit des Bretons à en décider eux-mêmes devient chaque année plus difficile à leur refuser.

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Deux partitions, mais une même question démocratique

Irlande et Bretagne, deux partitions : le rapprochement est saisissant, mais il doit rester précis.
Les deux divisions ne sont comparables ni par leurs origines ni par leurs conséquences humaines. L’Irlande a connu la colonisation, la guerre, les discriminations et plusieurs décennies de violences. En Bretagne, la séparation de la Loire Atlantique demeure une décision administrative et politique.

Cependant, une frontière institutionnelle ne suffit pas à effacer un pays historique.
Plus d’un siècle après la partition irlandaise, l’idée d’une Irlande réunifiée reste vivante. De même, plusieurs décennies de découpage régional n’ont fait disparaître ni l’appartenance bretonne de la Loire Atlantique ni la revendication réunificatrice.
Une différence décisive subsiste pourtant.
Grâce à l’accord du Vendredi Saint, les Irlandais disposent d’une voie démocratique pour remettre en cause leur frontière.
Les Bretons, eux, attendent toujours le droit de se prononcer sur la réunification de leur pays.

Le débat ne consiste donc pas à imposer une solution. Il s’agit de permettre un choix libre, informé et démocratique. La réunification peut être soutenue ou combattue. En revanche, pourquoi l’État français pourrait-il continuer à décider seul des limites de la Bretagne ?

Après tout, si les Irlandais peuvent choisir l’avenir de leur pays, pourquoi les Bretons ne disposeraient-ils pas du même droit ?


Bretagne République d'Irlande Nouvelle Zélande
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