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100 jours de gouvernement Plaid Cymru : ce que le Pays de Galles peut décider que la Bretagne ne peut pas décider
L’autonomie du Pays de Galles prend aujourd’hui un visage très concret.
Au Cymru (nom gallois du pays) cent jours ont suffi au nouveau gouvernement Plaid Cymru pour donner une première idée de ce qu’il entend faire du pouvoir. Le 18 mai 2026, le nouveau gouvernement gallois tenait son premier Conseil des ministres. À sa tête, Rhun ap Iorwerth devenait le premier First Minister issu de Plaid Cymru.
Trois mois plus tard, le bilan reste nécessairement provisoire.
On ne réforme pas un système de santé, une école ou une économie en cent jours. Mais il faut aussi savoir reconnaître ce qui a été fait : sur cette première période très courte, Plaid Cymru a plutôt bien travaillé. Les engagements annoncés pour ces cent premiers jours ont donné lieu à des mesures ou à des actions dans la santé, l’éducation, la petite enfance, l’agriculture, les transports et l’économie.
Tout ne produira évidemment pas les résultats espérés. Certaines décisions ne pourront être jugées que dans plusieurs mois ou plusieurs années, tandis que le nouveau gouvernement a déjà rencontré ses premières difficultés politiques. C’est aussi cela, gouverner : décider, arbitrer, affronter une opposition et, à terme, rendre des comptes.
Vu de Bretagne, l’intérêt de ces cent premiers jours dépasse donc largement le seul bilan de Plaid Cymru.
Ils montrent concrètement ce qu’une nation disposant d’une réelle autonomie politique peut faire lorsqu’elle possède un Parlement, un gouvernement et des compétences propres. Les Gallois choisissent une majorité, lui confient le pouvoir, observent ce qu’elle en fait et pourront ensuite la sanctionner ou la reconduire.
En Bretagne, aucun scrutin ne permet aujourd’hui de confier des pouvoirs comparables à une majorité bretonne.
Deux nations celtiques, donc, mais deux capacités d’agir très différentes.
Plaid Cymru : cent jours sans perdre de temps
Avant même les élections du 7 mai, Plaid Cymru avait publié une feuille de route détaillée pour ses cent premiers jours au pouvoir.
Le parti annonçait plusieurs priorités : réduire les délais d’attente dans le système de santé, développer l’accueil des jeunes enfants, améliorer les résultats scolaires, lutter contre la pauvreté infantile et soutenir l’économie. Il promettait également de défendre plus fermement les intérêts gallois face à Westminster.
Cent jours plus tard, le gouvernement peut faire état de plusieurs décisions concrètes.
Les aides destinées à attirer de nouveaux enseignants dans les matières prioritaires ont été augmentées. L’accueil des jeunes enfants financé par les pouvoirs publics a été élargi et plusieurs centaines de familles supplémentaires doivent en bénéficier. Des moyens ont également été engagés afin d’étendre les repas scolaires gratuits à davantage d’élèves du secondaire.
Dans le domaine agricole, un accord de financement pluriannuel de plus d’un milliard de livres doit apporter davantage de visibilité aux exploitations. En matière de santé, le gouvernement a lancé plusieurs chantiers destinés à réduire les listes d’attente et préparé une stratégie nationale de dix ans contre le cancer. Les transports ne sont pas oubliés, avec notamment une nouvelle liaison par autocar entre le nord et le sud du pays.
Cardiff / Caerdydd a également engagé plusieurs rapports de force avec Londres.
Ils concernent le financement du Cymru, les conséquences financières du projet ferroviaire HS2 ou encore l’élargissement des compétences galloises. Tout cela ne constitue évidemment pas encore un bilan de résultats, mais un premier constat peut être dressé : le nouveau gouvernement s’est mis au travail rapidement et utilise les leviers dont il dispose.
C’est précisément là que la comparaison avec la Bretagne devient intéressante.
Au Cymru, la santé est une responsabilité politique
Le système de santé gallois, NHS Wales, dépend du gouvernement gallois.
Celui-ci fixe ses priorités, répartit les moyens, organise les services et définit sa politique de santé publique. Le système connaît pourtant de sérieuses difficultés, notamment des listes d’attente qui constituent l’un des grands sujets politiques du pays.
En Bretagne, dans le domine de la santé, tout ou presque doit être quémandé au pouvoir central parisien.
L’autonomie ne constitue donc aucune garantie de réussite.
Elle permet en revanche de savoir qui décide et qui répond de ses décisions. Un électeur gallois mécontent de la politique de santé peut interpeller son gouvernement et, lors de l’élection suivante, voter contre la majorité qui la conduit.
La comparaison avec la Bretagne est éclairante.
NHU Bretagne a récemment consacré un article à la situation de l’hôpital public en Bretagne : déficits, fermetures de services, maternités fragilisées, personnels épuisés. Pourtant, les électeurs bretons ne disposent d’aucun scrutin leur permettant de choisir une politique bretonne de santé.
Le Conseil régional peut participer à certains financements et intervenir dans les formations sanitaires. Financements fournis pas … Paris !
Toutefois, l’organisation générale reste entre les mains de l’État français, notamment par l’intermédiaire des ARS agences régionales de santé. Au Cymru, un mauvais bilan sanitaire peut devenir un problème électoral pour le gouvernement gallois. En Bretagne, les principales décisions sanitaires échappent au « pouvoir » politique breton, qui en fait n’en a quasiment aucun, de pouvoir.

École et langues : le contraste devient encore plus net
L’éducation révèle la même différence.
Le gouvernement gallois dispose de pouvoirs étendus sur les programmes, les qualifications, la formation des enseignants et l’organisation scolaire.
La Région Bretagne administrative construit, entretient et équipe les lycées, tout en finançant certaines actions éducatives. Mais elle ne décide ni des programmes scolaires ni des diplômes, ne recrute pas les enseignants et ne détermine pas l’organisation générale de l’école.
La question linguistique rend la comparaison encore plus frappante.
Au Cymru, le gallois relève d’une véritable politique publique qui associe enseignement, petite enfance, administration et politique linguistique. Le pays s’est fixé l’objectif d’atteindre un million de locuteurs en 2050 et le Senedd peut légiférer sur la langue, notamment en imposant certaines obligations aux organismes publics.
En Bretagne, la situation du breton et du gallo est très différente.
Le Conseil régional peut soutenir Diwan, les filières bilingues, la formation, les associations ou les médias. Il peut voter des budgets et conclure des conventions avec l’État cenytral, mais il ne maîtrise pas l’enseignement public ni la place accordée aux langues de Bretagne dans l’ensemble du parcours scolaire.
Ainsi, la Bretagne reste largement dépendante de décisions prises à Paris pour une question qui touche directement à la transmission de ses langues. Là encore, l’autonomie galloise ne garantit pas que la politique menée réussira. Elle permet d’abord aux Gallois de décider eux-mêmes de la politique qu’ils souhaitent conduire.

Taith Cymru, qui sera lancé le 25 octobre, est un tout nouveau service d’autocar reliant Bangor à Carmarthen / Caerfyrddin.
Les billets seront disponibles à partir du 6 octobre.
Transports : la Bretagne possède déjà de vrais leviers
La comparaison doit cependant rester honnête.
Dans les transports, la Bretagne dispose déjà de compétences importantes : la Région organise les TER BreizhGo, les cars interurbains, les transports scolaires et certaines liaisons maritimes. Elle commande du matériel ferroviaire et peut définir une partie de l’offre régionale.
L’écart avec le Cymru est donc moins spectaculaire que dans la santé ou l’éducation. Le gouvernement gallois ne dispose d’ailleurs pas non plus de tous les pouvoirs, certaines infrastructures et décisions restant du ressort britannique. La différence apparaît davantage dans la capacité de coordonner plusieurs politiques sous une même responsabilité politique.
À Cardiff / Caerdydd, transports, logement, développement économique, environnement et aménagement relèvent largement du même gouvernement. En Bretagne, ces responsabilités sont réparties entre la Région, l’État, les départements, les intercommunalités et différents opérateurs.
On pourrait résumer cette différence ainsi : Rennes / Roazhon administre les compétences que la loi française lui attribue. Cardiff / Caerdydd gouverne dans les domaines relevant de son autonomie.
Le Senedd n’est pas un Conseil régional
Depuis 1999, le Pays de Galles / Cymru possède ses propres institutions politiques.
L’Assemblée créée cette année-là disposait initialement de pouvoirs limités. Ceux-ci ont ensuite été renforcés par plusieurs lois britanniques et par les choix exprimés lors des référendums gallois, jusqu’à donner naissance au Senedd actuel.
Le Senedd est un véritable Parlement national.
Il vote des lois applicables au Pays de Galles, contrôle le gouvernement et approuve son budget. Le First Minister n’est donc pas l’équivalent d’un président de Région administrative française : il dirige un gouvernement composé de ministres responsables de politiques publiques. Alors qu’un président de région administrative de l’Hexagone n’a pratiquement aucun pouvoir réel, sauf ceux que le pouvoir central lui concède.
Depuis 2018, le système repose largement sur le principe des compétences réservées. Le Senedd peut légiférer dans les domaines qui ne sont pas expressément conservés par Westminster. Santé, éducation, logement, agriculture, environnement, langue galloise ou administration locale font ainsi partie des grands domaines relevant du pouvoir gallois.
Le Conseil régional de Bretagne administrative possède une autre nature juridique.
Il conduit de véritables politiques publiques et son rôle économique, ferroviaire ou dans les lycées est loin d’être négligeable. Cependant, il ne vote pas de lois et ne décide pas lui-même de l’étendue de ses compétences : celles-ci lui sont attribuées par la législation française. Il est donc véritablement sous-tutelle.
Et la Bretagne n’est même pas réunie administrativement
Une autre différence saute aux yeux lorsqu’on compare les deux pays : les institutions galloises concernent l’ensemble du Pays de Galles / Cymru.
La Région Bretagne administrative actuelle ne couvre, elle, que quatre des cinq départements bretons. La Loire Atlantique bretonne reste rattachée administrativement aux Pays de la Loire.
Cette situation fausse d’ailleurs régulièrement la lecture des statistiques bretonnes.
NHU Bretagne travaille pour cette raison, autant que possible, à l’échelle des cinq départements. La Bretagne dépasse désormais les cinq millions d’habitants lorsqu’on considère le pays dans son ensemble.
Avant même de parler d’une autonomie comparable à celle du Cymru, une différence institutionnelle apparaît donc immédiatement. Les Gallois disposent d’institutions correspondant à l’ensemble de leur pays ; les Bretons, non.
Pays de Galles et Bretagne : deux niveaux de pouvoir
La comparaison peut se résumer simplement.
| Domaine | Pays de Galles / Cymru | Bretagne |
|---|---|---|
| Parlement | Oui : le Senedd vote des lois | Non |
| Gouvernement | Oui, dirigé par un First Minister | Non : Conseil régional |
| Santé | Politique largement autonome | Compétence principale de l’État central |
| Éducation | Pouvoirs importants sur l’organisation et les programmes | Lycées gérés par la Région, enseignement décidé par l’État central |
| Langues | Politique publique et pouvoir législatif | Soins palliatifs au breton et au gallo sans pouvoir normatif comparable |
| Fiscalité | Pouvoirs partiels | Autonomie fiscale inexistante. C’est Paris qui distribue |
| Transports | Pouvoirs importants mais incomplets | Compétences régionales réelles mais trè partielles |
| Institutions | Ensemble du Pays de Galles | Bretagne divisée entre deux régions administratives |
Le contraste est net.
L’autonomie galloise a ses limites
Le Cymru n’est pas (encore) un État souverain.
Westminster conserve des compétences essentielles, les fonctions régaliennes : défense, affaires étrangères, immigration, monnaie, sécurité sociale, une grande partie de la fiscalité, police et justice. Le financement constitue également une limite importante, puisqu’une part essentielle du budget gallois provient toujours du système financier britannique.
Le Pays de Galles / Cymru dispose néanmoins de certains pouvoirs fiscaux. Il peut agir sur plusieurs taxes et sur une partie de l’impôt sur le revenu. Les relations entre Cardiff / Caerdydd et Westminster sont d’ailleurs régulièrement conflictuelles lorsque le gouvernement gallois considère que les intérêts du pays ne sont pas suffisamment pris en compte.
Le dossier HS2 en donne une bonne illustration.
Le gouvernement gallois conteste depuis longtemps la manière dont cette infrastructure ferroviaire anglaise est traitée financièrement et réclame les sommes qu’il estime dues au Cymru. Plaid Cymru souhaite parallèlement obtenir de nouveaux pouvoirs et rapprocher certaines compétences galloises de celles dont dispose déjà l’Écosse.
L’autonomie n’a donc supprimé ni les contraintes financières ni les rapports de force politiques. Elle les a en partie déplacés : des décisions autrefois prises exclusivement à Londres le sont désormais à Cardiff / Caerdydd.
Une autonomie construite progressivement
Il serait également trompeur d’imaginer que Londres a accordé d’un seul coup ses pouvoirs actuels au Pays de Galles / Cymru.
L’autonomie galloise s’est construite par étapes et, surtout, à la suite de mobilisations politiques et de consultations démocratiques.
En 1997, le référendum créant une Assemblée galloise fut remporté d’extrême justesse. Deux ans plus tard, les premières institutions autonomes entraient en fonction avec des pouvoirs bien plus modestes qu’aujourd’hui. De nouvelles compétences ont ensuite été transférées au fil des réformes.
En 2011, les Gallois ont notamment approuvé par référendum l’extension du pouvoir législatif de leur Assemblée. D’autres évolutions ont suivi, jusqu’au système actuel fondé sur les compétences réservées.
Le Cymru de 2026 dispose ainsi de pouvoirs considérablement plus importants que celui de 1999.
Cette évolution rappelle surtout qu’entre une Région française et un État souverain existent de nombreux degrés d’autonomie. Le Pays de Galles / Cymru en expérimente un depuis plus d’un quart de siècle et continue aujourd’hui à le faire évoluer.
Que pourrait décider une Bretagne autonome ?
C’est ici que les cent premiers jours de Plaid Cymru deviennent particulièrement intéressants pour NHU Bretagne. Non parce qu’il faudrait copier le modèle gallois, mais parce qu’il permet de sortir l’autonomie du débat théorique et de regarder ce qu’elle signifie dans la vie quotidienne.
Imaginons simplement que la Bretagne dispose de compétences comparables.
Un Parlement breton pourrait voter des lois dans des domaines précisément définis et un gouvernement serait chargé de les appliquer. Les élections bretonnes ne serviraient plus seulement à choisir les responsables d’une collectivité : elles permettraient de départager plusieurs projets politiques concernant directement la Bretagne.
Une majorité pourrait défendre une certaine organisation de la santé, tandis qu’une autre proposerait des choix différents.
La Bretagne (une fois retrouvé son territoire occupé de Loire Atlantique bien sûr) pourrait disposer de pouvoirs beaucoup plus importants sur l’enseignement du breton et du gallo, sur une partie des programmes scolaires ou sur la formation des enseignants. Elle pourrait également coordonner plus directement logement, transports, économie et environnement.
Une autonomie fiscale, même partielle au début, créerait enfin un lien plus clair entre les décisions prises, les recettes mobilisées et la responsabilité des élus. Rien de cela ne garantirait une bonne politique : un gouvernement breton pourrait réussir comme il pourrait se tromper. Les Bretons pourraient alors le sanctionner dans les urnes.
C’est précisément l’un des principes essentiels de l’autonomie : rapprocher le pouvoir de décider de la responsabilité de rendre des comptes.
Après cent jours, Plaid Cymru mérite un premier satisfecit
Revenons finalement à Rhun ap Iorwerth et à son gouvernement.
Cent jours sont beaucoup trop courts pour dresser un bilan définitif et Plaid Cymru devra être jugé sur les résultats obtenus, pas seulement sur les mesures annoncées. Les difficultés auxquelles le gouvernement gallois doit faire face sont bien réelles.
Les listes d’attente du NHS ne disparaîtront pas en quelques mois, les contraintes financières demeurent fortes et les rapports avec Westminster continueront d’être difficiles.
Le gouvernement devra également transformer ses premières décisions en résultats visibles pour les Gallois. C’est sur cette capacité qu’il faudra le juger dans la durée.
Pourtant, son démarrage est convaincant. Plaid Cymru avait présenté une feuille de route précise avant les élections et, une fois arrivé au pouvoir, il s’est rapidement mis au travail. Santé, école, petite enfance, agriculture, transports : en cent jours, plusieurs chantiers ont été ouverts et une direction politique claire a été donnée.
À ce stade très précoce, cela mérite d’être considéré comme du bon travail.
Ce satisfecit n’est ni un blanc-seing ni un jugement définitif. C’est simplement le constat qu’un gouvernement nouvellement élu a commencé à utiliser rapidement les pouvoirs que les institutions autonomes galloises mettent à sa disposition.
Et c’est justement ce qui devrait intéresser les Bretons.
Les Gallois pourront juger leur gouvernement sur sa politique de santé, son école, son action économique, ses transports, sa politique linguistique ou ses relations avec Londres. Ils pourront débattre de ses réussites et de ses échecs, puis voter en conséquence.
En Bretagne, nous débattons souvent des mêmes sujets : hôpital, langues, école, logement, transports, économie, agriculture.
Mais, sur plusieurs d’entre eux, le pouvoir de décision principal se trouve ailleurs.
Voilà peut-être la principale leçon de ces cent premiers jours : l’autonomie ne garantit pas de meilleures décisions.
Elle permet d’abord à un pays de prendre davantage de décisions lui-même, et d’en assumer ensuite les conséquences.
Après cent jours de gouvernement Plaid Cymru, le Cymru vient d’en offrir une nouvelle démonstration.
Skeudenn bennañ : luc’hskeudenn Plaid Cymru azasaet gant NHU Breizh / Illustration principale : photo Plaid Cymru adaptée par NHU Bretagne

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1 commentaire
Le Monmouthshire a été rattaché au pays de Galles dans les années 60. Peut-être manque-t-il encore une partie du Shropshire.