Lérot en Bretagne

Le Lérot en Bretagne : pourquoi ce petit mammifère disparaît-il ?

de Stéphane BROUSSE

Le Lérot en Bretagne : état des connaissances et enjeux de conservation

Le lérot – Eliomys quercinus – est appelé Lir en breton et Glar en gallo.
Encore relativement commun en Bretagne jusqu’à la seconde moitié du XXe siècle, il a connu une diminution très marquée de ses effectifs au cours des deux dernières décennies. Les causes précises de ce déclin demeurent à ce jour sont imparfaitement identifiées.
Bien que l’espèce soit toujours présente en France, ses populations sont désormais considérées comme menacées à l’échelle européenne.
Devenu très rare en Bretagne, où il est aujourd’hui classé en danger critique d’extinction, le lérot mérite une attention particulière en raison de sa discrétion, de son originalité biologique et des enjeux de conservation qu’il soulève.

Éléments biométriques

Taille : entre 10 et 15 centimètres / queue = 10 à 15 centimètres
Poids : 60 à 140 grammes
Longévité : 4 ans
Maturité sexuelle : 1 an

Description et moeurs

Le lérot présente une silhouette élancée qui lui confère une grande agilité.
Il se déplace avec une aisance remarquable aussi bien au sol que dans les arbres. Il possède une longue queue velue, terminée par un pinceau noir et blanc, dont il peut se séparer en cas de capture, sans possibilité de régénération. Son dos est gris-roux, tandis que son ventre est blanc. Son museau allongé et le masque noir qui entoure ses yeux constituent des critères d’identification caractéristiques qui lui donnent un petit air de malfrat du XIXe siècle. Ses yeux proéminents traduisent son activité essentiellement nocturne, tandis que ses grandes oreilles rondes témoignent d’une ouïe très développée.

Aucun dimorphisme sexuel marqué n’est observé chez l’espèce.
Le lérot peut être confondu avec le loir ou le muscardin, également membres de la famille des Gliridés. Espèce nocturne, il trouve refuge dans une cavité, un nid, un grenier ou encore un nichoir initialement destiné à d’autres espèces. Bien que prudent, il vit fréquemment à proximité des habitations humaines.

La reproduction a lieu en avril et en mai.
Après une gestation d’environ trois semaines, la femelle donne naissance à une unique portée annuelle comptant généralement de trois à sept petits. Les jeunes, allaités pendant deux semaines, deviennent autonomes au bout de quatre semaines environ. Sensible aux rigueurs hivernales, le lérot entre en hibernation d’octobre à avril.

Lérot en Bretagne
Lérot en Bretagne – @AngelCanones

Régime alimentaire

Le lérot est un omnivore opportuniste.
Son régime alimentaire, particulièrement diversifié, comprend des fruits (pommes, poires), des baies, des graines et des fruits secs. Il est parfois surnommé rat fruitier.  Mais il se sustente aussi de petits invertébrés, notamment d’insectes, de larves, voire occasionnellement de petits oiseaux ou mammifères, ou des œufs. Il appartient à l’ancien groupe des Gliridés, caractérisé par des incisives adaptées au rongement. Certaines observations rapportent également des comportements de cannibalisme en situation de contrainte.

Distribution et biotopes

Le lérot est présent dans une grande partie de l’Europe occidentale.
Il est toutefois absent des Balkans, de Scandinavie, à l’exception de la Finlande, ainsi que des îles Britanniques. Son aire de répartition s’étend jusqu’au massif de l’Oural et à l’Asie Mineure. L’espèce fréquente de préférence les zones bocagères, les vergers, les parcs, les jardins, et peut occasionnellement coloniser les greniers ou les caves des habitations.

Lérot en Bretagne
Lérot en Bretagne – @AliciaPenicaud

Démographie en France et en Bretagne

Son déclin est observé partout en Europe et en France, sans que les causes en soient clairement établies.
En Bretagne, l’espèce était bien présente durant la seconde moitié du XXe siècle, notamment sur une ligne allant de Dinard / Dinarzh à Lorient / An Oriant en passant par Paimpont / Pempont.

Dans les années 1960, les naturalistes considéraient le lérot comme très abondant en Vendée, en Mayenne, en Maine-et-Loire, dans la Sarthe ainsi qu’en Loire Atlantique.

L’espèce n’est plus présente en Bretagne que sous forme de noyaux de population isolés.
Elle a été observée en 2006 aux environs de Lorient / An Oriant et d’Auray / An Alre. Un individu a été observé en 2008 à Redon, puis en 2009 à Marpiré / Marbereg, commune située à vingt-six kilomètres à l’est de Rennes / Roazhon.
De petites populations subsisteraient dans le bassin rennais ainsi que dans le sud du département. Deux cadavres ont été récupérés en 2013 à Larmor Baden. Quelques données émanent également des rivages du Trégor. Le lérot reste en revanche bien présent sur les rivages ligériens, où il est régulièrement observé. Des cadavres sont régulièrement collectés sur les routes aux environs de Nantes / Noaned.

Lérot en Bretagne
Lérot en Bretagne – Carte de Bretagne du GMB Groupe Mammalogique Breton

Statut de conservation UICN

Quasi menacé au niveau européen : NT
Préoccupation mineure en France : LC
En danger critique en Bretagne : CR

Causes probables de son déclin

Ses prédateurs sont nombreux, certes, mais ils ne peuvent être tenus pour responsables de la chute des populations de lérots en Bretagne : belettes, fouines, martres et genettes, ainsi que quelques rapaces diurnes et nocturnes tels que la buse, le faucon, la chouette et le hibou.

Les causes de son déclin sont multifactorielles : destruction des habitats naturels, destruction ou rénovation des vieux bâtiments, fermeture des greniers et des caves, collisions routières, usage d’appâts empoisonnés (rodenticides) destinés aux rongeurs, surpopulation de chats domestiques… Robert Hainard signalait déjà l’impopularité du lérot auprès des arboriculteurs.

L’espèce peut également être perçue comme indésirable et donc piégée par les propriétaires lorsqu’elle s’installe dans les combles, où son activité nocturne peut occasionner des nuisances sonores. Sa présence s’accompagne par ailleurs de déjections et d’odeurs musquées.

Jusque dans les dernières décennies du XXe siècle, chaque automne, se tenait aux environs de Kemperle, en forêt de Karnoed, un pardon très populaire consacré aux oiseaux, appelé pardon de Toulfoenn, où étaient vendus de nombreux petits animaux sauvages destinés à la domestication : des oiseaux, bien sûr, mais aussi des écureuils et des lérots.
Ce pardon, qui accueillait jusqu’à mille personnes, n’existe plus depuis 1991.

Le lérot en Bretagne : une disparition annoncée ?

Espèce aux mœurs essentiellement nocturnes, le lérot pourrait disparaître de Bretagne à court ou moyen terme sans mobilisation accrue en faveur de sa connaissance et de sa préservation. La dynamique de ses populations reste encore mal documentée, et les données disponibles ne permettent pas, à ce stade, d’établir un état des lieux pleinement précis de sa situation.

De 2020 à 2024, les naturalistes du Groupe Mammalogique Breton ont conduit une enquête sur l’espèce dans le cadre du Contrat Nature : Mammifères menacés et à enjeux de connaissance en Bretagne. Dans ce contexte, les signalements de particuliers peuvent constituer un apport utile à l’amélioration des connaissances. Les personnes disposant d’un jardin peuvent, si elles le souhaitent, installer un ou plusieurs pièges photographiques afin de contribuer à l’observation de la faune sauvage locale.
Peut-être auront-elles ainsi la chance d’observer ce discret noctambule.

Références

• Atlas des Mammifères de Bretagne, ouvrage collectif coordonné par Franck Simonnet du Groupe Mammalogique Breton, éditions Locus Solus, 4e trimestre 2015, 304 pages
Mammifères en Bretagne, Stéphane Brousse & Sandra Lefrançois, éditions Yoran Embanner, 14 octobre 2015, 144 pages
• Guide complet des mammifères d’Europe, Mc. Donald David, Éditions Delachaux et Niestlé, collection Les Guides du Naturaliste, octobre 2005, 304 pages
Enquête sur le Lérot en Bretagne 
Vidéo GMB Groupe Mammalogique de Bretagne.

Iconographie

Lérot 1 de Joël Sartone.
Lérot 2 : @ Angel Canones
Loir et Lérot par Alicia Penicaud
Carte de Bretagne : bilan 2021  GMB Groupe Mammalogique Breton

Soutenez votre média breton !

Nous sommes indépendants, également grâce à vos dons.

A lire également

Une question ? Un commentaire ?

Recevez chaque mois toute l’actu bretonne !

Toute l’actu indépendante et citoyenne de la Bretagne directement dans votre boîte e-mail.

… et suivez-nous sur les réseaux sociaux :

Notre mission

NHU veut faire savoir à toutes et tous – en Bretagne, en Europe, et dans le reste du monde – que la Bretagne est forte, belle, puissante, active, inventive, positive, sportive, musicienne…  différente mais tellement ouverte sur le monde et aux autres.

Participez

Comment ? en devenant rédacteur ou rédactrice pour le site.
 
NHU Bretagne est une plateforme participative. Elle est donc la vôtre.