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Menez Are : pourquoi l’État décide-t-il encore à la place des Bretons ?
Nitrates dans les Menez Are.
En 2017, NHU Bretagne alertait déjà sur des projets d’épandage au cœur des Menez Are / Monts d’Arrée. La Feuillée / Ar Fouilhez et Brenniliz figuraient parmi les communes concernées. Les élus locaux s’opposaient alors au projet. Pourtant, la décision finale ne leur appartenait pas.
Neuf ans plus tard, nous retrouvons ces deux communes dans une nouvelle affaire liée aux épandages et à la qualité de l’eau.
Cette fois, l’État central a décidé de retirer neuf communes des Menez Are du classement des zones vulnérables aux nitrates.
Les élus de l’Établissement public d’aménagement et de gestion du bassin versant de l’Aulne et de l’Hyères (EPAGA) ont pourtant voté à l’unanimité contre ce déclassement. Plusieurs associations environnementales ont également alerté sur ses conséquences.
Mais l’État central a tranché, contre l’avis démocratique des populations locales.
Et la décision concernant les Menez Are n’a même pas été prise en Bretagne. Elle a été signée par le préfet coordonnateur du bassin Loire-Bretagne, basé en France à Orléans.
Cette affaire environnementale pose donc aussi une question profondément démocratique : qui doit décider de la politique de l’eau en Bretagne ?

Que vient exactement de décider l’État central ans les Menez Are ?
L’arrêté préfectoral n° 26.253 du 31 juillet 2026 révise les zones vulnérables à la pollution par les nitrates d’origine agricole dans l’ensemble du bassin Loire-Bretagne, dont fait partie notre pays.
Neuf communes bretonnes des Menez Are sortent du dispositif : Berrien, Bodmeur, Brasparzh, Brenniliz, La Feuillée / Ar Fouilhez, An Uhelgoad, Lopereg, Plouei et Sant Riwall.
Elles sont toutes situées dans les Menez Are.
Ce déclassement mérite d’être expliqué précisément. Il ne signifie évidemment pas que toutes les règles environnementales disparaissent. Il modifie cependant plusieurs obligations agricoles directement liées à la prévention des pollutions par les nitrates.
Selon l’EPAGA, la sortie du classement met notamment fin au plafond de 170 kg d’azote organique par hectare et par an lié à ce régime. Elle supprime également l’obligation de couverture hivernale des sols prévue par celui-ci et certaines restrictions du calendrier d’épandage.
Autrement dit, parler d’une libéralisation totale des épandages serait excessif. En revanche, l’encadrement spécifique devient moins contraignant. C’est précisément ce qui inquiète les élus et les associations.
Le cas est d’autant plus singulier que Bretagne (administrative) Vivante rappelle que la Bretagne était intégralement classée en zone vulnérable depuis 1994. Ces neuf communes constituent désormais une exception.
Pourquoi le pouvoir central estime t-il que ces communes peuvent être déclassées ?
La décision ne tombe pas du ciel.
Elle s’appuie sur la huitième campagne de surveillance des nitrates, menée en 2022 et 2023.
Les données utilisées par l’État central montrent notamment une amélioration de la qualité des eaux autour du lac du Dreneg. Selon les critères retenus pour la révision du zonage, cette évolution permet de proposer la sortie des neuf communes concernées.
À première vue, l’information pourrait même sembler excellente. Si les concentrations en nitrates diminuent, cela signifie que les efforts engagés depuis plusieurs décennies produisent des résultats.
Cependant, une question apparaît immédiatement.
Lorsque des règles environnementales contribuent à améliorer la qualité de l’eau, cette amélioration doit-elle conduire à alléger les règles qui ont participé à l’obtenir ?
C’est précisément sur ce point que les appréciations divergent.
D’autant que la situation générale des eaux bretonnes reste fragile. La même campagne de surveillance montre que de nombreuses masses d’eau présentent encore un état insuffisant concernant l’eutrophisation. Or l’excès de nutriments favorise les déséquilibres des milieux aquatiques.
En Bretagne, cette question ne peut évidemment pas être séparée de celle des nitrates transportés par les cours d’eau jusqu’au littoral et du phénomène des algues vertes.
NHU Bretagne consacre depuis longtemps une partie de sa rubrique Pollutions en Bretagne à ces différents enjeux.
Les élus du bassin de l’Aulne / Ster Aon ont voté unanimement contre
Les élus directement chargés du bassin versant n’ont pas partagé l’analyse de l’État central.
Réuni le 16 juin 2026 à Port Launay / Meilh ar Wern, le comité syndical de l’EPAGA a rendu à l’unanimité un avis défavorable au déclassement. Son opposition ne repose pas uniquement sur un principe de précaution général. Elle s’appuie également sur des critiques méthodologiques.
L’établissement souligne notamment l’importance particulière de ces communes situées en tête de bassin. Ce qui se passe en amont peut, en effet, produire des conséquences très loin en aval.
Par ailleurs, l’EPAGA alerte sur les effets possibles de la disparition des contraintes spécifiques liées au classement. Il évoque un risque pour la ressource en eau, mais aussi pour la biodiversité.
Un exemple est particulièrement révélateur : la mulette perlière, une moule d’eau douce extrêmement sensible à la qualité de l’eau. Selon l’EPAGA, les Menez Are abrite environ 80 % de la population de mulettes du nord-ouest de l’Hexagone..
Les inquiétudes ne viennent d’ailleurs pas seulement des élus locaux et des associations.
L’Autorité environnementale a elle aussi estimé que le déclassement présentait un risque environnemental. Elle a notamment interrogé la cohérence entre l’amélioration observée et l’allègement de mesures qui contribuent à protéger les eaux.
Les Menez Are est le château d’eau du Finistère
Pour comprendre la réaction locale, il faut regarder une carte.
Les Menez Are ne sont pas seulement un ensemble remarquable de landes, de crêtes et de tourbières. De nombreux cours d’eau y prennent naissance. Les eaux s’écoulent ensuite vers plusieurs bassins et alimentent des milieux naturels situés bien au-delà des communes concernées.
En 2017 déjà, NHU Bretagne qualifiait ces montagnes de « véritable château d’eau pour le Finistère« .
Nous écrivions alors : sources, rigoles, ruisseaux, tourbières et lacs composent un ensemble naturel dont la protection dépasse largement les limites administratives communales.
Notre article concernait notamment un projet d’épandage d’effluents d’élevage à Sizun, Le Tréhou / An Treoù Leon, La Feuillée / Ar Fouilhez, Loqueffret / Lokeored, Brenniliz et Lokmelar.
Non content de pourrir nos côtes bretonnes avec les algues vertes, ils vont maintenant pourrir nos montagnes (sacrées pour certaines), toujours avec leurs nitrates.
En 2017 déjà, les élus locaux ne détenaient pas le dernier mot
La comparaison entre les deux affaires est frappante.
En 2017, maires, conseils municipaux et populations concernées s’étaient opposés au projet étudié. Une enquête publique avait été organisée. Pourtant, NHU rappelait alors un principe essentiel : la décision finale appartenait au préfet, représentant de l’État central.
Nous posions déjà cette question : À quoi sert-il d’élire des représentants locaux élus démocratiquement si le pouvoir de décision appartient finalement à une autorité nommée par le pouvoir central parisien ?
Neuf années ont passé.
Les dossiers ne sont pas identiques.
Il serait donc artificiel de les confondre. Cependant, leur mécanique institutionnelle présente une ressemblance difficile à ignorer.
En 2026, les élus du bassin de l’Aulne / Ster Aon étudient le projet. Ils argumentent. Ils votent. Leur opposition est unanime.
Puis quelqu’un d’autre décide, toujours les mêmes.
Une décision concernant le Menez Are prise depuis Orléans
Il faut ici être très clair.
La décision de retirer ces neuf communes bretonnes des zones vulnérables aux nitrates n’a pas été prise par une institution bretonne. Elle relève du préfet coordonnateur nommé par Paris du bassin Loire-Bretagne. Ce préfet représente l’État central. Le siège de cette coordination se trouve à Orléans.
Orléans n’est pas en Bretagne.
Le bassin Loire-Bretagne répond certes à une logique hydrographique et administrative. Il couvre un espace considérable et la réglementation française donne au préfet coordonnateur la compétence nécessaire pour arrêter le zonage.
La légalité institutionnelle de la procédure n’efface pourtant pas la question démocratique. Ici le déni démocratique.
Les élus bretons concernés peuvent être consultés. Ils peuvent produire des études, connaître quotidiennement les cours d’eau qu’ils administrent et voter unanimement contre une proposition.
Ils ne disposent pas du pouvoir de décision final.
C’est une illustration très concrète du centralisme français.
Le problème n’est donc pas seulement de savoir si le préfet a pris une bonne ou une mauvaise décision. La question est aussi de comprendre pourquoi un représentant de l’État central dispose du pouvoir de trancher contre l’avis des élus directement concernés.
La députée du Finistère Mélanie Thomin a d’ailleurs dénoncé cette logique au Parlement. En juillet, elle évoquait des décisions imposées « venant du haut » au détriment du travail conduit à l’échelle des bassins versants.

Et si la Bretagne décidait elle-même de sa politique de l’eau, de son eau ?
Poser cette question ne signifie pas affirmer qu’une institution bretonne aurait nécessairement pris la décision inverse.
C’est même un point essentiel.
Une Bretagne disposant de compétences beaucoup plus larges pourrait décider de maintenir ces neuf communes en zone vulnérable. Elle pourrait également, après expertise et débat, décider de modifier leur classement.
La différence serait que la décision serait prise en Bretagne et assumée devant les Bretons.
C’est précisément ce que signifie la responsabilité politique.
Celui qui possède le pouvoir de décider doit aussi répondre des conséquences de ses décisions.
Or le système actuel dissocie largement les deux niveaux : les acteurs locaux gèrent quotidiennement les conséquences, tandis que certaines décisions déterminantes restent entre les mains de l’État central.
La question de la dévolution des compétences devient alors très concrète. Elle ne concerne plus une discussion institutionnelle abstraite. Elle concerne l’eau que nous buvons, les rivières, les exploitations agricoles, la biodiversité et les choix que nous faisons pour leur avenir.
Pourquoi une institution bretonne démocratiquement responsable ne pourrait-elle pas exercer elle-même cette compétence ?
Pourquoi faut-il qu’une décision concernant neuf communes du Menez Are soit finalement prise depuis Orléans ?
Et surtout : à quoi sert la consultation locale si celui qui consulte conserve le pouvoir de passer outre l’avis exprimé ?
Le 20 septembre, rendez-vous au Roc’h Trédudon
L’arrêté a été signé le 31 juillet. Pourtant, l’affaire n’est pas terminée.
Plusieurs maires des Menez Are appellent désormais les habitants à se rassembler dimanche 20 septembre 2026 au sommet du Roc’h Trédudon pour protester contre le déclassement.
Le symbole est fort.
Depuis les hauteurs des Menez Are, le regard porte loin. L’eau aussi voyage loin. Ce qui se décide ici concerne donc bien davantage que neuf communes.
En 2017, NHU Bretagne posait déjà la question du rapport entre protection de l’environnement, décisions locales et pouvoir de l’État central Neuf ans plus tard, nous voilà revenus au même endroit.
Cette fois, l’affaire part d’un arrêté technique sur les nitrates. Pourtant, derrière les seuils, les programmes d’action et les calendriers d’épandage apparaît une interrogation beaucoup plus simple.
Qui doit décider pour la Bretagne ?
Les élus concernés ont parlé. Les acteurs du bassin versant ont argumenté. L’Autorité environnementale a alerté. Pourtant, la décision finale a été prise par un représentant de l’État central, depuis Orléans.
Alors posons clairement la question : Combien de temps encore allons-nous accepter que d’autres prennent des décisions pour nous ?

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1 commentaire
Cas emblématique qui explique pourquoi j’ai arrêté de faire des efforts il y a bien des années maintenant, parce que j’ai compris le mécanisme.
Quand les résultats sont là, vos efforts sont ruinés par des décisions dont vous n’avez aucun moyens de lutter contre.
Je le répète : le système actuel ira jusqu’au bout du bout.