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Le 29 septembre 1364, le destin de la Bretagne bascule
Deux prétendants pour un seul duché
Lorsque le soleil se lève sur les landes situées au nord d’Auray / An Alre, dans le Morbihan d’aujourd’hui, le 29 septembre 1364, la Bretagne est déchirée depuis près de vingt-trois ans par une guerre de Succession.
Deux hommes revendiquent le duché.
D’un côté, Jean de Montfort, héritier de la branche masculine de la dynastie ducale. De l’autre, Charles de Blois, prince français marié à Jeanne de Penthièvre, elle-même héritière par la branche aînée.
Au fil des années, le conflit dépasse largement les frontières du pays.
Le royaume de France soutient Charles de Blois, tandis que le royaume d’Angleterre apporte son aide à Jean de Montfort. La Bretagne devient alors un enjeu majeur de la guerre de Cent Ans. Pourtant, derrière ces alliances, c’est bien l’avenir du duché qui se joue.
Les deux armées savent qu’une bataille décisive est devenue inévitable. Après des années de sièges, de chevauchées et de combats dispersés, chacune espère mettre un terme définitif au conflit.
Et cette bataille d’Auray / An Alré, va entrer dans l’Histoire de Bretagne.
Deux armées de taille comparable
Les historiens estiment aujourd’hui que les deux camps alignent des effectifs relativement proches, probablement entre 2 000 et 4 000 combattants chacun. Les chiffres varient selon les chroniques médiévales, souvent exagérées, mais aucun des deux prétendants ne dispose d’une supériorité écrasante.
L’armée de Jean de Montfort réunit des chevaliers et hommes d’armes bretons, renforcés par des contingents anglais expérimentés commandés par John Chandos. Les archers anglais, déjà célèbres durant la guerre de Cent Ans, jouent un rôle important dans les premières phases de l’affrontement.
Face à eux, Charles de Blois rassemble lui aussi une majorité de combattants bretons, auxquels s’ajoutent plusieurs contingents venus du royaume de France. Parmi ses chefs figure Bertrand du Guesclin, déjà réputé comme l’un des meilleurs capitaines de son temps pour certains, et pour un traître à la Bretagne pour d’autres.
Les deux armées comprennent principalement des chevaliers, des hommes d’armes combattant à pied, des écuyers, des archers et arbalétriers.
Contrairement à l’image parfois véhiculée, il ne s’agit pas d’une immense bataille rassemblant des dizaines de milliers d’hommes, mais d’un affrontement relativement limité en effectifs. Son importance tient surtout à ses conséquences politiques, qui décideront de l’avenir du Duché de Bretagne.
Les forces en présence à la bataille d’Auray
| Camp de Jean de Montfort | Camp de Charles de Blois |
|---|---|
| ≈ 3 000 hommes | ≈ 3 000 à 4 000 hommes |
| Majorité de Bretons | Majorité de Bretons |
| Renforts anglais | Renforts français |
| John Chandos | Bertrand du Guesclin |
| Victoire | Défaite |
Une bataille d’une violence exceptionnelle
Les forces de Jean de Montfort, commandées notamment par le célèbre capitaine anglais John Chandos, prennent position sur les hauteurs dominant Auray / An Alre. En face, Charles de Blois est accompagné du prestigieux chevalier Bertrand du Guesclin, déjà reconnu comme l’un des meilleurs stratèges de son époque.
La bataille débute dans la matinée.
Les combats sont d’une extrême violence. Contrairement à bien d’autres affrontements médiévaux, aucune des deux armées ne cherche réellement à se replier. Les lignes s’entrechoquent, les archers ouvrent la voie, puis les hommes d’armes s’affrontent au corps-à-corps pendant plusieurs heures.
Peu à peu, les troupes montfortistes prennent l’avantage. Leur discipline et leur position sur le terrain finissent par désorganiser les forces adverses. Charles de Blois refuse de fuir. Fidèle à sa réputation de chevalier profondément pieux, il combat jusqu’au bout avant d’être tué sur le champ de bataille. Bertrand du Guesclin est quant à lui capturé.
En quelques heures, la guerre de Succession connaît son épilogue.
La victoire de Jean de Montfort ouvre la voie au traité de Guérande / Gwenrann, signé l’année suivante. Reconnu Duc de Bretagne sous le nom de Jean IV, il fonde une nouvelle dynastie qui gouvernera le duché pendant plus d’un siècle.
Pour les contemporains, la bataille d’Auray / An Alre marque avant tout la fin d’une longue guerre civile. Pourtant, son héritage dépassera largement le cadre militaire. Car si Jean IV remporte la victoire politique, le souvenir de Charles de Blois suivra un tout autre chemin. Au fil des siècles, le vaincu deviendra lui aussi une figure majeure de l’histoire bretonne, ouvrant une véritable bataille des mémoires qui se poursuit encore aujourd’hui.
En l’espace de quelques heures seulement, une bataille dont les combats n’ont probablement pas dépassé une demi-journée met fin à vingt-trois années de guerre. Rarement un affrontement aussi bref aura eu des conséquences aussi profondes sur l’histoire de la Bretagne.
Une guerre de Succession qui déchire la Bretagne depuis vingt-trois ans
Une succession contestée dès la mort de Jean III
Pour comprendre pourquoi la bataille d’Auray / An Alre est si décisive, il faut remonter à 1341. Cette année-là, le Duc Jean III meurt sans laisser d’enfant. Son décès ouvre une crise politique majeure. Deux héritiers revendiquent alors le Duché indépendant de Bretagne, chacun s’appuyant sur des arguments juridiques solides.
Le premier est Jean de Montfort, demi-frère du duc défunt. Il invoque la tradition qui favorise la transmission du pouvoir par la lignée masculine. Le second est Jeanne de Penthièvre, nièce de Jean III. Elle estime que ses droits de sang sont supérieurs. Son époux, Charles de Blois, porte naturellement cette revendication.
Très vite, la noblesse bretonne se divise.
Certaines grandes familles choisissent le camp des Montfort, d’autres celui des Penthièvre. Plusieurs villes changent même de fidélité au fil des années. La Bretagne entre ainsi dans une longue guerre civile où voisins, familles et seigneuries se retrouvent parfois dans des camps opposés.
La Bretagne devient un enjeu de la guerre de Cent Ans
Cette crise successorale attire rapidement les grandes puissances européennes. Le royaume de France soutient Charles de Blois, neveu du roi Philippe VI. De son côté, le roi d’Angleterre apporte son aide à Jean de Montfort. Pour les deux couronnes, contrôler ou influencer le duché de Bretagne représente un avantage stratégique considérable dans la guerre de Cent Ans.
Cependant, réduire ce conflit à un affrontement entre Français et Anglais serait une erreur. Les combattants sont avant tout des Bretons défendant deux conceptions différentes de la succession ducale. Les alliances étrangères renforcent chaque camp, mais elles ne sont pas à l’origine de la guerre.
Pendant plus de deux décennies, le duché connaît une succession de sièges, de batailles et de trêves. Parmi les épisodes les plus marquants figurent la défense héroïque de Hennebont / Henbont par Jeanne de Flandre, la bataille de La Roche Derrien / Ar Roc’h Derrien en 1347, où Charles de Blois est capturé par les Anglais, puis sa longue captivité avant sa libération contre une rançon exceptionnelle.
Lorsque Charles retrouve la liberté en 1356, aucun des deux camps n’est pourtant en mesure d’imposer définitivement sa légitimité. Les négociations échouent les unes après les autres. À mesure que les années passent, chacun comprend qu’une grande bataille décidera probablement de l’avenir du duché.
En septembre 1364, les deux prétendants rassemblent leurs forces près d’An Alre. Après vingt-trois années de guerre, la Bretagne s’apprête enfin à connaître son verdict.
Jean IV impose une nouvelle dynastie
Le traité de Guérande / Gwenrann met fin à la guerre
La victoire remportée à Auray / An Alre ne règle pas immédiatement tous les problèmes. Certes, Charles de Blois est mort sur le champ de bataille, mais son épouse, Jeanne de Penthièvre, conserve toujours ses droits sur le duché. Pour éviter que le conflit ne reprenne, des négociations s’engagent rapidement entre les deux camps.
Elles aboutissent, le 12 avril 1365, à la signature du premier traité de Guérande / Gwenrann, dans le sud du pays..
Ce texte reconnaît officiellement Jean IV comme Duc de Bretagne.
En contrepartie, Jeanne de Penthièvre conserve d’importants domaines et reçoit une indemnisation. Le traité prévoit également que, si la lignée masculine des Montfort venait à s’éteindre, les droits des Penthièvre pourraient être rétablis. Ce compromis permet de préserver la paix tout en reconnaissant la victoire militaire de Jean IV.
Après près d’un quart de siècle de guerre, la Bretagne retrouve enfin une stabilité politique. Le nouveau duc peut désormais se consacrer à une tâche autrement plus difficile : reconstruire un duché profondément marqué par les combats.

Reconstruire un duché et asseoir son autorité
Jean IV sait que sa victoire militaire ne suffit pas.
Une partie de la noblesse lui est encore hostile, tandis que le Roi de France voit d’un mauvais œil l’arrivée au pouvoir d’un duc soutenu par l’Angleterre. Le nouveau souverain doit donc gouverner avec prudence et rassembler les Bretons autour de son autorité.
Peu à peu, il réorganise l’administration ducale, restaure les finances et cherche à réconcilier les grands seigneurs des deux camps. Il confirme de nombreux privilèges afin de rassurer les villes et les élites locales. Son objectif est clair : rendre au duché sa stabilité sans raviver les blessures de la guerre.
Jean IV s’attache également à construire une mémoire de sa victoire. À proximité du champ de bataille d’Auray / An Alre, il fait édifier la chapelle Saint-Michel-du-Champ, destinée à commémorer les morts des deux armées et à rappeler l’importance de cette journée décisive. Quelques années plus tard, il fonde le prestigieux Ordre de l’Hermine, qui récompense les nobles les plus fidèles au duché. Plus qu’un simple ordre de chevalerie, il devient le symbole d’une Bretagne unie autour de son duc.
Au fil de son règne, Jean IV parvient aussi à desserrer l’étau des deux grandes puissances voisines. Bien qu’il doive une partie de sa victoire au soutien anglais, il veille progressivement à affirmer l’autonomie politique du duché. Face au royaume de France comme face au royaume d’Angleterre, il cherche avant tout à défendre les intérêts de la Bretagne.
La victoire d’Auray / An Alre ne marque donc pas seulement la fin d’une guerre. Elle ouvre une nouvelle période de l’histoire bretonne, durant laquelle la dynastie des Montfort consolide durablement son pouvoir. Pourtant, si Jean IV remporte la bataille et fonde une nouvelle légitimité ducale, le souvenir de son adversaire va connaître un destin tout aussi remarquable. Car, contre toute attente, c’est le vaincu qui va peu à peu conquérir les mémoires.

Charles de Blois : quand le vaincu devient le héros de la mémoire
D’un prince défait à une figure de sainteté
Sur le champ de bataille d’Auray / An Alre, le 29 septembre 1364, Charles de Blois perd tout.
Il meurt les armes à la main, tandis que son armée est dispersée et que son rival accède bientôt au Duché de Bretagne. Pour beaucoup de contemporains, son destin semble définitivement scellé.
Pourtant, l’histoire prend une direction inattendue.
Charles de Blois est réputé pour sa profonde foi chrétienne. Les chroniqueurs de son époque décrivent un homme pieux, généreux envers les plus modestes, respectueux des offices religieux et attaché aux valeurs de la chevalerie. Durant sa captivité en Angleterre, il aurait supporté de longues années d’emprisonnement avec une résignation qui nourrit déjà sa réputation de sainteté.
Après sa mort, ses partisans ne retiennent pas seulement l’image d’un prince vaincu. Ils présentent Charles comme un homme ayant sacrifié sa vie pour défendre ce qu’il considérait être son droit légitime sur le duché. Peu à peu, sa mémoire dépasse le cadre politique pour entrer dans celui de la spiritualité.
Une mémoire qui traverse les siècles
Le corps de Charles de Blois est transporté à Guingamp / Gwengamp, ville dont il est particulièrement proche. Très vite, des récits évoquent des guérisons et des miracles attribués à son intercession. Les pèlerinages se développent et la dévotion populaire s’installe durablement.
Cette renommée conduit l’Église à ouvrir une procédure de canonisation. Si celle-ci n’aboutit pas immédiatement, elle témoigne de l’importance prise par Charles de Blois dans la mémoire religieuse de la Bretagne. Plusieurs siècles plus tard, en 1904, le pape Pie X le proclame finalement bienheureux, reconnaissant officiellement les vertus héroïques qui lui sont attribuées.
Cette évolution est remarquable. Alors que Jean IV demeure dans l’histoire comme le vainqueur et le fondateur d’une nouvelle dynastie ducale, Charles de Blois acquiert une tout autre dimension. Il devient un modèle de piété, de courage et de fidélité à ses convictions.
Deux mémoires se développent ainsi en parallèle. L’une célèbre la victoire politique qui assure la stabilité du duché. L’autre entretient le souvenir d’un prince dont la défaite nourrit une admiration spirituelle grandissante.
Cette coexistence explique pourquoi la bataille d’Auray / An Alre ne peut être réduite à un simple affrontement militaire. Elle devient progressivement une bataille des mémoires, où chacun des deux protagonistes occupe une place différente, mais essentielle, dans l’histoire de la Bretagne.
Au fil des siècles, cette mémoire ne cessera d’évoluer. Les contextes politiques, religieux et culturels lui donneront de nouvelles significations, bien au-delà des événements de 1364. C’est cette longue transformation qui fait aujourd’hui de la bataille d’An Alre un sujet toujours aussi fascinant pour les historiens.
La bataille d’Auray / An Alre devient une bataille des mémoires
De la mémoire ducale à la mémoire religieuse
Avec le temps, le souvenir de la bataille d’Auray / An Alre s’éloigne progressivement des seuls faits militaires. Les générations qui suivent ne retiennent plus seulement la victoire de Jean IV ou la mort de Charles de Blois. Chacun des deux camps construit peu à peu son propre récit, donnant naissance à deux mémoires parallèles qui marqueront durablement l’histoire bretonne.
Les ducs de la maison de Montfort entretiennent naturellement le souvenir d’une victoire fondatrice. Auray devient le symbole de la légitimité de leur dynastie, tandis que le traité de Guérande / Gwenrann apparaît comme l’acte qui a rétabli la stabilité du duché. La chapelle Saint Michel du Champ, édifiée à proximité du lieu de la bataille, participe à cette volonté de préserver le souvenir de cet événement décisif.
Dans le même temps, la mémoire de Charles de Blois suit un tout autre chemin. Portée par les milieux religieux, notamment franciscains, elle met en avant la foi du prince, sa vie exemplaire et son sacrifice. Peu à peu, le combattant vaincu laisse place à une figure spirituelle. La défaite militaire s’efface derrière l’image d’un homme considéré comme un modèle de vertu.
Ces deux récits ne s’opposent pas toujours frontalement. Ils coexistent, chacun répondant à une logique différente : l’un célèbre la naissance d’une nouvelle dynastie, l’autre honore un homme dont la sainteté finit par dépasser les enjeux politiques de son époque.
Auray / An Alre, un lieu de mémoire toujours vivant
Les siècles passent, mais la bataille d’Auray / An Alre ne tombe jamais complètement dans l’oubli.
Historiens, érudits locaux, associations patrimoniales et passionnés d’histoire continuent d’étudier les événements de 1364. Les recherches archéologiques et les travaux universitaires permettent aujourd’hui de mieux comprendre le déroulement des combats, l’organisation des armées et les conséquences politiques de cette victoire.
Le paysage lui-même conserve les traces de cette histoire. Entre An Alre, Brec’h et les monuments élevés au fil des siècles, plusieurs sites rappellent encore aujourd’hui l’un des épisodes majeurs du Moyen Âge breton. Chaque génération redécouvre ainsi cette bataille avec un regard nouveau, en fonction de ses propres interrogations sur l’identité, le pouvoir ou la mémoire.
Les travaux récents montrent d’ailleurs combien il est nécessaire de dépasser les visions simplistes. An Alre n’oppose pas seulement deux armées ni même deux prétendants au duché. Elle révèle aussi la manière dont un événement historique peut être interprété, transmis et parfois transformé au fil du temps.
C’est sans doute là que réside la véritable singularité de cette bataille. Sept siècles après les combats, les armes se sont tues depuis longtemps. En revanche, la réflexion sur leur signification continue d’animer historiens et passionnés d’histoire. Peu d’événements médiévaux bretons peuvent encore susciter un tel intérêt plusieurs centaines d’années après leur déroulement.

Pourquoi la bataille d’Auray / An Alre reste un tournant de l’Histoire de Bretagne
Une victoire qui façonne près d’un siècle et demi d’histoire
Le 29 septembre 1364, la bataille d’Auray / An Alre ne met pas seulement un terme à la guerre de Succession de Bretagne. Elle ouvre une nouvelle période de l’histoire du duché. Avec l’avènement de Jean IV, la maison de Montfort s’installe durablement à la tête de la Bretagne. Pendant près de cent cinquante ans, jusqu’à la disparition de la Duchesse Anne en 1514, et l’annexion du pays pat la France, cette dynastie gouverne un duché qui affirme son identité politique, développe ses institutions et entretient des relations diplomatiques avec les principales puissances européennes.
Cette stabilité retrouvée permet également à la Bretagne de connaître une période de prospérité. Le commerce maritime se développe, les villes s’enrichissent et le pouvoir ducal se renforce progressivement. Les ducs de la maison de Montfort poursuivent une politique visant à préserver les libertés et les particularismes du duché, tout en composant avec les ambitions parfois contradictoires des royaumes de France et d’Angleterre.
Ainsi, si Auray constitue une victoire militaire, elle marque surtout le début d’une nouvelle étape de la construction politique de la Bretagne.
Une histoire qui continue de nous interroger
Sept siècles plus tard, la bataille d’Auray / An Alre demeure l’un des événements les plus marquants du Moyen Âge breton. Non seulement parce qu’elle décide de l’identité du Duc de Bretagne, mais aussi parce qu’elle illustre toute la complexité de l’histoire.
Le vainqueur, Jean IV, fonde une nouvelle dynastie et assure l’avenir du duché. Le vaincu, Charles de Blois, devient quant à lui une figure de piété, puis un bienheureux de l’Église catholique. Rarement une bataille aura laissé un héritage aussi singulier, où deux mémoires, différentes mais complémentaires, traversent les siècles sans jamais totalement s’effacer.
An Alre rappelle également qu’un événement historique ne se limite jamais à ce qui se déroule sur le champ de bataille. Au fil du temps, les récits évoluent, les sensibilités changent et chaque génération redécouvre le passé avec un regard nouveau. Les recherches historiques les plus récentes invitent justement à dépasser les lectures simplistes pour mieux comprendre la richesse de cette période.
C’est sans doute pour cette raison que la bataille d’Auray / An Alre occupe toujours une place particulière dans l’Histoire de Bretagne. Elle est à la fois la conclusion d’une longue guerre civile, le point de départ d’une nouvelle dynastie ducale et l’origine d’une mémoire collective qui continue d’alimenter les travaux des historiens.
Près de 660 ans après les combats, Auray ne raconte donc pas seulement la victoire d’un homme sur un autre. Elle raconte le destin d’une Bretagne qui, au cœur des rivalités européennes, a su préserver son existence politique pendant près d’un siècle et demi encore. Peu de batailles peuvent revendiquer un héritage aussi durable.
Le saviez-vous ?
Les deux armées étaient composées en majorité de Bretons.
Ce ne sont donc pas les Bretons qui affrontaient les Français ou les Anglais, mais deux partis bretons soutenus respectivement par leurs voisins, le royaume de France et le royaume d’Angleterre. C’est l’une des raisons pour lesquelles les historiens parlent avant tout d’une guerre civile bretonne, inscrite dans le contexte plus large de la guerre de Cent Ans.
