Le 16 Mai 2026, un bas-relief a été inauguré dans la Rue des Bretons à Sanlúcar de Barrameda, en Andalousie.
Pour beaucoup de Bretons, cette information a de quoi surprendre.
Pourquoi une ville du sud de l’Espagne conserve t-elle encore aujourd’hui le souvenir d’une présence bretonne ?
Comment des marchands venus des rives de la Loire, de la Vilaine ou de l’Élorn ont-ils pu laisser leur empreinte à plus de mille kilomètres de leur pays ?
Cette histoire, largement oubliée, est pourtant celle d’une Bretagne ouverte sur le monde.
Bien avant l’époque contemporaine, le Duché de Bretagne entretenait des relations commerciales et diplomatiques avec une grande partie de l’Europe atlantique, et même au-delà jusqu’en Scandinavie.
Les liens avec l’Espagne figurent parmi les plus méconnus. Pourtant, ils ont contribué à la prospérité de nombreuses villes bretonnes pendant plusieurs siècles.
La parution du livre De Nantes à Sanlúcar – Les relations entre la Bretagne et l’Espagne du XIVe au XVIIe siècle, publié par Istor Breizh, offre aujourd’hui l’occasion de redécouvrir cette page fascinante de notre histoire.
Sommaire
Une Bretagne tournée vers l’Europe
Lorsque l’on évoque le Moyen Âge, beaucoup imaginent une Bretagne isolée à l’extrémité occidentale de l’Europe. C’est ce que le « roman national » français a voulu, et veut encore, nous faire penser.
La réalité est tout autre. Grâce à sa position géographique exceptionnelle, la Bretagne se trouve au cœur des routes maritimes de l’Atlantique.
Les navires bretons fréquentent alors les ports écossais, anglais, flamands, irlandais, portugais et espagnols. Les marchands transportent des marchandises, mais aussi des idées, des techniques et des capitaux. Les grandes villes portuaires bretonnes connaissent ainsi une activité intense.
Nantes / Naoned joue naturellement un rôle majeur.
Cependant, d’autres ports participent également à ces échanges. La Bretagne exporte notamment des toiles de lin, des tissus, du chanvre, du sel et divers produits agricoles. En retour, les navires rapportent des marchandises venues du sud de l’Europe.
Cette ouverture maritime contribue fortement à la richesse du Duché indépendant de Bretagne à la fin du Moyen Âge.
Quand les Bretons prennent la route de l’Espagne
À partir du XIVe siècle, les relations entre la Bretagne indépendante et les royaumes espagnols se développent rapidement. Le royaume de Castille, en particulier, entretient des liens étroits avec le duché breton.
Le commerce constitue le principal moteur de ces échanges. Les tissus bretons trouvent des débouchés importants dans la péninsule Ibérique. Les marchands suivent donc naturellement les routes maritimes reliant la Bretagne aux grands ports espagnols.
Progressivement, certains d’entre eux s’installent sur place. Ils ouvrent des comptoirs, développent des réseaux commerciaux et créent des relations durables avec les élites locales.
Parallèlement, les alliances politiques et dynastiques entre la Bretagne et la Castille favorisent ces échanges. Les liens ne sont donc pas seulement économiques. Ils s’inscrivent également dans un contexte diplomatique plus large.
Les toiles bretonnes, le sel et le chanvre au cœur des échanges
Ces relations entre la Bretagne et l’Espagne ne reposent pas uniquement sur quelques voyages de marchands aventureux. Elles s’appuient sur des échanges commerciaux réguliers et parfois très lucratifs.
À la fin du Moyen Âge, la Bretagne produit de grandes quantités de toiles de lin et de chanvre. Ces tissus servent aussi bien à l’habillement qu’à la fabrication de voiles pour les navires. Leur qualité est reconnue bien au-delà des frontières bretonnes. Les marchands recherchent donc activement ces produits sur les marchés européens.
Le chanvre occupe alors une place stratégique. Grâce à lui, les ateliers fabriquent des cordages indispensables à la navigation. Or les royaumes maritimes de l’époque ont besoin de quantités considérables de cordes et de voiles pour équiper leurs flottes marchandes et militaires.
Parallèlement, le sel, l’or blanc de la Bretagne, constitue une autre richesse majeure. Produit notamment sur les côtes de la Bretagne méridionale vers Guérande / Gwenrann, il permet la conservation des aliments. Avant l’invention du froid industriel, il représente une marchandise essentielle pour les populations comme pour les marins.
Les navires qui quittent Nantes / Naoned ou d’autres ports bretons transportent ainsi des cargaisons variées vers la péninsule Ibérique. Au retour, ils rapportent du vin, de l’huile d’olive, des fruits secs ou encore des produits venus de régions plus méridionales. Les échanges profitent donc aux deux rives du golfe de Gascogne.
Cette activité contribue à enrichir de nombreuses familles de négociants. Elle favorise également le développement des ports bretons. Peu à peu, un véritable réseau économique se met en place entre la Bretagne et plusieurs régions d’Espagne. Derrière la rue des Bretons de Sanlúcar se cache donc une réalité bien plus vaste : celle de plusieurs siècles de commerce maritime reliant directement les deux pays.

L’Atlantique, véritable autoroute maritime de l’Europe médiévale
Pour comprendre les relations entre la Bretagne et l’Espagne, il faut oublier notre vision moderne des distances.
Aujourd’hui, plus de mille kilomètres séparent Brest ou Nantes / Naoned de l’Andalousie. Pourtant, pour les marins du XVe siècle, l’océan Atlantique constituait déjà un vaste espace de circulation reliant des pays parfois très éloignés.
Les navires bretons suivent alors les côtes de l’Europe occidentale. Ils fréquentent les ports de Cornouailles, du Pays de Galles, de Galice, du Portugal ou encore d’Andalousie. Grâce à ces routes maritimes, marchandises, informations et capitaux circulent en permanence d’un port à l’autre.
Contrairement aux routes terrestres, souvent lentes et coûteuses, le transport maritime permet d’acheminer des volumes importants sur de longues distances. L’Atlantique et la Mer Celtique deviennent ainsi de grandes artères commerciales de l’Europe occidentale. Les marins bretons y occupent une place de choix grâce à leur expérience de la navigation et à la qualité de leurs navires.

Cette situation favorise naturellement les échanges avec la péninsule Ibérique. Les ports bretons regardent autant vers l’océan que vers l’intérieur des terres. De leur côté, les grands ports espagnols cherchent à développer leurs relations avec le nord de l’Europe. Les intérêts des deux pays convergent donc largement.
Par ailleurs, les navigateurs bretons acquièrent une solide réputation auprès de leurs partenaires étrangers. Leur connaissance des vents, des marées et des routes atlantiques leur permet d’effectuer régulièrement ces voyages qui relient la Bretagne aux côtes espagnoles.
Bien avant la mondialisation contemporaine, un véritable espace économique atlantique existe déjà.
La Bretagne, le Portugal, la Galice, l’Andalousie, l’Angleterre ou encore les Flandres participent à ce réseau commercial dynamique.
Les relations entre la Bretagne et l’Espagne s’inscrivent pleinement dans cette histoire européenne. La présence bretonne à Sanlúcar de Barrameda n’apparaît donc pas comme une exception. Elle constitue au contraire l’une des manifestations les plus visibles de cette intense circulation maritime qui a façonné l’Atlantique pendant plusieurs siècles.
Sanlúcar, le port andalou des Bretons
Avant même l’arrivée des Bretons, Sanlúcar de Barrameda occupe déjà une position exceptionnelle sur la façade atlantique de l’Espagne. La ville se situe à l’embouchure du Guadalquivir, le grand fleuve qui permet de rejoindre Sevilla depuis l’océan. Cette situation géographique lui confère un rôle stratégique majeur dans le commerce maritime de la péninsule Ibérique.
À la fin du Moyen Âge, Sevilla figure parmi les villes les plus prospères d’Europe occidentale.
Une grande partie des marchandises qui alimentent son activité transite par Sanlúcar. Les navires y chargent ou déchargent leurs cargaisons avant de remonter le fleuve vers l’intérieur du pays. La cité andalouse devient ainsi une porte d’entrée privilégiée vers l’un des marchés les plus dynamiques du Royaume de Castille.
Les marchands bretons comprennent rapidement l’intérêt de cette localisation.
En s’implantant à Sanlúcar, ils peuvent accéder directement aux réseaux commerciaux de l’Andalousie et, au-delà, à une grande partie de la péninsule Ibérique. Ils y trouvent également un point de rencontre avec des négociants venus du Portugal, de Gênes, des Flandres ou d’autres régions européennes.
Quelques décennies plus tard, l’importance de Sanlúcar ne fera que grandir. Le port jouera notamment un rôle majeur dans les échanges atlantiques liés aux découvertes espagnoles. C’est d’ailleurs depuis cette ville que partiront ou reviendront plusieurs grandes expéditions maritimes de l’époque moderne.
Dans ce contexte, la présence d’une communauté bretonne active n’a rien d’étonnant.
Les Bretons ne choisissent pas Sanlúcar par hasard. Ils s’installent dans l’un des centres névralgiques du commerce atlantique européen. La célèbre Rue des Bretons apparaît ainsi comme le témoignage durable de cette implantation et de l’importance qu’elle a pu revêtir pendant plusieurs générations.

Une présence bretonne qui a marqué l’Espagne
La présence bretonne en Espagne ne se limite pas à quelques passages de navires.
Des Bretons vivent, travaillent et commercent dans plusieurs villes espagnoles. Ils participent aux échanges économiques qui relient alors l’Europe atlantique. Ils contribuent également à la circulation des capitaux et des marchandises entre les différents royaumes.
Cette implantation s’inscrit dans un mouvement plus vaste. À la même époque, des communautés étrangères apparaissent dans de nombreux ports européens. Les Bretons ne font donc pas exception. Cependant, leur présence en Espagne demeure aujourd’hui largement méconnue.
Le bas-relief inauguré à Sanlúcar en mai 2026 vise justement à rappeler cette histoire. Il rend hommage à ces générations de marins, de négociants et d’entrepreneurs qui ont participé à la prospérité des échanges atlantiques.
Des Espagnols s’installent également en Bretagne
L’histoire ne se déroule pas dans un seul sens.
Tandis que des Bretons s’implantent en Espagne, des Espagnols s’installent également en Bretagne. Nantes / Naoned attire notamment des marchands, des commerçants et des financiers originaires de Castille ou d’Andalousie.
Ces communautés participent à la vie économique de la capitale bretonne. Elles contribuent à renforcer les liens entre les deux pays.
Un épisode particulièrement méconnu concerne le rôle de Nantes / Naoned dans le traitement de l’argent provenant des colonies espagnoles d’Amérique du Sud. Selon les recherches présentées autour de l’ouvrage, la ville bretonne devient alors une place importante de l’émission monétaire du Royaume de France.
Cette réalité rappelle combien la Bretagne était intégrée aux grands circuits économiques internationaux de son époque.
Une histoire progressivement oubliée
Malgré son importance, cette histoire disparaît peu à peu de la mémoire collective.
Les transformations politiques qui touchent la Bretagne à partir du XVIe siècle modifient profondément les équilibres anciens. Les réseaux commerciaux continuent d’exister, mais leur dimension spécifiquement bretonne s’estompe progressivement.
Au fil du temps, le « roman national » français pensé à Paris, met davantage l’accent sur les grandes puissances européennes que sur les relations particulières entretenues par la Bretagne avec ses partenaires historiques.
Résultat : la plupart des Bretons ignorent aujourd’hui qu’une Rue des Bretons existe toujours en Andalousie.
Pourtant, cette simple rue raconte à elle seule plusieurs siècles d’échanges, de voyages et d’ambitions maritimes.
Un livre pour redécouvrir ces « riches heures »
La publication du livre De Nantes à Sanlúcar – Les relations entre la Bretagne et l’Espagne du XIVe au XVIIe siècle arrive donc à point nommé.
Coordonné par plusieurs chercheurs et historiens, l’ouvrage rassemble les travaux de Robert Omnès, Antonio Moreno Ollero, Enrique Javier Román Martell, Guy Saupin et Gildas Salaün. Il s’attache à retracer cette histoire commune entre la Bretagne et l’Espagne.
À travers ses 284 pages, il met en lumière une période souvent absente des ouvrages généralistes consacrés à l’Histoire de Bretagne. Il rappelle surtout que la Bretagne participait pleinement aux grands échanges européens bien avant l’époque contemporaine. Surtout durant les siècles d’indépendance.
La Rue des Bretons de Sanlúcar n’est donc pas une curiosité anecdotique. Elle constitue le vestige d’une époque où les marchands bretons sillonnaient l’Atlantique et contribuaient au dynamisme économique de l’Europe occidentale.
Cette histoire mérite assurément d’être mieux connue.

Une histoire qui rappelle l’ouverture européenne de la Bretagne
Aujourd’hui, la Rue des Bretons de Sanlúcar de Barrameda peut sembler n’être qu’une curiosité historique.
Pourtant, elle raconte bien davantage qu’une simple présence étrangère dans une ville andalouse. Elle témoigne de plusieurs siècles durant lesquels la Bretagne entretenait des relations directes avec une partie importante de l’Europe atlantique.
Les marchands, marins et négociants bretons ne se contentaient pas de naviguer le long des côtes de leur pays. Ils participaient à un vaste réseau d’échanges reliant la Bretagne à l’Angleterre, aux Flandres, au Portugal et à l’Espagne. Grâce à ces liens, des marchandises circulaient, mais aussi des savoir-faire, des idées et des hommes.
Au fil des siècles, cette histoire s’est progressivement estompée dans la mémoire collective. Pourtant, les traces qu’elle a laissées demeurent bien réelles. Une Rue des Bretons en Andalousie, des archives commerciales, des alliances politiques et désormais un bas-relief inauguré en 2026 rappellent qu’il a existé entre la Bretagne et l’Espagne une relation ancienne, durable et mutuellement bénéfique.
La publication pr Istor Breizh de l’ouvrage De Nantes à Sanlúcar – Les relations entre la Bretagne et l’Espagne du XIVe au XVIIe siècle contribue aujourd’hui à faire revivre cette page méconnue de notre passé. Elle permet également de mieux comprendre la place qu’occupait la Bretagne dans les grands échanges européens de son temps.
L’Histoire de la Bretagne ne s’est jamais limitée à ses frontières.
Bien au contraire, elle s’est souvent écrite sur les routes maritimes qui reliaient les ports bretons au reste du continent.
À ce titre, la Rue des Bretons de Sanlúcar constitue bien plus qu’un souvenir du passé : elle rappelle qu’avant l’Europe des États modernes existait déjà une Europe des échanges, dans laquelle les Bretons tenaient toute leur place.
Pennskeudenn krouet gant / Illustration principale générée par ChatGPT5.3 pour et par NHU Bretagne

4 commentaires
La carte est vraiment bizarre, que ce soit pour l’Espagne ou la Bretagne (surtout sa limite orientale).
Ce sont de vieilles cartes d’époque 🙂
On dirait plutôt une fausse carte générée par l’IA.
Séville n’est pas du tout à sa place, loin du Guadalquivir.
Les Andalous doivent avoir une piètre opinion des Bretons, qui se sont laissé amputer de leur capitale historique.