Union des autonomistes bretons

Emrenerezh : l’union des autonomistes bretons ?

de Thierry JIGOUREL
11 minutes lire

Emrenerezh : l’autonomie de la Bretagne entre dans une nouvelle phase politique

⚠️ DIWALL / ATTENTION – TRIBUNE
Ce texte est une tribune signée par Thierry Jigourel.
Il exprime une opinion personnelle dans le cadre du débat sur les dynamiques sociales, culturelles et politiques en Bretagne.
Sa publication sur NHU Bretagne s’inscrit dans une volonté d’ouvrir le dialogue, de confronter les points de vue et de nourrir une réflexion collective sur l’avenir de la Bretagne.

L’autonomie ! Ce fut longtemps un mot tabou au pays qui fit du criminel de masse Robespierre et de l’abbé Grégoire des héros immortels. Ce mode de gouvernance normal en Europe paraît pourtant désormais attirer un nombre croissant de citoyens français, à commencer par les Corses, mais aussi les Bretons.

Deux mouvements incarnés par des poids lourds de la politique bretonne, le maire de Carhaix / Karaez, conseiller régional Christian Troadec, et le député et conseiller régional Paul Molac : Pour la Bretagne / Breizh War Raok ! du premier et Faisons Bretagne / Greomp Breizh du second, commencent à séduire les esprits au-delà des cercles autonomistes habituels.
Gageons qu’ils sachent rapidement unir leurs forces, créer une synergie, fédérer et entraîner dans leur sillage les divers confettis désunis de l’Emsav et l’ensemble des Bretons.
Betek an Trec’h !

Une connotation ambivalente

Emrenerezh ! Autonomie, en breton.
Il est surprenant et aussi révélateur qu’en France, ce mot, connoté très positivement lorsqu’il s’agit de beaucoup de choses, à commencer par la personne, se retrouve porteur d’une charge négative, aux yeux du pouvoir central, dès lors qu’il est apposé au mot « région ».
Là, on a l’impression que l’on prononce devant les maîtres parisiens une sorte de gros mot qui les contraint immédiatement à sortir leur crucifix républicain pour exorciser leur interlocuteur, au mieux frappé de folie, au pire vendu à l’étranger ou possédé par une sorte de Grand Satan fédéraliste, de toute façon serviteur zélé de l’anti-France.

Ce comportement des élites parisiennes relève évidemment d’une forme grave de psychopathologie, et ce depuis longtemps.
Faire passer pour les « valeurs de la République » une forme de gouvernance ultracentralisée est un discours à la limite de la maladie mentale, tant « la » République s’est empressée, en automne 1789, sans l’aval et encore moins la consultation des Bretons, de supprimer des institutions nationales séculaires, maintes fois attaquées par la monarchie absolue.

L’ultracentralisation imposée par la République, puis reprise au XIXe siècle par TOUS les régimes qui ont suivi, y compris la Restauration, dont les responsables avaient pourtant promis à l’Association Bretonne du Marquis de La Rouërie de rétablir les droits, libertés et franchises de la Bretagne, en deux mots l’autonomie, est donc un héritage et la concrétisation politique des rêves les plus fous de Louis XIV et Louis XV, pour ne citer qu’eux.

Plus de deux siècles après la Révolution et la Restauration, on en est toujours au même point dans la République que « le monde entier nous envie ».
Le général de Gaulle avait bien proposé en référendum une « régionalisation » de la France en 1968, mais le résultat négatif du vote avait fait prendre un retard certain à son projet intelligent et ambitieux.
Et tous les gouvernements qui ont suivi l’élection du président Mitterrand se sont empressés de revenir sur les maigres acquis de la régionalisation de 1981. On en est donc toujours au même point : la France demeure le plus centralisé des États européens, entouré de pays fédéraux, préfédéraux ou accordant aux régions des autonomies à la carte, comme le Royaume Uni, l’Italie ou l’Espagne.

La situation est ubuesque dans la mesure où cet État français entend présenter ce centralisme, dont on ne retrouve d’équivalent que dans les régimes autoritaires d’Hitler, de Franco et de Mussolini, comme un gage et un magnifique exemple de démocratie, alors que c’est évidemment le contraire.
Il s’agit là d’un déni absolu de démocratie dans la mesure où un sondage Ifop récent a établi que 71 % des citoyens français souhaiteraient que la France devienne un État fédéral, comme ses voisins, soit comme un pays simplement normal. Un chiffre qui monte à 78 % en Bretagne et à 86 % en Alsace !

81% des Bretons favorables à l'autonomie de la Bretagne
81% des Bretons favorables à l’autonomie de la Bretagne

Un tabou qui s’efface

La nouveauté, c’est que le mot d’autonomie, considéré comme un gros mot à Paris, ne l’est plus ou l’est de moins en moins en Bretagne ! C’est une bonne nouvelle !

Le rapprochement perfide de la réclamation d’autonomie avec le Bezen Perrot, cette unité bretonne sous uniforme allemand, a de moins en moins d’effet, dans un pays dont le chef de l’État, dans son désir fou de troisième guerre mondiale et sa volonté effrénée d’enrichir les marchands de canons, soutient un gouvernement ukrainien qui donne aux grandes avenues de Kiev ou de Lviv les noms de Stépan Bandera et des nationalistes collaborateurs des nazis.
Il prend encore moins depuis que la plupart des Français et des Bretons s’aperçoivent que la France, comme l’Occident, soutient avec dévouement et servilité le génocide des Palestiniens commis par Israël et par son bras armé Tsahal.

Pour certains responsables politiques bretons, les temps sont désormais venus de réclamer « ces droits que les autres ont » (Yann Fouéré).
C’est ce qu’a fait, voici quatre ans, le Conseil régional de Bretagne lorsqu’il émit un vœu signé à l’unanimité moins les voix du Rassemblement national pour réclamer pour la Bretagne le même statut d’autonomie que celui que la France semblait promettre aux Corses.

Depuis, un peu d’eau a coulé sous les ponts de Landerneau / Landerne.
L’idée d’autonomie, toujours taboue à Paris, fait son chemin dans les têtes des Bretons. Elle est reprise par des élus de poids qui se révèlent être moteurs dans ce processus d’émancipation d’un peuple en état de colonisation.

Christian Troadec organise un colloque sur l’autonomie à Carhaix / Karaez

Christian Troadec, ex-vice-président autonomiste de la Région Bretagne administrative, maire de Karaez, conseiller régional et président de la communauté de communes du Poher, figure emblématique du mouvement des Bonnets Rouges qui réclamait, outre l’autonomie, la réunification de la région et un statut officiel pour la langue bretonne, avait déjà lancé son mouvement, Pour la Bretagne / Breizh War Raok !, qui frôla les 7 % des suffrages lors des élections régionales de 2015.

Le maire de Carhaix / Karaez a de la suite dans les idées.
Fort de son succès aux dernières élections municipales (Il en est à son cinquième mandat), il a organisé en juin, dans l’espace Glenmor, du nom d’un grand barde indépendantiste, auteur notamment du Kan Bale an ARB, un colloque dédié au sujet de l’autonomie, coprésidé par l’écrivain Yvon Ollivier.

Toutes les formations autonomistes et indépendantistes de droite et de gauche, de Douar ha Frankiz au Parti Breton en passant par l’AFB et Faisons Bretagne, le tout jeune mouvement du député autonomiste Paul Molac, y ont été conviées.
On regrettera seulement l’absence de Breizh Europa, lancé voici une dizaine d’années par le très regretté Frank Darcel.

Frank Darcel
Frank Darcel : en réalité, je ne me suis jamais senti Français

Tous les participants se sont mis d’accord sur la nécessité de l’union pour réussir à obtenir, à l’instar de nos amis corses (l’ancien président de l’Assemblée de Corse, Jean-Guy Talamoni, est un proche de Christian Troadec) et de nos frères Bretons insulaires, dits « gallois », un vrai statut d’autonomie.


L’union, absolument !

Il est vrai qu’ensemble, ces différentes formations peuvent dépasser le score de 10 à 12 %. Désunies, elles ne pèseront pas assez sur les élections et donc sur le débat pour la démocratie.
Christian Troadec s’est voulu plutôt confiant et rassurant sur l’avenir institutionnel de la Bretagne et sur la capacité des Bretons à prendre conscience de la nécessité de l’émancipation.

Il a rappelé qu’au début des seventies, le SNP Scottish National Party écossais plafonnait à 5 % des voix et qu’il est désormais la première force politique d’Écosse. Puis il a insisté aussi sur le fait que le Plaid Cymru gallois a stagné longtemps aux environs de 20 % des voix avant de devenir lui aussi majoritaire au pays de Gwynfor Evans et que le PNV basque marque des points en Euskadi nord (sous occupation française).

Il a mis en évidence, dans un État où l’on accuse les Bretons autonomistes de crispations égoïstes, que, pour ne citer qu’un exemple, le ministère français de la Culture alloue 801 euros par tête à la région Île-de-France et seulement 15 aux citoyens de la Bretagne.

Budget du ministère français de la culture et du patrimoine
Budget du ministère français de la culture et du patrimoine

On sait depuis les travaux édifiants de l’économiste Yves Brun que la France ne restitue qu’une faible proportion (vraisemblablement à peine la moitié), sous forme de dotations, de salaires de fonctionnaires, etc., des impôts versés par la Bretagne à l’État central.
Hélas, depuis quelque temps, selon Gwenael Henry, responsable du think tank Bretagne Majeure, l’État central a fait disparaître magiquement et opportunément tous les chiffres qui attestent ce qui prend décidément la forme d’un hold-up et d’un racket d’État.

« La Bretagne est plus grande que nos divisions » (Yes Breizh)

En conclusion de ce sommet passionnant, qui rassembla environ trois cent personnes, Christian Troadec et Yvon Ollivier ont rappelé que les Bretons « viennent de loin », que le matraquage idéologique de l’État français et de ses relais leur a fait longtemps croire qu’ils seraient incapables de gérer leurs affaires eux-mêmes, sans le secours autoproclamé et très intéressé du Grand Frère français.

C’est tout le contraire, bien sûr !
Aujourd’hui, les Bretons qui ont des yeux pour voir s’aperçoivent à quel point le naufrage budgétaire et financier de la France est dû à sa gestion jacobine et ultracentralisée absolument inefficace et même catastrophique.
Comment pourraient-ils continuer à accorder leur confiance à un État qui a dépassé les 3 600 milliards de dettes, qui les vole, qui n’assure plus aucun service public et qui, à tous points de vue, est le cancre et la risée de l’Europe ?
N’auraient-ils pas intérêt à quitter ce navire pourri qui coule avant sa mise définitive sous tutelle internationale ?

Première convention de Faisons Bretagne à Pontivy

Il faut croire que, malgré le black-out de l’État et de ses relais médiatiques, l’idée autonomiste progresse, puisque le député Paul Molac a organisé le 3 octobre dernier les premières assises de son mouvement Faisons Bretagne / Greomp Breizh, à Pontivy / Pondi, devant une salle comble.
Étaient notamment présents l’ancien ministre français Jean Louis Borloo, le leader autonomiste corse Gilles Simeoni, Guillaume Robic, le maire de Rostrenen / Rostrenn, et le président de la région Bretagne administrative Loïg Chesnais-Girard, qui assume sa volonté de voir le pays accéder à un statut d’autonomie inspiré de celui des Bretons insulaires et des Corses.

Paul Molac souhaite d’ores et déjà influer sur les discours et les orientations des candidats aux élections présidentielles, dans le sens du fédéralisme et des autonomies régionales.
Un beau programme pour une classe politique qui célèbre encore avec enthousiasme le centralisme et les massacres de la Révolution. On lui souhaite évidemment succès et courage, même si certains estiment que de se battre, dans un premier temps, pour l’autonomie de la Bretagne serait un programme suffisamment ambitieux.

D’autres osent aussi se demander si Paul Molac ne commence pas à faire la campagne électorale de Chesnais-Girard pour les prochaines régionales.
Osons parier sur sa sincérité !

Vers une union des autonomistes bretons ?

Il est de toute manière à souhaiter que Molac et Troadec, les deux grosses locomotives de l’idée autonomiste, soient capables d’unir leurs forces dans l’intérêt de la Bretagne, et qu’ils entraînent dans leur sillage l’UDB Union Démocratique Bretonne, le PB Parti Breton / Strollad Breizh et les autres composantes de l’Emsav.

C’est le pari à tenir pour pouvoir féconder l’avenir !
Et comme le disait Guillaume d’Orange, qui ne se trompait pas sur tout : « Il n’est pas nécessaire d’espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer. »
De toute manière, les empires ne sont pas immortels et la France s’écroulera toute seule et disparaîtra de l’Histoire par la seule force de la Nécessité.
Aux Bretons, alors, de savoir tirer parti des événements !

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1 commentaire

Penn Kaled 19 octobre 2026 - 20h09

Vous dites la » République s’est empressée, en automne 1789,
Non jusqu’au 21 septembre 1792 c’est toujours le règne de la monarchie,les républicains étaient même minoritaires, des jacobins montagnards opposés aux autonmies des provinces étaient royalistes au départ . La centralisation a été renforcée par la monarchie absolue, mais en France au lieu de faire de la république un mode de gouverrnance, les montagnards en ont fait une religion.

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