Tout est bon dans le ... Breton, par l'humoriste Loïg Chesnais Girard

Chesnais-Girard : « Tout est bon dans le … Breton », stop au mépris

de NHU Bretagne
13 minutes lire

« Tout est bon dans le Breton » : Monsieur Chesnais-Girard, un président ne devrait pas dire cela

« Tout est bon dans le Breton, surtout son opinion. »
C’est avec ce slogan douteux que la Région Bretagne administrative a choisi de promouvoir une consultation citoyenne lancée en Septembre 2026.
Pour que le jeu de mots fonctionne, chacun doit entendre la célèbre expression « Tout est bon dans le cochon ». Or l’association entre Bretons et cochons appartient à une longue histoire de caricatures, de mépris et de brittophobie.
Koun Breizh demande le retrait du slogan.
NHU Bretagne va plus loin : Loïg Chesnais-Girard, président de la Région administrative, doit retirer cette formule et présenter ses excuses aux Bretonnes et aux Bretons.

« Tout est bon dans le Breton » : il faut appeler un cochon un cochon

Commençons par l’évidence. « Tout est bon dans le Breton, surtout son opinion. » La Région Bretagne a choisi cette formule pour la consultation citoyenne qu’elle lance le 9 septembre. Pour comprendre le trait d’humour supposé, chacun doit immédiatement reconnaître l’expression française dont il est tiré : « Tout est bon dans le cochon. »

Sans le cochon, il n’y a plus de jeu de mots. La formule perd son ressort et personne n’est censé sourire. Le cochon n’est donc pas une interprétation ajoutée après coup par quelques Bretons prétendument susceptibles. Il est la condition nécessaire à la compréhension du slogan. Le procédé consiste très exactement à retirer « cochon » et à mettre « Breton » à sa place.
Voilà le ressort choisi par la communication officielle de la Région Bretagne administrative pour s’adresser aux Bretonnes et aux Bretons. On peut tourner la formule dans tous les sens, invoquer l’humour, l’autodérision ou le second degré : le mécanisme demeure identique. Breton remplace cochon. C’est précisément pourquoi cette campagne est inacceptable.

Tout est bon dans le ..? par Loïg Chesnais Girard

Loïg Chesnais-Girard est le président : c’est à lui d’en répondre

Qui a trouvé le slogan ?
Un membre du cabinet, un service de la Région adminstrative, une agence ou un communicant particulièrement satisfait de son bon mot ?
La question mérite d’être posée, mais elle ne saurait servir d’échappatoire au président.
Loïg Chesnais-Girard préside la Région Bretagne administrative. Il porte donc la responsabilité politique de la communication de l’institution qu’il administre.

Une campagne institutionnelle ne surgit pas spontanément sur une affiche ou un écran.
Des personnes la pensent, la discutent, la produisent, la valident puis la diffusent. Peu importe, au bout du compte, qui a eu l’idée initiale de remplacer « cochon » par « Breton ». La campagne est celle de la Région administrative et elle paraît sous la présidence de Loïg Chesnais-Girard.
C’est donc à lui d’en répondre.

Qui a proposé ce slogan et qui l’a validé ?
Parmi toutes les personnes qui ont nécessairement vu cette communication avant sa diffusion, personne n’aurait entendu « cochon » derrière « Breton » ?
C’est difficilement concevable.
Si personne n’entend « cochon », le jeu de mots ne fonctionne tout simplement plus.

« Les pommes de terre pour les cochons, les épluchures pour les Bretons »

Voilà pourquoi cette affaire ne peut pas disparaître derrière un sourire et un « c’était de l’humour ».
L’association entre le Breton et le cochon possède une histoire ancienne et méprisante. Les Bretons ne l’ont évidemment pas inventée en septembre 2026 pour chercher querelle à leur président de Région.
Une phrase, notamment, a traversé les générations : « Les pommes de terre pour les cochons, les épluchures pour les Bretons. »
Elle appartient au répertoire des moqueries et humiliations visant les Bretonnes et les Bretons. Elle a notamment accompagné ceux qui quittaient la Bretagne et découvraient ailleurs le mépris attaché à leur origine, leur accent, leur langue ou leur condition sociale.

La hiérarchie contenue dans cette comptine ne nécessite guère d’exégèse : la nourriture aux cochons, les déchets aux Bretons.
Koun Breizh la rappelle justement dans son communiqué.
NHU Bretagne a déjà longuement abordé cette histoire du mépris dans son dossier consacré à la brittophobie.

On peut naturellement décider de ne plus vivre prisonnier des humiliations du passé. C’est même souhaitable. Mais tourner la page n’oblige pas à devenir amnésique. Cela vaut particulièrement lorsqu’une institution publique réactive, par ignorance ou désinvolture, une association de mots chargée d’une telle histoire.

Henri-Gustave Jossot, « Les Bretons et les cochons mangent et couchent ensemble », lithographie, vers 1900. Collection du Musée départemental breton de Kemper.

Vers 1900 : « Les Bretons et les cochons mangent et couchent ensemble »

Une pièce historique illustre parfaitement cette histoire. Vers 1900, le caricaturiste Henri-Gustave Jossot réalise une lithographie aujourd’hui conservée dans les collections du Musée départemental breton de Kemper. Sa légende ne laisse guère de place à l’interprétation : « Les Bretons et les cochons mangent et couchent ensemble ; faut-il que les cochons soient sales ! »

Regardons cette image pour ce qu’elle est.
Jossot rapproche directement le Breton du cochon et construit son ressort comique sur leur proximité. L’insulte va même plus loin : ce seraient finalement les cochons qui seraient à plaindre de devoir fréquenter les Bretons. Une publication universitaire consacrée aux représentations de la Bretagne répertorie et reproduit cette œuvre.
Elle ne constitue d’ailleurs pas un cas isolé.
Bien avant Jossot, des écrivains et voyageurs utilisaient déjà la proximité entre Bretons et cochons comme procédé de dépréciation. Bien après lui, le même rapprochement continuera à circuler sous différentes formes.
Et en 2026, que choisit la communication de la Région Bretagne administrative pour faire sourire ? « Tout est bon dans le Breton. »
Pour faire sourire qui, Loïg ?

Il fallait vraiment ne rien connaître de cette histoire, ou considérer qu’elle n’avait aucune importance, pour ne pas voir le problème.
Une institution qui porte le nom de Bretagne devrait pourtant être mieux placée que quiconque pour connaître l’Histoire de celles et ceux auxquels elle prétend s’adresser.

À l’école aussi : quand « Breton = cochon »

L’histoire devient plus dérangeante encore lorsqu’elle quitte la caricature pour entrer dans l’école.
Des travaux consacrés à l’identité bretonne ont recueilli les souvenirs d’anciens élèves confrontés à la dévalorisation de leur langue et de leur origine. Dans l’un de ces témoignages, un ancien élève résume ce qu’il avait alors intériorisé : « Nous pensions BRETON = COCHON. »
Cette histoire scolaire accompagne celle du recul du breton.
Pendant des générations, l’école a pu transformer l’usage de la langue familiale en motif de honte, de punition ou de déclassement. Ce mécanisme a profondément marqué la transmission linguistique et culturelle. Il explique aussi pourquoi certaines associations de mots ne peuvent pas être considérées comme totalement neutres.

On ne peut pas effacer un siècle de représentations dépréciatives en ajoutant simplement un point d’exclamation et en appelant cela de l’humour. Les mots ont une histoire. Une institution publique qui s’adresse aux Bretons devrait avoir la prudence élémentaire de la connaître avant de jouer avec elle.

Bécassine : la Bretonne dont on pouvait rire

Et puis il y a Bécassine.
Naïve, domestique, incapable de comprendre correctement le monde qui l’entoure : le personnage a contribué à installer une représentation durable de la Bretonne provinciale. Quelles que soient les lectures que l’on puisse aujourd’hui en faire, le public parisien pouvait rire d’elle et de ce qu’elle représentait.
Dans le film Bécassine de 1939, le vieux motif réapparaît. Les pommes de terre vont aux cochons tandis que les épluchures reviennent aux Bretons. Le film provoqua alors des protestations en Bretagne. Ce que certains présentaient comme comique, d’autres le vivaient déjà comme une humiliation.
Ce précédent rejoint directement le travail publié par NHU Bretagne sur la brittophobie, ses représentations et leur étonnante persistance. Près d’un siècle plus tard, une institution qui porte le nom de Bretagne devrait connaître cette histoire. Elle devrait surtout éviter d’en reprendre les ressorts dans sa propre communication.

La brittophobie n’est plus acceptable

Il faut maintenant employer le mot : brittophobie.
Il dérangera peut-être, mais nous l’assumons. Combien de temps faudrait-il encore rire du Breton arriéré ou incapable de parler correctement ?
De la Bretonne naïve et inculte ?
De notre langue, de notre accent, de nos prénoms (dont certains étaient encore interdits il y a peu), de nos vêtements traditionnels ? Et maintenant, une nouvelle fois, de cette vieille association entre le Breton et le cochon ?

Ça suffit.
Les Bretonnes et les Bretons n’ont pas à continuer de subir des mots avilissants et des représentations méprisantes. Des générations avant eux ont déjà dû les supporter.
Nous sommes au XXIe siècle. Un service de communication ne rend pas une représentation dépréciative acceptable en l’emballant dans un trait d’humour.
Lorsqu’un ressort ancien du mépris envers les Bretons réapparaît dans une communication officielle, NHU Bretagne estime qu’il faut lui donner son nom : brittophobie.
Nous refusons également cette vieille injonction faite aux Bretons : sourire, accepter et surtout ne pas réagir.
Sinon, on nous accuse immédiatement de manquer « d’humour » et d’être incapables « d’autodérision ».
Nous ne laisserons plus rien passer.

« Mais c’est de l’autodérision ! »

Voilà sans doute l’argument qui arrivera.
Des spectacles, des ouvrages et des produits humoristiques ont effectivement repris la formule « Tout est bon dans le Breton ». Un humoriste breton peut parfaitement choisir de rire de lui-même, des siens, de ses habitudes et de ses propres clichés. C’est précisément cela, l’autodérision.
Mais la Région Bretagne administrative n’est pas un humoriste et Loïg Chesnais-Girard non plus.
L’autodérision appartient à celui qui choisit de rire de lui-même. Elle ne donne pas à une institution publique un permis de rire de la population à laquelle elle s’adresse. La différence est considérable.

L’humour n’est pas davantage un détergent magique qui nettoierait les mots de leur histoire. Ajouter un sourire à une représentation dépréciative ne suffit pas à la rendre acceptable. Sous prétexte d’humour, on ne peut pas tout dire. Et moins encore lorsqu’on parle depuis la présidence de la Région Bretagne.

Faire de la communication ne dispense pas de connaître la Bretagne

Loïg Chesnais-Girard aime communiquer.
C’est son droit et cela fait même partie du travail d’un responsable politique. Mais à force de chercher le slogan, la formule qui accroche ou le petit trait d’esprit qui ferait sourire, encore faut-il savoir à qui l’on parle.
La Région Bretagne administrative ne vend pas une marque de charcuterie. Elle s’adresse aux Bretonnes et aux Bretons. Lorsqu’elle prétend justement les consulter sur la Démocratie et leur avenir, le minimum serait de ne pas commencer la conversation en les mettant à la place du cochon dans une expression populaire.

La capacité de la Bretagne à décider davantage par elle-même se trouve au cœur d’un débat qui dépasse largement cette campagne. NHU Bretagne l’a notamment abordée dans son analyse sur l’avenir de la Bretagne face au pouvoir parisien.
La contradiction devient presque caricaturale.
La Région administrative affirme vouloir écouter les Bretons. Pour leur annoncer cette consultation, elle choisit pourtant un slogan qui réactive une vieille association du répertoire du mépris à leur égard.
Administrer la Bretagne devrait commencer par connaître son Histoire, y compris celle de ses humiliations.

Et tout cela avec l’argent public des Bretonnes et des Bretons

Il reste un aspect particulièrement consternant.
Loïg Chesnais-Girard ne paie évidemment pas cette campagne sur ses deniers personnels. Une campagne de communication institutionnelle mobilise des moyens publics. Nous ne connaissons pas à ce stade le montant précis consacré à cette opération et nous n’en inventerons aucun.
Une chose est cependant certaine : une collectivité publique finance sa communication avec des moyens publics.
Les Bretonnes et les Bretons contribuent donc au financement d’une campagne qui cherche à attirer leur attention avec un jeu de mots qui les humilient et les ramène au rang de cochons.
Et ce jeu de mots consiste précisément à mettre « Breton » à la place de « cochon ».

Après avoir longtemps dû supporter les caricatures des autres, faudrait-il désormais que les Bretons financent celles de leur propre Région ?
Être insulté est déjà désagréable. Devoir en plus payer la campagne qui vous insulte relève d’un singulier sens de la démocratie participative.

Lire le communiqué de presse de Koun Breizh

Koun Breizh dit stop

Koun Breizh a réagi le 5 Septembre.
L’association rappelle qu’elle lutte depuis des années contre les formes de mépris attachées à l’identité bretonne. Elle replace explicitement cette campagne dans l’histoire de l’association entre Bretons et cochons. Son communiqué cite notamment « les pommes de terre pour les cochons et les épluchures pour les Bretons ».

L’association évoque également la représentation d’un Breton et d’un cochon mangeant ensemble. Elle demande à Loïg Chesnais-Girard de modifier la campagne et d’en retirer la formule. Koun Breizh salue pourtant le principe même de la consultation.
Son opposition porte donc sur la manière dont la Région a choisi de s’adresser aux Bretons, et non sur le fait de les consulter.

Sa conclusion devrait être entendue : « On ne peut plus s’adresser aux Bretons sous l’angle du mépris ! »
C’est précisément le cœur du problème. Le choix d’un tel ressort prétenduement « humoristique » devient difficilement défendable lorsqu’on connaît l’histoire qui l’accompagne.

NHU Bretagne demande le retrait et des excuses

NHU Bretagne partage l’exigence de Koun Breizh, mais nous allons plus loin.
Retirer le slogan ne suffit plus. Des personnes ont imaginé, préparé, validé puis diffusé cette campagne institutionnelle. En sa qualité de président de la Région Bretagne administrative, Loïg Chesnais-Girard en porte la responsabilité politique.
Il doit donc retirer « Tout est bon dans le Breton » et présenter des excuses aux Bretonnes et aux Bretons.
Pas un communiqué expliquant qu’ils auraient mal compris, ni une pirouette sur le second degré ou une leçon sur leur supposé manque d’humour.
Nous attendons des excuses.

Si le Président considère au contraire que cette campagne ne pose aucun problème, qu’il l’explique publiquement.
Pourquoi remplacer « cochon » par « Breton » constituerait-il une manière appropriée de s’adresser aux Bretons ?
Il pourrait aussi nous dire pourquoi l’histoire documentée de ce rapprochement ne méritait aucune prudence.
Reste enfin une question : pourquoi les Bretonnes et les Bretons devraient-ils accepter avec le sourire ce que d’autres populations refuseraient légitimement de voir banaliser ?
Le débat ne pourra pas se refermer avec un simple « vous n’avez pas compris la plaisanterie ».
Nous l’avons parfaitement comprise. C’est précisément le problème.

Un Président ne devrait pas dire cela

Monsieur Chesnais-Girard, l’humour, fut-il à ce point mauvais, n’excuse pas tout.
Les Bretonnes et les Bretons ont suffisamment subi les caricatures et le mépris. On les a assez représentés comme des êtres rustres ou inférieurs pour que leur propre Région, fut-elle administrative, sache aujourd’hui éviter ce registre.

Nous sommes en 2026.
Ce qui pouvait autrefois être balayé comme une plaisanterie ne passera plus.
Retirez « Tout est bon dans le Breton » et présentez vos excuses.
La prochaine fois que vos communicants chercheront un bon mot pour parler aux Bretons, demandez-leur d’abord d’ouvrir un livre d’Histoire de Bretagne

Un président ne devrait pas dire cela.

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1 commentaire

Marc 8 septembre 2026 - 18h52

Je reprend les propos d’un ami, qui explique plus diplomatiquement que moi…

le Gauleiter brasse du vent, c’est son boulot…
Parce qu’il n’a ni Droit ni titre pour faire quoi que ce soit en Bretagne.
Nul n’est sensé ignorer la Loi, surtout pas un serviteur du Pouvoir Parisien.
2015 :
https://legi-breizh.bzh/jo-201506-25001-declaration-de-souverainete-nationale-publiee-et-enregistree-aupres-de-lonu
2025 :
https://legi-breizh.bzh/jo-202506-04002-portant-etablissement-de-la-tutelle-regalienne-du-duche-de-bretagne
https://legi-breizh.bzh/jo-202506-04001etablissant-courrier-de-la-fin-de-la-tutelle-regalienne-francais-au-profit-de-celle-du-duche-de-bretagne
Mais aussi depuis 1988…
https://legi-breizh.bzh/jo-198808-31001-portant-reconstitution-des-institutions-regaliennes-du-duche-de-bretagne

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