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Forum économique breton 2026
Forum économique breton 2026 : derrière le thème volontairement large d’« Une vie meilleure », la septième édition du FEB pose finalement une question très concrète.
Comment continuer à bien vivre en Bretagne lorsque se croisent vieillissement, difficultés de recrutement, logement, santé, changements climatiques et nécessité de produire davantage ici ?
À Saint Malo / Sant Maloù, ces 9 et 10 septembre, plus de 7 000 participants sont attendus. Entrepreneurs, élus, responsables économiques, syndicaux et associatifs se retrouvent au Palais du Grand Large. Le rendez-vous dépasse ainsi largement le traditionnel forum d’affaires.
Le thème retenu cette année le confirme : « Une vie meilleure ».
Mais meilleure pour qui ?
Grâce à quoi ?
Et surtout avec quels moyens d’action ?
Ces interrogations rejoignent une question que NHU Bretagne pose régulièrement : sommes-nous réellement heureux en Bretagne ?
Forum économique breton 2026 : les Bretonnes et les Bretons disent ce qu’ils attendent
La matinée du mercredi 9 septembre s’est ouverte avec une étude réalisée par Forvis Mazars.
Son principe mérite l’attention. Plutôt que d’interroger uniquement les entreprises, le cabinet a voulu confronter deux regards.
D’un côté, 132 citoyens bretons ont participé à une consultation qualitative. De l’autre, Viavoice a interrogé 300 dirigeants d’entreprises implantées en Bretagne.
Emploi, transitions, innovation, qualité de vie et cohésion sociale structurent cette enquête. Elle cherche notamment à identifier les priorités pour les prochaines années. Surtout, elle confronte les attentes des habitants à celles des dirigeants.
Un premier résultat résume assez bien l’évolution des mentalités : 84 % des dirigeants considèrent que les entreprises doivent jouer un rôle important, voire central, dans l’amélioration de la vie quotidienne des Bretons.
L’entreprise ne se voit donc plus seulement comme un employeur ou un producteur de richesses. Elle devient partie prenante d’un projet collectif.
Un autre résultat présenté à Sant Maloù mérite encore davantage l’attention.
Lorsqu’ils sont interrogés sur la situation économique française, seuls 18 % des dirigeants la jugent bonne. Lorsqu’ils portent le même regard sur la Bretagne, cette proportion atteint 50 %. Enfin, 76 % se montrent confiants dans la situation de leur propre entreprise.

Le contraste est spectaculaire.
Il ne permet évidemment pas, à lui seul, de tirer une conclusion institutionnelle. Cependant, il révèle une confiance beaucoup plus forte envers l’environnement économique proche qu’envers la situation française générale.
Pendant longtemps, performance économique et qualité de vie ont été traitées comme deux sujets distincts. Désormais, les entreprises constatent qu’elles dépendent directement du logement, des transports, de la santé, de la formation ou encore de l’environnement.
Une entreprise peut créer des emplois. Encore faut-il trouver des salariés capables de se loger à proximité, de faire garder leurs enfants et d’accéder correctement aux services essentiels.
L’économie rejoint alors la vie quotidienne.
Et cette vie quotidienne reste globalement appréciée. La Bretagne continue d’attirer. Elle dépasse désormais les 5 millions d’habitants, comme nous l’avons détaillé dans notre dossier consacré à l’évolution de la population bretonne.
Toutefois, cette attractivité crée également ses propres tensions.
Produire en Bretagne redevient une question stratégique
Le mot « produire » revient fortement dans les échanges du FEB.
Une séquence entière de la première journée était ainsi consacrée à cette question : « Produire, financer, défendre : la nouvelle souveraineté industrielle ». Plus largement, le programme compte une centaine de débats et ateliers autour de l’économie, du logement, de la démographie ou encore de la souveraineté alimentaire.
Ce retour de la production n’a rien d’anecdotique.
Après plusieurs décennies de mondialisation des chaînes d’approvisionnement, les entreprises redécouvrent le prix de la dépendance. Crises sanitaires, tensions géopolitiques, énergie, matières premières et transports ont remis la production au centre.
Pour la Bretagne, le sujet prend une dimension particulière.
Notre pays dispose d’une agriculture puissante, d’un secteur agroalimentaire majeur, d’activités maritimes, navales, numériques, industrielles et énergétiques. Pourtant, produire ne suffit pas.
Transformer en Bretagne permet de conserver davantage de valeur ajoutée et d’emplois.
L’exemple du lin est particulièrement parlant. À Lampaul Guimiliau / Lambaol Gwimilio, l’ancien site de Gad accueille aujourd’hui une nouvelle activité industrielle. Bretagne Lin y a relancé la production industrielle de fil durant l’été 2026. Vingt-deux emplois ont déjà été créés pour le démarrage.
L’objectif n’est donc plus seulement de produire une matière première. Il consiste aussi à la transformer ici.
Mais, presque au même moment, une autre actualité rappelle brutalement combien maintenir une activité industrielle en Bretagne peut être difficile.
Les ports bretons passent à l’étape suivante
Ce Forum Économique Breton 2026 a aussi été l’occasion pour Bretagne Port Strategic Alliance de présenter « Embarqué en Bretagne », une démarche destinée à inciter les entreprises bretonnes à faire davantage appel aux ports bretons et au ferroviaire pour leurs flux de marchandises.
Brest, Lorient / An Oriant, Saint-Malo / Sant Maloù, Nantes / Naoned, Saint Nazaire / Sant Nazer et Roscoff / Rosko sont désormais associés à cette dynamique.
Une évolution concrète, un an après la création de l’alliance, dont NHU Bretagne avait analysé les ambitions et les limites : Bretagne Port Strategic Alliance : c’est quoi ?.
Bluebus à Ergué Gabéric / An Erge Vras : le rappel brutal de la concurrence mondiale
La veille de l’ouverture du FEB, Bolloré a annoncé un projet d’arrêt définitif de la production des bus électriques Bluebus à Ergué Gabéric / An Erge Vras, près de Kemper.
Créée en 2011, Bluebus aura mis en circulation près de 700 véhicules électriques en Europe. Pourtant, le groupe explique que le marché hexagonal s’est révélé moins dynamique qu’attendu. Il évoque également une concurrence intense, une forte pression sur les prix et une taille devenue insuffisante pour rivaliser avec les autres acteurs du secteur.
Le projet vise 74 postes.
Une reprise partielle reste toutefois étudiée avec un industriel européen. Elle pourrait concerner l’activité de recherche et développement et permettre le transfert de 17 contrats de travail.
Blue Solutions est également concernée. L’entreprise travaille à Ergué Gabéric / An Erge Vras sur une quatrième génération de batteries solides. Elle envisage, elle aussi, une réduction de ses effectifs, avec 41 suppressions de postes.
Le contraste avec les ambitions exprimées à Sant Maloù est saisissant.
Vouloir produire en Bretagne ne suffit pas. Encore faut-il atteindre une taille critique, financer l’innovation, trouver des débouchés et affronter une concurrence devenue mondiale.
Le cas d’An Erge Vras constitue donc un puissant contrepoint aux débats du FEB Forum Économique Breton
Le défi breton ne consiste pas seulement à faire naître des entreprises et des technologies. Il faut également parvenir à conserver leur développement industriel en Bretagne lorsqu’elles changent d’échelle.
À l’inverse, Brittany Ferries montre combien une entreprise bretonne peut rester profondément ancrée ici tout en affrontant les marchés internationaux.
Produire en Bretagne ne signifie donc certainement pas se fermer.
Au contraire, il s’agit de produire ici pour mieux échanger avec le monde.
Emploi et démographie : qui fera tourner la Bretagne demain ?
Une autre inquiétude traverse les débats : celle de la démographie.
Le sujet dépasse largement le simple nombre d’habitants.
La Bretagne attire, mais elle vieillit également. Dans le même temps, de nombreuses entreprises rencontrent déjà des difficultés pour recruter.
Le FEB Forum Économique Breton y a consacré une table ronde au titre particulièrement explicite : « Comment recruter, produire et transmettre dans un monde qui vieillit ? »
Thierry Pech et Alain Di Crescenzo y ont notamment insisté sur le vieillissement, la baisse de la natalité et les conséquences de la pénurie de main-d’œuvre.
La question comporte plusieurs dimensions.
D’abord, qui remplacera les actifs partant à la retraite ?
Ensuite, qui reprendra les milliers de petites entreprises dont les dirigeants arrivent eux aussi en fin de carrière ?
Enfin, comment attirer des actifs sans accentuer les tensions sur le logement ?
Car recruter ne consiste plus uniquement à proposer un salaire. Il faut aussi pouvoir proposer une vie.
C’est probablement l’un des changements majeurs auxquels les entreprises bretonnes sont confrontées. La qualité de vie devient elle-même un facteur de compétitivité.
Cependant, elle ne peut être considérée comme définitivement acquise.
Logement, santé, déplacements : les freins au « bien-vivre »
L’étude Forvis Mazars présentée au FEB Forum Économique Breton permet justement de mesurer ces difficultés.
Un problème domine très nettement les autres : l’accès au logement, cité par 56 % des personnes interrogées parmi les freins au « bien-vivre » en Bretagne.
Il devance largement la mobilité et les transports, cités à 34 %.
Viennent ensuite l’accès aux services publics et à la santé, à 32 %, ainsi que le vieillissement de la population, également à 32 %. Enfin, 31 % évoquent les déséquilibres entre le littoral et l’intérieur de la Bretagne.
Ces résultats donnent une dimension très concrète au slogan du FEB Forum Économique Breton.
Pouvoir se loger près de son travail constitue désormais un enjeu économique. Pouvoir se déplacer facilement aussi. Trouver un médecin ou accéder rapidement à un hôpital l’est tout autant.
Sur ce dernier point, la situation mérite une attention particulière.
NHU Bretagne a déjà consacré un dossier aux difficultés de l’hôpital public en Bretagne. Fermetures de services, manque de professionnels et éloignement des soins pèsent directement sur la qualité de vie.
Or ces difficultés finissent également par peser sur les entreprises.
Un couple avec deux enfants ne choisira pas son lieu de vie uniquement selon l’emploi proposé. Il regardera aussi le prix du logement, l’école, les soins, les déplacements et les services disponibles. L’attractivité économique devient donc indissociable de l’attractivité humaine.
Et les chiffres présentés au FEB Forum Économique Breton montrent que le logement est désormais le premier signal d’alarme.
Le climat entre directement dans les comptes des entreprises
Autre changement majeur : le climat n’est plus une question théorique située à l’horizon 2050.
La Bretagne en a encore fait l’expérience durant l’été 2026.
Sécheresse, disponibilité de l’eau, agriculture et contraintes sur certaines productions montrent que les entreprises doivent désormais intégrer directement les changements climatiques dans leurs modèles.
Le FEB Forum Économique Breton consacre plusieurs échanges à cette adaptation, parmi les nombreux sujets liés aux transitions et à l’environnement.
L’eau devient ici centrale.
L’agriculture en dépend. L’industrie également. L’agroalimentaire encore davantage. Dès lors, la question n’est plus seulement environnementale. Elle devient économique et stratégique.
Elle rejoint aussi un débat démocratique que NHU Bretagne a déjà abordé, notamment à travers la question des pollutions et des décisions prises loin du débat public breton.
Car gérer une ressource suppose également de déterminer qui fixe les règles, qui arbitre entre les usages et qui assume les conséquences.
La singularité bretonne peut-elle devenir un avantage économique ?
Un autre thème ressort du Forum : celui de la singularité bretonne.
Cette question mérite d’être prise au sérieux, très au sérieux.
Pendant longtemps, identité, langue ou culture ont été classées dans une catégorie à part. L’économie se serait occupée des entreprises tandis que la culture aurait relevé du patrimoine. Cette séparation paraît de moins en moins pertinente. Une entreprise bretonne bénéficie aussi d’une image collective. Elle recrute dans un pays doté d’une forte identité et vend parfois grâce à cette image. Elle peut également attirer des salariés ou des entrepreneurs précisément parce que la Bretagne se distingue.
Le phénomène se constate à l’étranger.
La Bretagne bénéficie d’une notoriété sans commune mesure avec son poids démographique. Elle possède une identité visuelle immédiatement identifiable, une importante diaspora et des relations anciennes avec les autres nations celtiques.
Cette ouverture constitue aussi une force économique.
Brittany Ferries et ses relations avec la Grande Bretagne, l’Irlande et la péninsule Ibérique en fournissent un bon exemple.
Culture et économie ne s’opposent donc pas nécessairement. Elles peuvent, elles doivent, au contraire se renforcer.
Une vie meilleure suppose t-elle davantage d’autonomie pour la Bretagne ?
À Sant-Maloù, les débats du Forum économique breton 2026 dessinent finalement une Bretagne confrontée à des choix très concrets.
Produire davantage. Maintenir ses entreprises face à la concurrence mondiale. Trouver des logements pour les actifs. Former aux métiers dont les entreprises ont besoin. Adapter l’agriculture au climat. Gérer l’eau. Préserver l’accès aux soins. Financer l’innovation.
Mais derrière cette longue liste apparaît une question moins économique qu’institutionnelle : qui dispose réellement du pouvoir de décider ?
Les entreprises peuvent investir. Les collectivités peuvent accompagner. Les associations peuvent expérimenter. Les citoyens peuvent proposer.
Cependant, nombre de décisions structurantes restent prises ailleurs.
Fiscalité, organisation du système de santé, grandes infrastructures, politique énergétique, normes agricoles, compétences économiques ou financement public dépendent encore très largement de l’État central.
Le paradoxe apparaît alors clairement.
On demande aux acteurs bretons d’imaginer ensemble une « vie meilleure en Bretagne », tandis qu’une part importante des instruments permettant de la construire échappe toujours à la Bretagne.
L’autonomie n’est donc pas étrangère aux questions économiques débattues à Sant Maloù.

Elle pose au contraire une question très pratique : quelles décisions seraient plus efficaces si elles étaient prises en Bretagne ?
L’actualité de Bluebus lui donne une dimension particulièrement concrète.
Comment conserver une industrie stratégique ?
Comment accompagner son changement d’échelle ?
Et comment orienter l’investissement ?
Et de quels leviers dispose réellement la Bretagne lorsqu’une entreprise implantée ici affronte une concurrence mondiale ?
L’autonomie ne garantirait évidemment pas le succès de chaque entreprise. Aucun gouvernement ne le peut.
En revanche, disposer de davantage de compétences économiques, fiscales et réglementaires permettrait à la Bretagne de choisir plus largement ses priorités. Elle pourrait aussi mieux coordonner ses politiques et assumer ses propres décisions.
Car logement, formation, transports, industrie, agriculture, énergie et adaptation climatique ne constituent pas des dossiers isolés.
Ils participent d’un même choix collectif.
Les chiffres de Forvis Mazars donnent finalement une résonance particulière à cette question. 18 % de confiance dans la situation économique française, 50 % pour celle de la Bretagne et 76 % pour sa propre entreprise.
Il serait excessif d’y voir un vote en faveur de l’autonomie. Mais il serait tout aussi dommage de ne pas entendre ce que révèle cet écart : la confiance remonte fortement lorsque le regard se rapproche de la Bretagne et de ceux qui y agissent.
Le thème choisi par le FEB Forum Économique Breton prend alors une autre dimension.
Une vie meilleure en Bretagne ?
Certainement.
Mais encore faut-il donner à la Bretagne les moyens de la construire elle-même.
Et cela a un nom : l’autonomie

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4 commentaires
Parler des ports bretons sans évoquer Saint-Nazaire ou Montoir-de-Bretagne ?
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