Festival du livre en Bretagne Carhaix Karaez

Festival du Livre en Bretagne de Carhaix / Karaez 2026 : le sport breton à l’honneur

de Rémy PENNEG
Publié le Dernière mise à jour le 12 minutes lire

FLB Festival du Livre en Bretagne.

Le Festival du Livre en Bretagne / Gouel al Levrioù e Breizh, également appelé Salon du Livre de Carhaix / Karaez, revient en 2026 pour une nouvelle édition.
Les 24 et 25 octobre 2026, Carhaix / Karaez redeviendra la capitale du livre en Bretagne.

Pour sa 36e édition, le Festival du Livre en Bretagne réunira près de 300 auteurs et une centaine de maisons d’édition. Deux journées de rencontres, de débats, de découvertes et de dédicaces attendent le public.
Cette année, le festival a choisi un thème qui sort quelque peu des bibliothèques : « La Bretagne puissance sportive / Breizh, ur vro a gar ar sport ».
Cependant, derrière cette affiche sportive se dessine un programme plus large. La place du breton et du gallo dans la lecture, la littérature en langue bretonne, les prix littéraires et la création jeunesse seront également à l’honneur.

Finalement, une même question traverse cette édition : comment la Bretagne fait-elle vivre ses cultures, ses langues et ses propres récits ?

Festival du Livre en Bretagne 2026 : la Bretagne, puissance sportive

Football, cyclisme, gouren, voile, rugby… En Bretagne, le sport dépasse souvent la seule compétition.
Il rassemble. Il transmet. Surtout, il permet d’afficher une appartenance collective sans avoir besoin de longs discours.
C’est précisément le choix effectué par le Festival du Livre pour son édition 2026. Le sport devient ainsi une autre manière de parler de la Bretagne.

Du gouren au Tour cycliste, une passion bretonne

Le gouren en offre sans doute l’exemple le plus ancien. Cette lutte traditionnelle bretonne a traversé les siècles. Pourtant, elle ne se contente pas de survivre. Il se transmet aux enfants, accueille les femmes et participe à des compétitions internationales de luttes celtiques.
Le cyclisme en Bretagne raconte une autre histoire. Celle d’une passion populaire qui remplit les bords de route de Gwenn ha Du. Jean Robic, Louison Bobet ou Bernard Hinault ont profondément marqué son histoire.
Le football breton occupe évidemment une place comparable, avec ses clubs professionnels, ses derbys et ses supporters. Les finales Rennes-Guingamp de 2009 et 2014 avaient ainsi transformé le Stade de France en immense tribune bretonne.
Enfin, le rugby prend désormais une place nouvelle. À Gwened / Vannes, la Rabine est devenue l’un des lieux où s’exprime cette identité sportive bretonne.

Le festival permettra même de découvrir concrètement le gouren. Des initiations sont programmées samedi et dimanche à 14 h, au Centre des Congrès. Accessibles dès cinq ans, elles se dérouleront par petits groupes, avec des séances de 25 minutes.

Georges Cadiou, un président d’honneur tout trouvé

Pour incarner ce thème, le festival a choisi Georges Cadiou comme président d’honneur.
Né à Brest en 1951, le journaliste connaît particulièrement bien le sport breton. Il a notamment travaillé près de trente ans pour Radio France.
Au cours de sa carrière, Georges Cadiou a commenté plus de 1 200 rencontres de football. Il a également suivi quinze Tours de France, plusieurs Paris-Roubaix, des championnats du monde de cyclisme ainsi que de grandes courses de voile.
Le gouren ne lui est pas étranger non plus puisqu’il a couvert ses compétitions européennes.

Cependant, son parcours dépasse largement le sport. Journaliste, auteur et documentariste, Georges Cadiou a également travaillé sur l’histoire de la Bretagne. Il a publié une trentaine d’ouvrages, seul ou en collaboration.
Dimanche 25 octobre, à 10:30, il donnera une conférence consacrée à l’histoire du sport en Bretagne, au Klub de l’Espace Glenmor.

Près de 300 auteurs et une centaine d’éditeurs à Karaez

Le FLB Festival du Livre en Bretagne de Karaez ne ressemble pas à un simple salon littéraire.
Chaque année, il rassemble une grande partie de l’édition produite en Bretagne. Romans, essais, Histoire, poésie, bandes dessinées, livres jeunesse ou ouvrages en langue bretonne se côtoient pendant deux jours.
Cette diversité permet également de mesurer la richesse, mais aussi la fragilité, d’un secteur éditorial breton composé de nombreuses structures indépendantes.

Yoran Embanner, une maison singulière dans l’édition bretonne

Parmi elles, Yoran Embanner occupe une place particulière dans le paysage éditorial breton.
Fondée par Yoran Delacour, la maison publie depuis plus de vingt ans des ouvrages consacrés notamment à l’Histoire de Bretagne, aux mondes celtiques, aux peuples sans État et aux langues moins diffusées.
Ses dictionnaires côtoient essais, récits historiques et ouvrages consacrés aux cultures européennes.
Une ligne éditoriale assumée qui permet de faire exister des sujets rarement présents dans les catalogues des grands éditeurs généralistes.

Alouarn Éditions, une nouvelle venue

C’est la toute nouvelle maison d’édition bretonne : Alouarn Éditions.
L’édition bretonne doit se réinventer. Les évolutions récentes démontrent qu’on ne peut plus éditer, en Bretagne comme ailleurs, exactement de la même façon. Il faut aussi penser autrement les modes de production, de diffusion et de rencontre avec les lecteurs.
L’arrivée d’une nouvelle maison constitue donc une occasion de découvrir d’autres démarches éditoriales.

Nous vous présenterons très bientôt Alouarn Éditions dans un article spécifique de NHU Bretagne.

affiche officielle du 36e Festival du Livre de Carhaix / Karaez par Genkis
Affiche officielle du 37e Festival du Livre en Bretagne de Karaez, réalisée par l’illustrateur Genkis.

L’édition bretonne face à son avenir

Derrière les livres présentés sur les stands se cache pourtant une question beaucoup plus préoccupante.

Comment va l’édition en Bretagne ?

Le sujet est devenu incontournable après la disparition de Coop Breizh. Pendant des décennies, l’entreprise a joué un rôle majeur dans la production, la diffusion et la distribution de livres et de produits culturels bretons.
Sa disparition a donc laissé un vide. Désormais, les éditeurs doivent repenser leurs circuits de diffusion, rechercher des solutions et, lorsque cela s’avère nécessaire, mutualiser certains moyens.
Derrière une question apparemment technique se joue quelque chose de beaucoup plus important. Écrire un livre ne suffit pas. Encore faut-il l’imprimer, le distribuer, le placer en librairie et lui permettre de rencontrer ses lecteurs.

Le livre, un « soft power » breton

Le livre peut constituer un véritable « soft power » pour la Bretagne.
L’idée mérite réflexion.
Un pays existe aussi par ce qu’il écrit sur lui-même. Par ses historiens, ses romanciers, ses chercheurs, ses poètes et ses éditeurs. Sans eux, d’autres racontent son histoire à sa place. C’est pourquoi les réflexions sur l’avenir de l’édition dépassent largement les seules questions commerciales. Elles touchent directement à la capacité de la Bretagne à produire et conserver son propre patrimoine intellectuel.
À ce titre, le Festival du Livre de Karaez conserve une fonction essentielle : offrir aux éditeurs un lieu commun où présenter leurs nouveautés et rencontrer directement le public.

Quelle place pour le breton et le gallo dans le livre et la lecture ?

C’est l’une des rencontres importantes de cette édition 2026.
Samedi 24 octobre, à 15:00, une table ronde posera cette question : « Quelle place pour le breton et le gallo dans le livre et la lecture en Bretagne ? »
Organisée autour des travaux de Livre et lecture en Bretagne, elle permettra notamment de présenter les premiers résultats d’une étude en cours. L’objectif est également de partager les expériences de celles et ceux qui font vivre les livres dans les langues de Bretagne. Car publier des ouvrages en breton ou en gallo ne suffit pas. Encore faut-il qu’ils soient accessibles, visibles et lus.

Éditer dans les langues de Bretagne et trouver ses lecteurs

Des auteurs continuent d’écrire en breton. Des éditeurs continuent de les publier. Le gallo possède également ses auteurs, ses initiatives et ses publications.
Mais une littérature ne peut vivre sans lecteurs.
Comment former ces lecteurs ?
Comment rendre les ouvrages visibles ?
Quelle place leur donner dans les bibliothèques, les librairies et les établissements scolaires ?
Et comment donner envie aux nouvelles générations de lire et d’écrire dans les langues de Bretagne ?

Autant de questions qui dépassent largement les seules maisons d’édition. Le développement de la lecture en breton et en gallo concerne aussi les familles, les enseignants, les bibliothécaires et les politiques culturelles.

La littérature en langue bretonne au cœur des débats

Le samedi matin, une autre rencontre abordera un sujet rarement traité dans les grands rendez-vous littéraires.

À 10:00, au Klub de l’Espace Glenmor, une table ronde sera consacrée à l’homosexualité dans la littérature en langue bretonne.
Elle sera animée par Frañsez Favereau et Erwan Hupel, professeurs à l’Université Rennes 2.
Les auteurs Georges Abhervé-Gueguen, Jil Pennek, Yann-Fulup Dupuis et Goulc’han Kervella participeront aux échanges.
La rencontre se déroulera en breton.

Au-delà du thème abordé, cette initiative rappelle que la littérature bretonnante ne se limite pas à la mémoire, au patrimoine ou aux traditions. Elle peut également explorer les questions sociales, les expériences individuelles et les évolutions de la société contemporaine.

Une littérature vivante, ouverte sur son époque

Une langue littéraire doit pouvoir raconter toutes les expériences humaines.
Elle doit pouvoir accueillir le roman, la poésie, l’essai, l’humour, les récits intimes et les sujets de société. C’est précisément cette diversité qui permet à une littérature de se renouveler.
Ainsi, le Festival du Livre en Bretagne ne se contente pas de présenter des ouvrages. Il contribue aussi à rendre visibles les auteurs et les débats qui traversent la création contemporaine en langue bretonne.

Les prix littéraires, autre rendez-vous du Festival du Livre

Le Festival de Karaez constitue également un moment important pour la reconnaissance des auteurs et de leurs ouvrages.
Plusieurs prix seront remis au cours du week-end.

Samedi : les prix de la ville de Carhaix

Le samedi 24 octobre, à 14:15, le Centre des Congrès accueillera la remise des prix de la ville de Carhaix.
Deux distinctions figurent au programme : le Prix du roman et le Prix de la nouvelle en breton, ou Priz danevelloù ti-kêr Karaez.
Ces récompenses participent à la visibilité de la création littéraire, notamment en langue bretonne.

Dimanche : les prix Xavier de Langlais et du livre d’histoire de Bretagne

Le dimanche 25 octobre, deux autres distinctions seront remises au Centre des Congrès.

À 12:00, ce sera le Prix Xavier de Langlais.
Puis, à 12:15, le Prix du livre d’Histoire de Bretagne.

Ces prix rappellent la diversité de l’édition bretonne. Littérature, recherche historique et création en langue bretonne disposent ainsi de rendez-vous spécifiques.

Gouren, cinéma et spectacles : un festival ouvert à tous

Le Festival du Livre ne se limite pas aux stands des éditeurs et aux tables rondes.
En 2026, plusieurs animations permettront également de découvrir le sport, le cinéma et la création destinée aux plus jeunes.

Le gouren à découvrir et à pratiquer

Le samedi et le dimanche, des séances d’initiation au gouren seront proposées à partir de 14:00. Les organisateurs annoncent des groupes réduits et des séances de 25 minutes. Les rochedoù, les chemises traditionnelles des lutteurs, seront fournies. Une occasion de découvrir concrètement cette discipline bretonne, dès l’âge de cinq ans.

« Championnes ! » et « Le dernier défi » au cinéma

Le samedi 24 octobre, à 17:15, le cinéma Le Grand Bleu projettera Championnes !, un documentaire de Morgane Lincy-Fercot.
La séance sera suivie d’une rencontre avec la réalisatrice.
Le dimanche, à 16:15, place au documentaire Le dernier défi, réalisé par Philippe Guilloux.
Le film suit le lutteur breton Mathieu Le Dour dans sa volonté de conquérir un nouveau titre européen de lutte celtique. Cette seconde projection se déroulera en présence du réalisateur, avec une entrée à prix libre.

Des rendez-vous pour les enfants et les familles

Le jeune public n’a pas été oublié.

Samedi, à 17:00, le spectacle Bulle Émoi proposera une rêverie musicale destinée aux tout-petits et aux familles.
Dimanche matin, à 10:15, une séance de ciné-lecture autour de Chien bleu et autres belles histoires de l’école des loisirs accueillera les enfants dès trois ans.
Enfin, dimanche à 16:00, le spectacle Sinet Marielle proposera une création théâtrale en langue bretonne. Une factrice à vélo y mène une enquête autour d’une lettre perdue.

Autant d’occasions de faire découvrir les livres, les histoires et les langues de Bretagne aux plus jeunes.

Anjela Duval
Anjela Duval, l’immense poétesse bretonne – Met ‘drokfen ket evit teñzorioù : va Bro, va Yezh ha va Frankiz

Un festival né d’un combat pour la langue bretonne

L’histoire même du Festival du Livre en Bretagne de Carhaix / Karaez mérite d’être racontée. Et elle commence de manière assez inattendue.

Le festival a été créé en 1990.

À cette époque, les services de l’Équipement souhaitaient rencontrer des responsables de Stourm ar Brezhoneg. Les militants réclamaient une signalétique routière bilingue et menaient des actions sur les panneaux.
Un repas fut organisé par Charlie Grall afin de permettre la rencontre.
Autour de la table se trouvaient militants, fonctionnaires et élus. Pendant que certains discutaient signalétique bilingue, d’autres parlaient… livres.
Jean-Yves Cozan, Martial Ménard, Daniel Cotten et Charlie Grall évoquèrent alors la disparition du salon du livre de Saint Brieuc. / Sant Brieg.

Une idée surgit : pourquoi ne pas relancer un rendez-vous consacré au livre en Bretagne, mais cette fois à Carhaix / Karaez ?
Le Festival du Livre en Bretagne était né. Plus de trois décennies plus tard, près de 300 auteurs et une centaine d’éditeurs s’y retrouvent chaque année.
Cette histoire donne d’ailleurs une saveur particulière à l’édition 2026. Charlie Grall est décédé en février 2026. Cofondateur du festival et président du Centre culturel breton Egin, il aura profondément marqué cette aventure.
Le rendez-vous de Karaez poursuit aujourd’hui l’histoire qu’il avait contribué à faire naître.

Festival du Livre en Bretagne 2026 : les informations pratiques

Le 37e Festival du Livre en Bretagne se déroulera les samedi 24 et dimanche 25 octobre 2026 à Carhaix / Karaez.
Lieu : Espace Glenmor et Centre des Congrès, rue Jean Monnet, Kerampuilh, 29270 Carhaix.
Horaires annoncés : de 10:00 à 19:00, samedi et dimanche.
Entrée libre et gratuite au festival. Certaines projections de cinéma sont payantes.

Au programme : rencontres, conférences, tables rondes, dédicaces, initiations au gouren, cinéma, prix littéraires et spectacles jeunesse.
Pour retrouver les horaires et les éventuelles mises à jour, consultez le programme officiel du Festival du Livre en Bretagne.

Au-delà du programme, le rendez-vous rappelle surtout une évidence : Un livre n’est jamais seulement un livre.
Pour une culture et des langues minorisées, écrire, publier, distribuer et lire participent aussi à la capacité d’un peuple à raconter lui-même son histoire. Pendant deux jours, à Karaez, une grande partie de cette chaîne se retrouvera au même endroit.
Et c’est peut-être là que réside la véritable puissance du Festival du Livre en Bretagne.
Et c’est peut-être là que réside la véritable puissance de ce Festival du Livre en Bretagne.

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1 commentaire

Anne Merrien 12 octobre 2026 - 11h38

Pas de sportives sur l’image.

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