De la mer au meritoire ou faut-il aménager nos océans ?

De la mer au meritoire ou faut-il aménager nos océans ?

De la mer au meritoire

Meritoire …
Faut-il aménager les océans ?
C’est la question que pose  Jean OLLIVRO en couverture de son dernier livre : « De la mer au meritoire ».
L’auteur est professeur de géographie à l’université Rennes 2.  Il est également président du think-tank « Bretagne Prospective », consacré au développement local et régional. Dans ce nouvel ouvrage, il milite pour un « projet alternatif » d’aménagement du domaine maritime. Les particularités de ce « meritoire » invitent à une approche différente de celles menées sur le territoire.

Un domaine maritime négligé.

La grande force de l’ouvrage est de faire sortir le lecteur d’un mode de réflexion purement terrien. Il offre une vision encyclopédique des « mille facettes de la mer ». A travers ce bilan impressionnant il tente d’évaluer le « rapport actuel entre nos sociétés et l’océan ». Le résultat n’est clairement pas bon. Car nos mentalités historiquement terriennes, oscillant entre prédation et préservation, sont inadaptées. L’auteur suggère que l’homme soit « un animateur, un acteur, l’auteur d’un autre récit maritime ».

Cette remise en question prend une acuité particulière pour la France.

Deuxième territoire maritime du monde, le pays ne se pense en réalité que métropole, voire sa réduction à la capitale. Comment comprendre que la mer y soit « le cadet des soucis » ? Pour l’auteur, c’est peut-être à elle qu’il revient «d’activer quelque chose, une nouvelle aventure ». Cela conduirait aussi à changer le regard sur l’ensemble des régions dites « périphériques ».
Peut-être faut-il être breton pour pouvoir en prendre conscience.

meritoire

De la mer au meritoire, de Jean OLLIVRO

Meritoire : un océan de rêve et d’espoir.

Concrètement, la mer fait rêver. Le ton de l’ouvrage est souvent passionné et volontiers lyrique. Il exprime parfois un certain idéalisme. D’après Jean OLLIVRO,  « la privatisation de la mer est en réalité impossible ». Dans les hypothèses de vie sur l’océan, il utilise le terme « phalansmer ». C’est une référence au « phalanstère », idéal de communauté de vie dont les tentatives en milieu terrestre n’ont pas perduré. Il conclut que le « modèle élargi de développement durable » est « une belle utopie qui ne marche pas » ? Pour lui des hommes et des femmes peuvent « court-circuiter les modèles en place » et créer « l’autre démocratie » en fertilisant « l’océan, la terre, la mer ».

L’extraction de sables coquilliers en baie de Lannion.

Les cas actuels de mise en valeur du potentiel maritime prennent des formes de « bonne » appropriation. C’est le cas, par exemples, de l’aquaculture, de la désalinisation, du tourisme. C’est également le cas du projet futuriste d’ile factice Lilypad, présenté en couverture devant Monaco. L’extraction de sables coquilliers, comme en baie de Lannion, est considérée comme « indispensable pour amender les terres si l’on souhaite une agriculture biologique ». Ce sont autant de compromis jugés acceptables entre « exploitation pure » et « préservation » totale ». Ils s’inscrivent dans une  démarche de développement durable intégrant le « meritoire ».
Jusqu’à présent, le bilan est globalement défavorable, notamment sur le plan environnemental. L’auteur ne cherche en rien à « minimiser les impasses actuelles ». Mais il préfère rappeler « l’immensité océane, sa santé d’ensemble et son potentiel ».

ver marin

Un pays qui touche à la mer n’est jamais un petit pays

Trop de clichés …

Il combat les leitmotivs actuels proclamant que « l’océan agonise ». Pour  lui « ces clichés enferment les populations dans des prisons sans espoir plutôt que de mettre en œuvre des dispositifs pour agir ». De même : « on nous dit que la situation environnementale est grave, que l’espèce humaine peut à tort ou à raison disparaître et tout est paradoxalement fait pour ne lui proposer strictement aucun projet ».
Ce livre se veut porteur d’un espoir basé sur les défis spécifique de l’aménagement des océans et des côtes. Il invite le lecteur à une profonde réflexion. Les océans non privatisables forceront-ils l’humanité à changer de logiciel de développement ? Ou mourront-ils d’être exploités à tort et à travers et utilisés comme dépotoirs commodes car n’appartenant à personne ?

Une pensée globale entre terre et mer est un espoir pour la planète.

La question qui se pose est celle d’une valorisation adéquate de ce milieu. Ses spécificités impliquent une démarche novatrice. Pour l’auteur, la mer « n’est pas une zone à défendre mais un concept à promouvoir ».  « De la mer au meritoire » amène à la conclusion que la condition du bon aménagement des océans est la remise en question de nos façons de penser. Une pensée globale terre/mer est un espoir pour la planète.

 

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Rémi de KERSAUSON
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Rémi de KERSAUSON. Je suis retraité de la Marine. Mes centres d’intérêts : tout ce qui touche à la Bretagne et en particulier l'écologie, l'économie et la défense.

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