11 batailles qui ont fait la Bretagne

Les 11 batailles qui ont fait la Bretagne

de NHU Bretagne

Les 11 batailles qui ont fait la Bretagne : deux mille ans d’Histoire pour façonner un pays

Si l’on devait raconter l’Histoire de Bretagne en seulement quelques dates, certaines batailles seraient impossibles à ignorer.

Certaines ont permis la naissance d’un royaume.
D’autres ont sauvé un duché.
Quelques-unes ont accéléré la fin d’une époque. D’autres encore ont inscrit des noms bretons dans la mémoire européenne. Derrière chacune d’elles se cachent des choix politiques, des ambitions, des espoirs et parfois des tragédies qui continuent d’influencer notre regard sur le passé.

Bien sûr, l’Histoire de Bretagne ne se résume pas à des combats. Les échanges commerciaux, les migrations, la culture, la religion ou encore les évolutions économiques ont également façonné le pays. Pourtant, certains affrontements ont constitué de véritables tournants. En quelques heures ou en quelques jours, ils ont parfois changé le destin de générations entières.

C’est précisément l’exercice auquel se sont livrés plusieurs historiens réunis autour de Dominique Le Page dans l’ouvrage 11 batailles qui ont fait la Bretagne. Leur sélection peut être discutée. D’autres affrontements auraient sans doute mérité leur place. Néanmoins, ces onze batailles offrent une remarquable traversée de plus de deux mille ans d’histoire.

Des Vénètes face à Jules César aux résistants du Maquis de Saint Marcel, elles racontent une même histoire : celle d’un pays situé au début de l’Europe, tourné vers la mer, souvent convoité, parfois divisé, mais toujours profondément attaché à sa singularité.

Les Vénètes face à Jules César : lorsque l’Armorique défia Rome

Bien avant les ducs, les châteaux forts ou même l’arrivée des Bretons venus de Bretagne insulaire, l’Armorique possède déjà ses propres peuples, ses propres chefs et ses propres réseaux commerciaux. Parmi eux, les Vénètes occupent une place particulière.

Installés sur les côtes du sud de l’actuelle Bretagne, ils contrôlent une partie importante du commerce maritime de l’Atlantique. Leurs navires sillonnent régulièrement les routes reliant l’Armorique aux îles dites britanniques. Leur richesse repose sur la mer. Leur puissance aussi.

Lorsque Jules César entreprend la conquête de la Gaule, les Vénètes comprennent rapidement le danger. Rome ne cherche pas simplement à nouer des alliances. Elle entend imposer son autorité sur l’ensemble des peuples armoricains. Les Vénètes refusent alors de se soumettre.

Pour César, cette résistance est inacceptable. La puissance maritime des Vénètes menace ses communications avec le reste de l’empire. Il décide donc de frapper fort.

La confrontation qui suit est exceptionnelle. Contrairement à de nombreuses batailles de l’époque, elle se déroule principalement en mer. D’un côté se trouvent les navires romains. De l’autre, une flotte armoricaine parfaitement adaptée aux conditions de l’Atlantique.

Pendant longtemps, l’issue demeure incertaine. Cependant, les Romains finissent par trouver la faille. En neutralisant les voiles des navires vénètes, ils privent leurs adversaires de leur principal avantage.
La défaite est terrible. Une partie des élites vénètes disparaît. L’Armorique entre progressivement dans le monde romain. Un nouveau chapitre de son histoire commence.

Pourtant, plus de deux mille ans après les événements, les Vénètes restent souvent associés à l’idée de résistance.
Ils incarnent la première grande opposition connue menée sur le sol breton contre une puissance étrangère. Ce n’est pas un hasard si leur souvenir occupe encore une place importante dans l’imaginaire collectif.

Ballon : quand la Bretagne cesse d’être une périphérie

Neuf siècles séparent la guerre des Vénètes de la bataille suivante. Entre-temps, l’Empire romain s’est effondré. De nouvelles populations venues de l’île de Bretagne se sont installées sur les rives occidentales de la Mor Breizh (Channel des anglais). Peu à peu, une nouvelle société est apparue.

Au milieu du IXe siècle, la Bretagne demeure cependant fragile. Face à elle se dresse l’Empire carolingien, héritier de Charlemagne et l’une des plus grandes puissances d’Europe occidentale.

À première vue, le rapport de force paraît déséquilibré.
Pourtant, un homme va bouleverser cette situation. Son nom est Nominoë, Tad ar Vro (« le Père de la Nation » en langue française)

Chef breton habile et ambitieux, il profite des difficultés que traverse l’Empire carolingien pour renforcer son autorité. Rapidement, les tensions montent avec Charles le Chauve. Le souverain franc entend rappeler qui commande réellement à l’ouest de son royaume.

En 845, son armée pénètre en Bretagne.
L’objectif est clair : rétablir son autorité et rappeler aux Bretons leur place.
Rien ne se passe comme prévu.

Près de Ballon, dans une zone difficile où les marais compliquent les mouvements militaires, les hommes de Nominoë prennent l’avantage. Les Francs peinent à manœuvrer. Les Bretons connaissent parfaitement le terrain. Peu à peu, l’armée de Charles le Chauve se retrouve en difficulté.

Lorsque la bataille s’achève, la surprise est immense.

Bien sûr, Ballon n’accorde pas immédiatement l’indépendance à la Bretagne.
Cependant, cette victoire modifie profondément la perception du rapport de force. Pour la première fois, un pouvoir breton démontre qu’il peut tenir tête à l’une des principales puissances européennes de son temps.

C’est pourquoi Ballon dépasse largement le simple cadre militaire. Dans la mémoire collective bretonne, cette bataille apparaît souvent comme le moment où la Bretagne cesse d’être un peuple soumis pour devenir un acteur politique européen à part entière.

Les 11 batailles qui ont fait la Bretagne

Date Bataille Pourquoi elle compte
56 av. J.-C. Guerre des Vénètes Fin de l’indépendance armoricaine
845 Ballon Affirmation du pouvoir breton
851 Jengland / Yenglenn Reconnaissance du royaume breton
1364 Auray / An Alre Victoire décisive des Montfort
1488 Saint-Aubin-du-Cormier / Sant Albin an Hiliber Fin d’une époque pour le duché
1558 Le Conquet / Konk Leon La Bretagne au cœur des rivalités maritimes
1592 Kraon Guerre de Religion et enjeux européens
1694 Camaret / Kameled Protection de Brest et de l’Atlantique
1795 Quiberon / Kiberen Les divisions de la Révolution
1914 Dixmude Le sacrifice des fusiliers marins bretons
1944 Saint-Marcel / Sant Marc’hell La Bretagne dans la Résistance

Jengland / Yenglenn : la naissance d’une puissance bretonne

Si Ballon marque l’affirmation de la Bretagne, Jengland / Yenglenn représente sa consécration.
Quelques années après la victoire de Nominoë, le conflit reprend.
Cette fois, le chef breton n’est plus là pour mener ses troupes. À sa mort, son fils Erispoë a repris le flambeau.

Face à lui, Charles le Chauve refuse toujours de voir émerger un pouvoir breton trop puissant. Une nouvelle confrontation devient inévitable.
En 851, les deux armées se rencontrent près de Jengland / Yenglenn.

Les Bretons remportent une nouvelle écrasante victoire.

Cette fois, les conséquences dépassent largement le champ de bataille. Charles le Chauve comprend qu’une solution militaire durable paraît désormais hors de portée. Il choisit donc la négociation.
Pour la Bretagne, le résultat est considérable. L’autorité d’Erispoë est reconnue. Plusieurs régions supplémentaires rejoignent l’espace politique breton. Nantes / Naoned et son pays figurent notamment parmi les zones concernées.

La Bretagne atteint alors son extension maximale.

Salomon
La Bretagne au temps de ses Rois Nominoë, Erispoë et Salomon

Pendant quelques décennies, elle apparaît comme une puissance européenne respectée. Son influence dépasse largement les limites de la péninsule. Son souverain traite d’égal à égal avec les grands dirigeants de son époque.

Cette période ne dure pas éternellement. Les invasions vikings puis les recompositions politiques du Moyen Âge viendront bouleverser cet équilibre. Pourtant, dans l’imaginaire breton, Jengland / Yenglenn conserve une place unique.

Si Ballon a permis à la Bretagne de se faire entendre, Jengland / Yenglenn lui a permis d’exister pleinement.

Auray / An Alre : le jour où le destin du duché a basculé

Trois siècles plus tard, la Bretagne n’est plus un royaume. Elle est devenue un duché prospère, reconnu dans toute l’Europe occidentale. Ses ports commercent avec de nombreux pays. Sa noblesse entretient des relations complexes avec les grandes puissances voisines. Comme toute nation indépendante.

Pourtant, au milieu du XIVe siècle, tout cela menace de s’effondrer.
À la mort du duc Jean III, aucun héritier évident ne s’impose. Deux prétendants revendiquent alors le pouvoir. D’un côté, Jean de Montfort. De l’autre, Charles de Blois, soutenu par le roi de France.

Très vite, la question dépasse la seule Bretagne.
Les Anglais soutiennent les Montfort. Les Français appuient les Blois. La guerre de Succession de Bretagne devient ainsi l’un des nombreux théâtres de la guerre de Cent Ans.
Pendant plus de vingt ans, le pays souffre. Des villes changent plusieurs fois de camp. Les campagnes subissent les conséquences du conflit. Des familles entières se retrouvent divisées.

Puis arrive le 29 septembre 1364.
Près d’Auray / An Alre, les deux armées se font face pour un affrontement décisif. Cette fois, aucun compromis ne semble possible.
Lorsque les combats prennent fin, Charles de Blois est mort. Le camp montfortiste l’emporte.

À première vue, il ne s’agit que d’une victoire militaire parmi d’autres. Pourtant, ses conséquences sont immenses. Jean IV devient duc de Bretagne. Une nouvelle dynastie s’installe durablement à la tête du pays.
Plus encore, An Alre permet au duché de conserver sa totale indépendance pendant plus d’un siècle.
Sans cette victoire, l’histoire politique de la Bretagne aurait probablement suivi un tout autre chemin.

C’est pourquoi de nombreux historiens considèrent Auray / An Alre comme l’une des batailles les plus décisives de toute l’Histoire de Bretagne.

Mais l’équilibre obtenu en 1364 ne va pas durer éternellement. Un siècle plus tard, une autre bataille va devenir, pour beaucoup de Bretons, le symbole même d’un basculement historique : Saint Aubin du Cormier.

Saint Aubin du Cormier / Sant Albin an Hiliber : la bataille qui hante encore la mémoire bretonne

Peu de noms de batailles provoquent autant de réactions en Bretagne que celui de Saint Aubin du Cormier / Sant Albin an Hiliber.

Plus de cinq siècles après les combats, son souvenir continue d’alimenter débats, commémorations et interprétations parfois contradictoires. Pour beaucoup de Bretons, cette bataille représente un tournant majeur de l’histoire nationale. Son nom est devenu bien plus qu’une simple référence militaire. Il évoque à lui seul la fin d’une époque.

À la fin du XVe siècle, le duché de Bretagne constitue encore un État totalement indépendant. Certes, les liens avec le royaume de France sont nombreux. Comme c’est le cas avec d’autres voisins. Les institutions bretonnes fonctionnent toujours. Le duc gouverne son pays. Les États de Bretagne existent. Les relations diplomatiques se poursuivent avec plusieurs puissances européennes.

Face à cette situation, les rois de France souhaitent renforcer leur contrôle sur l’ensemble du royaume. La Bretagne représente alors l’un des derniers grands espaces échappant encore largement à leur autorité directe.

Le 28 juillet 1488, les deux armées se rencontrent près de Saint Aubin du Cormier / Sant Albin an Hiliber.

Les combats sont particulièrement meurtriers. L’armée bretonne subit une lourde défaite. Plusieurs milliers d’hommes trouvent la mort. Le duché perd une partie importante de sa capacité à résister militairement aux ambitions françaises.

Pour autant, l’histoire ne s’arrête pas ce jour-là.
Contrairement à une idée parfois répandue, la Bretagne ne disparaît pas immédiatement après la bataille. Anne de Bretagne devient duchesse quelques mois plus tard. Les institutions bretonnes continuent d’exister pendant plusieurs décennies.

Néanmoins, quelque chose a changé. À partir de Saint Aubin du Cormier/ Sant Albin an Hiliber, le rapport de force devient largement favorable à la monarchie française. Le processus qui conduira à la disparition progressive de la souveraineté bretonne par invasion et annexion paraît désormais difficile à inverser.

C’est sans doute pour cette raison que cette bataille demeure aussi présente dans la mémoire collective. Elle apparaît souvent comme le symbole d’un basculement historique dont les conséquences se font encore sentir aujourd’hui.

Le Conquet / Konk Leon : quand la guerre frappe les côtes bretonnes

Après les grandes batailles médiévales, la Bretagne entre dans une nouvelle période de son histoire. Le duché est annexé au royaume de France. Pourtant, sa position géographique continue d’attirer les convoitises.

Située à l’entrée du Channel et ouverte sur l’Atlantique, à l’entrée de ce qui est aujourd’hui le plus important couloir maritime du monde, la péninsule reste un enjeu stratégique majeur pour les puissances européennes. Ses ports permettent de contrôler des routes maritimes essentielles. Ses côtes offrent également des points d’appui précieux pour toute opération militaire.

En 1558, cette réalité se rappelle brutalement aux habitants du Léon.

Une expédition anglaise attaque Le Conquet / Konk Leon. Le port est pillé puis incendié. À l’échelle européenne, l’événement peut sembler modeste. Pourtant, il illustre parfaitement la vulnérabilité du littoral breton.
Les siècles précédents avaient déjà montré l’importance stratégique de la Bretagne. Cependant, avec le développement des grandes marines européennes, cette importance devient encore plus évidente.

Le Conquet / Konk Leon rappelle ainsi une constante de l’histoire bretonne : la mer constitue à la fois une richesse et une menace.

Kraon : lorsque la Bretagne devient un enjeu européen

À la fin du XVIe siècle, la France traverse l’une des périodes les plus violentes de son histoire. Les guerres de Religion opposent catholiques et protestants. Le royaume se fragmente. Les rivalités locales se mêlent aux ambitions des puissances étrangères.

La Bretagne maintenant annexée n’échappe donc pas à cette instabilité.

La bataille de Kraon, en 1592, illustre parfaitement cette situation complexe. Sur le terrain s’affrontent des forces françaises. Pourtant, derrière elles apparaissent également des intérêts espagnols et anglais.
Le conflit dépasse largement les frontières bretonnes. Comme souvent dans son histoire, la péninsule se retrouve au croisement de stratégies qui la dépassent.

Kraon montre également combien la Bretagne occupe une place importante dans les équilibres géopolitiques de l’époque. Contrôler ses ports, ses routes et ses forteresses représente un avantage considérable.

Cette bataille est parfois moins connue que d’autres. Pourtant, elle rappelle que la Bretagne ne se trouve jamais complètement à l’écart des grands bouleversements européens.

Camaret / Kameled : la Bretagne face aux plus grandes flottes du monde

S’il fallait retenir une seule bataille pour illustrer l’importance stratégique de la Bretagne sous l’Ancien Régime, Camaret / Kameled figurerait sans doute parmi les premières candidates.

À la fin du XVIIe siècle, la France de Louis XIV (sans doute le pire roi français pour la Bretagne) domine une grande partie de l’Europe. Cette puissance inquiète ses adversaires. L’Angleterre et les Provinces Unies cherchent alors un moyen de porter un coup décisif au royaume.
Leur objectif est ambitieux : neutraliser Brest.

À cette époque, Brest constitue déjà l’un des principaux arsenaux militaires européens. Détruire ses installations représenterait un succès majeur.
En juin 1694, une importante flotte anglo-hollandaise se présente devant les côtes bretonnes. Les assaillants espèrent débarquer dans le secteur de Camaret / Kameled avant de progresser vers Brest.

Le plan paraît solide. Pourtant, les défenseurs disposent d’un atout de taille : les fortifications conçues par Vauban.
Lorsque le débarquement commence, les tirs français se révèlent dévastateurs. Très rapidement, l’opération tourne au désastre pour les attaquants. Les pertes s’accumulent. Les survivants rembarquent précipitamment.
La victoire est éclatante.

Camaret / Kameled confirme alors ce que beaucoup d’observateurs soupçonnaient déjà : Brest est devenue l’une des places fortes les mieux protégées d’Europe. Plus largement, cette bataille démontre que la maîtrise des côtes bretonnes reste un enjeu majeur pour les grandes puissances maritimes.

Quiberon / Kiberen : quand les Bretons se retrouvent dans des camps opposés

Les batailles précédentes opposaient généralement la Bretagne à une puissance extérieure. Avec Quiberon / Kiberen, le tableau devient beaucoup plus complexe.

La Révolution française bouleverse profondément la société bretonne.
Certaines populations soutiennent les transformations engagées à Paris. D’autres s’y opposent avec vigueur. Les tensions s’aggravent rapidement. Dans plusieurs secteurs, elles débouchent sur une véritable guerre civile.

En juillet 1795, plusieurs milliers d’émigrés royalistes débarquent dans la presqu’île de Quiberon / Kiberen avec l’appui anglais. Leur objectif est de relancer la contre-révolution et d’encourager une insurrection générale.
L’opération suscite beaucoup d’espoirs chez ses partisans. Pourtant, les événements prennent rapidement une autre direction.

Les forces républicaines réagissent efficacement. Peu à peu, elles reprennent l’avantage. Le débarquement échoue. Les conséquences sont dramatiques pour de nombreux prisonniers, dont une partie est exécutée après les combats.

Aujourd’hui encore, Quiberon / Kiberen reste un sujet sensible. Selon les sensibilités politiques ou familiales, les interprétations peuvent varier. Certains y voient une tragédie bretonne. D’autres l’inscrivent davantage dans le contexte de la Révolution française.

Quoi qu’il en soit, cette bataille rappelle une réalité souvent oubliée : l’Histoire de la Bretagne ne se résume pas à l’opposition entre la Bretagne et ses voisins, l’un en particulier. À plusieurs reprises, les Bretons eux-mêmes se sont retrouvés dans des camps opposés. Kiberen constitue sans doute l’un des exemples les plus marquants de cette complexité.

Dixmude : lorsque les Bretons entrent dans la légende de la Grande Guerre

Les neuf premières batailles de cette sélection se déroulent en Bretagne ou concernent directement son destin politique.
Avec Dixmude, le décor change complètement. Nous sommes en Belgique, à un millier de kilomètres de notre pays.
Pourtant, cette bataille a profondément marqué la mémoire bretonne.

Lorsque la Première Guerre mondiale éclate en août 1914, des dizaines de milliers de Bretons rejoignent les armées françaises. Comme partout en Europe, beaucoup pensent alors que le conflit sera court. La réalité va se révéler tout autre.

À l’automne 1914, les fusiliers marins de l’amiral Ronarc’h reçoivent l’ordre de participer à la défense de Dixmude.
Cette petite ville belge occupe une position stratégique sur les rives de l’Yser. Si elle tombe, les Allemands pourraient poursuivre leur progression vers les ports de la Manche.

Pendant plusieurs semaines, les combats atteignent une intensité exceptionnelle. Les bombardements détruisent une grande partie de la ville. Les pertes sont lourdes. Pourtant, les défenseurs continuent de tenir leurs positions malgré des conditions extrêmement difficiles.

Rapidement, la résistance des fusiliers marins devient un symbole national. Parmi ces combattants figurent de nombreux Bretons. Leurs noms apparaissent dans les journaux. Leurs actions alimentent les récits de guerre. Leur sacrifice entre progressivement dans la mémoire collective.

Pour la Bretagne, Dixmude représente davantage qu’une bataille de la Première Guerre mondiale.
Elle symbolise la participation massive des Bretons à un conflit qui va profondément marquer le XXe siècle. Dans de nombreuses communes, les monuments aux morts témoignent encore aujourd’hui de cette génération durement frappée par la guerre.

Saint Marcel / Sant Marc’hell : la Bretagne prend part à sa propre libération

Si Dixmude évoque le sacrifice, Saint Marcel incarne la résistance.

Nous sommes en juin 1944. Quelques jours après le Débarquement allié en Normandie, la Bretagne entre dans une phase décisive de la Seconde Guerre mondiale. Les réseaux de résistance multiplient les opérations afin de ralentir les mouvements allemands et de soutenir l’avance des Alliés.

Dans le Morbihan, plusieurs milliers de résistants se regroupent autour du maquis de Saint Marcel / Sant Marc’hell.
Des parachutistes venus de Grande-Bretagne les rejoignent. Ensemble, ils espèrent désorganiser l’occupant et contribuer à la libération du pays.
Les Allemands réagissent rapidement. Conscients du danger, ils mobilisent des forces importantes afin d’éliminer cette concentration de combattants.

Le 18 juin 1944, les affrontements éclatent.

Les résistants se battent avec détermination. Cependant, le rapport de force leur est défavorable. Face à des unités mieux équipées et plus nombreuses, ils doivent finalement décrocher afin d’éviter l’encerclement.

Sur le plan militaire, la bataille ne débouche donc pas sur une victoire immédiate. Pourtant, elle atteint une partie de ses objectifs. Les Allemands mobilisent des effectifs considérables pour reprendre le contrôle du secteur. Pendant ce temps, les opérations alliées se poursuivent en Normandie.

Aujourd’hui, Saint Marcel demeure l’un des principaux lieux de mémoire de la Résistance en Bretagne. Cette bataille rappelle que la libération du pays ne fut pas uniquement l’œuvre des armées alliées. Des milliers de Bretons ont également pris les armes et risqué leur vie pour y contribuer.

Les grandes batailles absentes

Toute sélection historique comporte une part de subjectivité.
Les onze batailles retenues dans l’ouvrage dirigé par Dominique Le Page racontent une certaine Histoire de la Bretagne. Cependant, d’autres affrontements auraient également pu prétendre à une place dans cette liste.

Le Combat des Trente figure probablement parmi les absences les plus remarquées.
En 1351, trente chevaliers du parti de Blois affrontent trente chevaliers du parti de Montfort dans un duel collectif devenu célèbre dans toute l’Europe médiévale. Son impact militaire reste limité, mais sa portée symbolique demeure considérable.

La bataille de La Roche Derrien / Ar Roc’h Derrien aurait également pu être retenue.
Livrée en 1347 pendant la guerre de Succession de Bretagne, elle constitue l’un des épisodes majeurs de ce conflit.

Plus près de nous, la victoire de Saint Cast / Sant Kast en 1758 conserve une place particulière dans la mémoire bretonne. Les troupes britanniques, qui espèrent établir une tête de pont sur le littoral, sont repoussées par les forces françaises. L’événement nourrit encore aujourd’hui de nombreuses commémorations locales.

D’autres historiens auraient sans doute ajouté la bataille des Cardinaux, le siège de Brest ou plusieurs affrontements liés aux guerres de la Ligue. Certains auraient même défendu des choix complètement différents.

C’est précisément ce qui rend l’exercice intéressant. Ces onze batailles ne constituent pas une vérité absolue. Elles proposent une lecture possible de l’Histoire de Bretagne.
Elles invitent également à poursuivre la réflexion.

Ce que ces onze batailles racontent vraiment de la Bretagne

À première vue, cette sélection ressemble à une simple succession de combats répartis sur plus de deux mille ans. Pourtant, en observant l’ensemble, plusieurs constantes apparaissent.

La première concerne la géographie.
Depuis l’Antiquité, la Bretagne occupe une position stratégique exceptionnelle. Située entre Manche et Atlantique, elle contrôle des routes maritimes majeures. Cette situation explique pourquoi tant de puissances se sont intéressées à elle au fil des siècles.
Elle occupe toujours la même position stratégique aujourd’hui, ce qui explique bien autre chose de nos jours …

La deuxième constante touche à la question du pouvoir politique.
Des Vénètes à Nominoë, de Jean IV à Anne de Bretagne, plusieurs batailles illustrent les différentes étapes de la construction puis de la transformation des institutions bretonnes. Certaines marquent des périodes d’affirmation. D’autres annoncent au contraire des changements profonds.

Enfin, ces affrontements rappellent une réalité souvent oubliée.
L’Histoire de Bretagne ne se résume jamais à une opposition simple entre la Bretagne et ses voisins. Les alliances changent. Les intérêts évoluent. Les divisions internes jouent parfois un rôle aussi important que les menaces extérieures.

C’est sans doute ce qui rend ces onze batailles si fascinantes. Chacune raconte un épisode particulier. Ensemble, elles composent un récit beaucoup plus vaste : celui d’un pays qui, malgré les siècles, les invasions, les guerres et les bouleversements politiques, a conservé une identité forte et une mémoire singulière.

Des navires vénètes affrontant Rome aux résistants de Saint Marcel défiant l’occupant nazi, plus de deux mille ans se sont écoulés. Pourtant, un même fil relie encore ces événements : la place particulière qu’occupe la Bretagne dans l’histoire de l’Europe occidentale.

Et c’est probablement pour cette raison que ces batailles continuent de nous parler aujourd’hui.

Bien plus que des batailles

Lorsque l’on évoque l’Histoire de Bretagne, les batailles occupent souvent une place particulière. Elles offrent des dates, des héros, des victoires et des défaites faciles à retenir. Pourtant, aucune d’entre elles ne résume à elle seule l’histoire d’un pays.

Les Vénètes n’ont pas disparu avec César. La Bretagne n’est pas née uniquement à Ballon. Le duché ne s’est pas éteint en une journée à Saint Aubin du Cormier / Sant Albin an Hiliber. De même, la mémoire bretonne ne se limite ni à Dixmude ni à Saint-Marcel.

L’intérêt de ces onze batailles réside ailleurs.
Chacune agit comme une fenêtre ouverte sur une époque. Derrière les armes et les champs de bataille apparaissent des marins commerçant avec les îles britanniques, des rois cherchant à construire un État, des ducs défendant farouchement leur indépendance, des paysans pris dans les tourmentes révolutionnaires ou encore des résistants refusant l’occupation.

À travers elles se dessine une constante : la Bretagne n’a jamais été un simple décor de l’Histoire européenne.
Depuis plus de deux mille ans, elle participe pleinement aux grands mouvements qui façonnent l’ouest du continent. Tour à tour armoricaine, romaine, bretonne, ducale, maritime, révolutionnaire ou résistante, toujours celtique, elle a constamment dû s’adapter aux bouleversements de son époque.

Ces onze batailles ne racontent donc pas seulement des conflits. Elles racontent l’Histoire d’un pays, de ses habitants et de leur capacité à traverser les siècles sans perdre totalement ce qui fait leur singularité.

Et c’est sans doute pour cette raison que leurs noms continuent encore aujourd’hui à résonner dans la mémoire bretonne.

Cet ouvrage essentiel pour mieux comprendre l’Histoire de Bretagne est disponible directement chez Skol Vreizh, son éditeur.

Pennskeudenn krouet gant / Illustration principale générée par ChatGPT5.3 pour et par NHU Bretagne

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