Constance de Bretagne face à Richard Coeur de Lion et Jean sans Terre

Constance de Bretagne face à Richard Coeur de Lion et Jean sans Terre

Constance de Bretagne défie le Roi d’Angleterre

Si Constance donne à son nouveau-né ce prénom encore jamais porté par un seul duc armoricain, c’est pour défier son beau-père Henri II qui, en réponse, intervient personnellement en Bretagne. Ne pouvant s’emparer de l’enfant, il envoie en Angleterre sa sœur aînée, Aliénor de Bretagne, et marie Constance à un de ses fidèles, Ranulphe de Chester. Celui-ci est chargé de la surveiller et, si possible, de lui faire un fils, que l’on pourra toujours placer à la tête de la Bretagne à la place d’Arthur, si ce dernier devenait trop turbulent. Mais Constance, bien protégée par son entourage, ne laissera jamais à Ranulphe l’occasion de devenir père… En 1189, à la mort d’Henri II, il est d’ailleurs expulsé du duché…

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Ranulphe de Chester, second mari de Constance de Bretagne

C’est donc Richard Cœur de Lion qui succède à son père.

Il s’avère assez rapidement que la préoccupation essentielle du nouveau roi n’est pas d’engendrer un  héritier. Arthur, on l’a vu, était son neveu et l’on connaît l’importance de la relation oncle-neveu au Moyen Age. Beaucoup d’enfants de familles nobles étaient élevés par leur oncle à cette époque. Les parents décidaient d’envoyer leur fils chez son oncle. Parce qu’ils pensaient que c’était bon pour leur apprentissage de combattant. Et parce que cela leur permettrait de se constituer un réseau d’amitiés indispensable pour survivre dans la société de l’époque. Or, Richard Cœur de Lion était un roi sans enfant qui détestait son frère. Et dont le neveu, Arthur, était le premier dans l’ordre successoral, ce qu’il ne pouvait ignorer.

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Gisant de Richard Cœur de Lion, abbaye de Fontevraud (Maine-et-Loire)

La route des Croisades

Si Arthur avait été envoyé à la cour de Richard pour y grandir, ce qui aurait été parfaitement en accord avec la mentalité de l’époque, il aurait pu apprendre son métier de futur roi. Et développer des liens personnels et affectifs avec Richard et son entourage direct.
Ce qui lui aurait été bien utile dans l’optique d’une succession qui s’annonçait difficile. D’ailleurs dans le seul testament qu’il ait jamais rédigé, Richard avait désigné Arthur pour lui succéder au cas où il mourrait sans enfant (octobre 1190). C’était sur la route de la Croisade lors de son escale en Sicile. Le roi, un certain Tancrède de Lecce, avait usurpé la couronne et s’était emparé du douaire de Jeanne. Elle était la sœur de Richard et veuve de Guillaume Ier de Sicile, le roi précédent.

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Etna

Excalibur

Le voyage de Richard vers la Terre Sainte s’était d’ailleurs déroulé dans une atmosphère « arthurienne » incontestable. Rappelons que selon certains auteurs de l’époque, c’est dans l’Etna que se trouve la demeure de Morgane où Arthur attend de revenir. De son côté, Richard, accompagné de nombreux nobles bretons avait remis en mars 1191 à Tancrède la fameuse épée Excalibur. Auparavant, en octobre 1190, un traité de paix était signé entre les deux hommes. Traité qui réglait la question du douaire de Jeanne et prévoyait également le futur mariage d’Arthur avec une des filles de Tancrède. Dans ce traité, Richard fait également d’Arthur son héritier.

Une alliance secrète

Tandis qu’en Angleterre, les chances de revenir vivant de croisade étant faibles, une alliance secrète est conclue avec l’accord de Richard. Entre le chancelier Guillaume Longchamp, désigné par le roi pour gouverner l’Angleterre en son absence. Et Guillaume le Lion, roi d’Écosse, par laquelle les deux hommes s’engagent à se soutenir mutuellement pour préserver les droits d’Arthur à la couronne. Or, Guillaume le Lion est le grand-oncle d’Arthur par sa mère Constance ! En effet, Marguerite d’Écosse, la femme de Conan IV et mère de Constance était la sœur du roi d’Écosse.

Comment la couronne a-t-elle pu échapper à Arthur malgré des conditions aussi favorables ?

Tout d’abord, au début du règne de Richard, personne ne pouvait soupçonner qu’il n’aurait jamais d’enfant. La reine-mère, Aliénor d’Aquitaine, voyait en Constance de Bretagne une rivale. Rivale qui, si Arthur accédait au trône, ne manquerait pas de l’évincer pour prendre sa place. D’ailleurs, alors que Richard est en Sicile, malgré son grand-âge, Aliénor va elle-même en Espagne pour lui ramener une épouse, Bérangère de Navarre. Ce qui montre bien que la désignation d’Arthur comme héritier ne lui convenait absolument pas. Le mariage est célébré à Chypre, sur la route de la Croisade le 12 mai 1191.

Aliénor n’a pas perdu beaucoup de temps pour son fils !

Mais Bérangère est stérile et ne donnera pas d’héritier à Richard. Tant est si bien qu’à son retour de captivité en mars 1194, le problème de la succession à la tête de l’Empire Plantagenêt ne va plus cesser de se poser jusqu’à la fin de son règne. Au cours de ces cinq dernières années, alors que Jean sans Terre qui avait comploté dans son dos pendant sa captivité est pardonné par Richard à la demande expresse d’Aliénor, la situation se dégrade fortement pour Arthur et Constance. Ayant eu besoin de combattants bretons pour l’accompagner en Terre Sainte, Richard avait laissé les Bretons expulser Ranulphe de Chester, le mari imposé de Constance, et du coup avait semblé moins tyrannique qu’Henri II.

Constance avait pu gouverner son duché de façon quasi-indépendante pendant six ans.

La présence d’Arthur à ses côtés ajoutant encore un peu plus à sa légitimité. Mais en 1195 Richard décide de reprendre les affaires bretonnes en main. En mars il rencontre à Rennes Constance, qui pouvait légitimement attendre que soit évoqué l’avenir d’Arthur. Mais Richard ne lui apporte pas la moindre garantie. Et la menace même de lui enlever son fils si elle refuse de reprendre Ranulphe. C’est un marché de dupes : Constance doit se soumettre totalement sans obtenir la moindre garantie. Or elle sait qu’Aliénor lui est hostile. Elle accepte donc de reprendre Ranulphe. Mais celui-ci est de nouveau expulsé quelque temps plus tard. L’année suivante Richard retourne à Rennes mais se retrouve face à un rassemblement de Bretons hostiles.

L’enlèvement de Constance …

Il convoque peu après Constance en Normandie et la fait enlever en route par… Ranulphe ! Elle reste emprisonnée deux ans au cours desquels Richard tente à deux reprises de mettre la main sur Arthur. Tout en ravageant la Bretagne avec une cruauté inouïe, massacrant hommes femmes et enfants, mais sans succès. Après l’emprisonnement de sa mère, Arthur âgé de neuf ans reçoit l’hommage de la majorité de la noblesse bretonne qui le reconnaît donc comme le prochain duc, le 15 août 1196.

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Sceau de Constance de Bretagne

La Forêt de Brocéliande

C’était la première fois, et Arthur reçoit cet hommage à Saint-Malo de Beignon, situé en lisière de la forêt de Brocéliande … Puis, pour être en sécurité après cet acte de rébellion, il est envoyé à la cour de Philippe Auguste. Il y est élevé avec le futur Louis VIII, né la même année que lui. Arthur est passé dans le camp de l’ennemi de Richard qui a détruit une grande partie de la Bretagne. Non sans avoir subi une défaite à Carhaix. Dès lors, ses chances de succéder à son oncle deviennent beaucoup plus faibles. Jean n’a plus qu’à attendre son heure en ne commettant pas une nouvelle erreur. En effet, même si son séjour à la cour de Philippe Auguste ne lui enlève pas son droit de représentation, Arthur perd des soutiens essentiels à la cour royale anglaise pour faire valoir ses droits le moment venu.

Mort de Richard Coeur de Lion

D’ailleurs à la mort de Richard Cœur de Lion le 6 avril 1199, seuls les comtés du Maine, d’Anjou et de Touraine se rangent de son côté. Aliénor n’a aucun mal à soumettre son Aquitaine tandis qu’en Angleterre, alors que le chef de l’Eglise anglaise préférait Arthur, Guillaume le Maréchal, un des principaux conseillers de Richard et d’Aliénor, fait pencher la balance en faveur de Jean. Pour éviter que des troubles ne surviennent, il suffit de promettre aux barons anglais que les injustices les plus criantes commises par Richard à leur encontre seront réparées, et Jean est couronné sans difficulté (dans un certain malaise tout de même) le 27 mai.

Duc de Normandie

Quelques semaines plus tôt (le 25 avril), il était investi duc de Normandie dans la cathédrale de Rouen, alors que son choix bafouait également les règles successorales normandes. Les chances d’Arthur de devenir roi d’Angleterre un jour reposent désormais sur le soutien qu’il peut espérer recevoir de Philippe Auguste.

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Pierre tombale de Guillaume le Lion, roi d’Écosse entre 1165 et 1214, grand-oncle d’Arthur de Bretagne

Le Roi de France veut la paix

Or, en mai 1200, au traité du Goulet, le roi de France choisit de faire la paix avec le roi d’Angleterre. Afin de faciliter le règlement du conflit l’opposant au pape Innocent III qui a placé le royaume sous interdit (on ne peut plus célébrer la messe ou enterrer religieusement !) pour punir Philippe d’avoir répudié son épouse, Ingeburge de Danemark et de s’être marié avec Agnès de Méranie. Ce traité donne à Arthur uniquement la Bretagne, et encore en étant le vassal de Jean à qui il doit faire hommage quelques jours plus tard.

De son côté, Jean est reconnu roi d’Angleterre par Philippe Auguste

Qui lui fait hommage pour le reste de ses possessions continentales. On peut dire qu’avec ce traité, Arthur voit tout son héritage lui passer sous le nez. D’ailleurs, déçue, Constance se retire de la vie politique. Sentant sa fin proche, elle termine sa vie en se consacrant à ses préoccupations religieuses. Elle meurt en septembre 1201. Elle reste dans l’histoire bretonne comme la grande figure de la résistance à l’oppression anglaise et mériterait largement de sortir de l’oubli.
Peu après sa mort, Arthur est investi duc à Rennes.
Il est âgé de quatorze ans.

Photo de la Forêt de Brocéliande par Dominique GUILLAUME, Photographe en Bretagne

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A propos de l'auteur

Éric BORGNIS DESBORDES
Éric BORGNIS DESBORDES 8 articles

Je suis né en 1965 à Lannion, j'habite à Nantes, je suis professeur d'Histoire géographie, doctorant à l'Université de Bretagne Occidentale (Brest), membre du Centre de Recherche Bretonne et Celtique (CRBC) et auteur de : Arthur Ier (1187-1203), l'espoir breton assassiné, Yoran embanner (2012), prix Mocaër du livre d'Histoire de Bretagne 2013, Pierre Ier de Bretagne (1213-1237), un capétien sur le trône ducal , Yoran embanner (2013).

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