Pierre Ier de Bretagne

Pierre Ier de Bretagne

Pierre Ier de Bretagne, souverain breton du XIIIe siècle.

Prétextant du refus (pourtant légitime) de Conan de Léon de lui remettre le jeune Henri, Pierre Ier s’empare de tout le Penthièvre. Et même de la forteresse de Dol. Henri ne conserve que le sixième de son héritage et se fera appeler Henri d’Avaugour (le nom de la seigneurie qu’il conserve dans la Trégor) jusqu’à sa mort en 1281. A la suite de ce coup de force, les Léonards restent en état de rébellion ouverte contre Pierre Ier jusqu’en mai 1216. Mais, en position de force, ce dernier  interdit aux barons de construire de nouveaux châteaux sans son autorisation. Et, fin 1214, l’anarchie féodale n’est plus de mise en Bretagne. Juhel de Mayenne, sénéchal de Bretagne, reste le dernier obstacle à la domination de Pierre Ier sur tout le nord du duché. En effet en mai 1216 Pierre met fin à la menace léonarde en allant prendre Lesneven.

Campagne d’Angleterre.

Puis il participe à la campagne du prince Louis en Angleterre pour s’emparer du trône à l’appel des barons révoltés contre Jean Ier. Sur l’île il découvre l’héritage anglais des ducs bretons, un ensemble de terres regroupées sous le nom d’Honneur de Richmond. Il parvient à en récupérer une partie lorsqu’après la mort de Jean Ier (octobre 1216), les barons rebelles se rallient progressivement à son fils Henri III, obligeant le prince Louis à entamer des négociations après la défaite de Lincoln le 20 mai 1217. Une paix honorable est signée à Lambeth le 11 septembre et Pierre rentre en Bretagne.
Cette année-là voit la naissance de son fils Jean qui fixe le terme de son bail à la tête de la Bretagne en 1237.

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Donjon du château de Richmond construit par le duc Conan IV, grand-père de la duchesse Alix

Excommunication papale.

A son retour, à la recherche de financements et désireux d’imposer son autorité sur la ville de Nantes (partagée avec l’évêque), il établit un monopole à son profit sur la vente du bois et du sel et taxe toutes les marchandises vendues. Face à la résistance de Stéphane, l’évêque de la ville, il fait piller ses terres et brûler ses maisons. Il est excommunié par le pape Honorius III en décembre 1218. Celui-ci lui avait auparavant envoyé une lettre cinglante (restée sans effet), dans laquelle il lui rappelait sa chance d’avoir pu épouser une riche héritière :

« Grandement es-tu tenu envers Dieu, toi né comme les autres hommes. Mais que la largesse divine n’a pas délaissé comme le commun d’entre eux. Qu’elle a exalté au contraire dans un assez haut degré de richesse pour que tu n’aies point à convoiter celle des autres… Et cependant tu t’élèves comme le vase contre le potier… Tu méprises, à la manière des hérétiques, le pouvoir des clefs… Notre cœur compatit non seulement avec l’évêque que tu as exilé mais avec toi qui t’exiles toi-même de la patrie céleste…Ouvre des yeux clairvoyants sur le piège qui menace tes pas et reconnais, lorsqu’elle te frappe, la main que tu méconnais lorsqu’elle te flatte. »

Le Château de Suscinio.

Au cours de l’année 1218, Pierre entreprend la construction du château de Suscinio sur la presqu’île de Rhuys. L’emplacement choisi permettait notamment de s’enfuir facilement par la mer en cas d’attaque.

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Château de Suscinio. Une ancienne tour quadrangulaire talutée et percée de petites fenêtres témoigne de l’occupation primitive du site au XIIIe siècle

Du 16 mai à la fin du mois de juin 1219, Pierre Ier participe à la croisade contre les Cathares aux côtés du prince Louis. Il s’oppose en vain au massacre de la population de Marmande par Amaury de Montfort. Au cours du siège de Toulouse, le sénéchal de Bretagne Juhel de Mayenne est tué. Et la croisade se termine avec l’échec de la prise de la ville.
A son retour en Bretagne, Pierre remplace Juhel au poste de sénéchal par l’un de ses fidèles, Pierre Judicaël. Doté de larges pouvoirs en matière politique, judiciaire et administrative.

Le Château de Guarplic.

Puis il tente d’accroître son emprise sur le nord-est du duché qui lui échappe encore largement. Il réclame à Philippe Auguste le château de Guarplic. Mais le roi, désormais méfiant de la puissance croissante de son vassal, préfère en confier le commandement à Amaury de Craon. Qui n’est autre quel e… demi-frère de Juhel de Mayenne ! Pierre parvient cependant à imposer sa tutelle au jeune Raoul III de Fougères. Il n’est âgé que de quatorze ans. Et peu désireux d’entrer dans celle de Geoffroy de Rohan, l’époux de Gervaise de Dinan, elle-même veuve de Juhel de Mayenne…
Le 28 janvier 1220, le pape lève l’excommunication qui frappait Pierre Ier. L’obligeant à renoncer à ses taxes et monopoles. Ainsi qu’à indemniser l’évêque pour les destructions subies. Mais il ne doit rien payer en compensation des destructions subies pour l’édification de nouveaux remparts à Nantes. Ce qui constituera une reconnaissance implicite de son pouvoir temporel.

Nantes, déjà grande ville bretonne.

Or, à cette époque, Nantes était la ville la plus prospère du duché. Et son intérêt stratégique s’était considérablement accru depuis que Philippe Auguste s’était emparé de la Normandie en 1204. Pour tenter de récupérer ses possessions continentales perdues, le roi d’Angleterre devait désormais débarquer au sud de la Loire et commencer par attaquer Nantes comme Jean Ier avait tenté en vain de le faire en 1214. En renforçant son contrôle sur Nantes, Pierre accroissait du même coup sa domination sur le duché.
En 1221, les vitraux de l’extrémité méridionale du transept de la cathédrale de Chartres sont posés à ses frais. Le diocèse de la ville étant le berceau patronymique de sa famille paternelle. Pierre y est représenté aux côtés de la duchesse Alix et de ses enfants Jean et Yolande (née en 1218), ainsi qu’en chevalier.

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Pierre Ier, vitrail de la cathédrale de Chartres – Alix de Thouars

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Yolande et Jean Ier Chartres – Pierre Ier, vitrail de la cathédrale de Chartres

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Pierre Ier, vitrail de la cathédrale de Chartres

Mort d’Alix de Bretagne.

Le 21 octobre 1221, Alix de Bretagne meurt, à 21 ans. Sans doute des suites de la naissance de son troisième enfant (prénommé Arthur) qui ne vivra pas. C’est peut-être en pensant à sa jeune épouse, prématurément disparue, que Pierre, poète à ses heures, avait écrit les vers suivants :

« Je ferai une chanson nouvelle, puisqu’amour me le permet,
Je la ferai en l’honneur de la plus belle qui soit au monde,
Mais je ne désire pas qu’on la chante, car sa vertu est trop haute,
Et je n’ose envers elle autre chose que lui crier merci doucement en pleurant. »
Désormais, Pierre Ier apparaît surtout comme le gardien du duché. En attendant la nomination de son fils Jean. Cela ne l’empêche pas de continuer à renforcer son emprise sur le duché. Dont l’interdiction du droit de bris et la garde des héritiers nobles mineurs. Ainsi que l’obligation pour les barons bretons de demander son autorisation avant d’engager de nouvelles fortifications, ne constituaient qu’une étape.

Rébellion des Léonards.

Puis en 1222, une coalition de nobles mécontents de son autoritarisme, comprenant les Léonards et le vicomte du Faou se met en place contre lui. Mais, avant qu’il ait pu engager le combat en Basse-Bretagne, à l’est du duché, Amaury de Craon était entré en Bretagne. Afin de s’emparer de la seigneurie de Ploërmel, possession ducale donnée à son frère Maurice par Philippe Auguste. A la mort de Maurice (début 1222), Pierre Ier l’avait reprise, ce qu’Amaury n’avait pas accepté. Enfin, à la tête d’une armée comportant de nombreux barons bretons, Amaury est vaincu lors de la bataille de Châteaubriant le 3 mars. Après cette victoire, les Léonards se soumettent à leur tour. Pierre prend également possessions des droits régaliens des évêchés de Saint-Brieuc, Tréguier et Saint-Pol.

Il est désormais le maître absolu de la Bretagne.

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Ruines de la Forteresse de Saint Aubin du Cormier

Forteresse de Saint Aubin du Cormier.

En 1223, il fait débuter les travaux de la forteresse de Saint-Aubin-du-Cormier. Forteresse destinée à couvrir Rennes et à défendre la Bretagne du côté du Maine. La même année Philippe Auguste meurt. Tout au long de son règne, Pierre, qui lui devait tout, a fait preuve à son égard d’une loyauté et d’une fidélité sans failles. Il se sentira moins redevable envers le nouveau roi, son fils Louis VIII.

En outre, retrouvez la première partie du récit de Éric BORGNIS DESBORDES consacrée à Pierre Ier de Bretagne et lisez son ouvrage.
Parce que vous êtes Breton(ne), il s’agit de votre Histoire.
La Bretagne, terre de châteaux.

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Pierre Ier de Bretagne (1213-1237) – Pierre de Dreux, un Capétien sur le trône ducal – de Éric BORGNIS DESBORDES, aux Éditions Yoran Embanner.

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A propos de l'auteur

Éric BORGNIS DESBORDES
Éric BORGNIS DESBORDES 8 articles

Je suis né en 1965 à Lannion, j'habite à Nantes, je suis professeur d'Histoire géographie, doctorant à l'Université de Bretagne Occidentale (Brest), membre du Centre de Recherche Bretonne et Celtique (CRBC) et auteur de : Arthur Ier (1187-1203), l'espoir breton assassiné, Yoran embanner (2012), prix Mocaër du livre d'Histoire de Bretagne 2013, Pierre Ier de Bretagne (1213-1237), un capétien sur le trône ducal , Yoran embanner (2013).

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