✅ Les algues en Bretagne : une déjà longue histoire.

✅ Les algues en Bretagne : une déjà longue histoire.

Du néolithique à nos jours.

Dans le monde…

Les macro-algues sont exploitées dès le néolithique. Et pour cause : en période de vache maigre, ces ressources littorales semblent inépuisables, ramenées jour après jour sur les plages au rythme des marées. Après analyse des cendres des foyers de ces premières populations, nous avons la preuve que les algues étaient utilisées comme combustible, pratique d’ailleurs encore répandue au début du XXème siècle sur nos côtes.
Si l’on pense souvent aux populations asiatiques quand il s’agit de consommer des algues, nous parlons en revanche moins de leur utilisation par des populations du nord de l’Europe, grâce à des habitudes qu’ont gardées certaines populations dans l’antiquité : des Saga islandaises mentionnent que le söl (Palmaria palmata, ou Dulse) était embarqué à bord de bateaux vikings.
De la même manière, on sait que cette algue a été vendue comme aliment sur les marchés écossais jusqu’au XIXème siècle. Pierre Arzel et Olivier Barbaroux mentionnent dans leur ouvrage « Les algues », « La Vie latine de Guénolé » qui décrivait que l’abbé de Landevenneg, durant une retraite sur un rocher, ne se nourrissait que de petits poissons et d’herbes marines. Ces deux auteurs évoquent la « Duilisg », consommée à cette époque en Irlande, appelée dulse en Angleterre et tellesk en breton (le fameux söl des Islandais).

Dans les pays celtiques…

Notamment en Irlande et en Bretagne, le Chondrus crispus (appelé pioka en breton, ou encore Irish moss « mousse d’Irlande ») est depuis très longtemps utilisé comme texturant dans les flans, les soupes ou ragouts (Philippe Argouarch, ABP Agence Bretagne Presse – abp.bzh/les-algues-dans-la-tradition-celtique-chrondrus-crispus-46171).
Il est également intéressant de se pencher sur des extraits du Pen Ts’ao chinois, recueil d’ouvrages de médecine chinoise, alimenté au fil des âges, qui mentionnent les algues. Dans un chapitre rédigé par Sze Teu en 600 av J-C il est d’ailleurs possible de lire « certaines algues sont les seuls mets dignes d’un roi » (Sze Teu, « le secret des algues » – Leclerc V., Floc’h J.-Y.,2010).
Au Japon, la nori (du genre Porphyra), petite algue rouge toujours utilisée dans la fabrication des sushis, véritable produit de luxe, servait à payer l’impôt à l’empereur au IVème siècle. D’autres pratiques sont remontées jusqu’à nous, et notamment celle de l’utilisation dans l’alimentation du bétail. Les noms vernaculaires des algues en disent d’ailleurs long (P.Arzel, 1994) :
– Swine tare en Norvège, signifie goémon à cochon et désigne l’Ascophyllum nodosum.
– Bezin saout en Breton, signifie goémon à vache et désigne Palmaria palmata.

…Et les algues en Bretagne.

Le goémon, bezhin en breton, nom donné aux algues rouge, verte ou brune, devint rapidement une source de richesse.
Trois catégories se distinguent rapidement, faisant intervenir différentes méthodes de collectes pour différents usages finaux : les algues d’épave (bezhin torr), les algues de rive (bezhin du ou bezhin troc’h) et les algues de fond.
On retrouve d’ailleurs cette même classification aujourd’hui, pour appliquer les spécificités réglementaires et juridiques, que voici :

Algues épaves ou bezhin torr.

Le goémon d’épave pouvait généralement être librement ramassé, et ce toute l’année. En Bretagne comme dans de nombreux endroits du monde on a donc utilisé ces algues après les avoir séchées à l’air ambiants pour enrichir le fourrage en hiver par exemple, ou bien mélangées et transformées en combustible. L’utilisation de certaines espèces pour amender les terres est également devenue une pratique largement répandue à partir du XVIe siècle. Leur qualité était en revanche moindre par rapport aux algues de rives, directement cueillies à la faucille (Université du temps libre du Tregor, 2007).

Algues de rive ou bezhin troc’h.

Il est tout à fait probable que l’on doive la richesse de la ceinture dorée de Bretagne Nord, connue comme étant une zone particulièrement propice à la cuture maraichère, à l’épandage régulier du goémon (généralement des fucus ou des ascophyllum). Le ramassage de ces algues est d’ailleurs rapidement réglementé au regard de l’engouement qu’elles suscitent.

Algues de fond.

En Bretagne le XVIIIème siècle est une période au cours de laquelle s’opère un tournant particulier : on découvre que de la soude on peut isoler l’iode, matière à forte valeur ajoutée et vendue au domaine pharmaceutique.
C’est en Finistère Nord, dans le pays du Léon, entre la baie de Morlaix et la rade de Brest, que l’activité goémonière se développe de façon la plus importante, faisant de la Bretagne la première région productrice d’algues de France depuis le XIXe siècle.

algues en Bretagne

Algues en Bretagne – Four à goémon, Finistère nord, M. Tredan, 2021

 

En 2011, 90% de la production française vient de Bretagne, essentiellement du Finistère, soit 71 000 tonnes. Dont 65 000 sont récoltées en mer par trente-cinq navires goémoniers; et 6000 sont récoltées à la main (Bretagne Culture Innovation, 2012).

Récolter les algues ? Mais pourquoi faire ?

Pour leur propriétés texturantes.

Nous avons déjà tous mangé des algues… Très certainement sans le savoir ! Dans les mousses, les confitures, les crèmes glacées, les mayonnaises, le yaourt, les soupes ou encore les sauces… Et plus précisément des alginates (extraites d’algues brunes), des carraghénanes et des agars (extraites des algues rouges), qui se cachent respectivement derrières les appellations E401, E407 et E406. Ces substances visqueuses et texturantes sont en effet très demandées par le secteur de l’agroalimentaire.

Pour une utilisation dans l’alimentation.

L’Asie est le seul continent où l’algue est à ce point considérée comme un aliment à part entière. En salades, dans les soupes, comme condiment ou snacking, elle s’insère dans la cuisine traditionnelle. Les Japonais en consomment entre 1,5 et 2,5 kg (poids sec) par personne et par an (Q. Le Bras et al, 2015).
Ailleurs dans le monde nous en sommes moins, voire peu, friand : malgré la diaspora asiatique et l’intérêt grandissant pour leur cuisine, l’algue ne constitue toujours pas un ingrédient de premier choix, malgré des valeurs nutritionnelles intéressantes.
La voie du complément alimentaire représente donc pour l’instant un débouché plus sûr. En effet, riches en fibres et stérols, elles permettraient de réduire le cholestérol plasmatique. Par ailleurs, il a été démontré que les polysaccharides sulfatés qu’elles contiennent ont des actions antitumorales et immunostimulantes. Les alginates permettent également de chélater les métaux lourds. De plus, les populations souffrant souvent de carence en iode peuvent trouver dans les algues une source intéressante de ce composé.
Enfin, les pigments et polyphénols sont des antioxydants connus et sont présents dans les algues (J. Person et al., 2010).

Pour le secteur agricole.

Comme évoqué précédemment, les algues ont longtemps été utilisées comme engrais. Elles permettent en effet d’accroitre la capacité de rétention d’eau des sols et d’apporter des minéraux. Aujourd’hui, elles sont transformées pour entrer dans la composition de support de culture, engrais liquides ou solides.
Des extractions plus fines des molécules d’intérêts sont également réalisées : les polysaccharides sulfatés, les nutriments ou les hydrates de carbone, rentrent dans la composition de produits biostimulants, de biocontrôles, ou phytosanitaires. Les composés d’intérêts peuvent stimuler les défenses naturelles des plantes, permettant ainsi de limiter les doses ou les fréquences des traitements, ou encore servir d’adjuvants naturels.
En nutrition animale, les algues peuvent intervenir comme compléments alimentaires, pour leurs propriétés évoquées précédemment (antioxydants, immunostimulants, …). Des recherches sont en cours afin de mieux comprendre les mécanismes d’action de ces organismes vivants. Il ne faut pas oublier l’aquaculture, et ses besoins en « fourrage » ; En effet, des productions comme celle de l’ormeau par exemple, nécessite une grande quantité d’algue : 100 tonnes d’algues fraiches pour 1 tonne produite (J. Person et al., 2010).

Pour la cosmétique.

C’est l’un des secteurs qui donne à l’algue le plus de valeur ajoutée. En plus de leurs propriétés texturantes, les algues sont une source d’ingrédients actifs. On peut ainsi extraire des oligo- alginates des phycocolloïdes, aux vertus anti-pollution, anti-éruption cutanée, anti-acné et antivieillissement. Les fucoïdanes (polysaccharides sulfatés), réduisent le vieillissement de la peau et favorisent la croissance capillaire.

Pour la santé.

Les alginates, pour leur texture visqueuse, sont très utilisées comme antiacides pour soulager les brulures d’estomac, et interviennent dans le traitement des plaies (compresses hémostatiques, pansements hydrocolloïdes après une brulure…).
Les agars sont utilisés dans les agents gonflants, les laxatifs ou comprimés anticoagulants.
Les carraghénanes sont utilisés comme antitumoraux, antiviraux, antis coagulants, et en immunomodulation. De nombreuses recherches sont actuellement menées sur les propriétés anticancéreuses ou antitumorales, ainsi que sur leur pouvoir d’anti-adhésion bactérienne, voire bactéricide ou antiviral.

Comme matériaux biosourcés.

On ne le sait pas toujours, mais les compresses hémostatiques, que l’on retrouve dans toutes les pharmacies et les hôpitaux, sont fabriquées grâce aux fils d’alginate de calcium, obtenus par des procédés de filage humides (J. Person et al., 2010).
On retrouve également des alginates dans les colles, ciments, mortiers, ou céramiques. Des papiers d’art ou papiers décoratifs sont déjà fabriqués à partir de pâte de bois et de fibres d’algues. Il est envisageable également de réaliser du carton avec ce matériau. Plus récemment, des résultats très concluants ont été obtenus avec des déchets industriels d’algues brunes (issus de l’industrie des colloïdes). L’entreprise Algopack (algopack.com), basée à Saint Malo, est à la pointe de cette technologie et est en mesure de proposer deux types de matériaux : l’Algopack (100% algues) et l’Algoblend (50% plastique, 50% algues). Des clés USB, des lunettes, des jouets de plages et autres objets biodégradables sont déjà commercialisé

Comme bioénergies.

Ce secteur est évidemment très alléchant : avec la raréfaction des énergies fossiles, de nombreuses questions demeurent autour des biocarburants obtenus à partir de grandes cultures (aura-t-on assez de terres arables ?). Ainsi, une biomasse présente naturellement en abondance, et parfois en surabondance (algues vertes, sargasses…) a de quoi faire rêver les industriels.
Cependant les algues contiennent peu de lipides, qui les rendent inadaptées pour une production de biodiesel. On pourrait cependant extraire de l’huile d’algues riches en polyphénols, comme les algues brunes, par des procédés de pyrolyse.
Pour les algues riches en polysaccharides, soit la majorité des grandes algues, il est possible d’imaginer des processus de fermentation pour la production de bio-alcools ou de biométhanes.
Nous n’en sommes qu’au stade de la recherche pour ces aspects. En l’état actuel des choses, rien n’indique que ces méthodes seraient rentables économiquement.
Aujourd’hui, la piste la plus intéressante semble être celle du biogaz. En effet, la dégradation anaérobie des macro-algues émet de grandes quantités de gaz. Avec le développement de plateformes off-shore, on pourrait rêver de voir demain le biogaz des algues converti en bioélectricité pour faire fonctionner ces infrastructures (J. Person et al., 2010).

Pays producteur

La production des algues dans le monde.

Le rapport FAO 2020 rapporte que La production mondiale de macroalgues marines, ou algues marines, a plus que triplé, passant de 10,6 millions de tonnes en 2000 à 32,4 millions de tonnes en 2018.

algues en Bretagne

Algues en Bretagne – production d’algues dans le monde – Source : http://www.fao.org/3/ca9229fr/ca9229fr.pdf

Le fait que la production ait connu un tel bond en à peine plus de vingt ans s’explique notamment par le développement rapide du marché des carraghénanes (texturants alimentaires). L’Indonésie fait figure de pays pilote en la matière : elle affichait un passage de 4 millions de tonnes en 2010 à plus de 11 millions de tonnes en 2015 et 2016, et se situait toujours à un niveau similaire en 2017 et 2018.
Mais n’oublions pas que les algues « légumes », consacrées à l’alimentation humaine telles qu’Undaria pinnatifida, Porphyra spp. ou Caulerpa spp sont très consommées en Asie de l’Est et du Sud Est. Leur production est en constante augmentation.
Comme évoqué précédemment, le Japon, la Chine et la République de Corée sont parmi les plus grands consommateurs d’algue alimentaire. Cette pratique, à la fois très populaire et ancienne, puisque remontant au IVème siècle, a nécessité le développement de l’algoculture, à la fois pour faire face à l’augmentation de la consommation dans ces pays, mais également pour satisfaire les besoins dans les régions du monde où cette pratique alimentaire s’est essaimée, notamment grâce à l’émigration de ces populations. Ces soixante dernières années, la demande s’est donc considérablement accrue.

La production des algues en Europe.

L’Europe contribue très peu à la production mondiale (M.Lessueur, C.Comparini, 2016). Alors que 90% de la demande mondiale en algue est satisfaite par l’algoculture, cette tendance est largement inversée au seul niveau européen.
Ainsi, sur les 230 000 tonnes exploitées par le vieux continent, hors algues d’échouage, plus de 98% sont des algues sauvages collectées.

Etats des lieux des algues en Bretagne.

La France, qui occupe la seconde place des pays exploitants en Europe (et le dixième rang mondial), utilise environ 71 000 tonnes par an, issues en grande majorité des eaux côtières bretonnes, dont :
– Entre 65 000 et 70 000 tonnes d’algues brunes, obtenues essentiellement par pêche embarquée, grâce à des bateaux équipés de scoubidous ou de peignes norvégiens, et de manière plus anecdotique grâce à l’algoculture (1%)
– 1 500 tonnes d’algues rouges récoltées manuellement en pêche à pied
– Entre 110 et 300 tonnes d’algues cultivées, toutes espèces confondues (F.Spinec, 2016)
A ces 71 000 tonnes, il faut ajouter quelques milliers de tonnes d’algues d’échouage, récoltées grâce à des tracteurs agricoles ou des récolteuses spécialisées dont :
– 15 000 tonnes de Solieria cordalis
– Plusieurs centaines de tonnes d’algues vertes, exploitées très majoritairement par l’entreprise Olmix.
Les particularités bretonnes sont en effet très propices à une telle richesse : 2 730 km de côtes, des températures stables de l’eau oscillant entre 8 et 18°C, des côtes rocheuses idéales pour que les algues s’y « cramponnent » et un fort marnage, générateur de diversité par un brassage des nutriments et une alternance naturelle entre haute et basse mer.

700 espèces d’algues y cohabitent donc, soit 3% de la diversité mondiale.

 

Les différentes formes de sourcing.

algues en Bretagne

Algues en Bretagne – Les différentes formes de sourcing d’algues sauvages, Dr Anne Sophie Burlot

 

Algues de fond.

Le peigne norvégien a longtemps été une technique plébiscitée pour la récolte des algues brunes, type laminaire. Cet outil de 1,5 m de large environ et de 300kg drague le fond marin et arrache les algues de leur substrat.

algues en Bretagne

Algues en Bretagne – Dessin illustrant la technique de pêche utilisée par les goémoniers, avec un peigne norvégien – http://www.parcmarin-iroise.fr

 

Les impacts sur le retournement des blocs rocheux, ainsi que le bruit associé, ont conduit les goémoniers à adopter de plus en plus fréquemment une autre technique : celle du scoubidou.
Ce dernier est un crochet en acier, suspendu a un bras hydraulique. Par un mouvement de rotation, il s’enroule autour des laminaires et les arrache, pour les ramener à la surface.

algues en Bretagne

Algues en Bretagne – Dessin illustrant la technique de pêche utlisée par les goémoniers, avec un scoubidou – http://www.parc-mariniroise.fr

35 licences (pour 35 bateaux) sont distribuées pour la récolte. Les algues sont généralement utilisées pour l’extraction d’hydro-colloïdes. Entre 60 et 70 000 T/an sont récoltées par an, sur la période autorisée (de mai à octobre). A raison de 45 € la tonne environ, le chiffre d’affaire de cette activité oscille entre 1,7 et 2,7 millions d’euros.

Algues de rive.

La récolte des algues de rive à visée professionnelle est encadrée par une licence délivrée par le comité des pêches. Plus de 70 entreprises ont recours à cette pratique, pour une commercialisation majoritairement en direct, en épicerie fine ou en restauration. Ces entreprises emploient environ 130 récoltants d’algues réguliers, et des saisonniers (dont le nombre est limité à 420).
Afin de préserver la ressource, des « bonnes pratiques » ont été édictées. On parle notamment de toujours laisser le crampon sur le rocher (ce qui implique une récolte au couteau ou aux ciseaux de préférence), ne pas tout récolter au même endroit mais au contraire laisser des individus en place pour la reproduction, ne pas déplacer les rochers, et ne pas récolter à proximité de sources de pollution.
Des périodes de récoltes sont également à respecter pour chaque espèce (Récolte des algues de rive – Guide de bonnes pratiques, disponible ici : https://www.bio-bretagne-ibb.fr/wp-content/uploads/IBB-Guide-recolte-algues-29122013.pdf ).
Ces pratiques de récolte à pied ont l’avantage de permettre à un plus large public de se familiariser avec les algues, et d’en apprendre les usages. Il va sans dire que chacun doit respecter le milieu et les techniques de récolte afin de préserver la ressource.

Algues épaves.

Cette catégorie d’algue intéresse peu les professionnels pour plusieurs raisons :

  • Les algues sont décrochées et donc potentiellement dégradées après un séjour entre deux eaux
  • Elles sont pleines de sables
  • Elles peuvent être mélangées à d’autres espèces et il est très difficile de faire le tri.

L’entreprise Olmix a pourtant réussi à tirer avantage de cette ressource disponible et gratuite et ramasse des centaines de tonnes chaque année sur l’estran, en période d’échouage.

Tracteur amphibie, prototype utilisé par l’entreprise Olmix pour le ramassage et l’exploitation des algues épaves – Olmix

 

algues en Bretagne

Algues en Bretagne – Tracteur amphibie, prototype utilisé par l’entreprise Olmix pour le ramassage et l’exploitation des algues épaves – Olmix

Algues de culture.

L’algoculture désigne la culture en masse d’algues. On peut y avoir recours aussi bien pour les macros que les micros-algues. Elle fait partie de l’aquaculture et est réglementée au niveau français, européen et international.

Culture sur filière.

Cette technique est très utilisée pour les grandes espèces, essentiellement d’algues brunes. Il est nécessaire de récolter au préalable des algues dans le milieu naturel et de les emmener en écloserie. Elles y sont stressées afin de les pousser à produire des spores qui sont récupérées et cultivées en ballons ou en photo bioréacteurs, jusqu’à atteindre le stade de sporophyte ou gamétophyte. Enfin, des cordelettes sont plongées dans le ballon ou le photo bioréacteur pour que les nouveaux individus puissent s’y fixer.
Les cordelettes ainsi ensemencées sont enroulées autour de plus grosses cordes, ancrées au fond de la mer et soutenues par des bouées. Ces bouées peuvent être immergées pour limiter l’effet visuel et une gêne éventuelle des bateaux (figure ci-après), ou émergées.

 

Algues en Bretagne

Algues en Bretagne – Descriptiopn de la filière subflotante utilisée pour la culture des laminaires – Source : seabiosis.com/lalgoculture-une-culture-ecoresponsabl

 

Les algues sont récoltées en remontant les fils.
En Bretagne, c’est l’entreprise Algolesko qui s’est lancée dans l’aventure (algolesko.com).
Il faut noter également que la législation française n’autorise aucun produit fertilisant ou phytosanitaire sur ce type de cultures. Les algues ne peuvent compter que sur les nutriments naturellement présents dans le milieu. Il est particulièrement intéressant d’installer ces cultures dans des zones eutrophisées par exemple, afin que les algues puissent capter le phosphore et l’azote en excès. Un contrôle de la qualité de l’eau doit cependant être réalisé avant chaque implantation.

Culture multi trophique intégrée.

Pour pallier un éventuel manque de nutriments, des solutions existent : la culture MTI (Multi Trophique Intégrée) pourrait être comparée au principe de « cultures associées » à terre. Mais ici il s’agit d’associer des activités déjà bien connues, comme la conchyliculture ou l’élevage de poisson par exemple, à la culture d’algue. Les déchets des uns nourrissent les autres, qui en échange améliorent la qualité sanitaire de l’eau. L’ensemble permet de récréer un équilibre, proche de ce que l’on peut trouver dans les récifs naturels.
Si cette technique est déjà explorée dans certains pays, comme le Mexique ou la Norvège, elle commence tout juste sur nos côtes.

Culture off-shore.

Une autre voie d’association : les cultures en parcs éoliens. Si la France finit par développer ce genre de projet, les zones qui seront créées seront soumises à une réglementation particulière en matière de pêche et de navigation, et fréquentées régulièrement par des professionnels pour la maintenance. Les points d’accroches sous-marins seront nombreux et permettront d’y installer du matériel de culture.
En mer du nord, des expérimentations ont déjà été menées.

 

algues en Bretagne

Algues en Bretagne – Croquis issu du Livre Turquoise, J.Person et al. 2010, reproduit avec la permission de BH Buck, AWI Bremerhaven, Allemagne

Culture en marais.

Les zones de marais salés sont un milieu propice pour certaines espèces d’algues. Les algues vertes filamenteuses (types Chaetomorphes, Cladophoracées, Enteromorphes) ou les Ulavacées (Ulva sp., Monostroma spp), s’y trouvent naturellement.
Certains marais à l’abandon pourraient donc parfaitement convenir pour l’activité d’algoculteur. D’autant plus que des effets positifs sur la faune et la flore ont déjà été remarqués dans le cadre de tests : les marais, nettoyés puis entretenus, redeviennent un lieu de vie pour de nombreuses espèces, jusque-là dérangées par l’envasement.

Cultures en bassins.

Une solution pour s’affranchir en partie des contraintes naturelles et contrôler la production pourrait être la culture en bassin. Directement sur la côte ou plus dans les terres pour limiter les conflits d’usages, des entreprises ont déjà expérimenté ce concept.
L’eau est renouvelée par le cycle naturel des marées. Les algues sont lavées, séchées à basse température puis broyées. L’une des principales algues cultivées est l’Ulva sp.
A Saint Pol de Léon, Jean-François Jacob convertit actuellement deux hectares de serres horticoles en bassins de production. Il espère y produire des macro-algues brunes et des crevettes en circuit fermé
(wealsea.com/la-marque-wealsea).

Algues vertes en Bretagne : tous co-responsables !

C’est quoi les algues vertes ?

Les phénomènes de prolifération d’algues sont provoqués par une combinaison de facteurs : la température, l’ensoleillement et une quantité importante de nitrates, dont se nourrissent les algues (eutrophisation). On connait depuis plusieurs années le phénomène des marées vertes, touchant plus particulièrement les côtes nord bretonnes.

Les marées vertes.

Le phénomène appelé marée verte, consistant en l’échouage de plusieurs tonnes d’algues vertes, est dépendant de la prolifération évoquée à l’instant et des conditions de géomorphologies et courantologies particulières. Les baies avec un fond de couleur claire, en pente douce et agitées de courants faibles sont des lieux très favorables.

La première marée verte a été observée en 1971, dans la baie de Saint Michel en Grève (22).

En s’échouant en tas, les algues pourrissent, émettant un gaz toxique : l’hydrogène sulfuré (H2S). C’est à ce dernier que l’on doit l’odeur caractéristique d’œuf pourri qui plane sur les plages en été.
L’odeur désagréable n’est qu’anecdotique au regard des effets induis par une exposition importante à ce gaz.
L’INRS (Institut national de recherche et de sécurité pour la prévention des accidents du travail et des maladies professionnelles) détaille les conséquences d’une toxicité aigüe (soit les effets nocifs résultant de l’exposition à une seule forte dose ou d’une seule exposition) sur l’Homme comme suit :

• A 100 ppm3

une irritation des muqueuses oculaires et respiratoires se traduisant par une conjonctivite, une rhinite, voire un œdème pulmonaire retardé. Ces manifestations peuvent s’accompagner de céphalée, nausée, sialorrhée (écoulement de salive) et perte de connaissance brève.

• A partir de 500 ppm

une rapide perte de connaissance est suivie d’un coma parfois convulsif, accompagné de troubles respiratoires, d’un œdème pulmonaire, de trouble du rythme cardiaque, de modification tensorielle. Si l’exposition n’est pas interrompue, la mort survient rapidement.

• Aux concentrations supérieures à 1000 ppm

la mort survient en quelques minutes. On peut se retrouver confronté à de telles concentration au milieu de tas d’algue, notamment en marchant sur des poches de gaz.
En 2009, l’Etat français reconnait les risques sanitaires liés aux émanations du sulfure d’hydrogène. Cette affaire qui relève de la santé publique est un dossier complexe dont héritent les communes du bord de mer. Elles sont dans l’obligation de ramasser les algues échouées sur les plages dans un délai de 36h, sous peine de devoir les fermer.
Quoi qu’il en soit, il est formellement déconseillé de marcher sur des tas d’algues vertes échouées ou de les remuer. Les algues vertes ne constituant pas une pollution en tant que telle et n’est absolument pas dangereuse du moment qu’elle reste fraiche ; c’est bien le gaz qui se dégage (hydrogène sulfuré), qui peut provoquer des intoxications.
En cas de symptômes, s’éloigner rapidement de la zone d’émanation du gaz et contacter un medecin.

Retrouvez d’autres informations sur les algues dans cette excellente vidéo des 5 Minutes Bretonnes.

Bibliographie.

De A à B

  • ADEBIOTECH. « Compte rendu COLLOQUE « ALGUES ET FILIERES DU FUTUR » », 2010.
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  • Arzel Pierre, Olivier Barbaroux, « Les algues », 2010, « Neva Éditions – Magland », Artisans de la mer, 103p
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  • Burlot Anne-Sophie. « Valorisation des métabolites d’algues proliférantes par voie enzymatique : applications dans les domaines de la nutrition et santé animale, végétale et humaine, de la cosmétique et de l’environnement », 467p, 2016

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de M à U

  • OLLIVRO Jean « De la mer au meritoire. Faut-il aménager les océans ?», Apogée, 180p, 2016
  • Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture, Fonds international de développement agricole, Organisation mondiale de la santé, Fonds des Nations Unies pour l’enfance, et Programme alimentaire mondial. Renforcer la résilience face aux changements climatiques pour la sécurité alimentaire et la nutrition, 2018.
  • PERSON Julie, LANDO Danielle, MATHIEU Daniel, SASSI Jean-François, LECURIEUX-BELFOND Laura,
  • GANDOLFO Robert, BOYEN Catherine, et al. « Livre Turquoise ». Adebiotech, 2010.
  • PHILIPPE Manuelle, « Récolte des algues de rive – Guide de bonnes pratiques ». Inter Bio Bretagne, 2011.
  • SPINEC Florent. « L’algoculture : étude sur le métier, les savoirs, les compétences et la formation », 2016, 110.
  • Université du temps libre du Tregor, « Le goémon, ses richesses à l’origine… et au Service du Monde Vivant », Université du Temps Libre du Trégor, 128 p, 200
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Maelig TREDAN
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Je suis une passionnée de nature, d'art, de culture populaire et d'agriculture durable, dans une Bretagne réunifiée

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