Sommaire
Tempête de 1987 en Bretagne
Dans la nuit du 15 au 16 octobre 1987, la Bretagne est frappée par une tempête d’une violence exceptionnelle.
Des rafales atteignent 216 km/h à la Pointe du Raz / Beg ar Raz. Les forêts sont dévastées, les toitures s’envolent, les bateaux sont malmenés dans les ports et des milliers de foyers se retrouvent privés d’électricité.
Trente-neuf ans plus tard, celles et ceux qui ont vécu cette nuit n’ont rien oublié. Le grondement du vent, les craquements des arbres, l’inquiétude derrière les fenêtres. Et surtout, au petit matin, cette Bretagne méconnaissable.
L’événement est entré dans la mémoire collective sous le nom d’ouragan de 1987.
Une nuit qui allait durablement marquer l’histoire météorologique de notre pays.
15 octobre 1987 : une journée étrangement douce avant la catastrophe
Ce jeudi 15 octobre 1987, la Bretagne connaît une journée particulièrement douce pour la saison. Rien, dans cette atmosphère automnale, ne laisse imaginer à la population l’ampleur du bouleversement qui s’annonce.
Pourtant, au-dessus de l’Atlantique, une puissante dépression est en formation.
La rencontre de masses d’air aux caractéristiques très différentes, associée à une dynamique atmosphérique particulièrement intense, favorise un creusement extrêmement rapide de la pression. Les météorologues parlent de cyclogenèse explosive, parfois appelée « bombe météorologique ».
La pression atmosphérique descend aux environs de 948 hectopascals, une valeur exceptionnellement basse pour nos latitudes.
La dépression se dirige tout droit vers la Bretagne avant de poursuivre sa trajectoire vers nos voisins Cornouaillais et Anglais..
En quelques heures, ce phénomène va déclencher l’une des plus violentes tempêtes de l’histoire météorologique bretonne contemporaine.

La nuit du 15 au 16 octobre 1987 : des vents d’une violence inouïe
À mesure que la soirée avance, le vent se renforce considérablement.
Puis vient la nuit.
Sur les côtes comme à l’intérieur des terres, les rafales deviennent terrifiantes. Les habitations tremblent. Des ardoises s’arrachent des toitures. Les arbres plient, se brisent ou sont déracinés. Les lignes électriques et téléphoniques cèdent les unes après les autres. Dans les ports, les amarres sont mises à rude épreuve. Des embarcations sont endommagées, parfois coulées. Les installations portuaires subissent la violence du vent et de la mer.
À l’intérieur des maisons, beaucoup de familles restent éveillées. Impossible de dormir avec ce vacarme incessant.
Les plus anciens, pourtant habitués aux tempêtes atlantiques, comprennent rapidement qu’il ne s’agit pas d’un simple coup de vent.
Des rafales records en Bretagne
Les mesures météorologiques témoignent de la puissance du phénomène.
| Lieu | Rafale enregistrée |
|---|---|
| Pointe du Raz / Beg ar Raz | 216 km/h |
| Brest / Brest | 148 km/h |
Ces valeurs, documentées par Météo France, donnent une idée de la violence de cette nuit.
À Brest, les 148 km/h constituent alors un record absolu pour la station météorologique.
Ailleurs, certains instruments de mesure sont endommagés ou détruits. Toutes les rafales maximales n’ont donc pas nécessairement pu être enregistrées.
L’ouragan de 1987 demeure, selon les classements historiques de Météo-France, la tempête la plus forte ayant frappé la Bretagne depuis le début de sa série de référence en 1980.
La violence des rafales fut telle que plusieurs instruments météorologiques atteignirent leurs limites ou furent endommagés. À Beg ar Raz, les coupelles de l’anémomètre furent brisées. Les vitesses officiellement retenues ne permettent donc pas nécessairement de connaître les rafales les plus fortes réellement survenues pendant cette nuit d’octobre 1987. Et on peut imaginer que le vent ait atteint des vitesses bien au-delà des 216 km/h.

Des forêts bretonnes dévastées et des dégâts considérables
Au-delà des records météorologiques, c’est l’ampleur des destructions qui frappe les esprits.
Les forêts bretonnes paient un tribut particulièrement lourd. Des arbres centenaires sont déracinés, des parcelles entières sont couchées au sol. Dans certains bois, les troncs s’entremêlent sur des dizaines de mètres, rendant toute progression dangereuse.
Environ un quart de la forêt bretonne est mis à terre par cette catastrophe.
Les conséquences sont immenses pour les propriétaires forestiers, les exploitants et les communes. Il faudra des années pour dégager, replanter et reconstituer une partie de ces espaces boisés.
Mais les dégâts ne se limitent pas aux forêts.
Dans les villes et les campagnes, les cheminées s’effondrent, les hangars agricoles sont éventrés, les bâtiments perdent leur couverture. Les routes sont barrées par les arbres et les câbles électriques.
Les exploitations agricoles subissent également de lourdes pertes matérielles.
Sur le littoral, les ports de pêche et de plaisance présentent parfois des scènes de désolation. Concarneau / Konk-Kerne, notamment, conserve des images impressionnantes des bateaux malmenés par la tempête.
Cette nuit-là, la Bretagne entière est confrontée à une catastrophe d’une ampleur rarement observée.
Le 16 octobre 1987 au matin : une Bretagne méconnaissable
Et puis, au petit matin, le vent finit par s’apaiser.
C’est peut-être ce silence qui reste le souvenir le plus saisissant de l’ouragan de 1987.
Après des heures de grondements, de sifflements et de craquements, un calme étrange s’installe dans les campagnes bretonnes.
Plus d’électricité dans de nombreux foyers. Parfois plus d’eau courante. Les téléphones ne fonctionnent plus partout. Les routes sont coupées. Les jardins sont méconnaissables. Les champs et les chemins sont jonchés de branches, de tuiles, d’ardoises et de débris.
Des arbres qui semblaient indestructibles depuis plusieurs générations sont couchés au sol, leurs racines dressées vers le ciel.
Les habitants sortent prudemment de leurs maisons.
On découvre les dégâts chez soi, puis chez les voisins. Puis on s’interroge sur les proches que l’on ne peut pas joindre. On tente de comprendre ce qui vient de se produire. Dans les campagnes, le silence est progressivement rompu par un bruit qui va devenir familier pendant plusieurs jours : celui des tronçonneuses.
Il faut dégager les accès, libérer les chemins, sécuriser les bâtiments et permettre aux secours comme aux équipes techniques de circuler.
Pour beaucoup de Bretons, les images de ce vendredi 16 octobre resteront gravées dans leur mémoire.
Pourquoi parle t-on de l’ouragan de 1987 ?
L’expression « ouragan de 1987 » s’est imposée dans les médias et dans le langage courant en raison de la violence exceptionnelle des vents.
Pourtant, sur le plan météorologique, il ne s’agissait pas d’un ouragan tropical comparable à ceux qui se forment dans l’Atlantique tropical ou dans les Caraïbes.
La tempête d’octobre 1987 était une dépression extratropicale particulièrement intense, née des mécanismes atmosphériques propres aux latitudes tempérées.
La distinction est importante.
L’échelle de Saffir-Simpson, utilisée pour classer les ouragans tropicaux, ne s’applique pas directement à ce type de tempête. On estime néanmoins que les dommages observés étaient comparables à ceux provoqués par un ouragan de catégorie 3.
Mais pour celles et ceux qui ont vécu cette nuit, la question du vocabulaire est secondaire.
L’ouragan de 1987 restera l’ouragan de 1987.
Échelle de Saffir-Simpson
Elle classe les ouragans tropicaux selon leurs vents soutenus pendant une minute, et non leurs rafales.
| Catégorie 1 | 119 à 153 km/h |
| Catégorie 2 | 154 à 177 km/h |
| Catégorie 3 | 178 à 208 km/h |
| Catégorie 4 | 209 à 251 km/h |
| Catégorie 5 | 252 km/h et plus |
Octobre 1987 : la rafale de 216 km/h à la pointe du Raz correspond numériquement à la catégorie 4, sans constituer un classement officiel de cette tempête extratropicale.
Source : NOAA
Une tempête qui a également frappé les Cornouailles et l’Angleterre
Après avoir ravagé la Bretagne, la dépression poursuit sa course vers le nord-est.
Elle atteint nos cousins et proches voisins de Cornouailles, puis le sud de l’Angleterre, où les dégâts sont également considérables.
Outre-Channel l’événement est connu sous le nom de Great Storm of 1987.
Les arbres déracinés, les infrastructures endommagées et les perturbations des communications témoignent de l’étendue de la catastrophe. De part et d’autre du bras de mer, cette nuit d’octobre laisse une empreinte durable.
La Bretagne et les Cornouailles, deux pays celtiques tournés vers l’Atlantique, ont ainsi partagé l’expérience d’un même phénomène météorologique d’une violence extraordinaire.
Après l’ouragan, la solidarité bretonne
Passée la stupeur, il faut agir.
Partout, les habitants s’organisent. Les agriculteurs mettent leurs tracteurs et leur matériel à disposition. Les voisins s’entraident pour dégager les arbres, protéger les maisons endommagées et venir en aide aux personnes isolées.
Les équipes de secours, les agents des collectivités et les personnels chargés des réseaux électriques et téléphoniques travaillent dans des conditions difficiles.
La reconstruction prend du temps.
Il faut réparer les bâtiments, remettre les réseaux en service, rouvrir les routes, nettoyer les ports et entreprendre le long travail de remise en état des forêts. Cette mobilisation collective constitue une autre facette de l’ouragan de 1987.
Car si le vent a détruit, il a aussi révélé la capacité des Bretons à se serrer les coudes lorsque les circonstances l’exigent.
Une solidarité concrète, immédiate, sans grands discours.
L’ouragan de 1987 dans l’histoire des grandes tempêtes bretonnes
La Bretagne, avancée dans l’Atlantique, a toujours été exposée aux puissantes dépressions océaniques.
Son Histoire est jalonnée de tempêtes ayant bouleversé la vie maritime, les activités agricoles et les paysages.
Mais octobre 1987 occupe une place particulière.
Les tempêtes de décembre 1999, puis Ciàran en novembre 2023, ont elles aussi provoqué d’importants dégâts. Pourtant, celle des 15 et 16 octobre 1987 demeure une référence majeure dans les archives météorologiques bretonnes.
Elle rappelle combien les phénomènes atmosphériques extrêmes peuvent transformer, en quelques heures, des paysages façonnés pendant des décennies.
Elle souligne également l’importance des observations, des prévisions et des dispositifs d’alerte.
À l’époque, les moyens de surveillance et de communication n’étaient évidemment pas ceux dont nous disposons aujourd’hui. Le 15 octobre 1987, Météo France connaissait par ailleurs un mouvement de grève.
Depuis, les modèles numériques, les satellites, les réseaux de mesure et les systèmes d’information ont considérablement évolué
39 ans après, la Bretagne n’a pas oublié la nuit du 15 au 16 octobre 1987
Le temps a passé.
Les arbres ont repoussé. Les maisons ont été réparées. Les ports ont retrouvé leur activité. De nouvelles générations sont nées, qui n’ont connu cette catastrophe qu’à travers les photographies, les archives ou les récits familiaux.
Mais pour celles et ceux qui étaient là, les souvenirs restent étonnamment précis. Le bruit du vent. Les fenêtres qui tremblent. L’obscurité après la coupure d’électricité. L’inquiétude. Puis ce matin silencieux, face à un paysage bouleversé.
Et cette impression d’avoir vécu une nuit qui ne ressemblait à aucune autre.
Le Gwenn ha Du déchiqueté par la tempête, qui illustre cet article, symbolise à lui seul cette violence. Un drapeau meurtri, mais toujours accroché à son mât.
Trente-neuf ans plus tard, cette image demeure particulièrement évocatrice.
Et vous, où étiez-vous dans la nuit du 15 au 16 octobre 1987 ?
Vous avez vécu l’ouragan de 1987 en Bretagne ?
Vous vous souvenez des dégâts dans votre commune, des arbres abattus, des coupures d’électricité ou des journées de solidarité qui ont suivi ?
Racontez-nous vos souvenirs dans les commentaires.
Vos témoignages, vos photographies et vos archives familiales peuvent contribuer à préserver la mémoire de cette nuit exceptionnelle pour les générations futures.
Car l’Histoire de Bretagne s’écrit aussi avec les souvenirs de celles et ceux qui l’ont vécue.

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