oui à l'autonomie de la Bretagne

Oui à l’autonomie de la Bretagne

de Thierry GUERIN

Qu’est-ce que se dire être Breton, qu’il soit bretonnant ou gallèsant, si ce n’est clamer une différence en lien avec une culture et une Histoire ?

Souhaiter l’autonomie c’est la défendre tout en prenant conscience que notre culture et notre Histoire ne seront jamais défendues réellement à Paris.
Rappelons alors le sort de la loi Molac pour s’en convaincre…
Cette loi défendait pourtant toutes les langues « régionales » et le Conseil Constitutionnel l’a stoppé, ou encore plus anciennement l’action des hussards noirs de la république au XIX ème et début XX ème siècle qui œuvrèrent sciemment pour la disparition du breton et du gallo à l’ombre de croyances nées d’un roman national français.

Devrons-nous continuer à confier notre identité à ceux-là même qui voudraient la tuer ?

Certains pourraient considérer que l’unité de la France était à ce prix, au nom aussi d’une modernité.
Beaucoup de nos anciens y ont cru au point d’opérer un véritable suicide linguistique, stoppant même les chaines d’une transmission intergénérationnelle. Mais ils l’ont cru parce qu’il leur avait été enseigné que leur culture était sans avenir, sans intérêt et inférieure en rapport à la grandeur d’un pays dit des lumières et d’un ordre du monde où seuls les puissants pouvaient régner.

Ce type de discours hiérarchisant et prônant la survie par l’assimilation était d’ailleurs encore entendable jusqu’à il y a seulement vingt ans car la mondialisation était évoquée. Certains peuvent estimer que tout cela n’est que péripéties de l’histoire ancienne et qu’elles sont désormais sans valeur. Mais toute culture est ancienne car émanant d’un héritage de nos aïeuls. Il nous reviendrait maintenant de savoir vers quelle partie de nous-mêmes, devrions-nous désormais nous retourner : vers la partie de notre identité qu’on nous a conduit à être ou vers la partie de notre identité que nous aurions dû être si nous n’en avions pas été écarté.

Comment peut-on être Breton, Vivre sa bretonnité, par Thierry Guérin
Comment peut-on être Breton, Vivre sa bretonnité, par Thierry Guérin

La différence des Bretons est manifeste et elle l’est car elle tient d’une culture, d’une identité.

Et c’est parfois ceux qui critiquent les Bretons, qui finalement l’atteste le mieux en égrainant tous les clichés qu’ils nous attribueraient si régulièrement, confirmant décidément en agissant ainsi un écart entre les Bretons et les Français. Nous pouvons aussi dans la même logique nous remémorer toutes les caricatures très anciennes d’Ernold le noir faisant des Bretons des barbares et des animaux voire le racisme anti-breton du XIXème siècle et début XXème à travers la double image du chouan arriéré et de Bécassine, qui n’eurent de cesse de décliner les Bretons comme différents des autres.

La question de l’autonomie de la Bretagne conduirait donc à chaque Breton de se poser la question de ce qu’il fait actuellement de sa culture en tant que richesse qui lui fut léguée.
La connait-il vraiment, lui, à qui on a refusé le droit d’entendre son Histoire ?
Souhaite-t-il la défendre, la protéger et si oui, comment, lorsque l’on sait que les pouvoirs publics français ne sont pas de réels soutiens pour cet objectif ?
Je crois ainsi me souvenir qu’encore récemment certains prénoms bretons comme Fañch avec son ñ tilde furent refusés par l’administration française.
Comment concrètement ne plus voir notre culture niée sans avoir recours à l’autonomie de la Bretagne ?

je suis Fañch
je suis Fañch

Invoquer l’unité nationale, en avoir la préoccupation, ne devrait à mon sens, pas avoir de place en ce débat autour de l’autonomie de la Bretagne, dans la mesure où aucune unité et surtout au sein d’une démocratie ne devrait se faire au détriment d’un autre et encore moins au détriment des cultures premières. Elle ne devrait pas davantage se faire à base de mensonges. Cela correspondrait encore à une manœuvre visant à demander implicitement dans un rapport de force à peine voilé, à certains de se taire, et de continuer à être à la place qui leur fut attribué aux seuls bénéfices des autres, plus puissants. Tout cela décrirait cette sempiternelle vision jacobine et disons-le, peu démocratique d’une citoyenneté.

oui à l'autonomie de la Bretagne
« Je crois en la liberté des peuples à disposer d’eux-mêmes » … mais ailleurs

Faut-il rappeler que l’« union » de la Bretagne fut établie en accordant aux Bretons des libertés armoriques, c’est-à-dire le droit de rester Bretons ?
Inutile de dire que nos droits ne furent pas respectés.

Quoiqu’il en soit, toute unité doit se faire en conscience et de façon libre.

L’autonomie de la Bretagne : pourquoi cette peur de l’avis d’une population ?

Ce qui pose ici problème, ne serait pas tant que l’unité nationale puisse se voir contestée mais plutôt que la France se montre incapable d’assumer avec responsabilité une construction d’état non pas à partir d’une base démocratique mais à partir de l’usage de la force ? Nous pouvons en faire le même constat dans son rapport chaotique à ses ex-colonies. Il ne reviendrait donc pas à nous, quoiqu’il en soit, de nous préoccuper de la santé de celui qui nous enferme.

81% des Bretons favorables à l'autonomie de la Bretagne
81% des Bretons favorables à l’autonomie de la Bretagne

Même si nous ne l’avons pas connu directement puisque tout cela s’exerça du temps de nos arrières grands-parents où à l’école ils se voyaient stigmatisés, humiliés en se voyant attribués le « symbole » parce qu’ils avaient parlé breton, pouvons-nous chacun d’entre nous, ignorer que notre culture nous fut volée à ce moment-là ?
Devons-nous donc considérer maintenant comme dans un syndrome de Stockholm que ce crime émanant de France était « pour notre bien » ?

Pouvons-nous vraiment répondre à cette question affirmativement sans trahir une partie de nous-mêmes ?

Pouvons-nous répondre cela ainsi en sachant que la France n’a eu de cesse de nous délester de tous nos attributs royaux ou d’état (voir ce que la France a fait du château des « Ducs » (par la grâce de Dieu, roi en son duché) de Bretagne à Nantes / Naoned, etc…) ?
Serions-nous si fous au point de confier notre patrimoine culturel à un mandataire qui le dilapiderait donc volontairement ?

Certains encore diraient que la France a apporté beaucoup à la Bretagne et je répondrais que la Bretagne n’est pas en reste et qu’elle a apporté beaucoup à la France.
Cette dernière aurait-elle d’ailleurs gagné la guerre de Cent ans sans la chevalerie bretonne et le duc de Richmond?
Aurait-elle été au Canada ou en d’autres endroits du monde sans les marins bretons ?
Beaucoup s’inquiéterait aussi pour notre économie ou plutôt leur économie personnelle et de ce qu’elle deviendrait avec plus d’autonomie accordée à la Bretagne.
Faut-il donc rappeler tous les atouts de la Bretagne ?
Faut-il rappeler que bien des pays de même taille (Danemark) parfois mêmes plus petits, vivent très bien ?


Mais en vérité, qu’importe toutes ces questions économiques, une seule et vraie question se pose et elle nous oblige :

Que faisons chacun d’entre nous, héritiers de fait, légataires en charge de notre patrimoine culturel, de notre identité pour qu’ils puissent perdurer?
Car avec ou sans autonomie de la Bretagne, ce patrimoine ne perdura qu’en fonction de ce que nous faisons.

Sommes-nous prêts cette fois-ci à l’assumer pleinement y compris en assumant des pans de notre culture desquels nous en avons été pourtant écarté ? Que devrions-nous dire que les habitants de Loire-Atlantique que l’on détourne de leurs racines bretonnes millénaires à partir d’un découpage administratif vieux de quatre-vingt ans?
Mais tout cela peut paraitre futile pour certains.
Selon leur pensée, les uns accorderont de l’importance à l’instant présent et s’en satisferont alors que d’autres se referont au passé. Pour ceux qui hésiteraient encore, prenez conscience de la vraie valeur de notre culture.
Ne soyons plus ignorants.
Elle n’a rien à envier à celle de la France. Retirez tous les secrets, les oubliettes qui y furent posées et vous verrez que tout cela n’est pas du folklore mais la culture d’un pays qui le fut et qui devrait être rétabli en tant que tel et d’abord par nous tous.
Ne la trahissons pas, mettons-nous à sa hauteur.

Il me semble que l’autonomie de la Bretagne nous apporterait beaucoup et notamment la vérité sans plus de travestissements ni de falsifications d’origines politiques.
Comment vivre sans vérité ?

Soutenez votre média breton !

Nous sommes indépendants, également grâce à vos dons.

A lire également

4 commentaires

Anne Merrien 28 novembre 2023 - 17h37

En toute autonomie, des maires de Bretagne malmènent les noms de lieux, ne protègent pas les vestiges du passé ou continuent à ne pas verser le forfait scolaire aux écoles Diwan.
En toute autonomie, le Président du Conseil départemental de la Loire-Atlantique n’a pas inscrit la pétition des 100 000 dans l’ordre du jour.
Ne rêvons pas trop avec l’autonomie. Un peu seulement.

Répondre
Anne Merrien 30 novembre 2023 - 15h39

Le CR B4 émet régulièrement un voeu en faveur de la Réunification, alors que la loi lui permet de formuler une vraie demande. Comme si l’Etat allait répondre à un communiqué de presse !
Parfois, le CD 44 émet aussi un voeu. C’est encore plus alambiqué : s’y retrouvent aussi bien les partisans du grand ouest que de la Réunification. Du « en même temps ». Alors que le CD 44 peut faire une vraie demande pour changer de région, il ne peut émettre qu’un voeu en faveur de la fusion des deux régions (car ce n’est pas de sa compétence, c’est celle des deux régions).
Les communes peuvent aussi formuler des voeux, même si la demande de Réunification n’est pas de leur compétence. Ces voeux n’ont aucune existence légale, mais ce n’est pas une raison pour invoquer n’importe quoi, comme un référendum fantaisiste (seul un vote consultatif est possible et c’est déjà bien). Le vote consultatif que le CD 44 peut organiser. Cela fait partie de ses compétences.

Répondre
cosquer 4 décembre 2023 - 23h02

Anne MERRIEN… Poent eo soñjal er-maez eus ar framm gall; echuet ez eo ar bedeladur da vat! Kollet ar brezel gant an OTAN ha gant Brouioù kornog… Echu ez eo o fennholieriezh ouzh peurest ar bed da viken neuze. Nac’het e vo oberoù Frañs er broioù Afrika zo… Paouraat a raio Bro C’Hall… Petra a virfe ouzh ar Vretonned a vont gant an hent all. Araok pell o do intantet ne vo ket mui Bro C’hall gouest da reiñ dezho o zamm bara… Ni hon unan ne laran ket!

Répondre
Anne Merrien 5 décembre 2023 - 17h35

N’on atapiet nemet gant Breizh he femp departamant.

Répondre

Une question ? Un commentaire ?

Recevez tous nos articles en avant-première !

Toute l’actu indépendante et citoyenne de la Bretagne directement dans votre boîte e-mail.

… et suivez-nous sur les réseaux sociaux :

Notre mission

NHU veut faire savoir à toutes et tous – en Bretagne, en Europe, et dans le reste du monde – que la Bretagne est forte, belle, puissante, active, inventive, positive, sportive, musicienne…  différente mais tellement ouverte sur le monde et aux autres.

Participez

Comment ? en devenant rédacteur ou rédactrice pour le site.
 
NHU Bretagne est une plateforme participative. Elle est donc la vôtre.