Bécassine à nouveau au cinéma ?

Bécassine à nouveau au cinéma ?

Bécassine la femme bretonne en sabots, sotte et naïve, arrivant de sa Basse Bretagne, est née sans bouche.

Pourquoi diable cette femme aurait une bouche ? Elle n’a rien à dire.
Elle est femme d’abord, et elle est Bretonne en plus.
Son créateur l’a fait naître à Clocher les Bécasses en 1905 dans la famille LABORNEZ. Village imaginaire au nom évocateur, et où leurs voisins étaient les QUILLOUCH. Ce simple libraire de la petite bourgeoisie parisienne n’a sans doute jamais mis un pied en Bretagne durant sa vie. Mais c’est dans un village qui n’existe pas que ce parisien bon teint imagine une famille La Bornée dont les voisins sont les Qui Louchent. En commençant ainsi, on comprend mieux pourquoi il valait mieux qu’il s’inventât le pseudonyme CAUMERY plutôt qu’oser signer de son vrai nom Maurice LANGUEREAU. Le dessinateur était Joseph PINCHON.

Bécassine

Les citadins bien habillés restent entre eux et la cruche bretonne sans bouche s’active …

Auto-humiliation.

De cette « imagerie pour enfants« , Henri BOYER, un professeur en sciences du langage à l’Université de Montpellier III dans le sud de l’Hexagone, dira que « l’image du Breton têtu, courageux, borné, plouc et alcoolique s’imposait« . Mais le plus grave est sans doute cette manière bon-enfant dont les Bretonnes et les Bretons ont eux-mêmes intégré cette caricature que nul autre minorité ne supporterait. Et c’est tristement encore valide.
Parmi les noms d’oiseaux qui servent à l’être humain pour s’insulter, la bécasse est synonyme de cruche, d’idiote, de simplette d’esprit.
Mais pour certains, il ne s’agirait que d’humour ou d’auto-dérision.

Existe t-il seulement un autre peuple sur cette terre qui soit à ce point disposé à s’auto-ridiculiser, à l’auto-humilier à ce point ?
Existe t-il en Corse ou en Écosse, au Danemark ou en Catalogne, où encore ailleurs, en 2017, une telle caricature ?

Bécassine : la double peine.

Cette simple d’esprit subit de plein fouet deux peines : c’est une femme et c’est une Bretonne.
Rappelons que cela se passe à partir de 1905. A peu près à la même époque, sont publiées d’autres personnages dont certains vivront jusqu’à l’après dernière guerre, et en particulier jusqu’à la décolonisation. Il y aura Bab-Azoum l’Africaine, condamnée comme la Bretonne à la double peine. C’est une petite fille et elle est noire. Et puis il y aura aussi le fameux personnage Y’a bon Banania, exerçant dans un autre genre.

bécassine

Bab-Azoum, une autre caricature de l’époque. Double peine également : femme et Africaine. Seule la femme bretonne existe toujours …

Bécassine

Banania, cette autre caricature humiliante, n’est plus qu’un mauvais souvenir. Seule Bécassine existe toujours …

Morvan LEBESQUE décrit très bien la démarche en 1970 dans son ouvrage de référence « Comment peut-on être Breton ? ». « Le Breton appartenait à jamais à la race pittoresque et récréative qu’incarnait sous une autre peau cette autre rondeur, le Bon Nègre Banania. Bamboula Y’a Bon Banania et Bécassine Ma Doué Béniguet ont été les deux lunes alternées de mon enfance, la noire et la blanche« .

Fort heureusement la lune noire s’est éteinte.

Un premier film au titre de Bécassine, est sur les écrans en 1939. Réalisé par Pierre CARON sur un scénario de Jean NOHAIN avec Paulette DUBOST dans le rôle principal.

Le 18 Juin de cette même année, le statue de Bécassine est détruite au Musée Grévin à Paris (France). Et puis il y a eu la grande chanteuse française Chantal GOYA qui chantait Bécassine c’est ma cousine en 1979.
En Avril 2005 la poste française édite un timbre à l’effigie de cette caricature de la femme pour fêter le centenaire de sa « naissance ».

La bêtise pourrait s’arrêter là.

On n’imagine plus, et c’est heureux, la poste française émettre un timbre à l’effigie d’une femme caricaturale noire, corse ou arabe.
Les marques commerciales d’aujourd’hui valorisent nos différences et c’est aussi cela le respect de l’autre et le vivre-ensemble.
Mais les Bretonnes semblent « épargnées » par ce modernisme et ce respect.

Nous vous annonçons le projet d’un nouveau film sur Bécassine.
Tournage prévu durant cet été 2017, par le cinéaste français Bruno PODALYDES. Il nous promet selon ses termes « un joli casting » avec « une actrice inconnue » pour tenir le rôle de la caricature de la femme bretonne.
Nous imaginons que l’action se déroulera vers Clocher les Bécasses, quelque part en Basse Bretagne.
Et que le peuple de Bretagne appréciera …

« Plus un personnage a de pouvoir, plus il devient caricature » disait Lindsay ANDERSON, metteur en scène et cinéaste anglais.
Est-ce également vrai des pays ? Alors, la Bretagne aurait-elle tant de pouvoir qu’il faille encore à notre époque lui entretenir une caricature si particulière ?

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Rémy PENNEG
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