Ça y est, nous y sommes … en Bretagne comme ailleurs !

Ça y est, nous y sommes … en Bretagne comme ailleurs !

Nous y sommes.

Au pied du mur, au bord de l’abîme.
On ne réagit aux réalités que lorsqu’elles commencent à faire mal.

Nous avons créé la vie plus facile, brûlé en un siècle le pétrole patiemment fabriqué par la nature en cent millions d’années, vidé les mines, mangé des fraises en plein hiver, pollué la terre, jeté nos plastiques à la mer, relâché nos fumées dans le ciel, skié sur de la neige artificielle, acidifié la pluie, mis des baskets qui clignotent dans la nuit, nourri des vaches avec de la vache en poudre, bouffé du glyphosate, bu du Coca à s’en faire déborder la rate, confectionné des déchets radioactifs toxiques pendant dix mille ans, arraché les défenses des éléphants…
On s’est laissé porter par nos ascenseurs et nos escaliers mécaniques, par des sièges en cuir propulsés par nos moteurs thermiques, pour arriver plus vite dans des salles de gym, et courir sur des tapis électriques.
Puis on a consommé, on s’est consumé, noyés dans la publicité… On a fumé comme des rebelles en narguant le cancer (comme si ça allait le vexer le cancer), on s’est marré en regardant Cyril Hanouna mettre des nouilles dans des slips, franchement on peut dire qu’on s’est bien amusés.

On a réussi des trucs vraiment fantastiques, très compliqués.

Faire fondre les glaciers, créer des armes bactériologiques, détruire la couche d’ozone avec des aérosols pour sentir bon, inventer la télévision pour regarder des Anges-qui-rendent-cons, condamner un tiers des espèces à l’extinction, planter du maïs génétiquement modifié pour qu’il résiste aux pesticides qui tuent les abeilles, mettre au point le Viagra et des pilules pour le sommeil, déplacer le Gulf Stream, vaincre la solitude grâce à internet, fabriquer plus de bombes nucléaires qu’il n’en faut pour faire péter trois fois la planète…

Franchement on s’est marré.
Et franchement on a bien profité.

On a chanté. Et on a dansé tout l’été. On a dansé en regardant du coin d’un œil désabusé ceux qui n’ont pas eu la chance de naître dans un pays civilisé. Nous avons chanté, dansé, sur la gueule des trois quarts des habitants de la Terre, que nous avions baptisé « sous-développés ». Mais les voilà qui se développent aussi, qui deviennent « émergents » et qui réclament maintenant leur part de danses et de chants. Nous avons chanté, dansé tout l’été. Et nous voilà forts dépourvus maintenant que la bise est venue.

Nous y sommes. Au pied du mur, au bord de l’abîme.

Elle nous aime bien la Terre, elle nous a gentiment laissé jouer pendant des siècles. Mais ça la démange de plus en plus. Au début, nous l’avons juste un peu chatouillé… Puis c’est devenu un cancer généralisé, un mélanome en pleine métastase…

Elle nous aime bien la Terre, mais elle n’a plus le choix : elle ferme les robinets. Les robinets de pétrole, de gaz, d’uranium, d’air, d’eau… Nous avons même réussi à consommer presque tout le sable de la planète. Oui, même le sable, indispensable pour notre béton, il n’y en a presque plus…

Alors elle est devenue un peu méchante, la Terre. Elle fait monter les océans, elle nous envoie des gros cyclones, balance des tsunamis sur nos centrales nucléaires, elle laisse passer des rayons mortels dans le ciel…

Son ultimatum est clair et sans pitié : « Sauvez-moi, ou crevez avec moi. »

Sommes-nous prêts à entendre qu’une croissance permanente et infinie est matériellement, physiquement impossible ?
Et sommes-nous prêts à nettoyer le ciel, laver l’eau, décrasser la terre, et éteindre en sortant ?
Sommes-nous prêts à être solidaires avec nos voisins, avec l’Europe, avec le monde ?

Nous chantions ? Eh bien, dansons maintenant…
Mais autrement.

—–
Merci à Fred Vargas et son texte « La troisième révolution », dont ces mots sont très largement inspirés, et dont j’ai repris la trame, en tentant de réécrire une version actualisée et plus percutante.

Que l’on ne s’y trompe pas : bien que dramatique, ce texte est un appel à l’action, et non au fatalisme. S’il vous a interpellé, je vous suggère encore un peu de lecture : https://www.facebook.com/sagan.eric/posts/1108378349347416

Mais je ne me fais aucune illusion, cet appel entraînera moins d’engagements que ceux appelant à baisser le prix du diesel.

Bienvenue sur Terre.

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A propos de l'auteur

Éric SAGAN
Éric SAGAN 1 articles

"Une goutte d’eau dans l’océan, un océan dans une goutte d’eau". Auteur, ancien chef d’entreprise, engagé, modestement, dans quelques combats humanistes.

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