solidarité en Bretagne

Le peuple breton. Solidaire

de NHU Bretagne

Le peuple breton. Solidaire.

Solidarité en Bretagne.
Lorsque Jean Le Cam, le “Roi Jean”, détourne sa route pour aller sauver un navigateur en détresse, il perpétue une règle … bretonne.
Et cette règle traverse les siècles.

La solidarité bretonne s’exprime au large. Elle irrigue les villages, les bourgs et les villes, et se retrouve dans les associations, dans les entreprises, dans les réseaux d’entraide, et surtout dans les gestes quotidiens. Elle constitue une signature culturelle.
Cette identité continue de se réinventer, parce que les Bretons, dès qu’un besoin apparaît, ils s’organisent.

Jean Le Cam : Le solitaire solidaire

Jean Le Cam incarne mieux que quiconque l’esprit marin breton. Son histoire commence sur les eaux du Finistère, et elle ne l’a jamais quitté. Très tôt, il choisit la voile hauturière. Très vite, il s’impose comme l’un des plus grands navigateurs. Pourtant, il n’a jamais cherché les projecteurs. Il a préféré la mer, la vérité des vagues et la simplicité des gens de pont.

Son palmarès force le respect. Il compte plusieurs victoires majeures : trois titres de champion du monde, trois victoires sur la Solitaire du Figaro, puis des podiums répétés sur la Route du Rhum et la Transat Jacques Vabre. Il est l’un des très rares marins à avoir terminé cinq Vendée Globe

Pourtant, ce n’est pas seulement sa réussite sportive qui impressionne. C’est son humanité. Jean Le Cam demeure le marin qui s’arrête pour sauver les autres. En 2020, en pleine nuit, il retrouve Kevin Escoffier perdu au milieu des vagues, et il le ramène au port. Peu de gestes symbolisent aussi clairement la Bretagne : un solitaire capable de tout interrompre pour un acte de fraternité.

Jean Le Cam reste fidèle à ce que les marins bretons savent depuis toujours : sur l’océan, la compétition s’efface devant l’essentiel. Ainsi, ses victoires comptent. Mais ses sauvetages comptent davantage encore. C’est pour cela qu’il inspire. C’est pour cela que la Bretagne le regarde avec gratitude.


Ernest Renan, traduit parfaitement cet esprit de solidarité par son célèbre texte sur la définition d’une nation.
Seul un Breton est capable d’un tel texte

Ernest Renan
Ernest RENAN, écrivain et philosophe breton

Ernest Renan : Le penseur de la solidarité

Renan incarne une autre facette de la solidarité bretonne. Il naît à Tréguier / Landreger, au cœur du Trégor, où il passe une enfance marquée par la douceur des paysages, la ferveur populaire et l’entraide quotidienne. Cette Bretagne-là ne le quittera jamais. Elle nourrit sa pensée. Elle façonne son regard. Elle inspire toute son œuvre.

Renan raconte cette période dans Souvenirs d’enfance et de jeunesse. Il y décrit les ruelles de Tréguier, les visages familiers, les gestes simples qui construisent un être humain. Chaque page rappelle que la solidarité n’est pas un concept abstrait. Elle naît d’une terre, d’une langue, d’un peuple. On y retrouve une Bretagne intime, celle des familles modestes, des maîtres d’école patients, des prêtres cultivés et des voisins toujours présents.

Plus tard, Renan deviendra l’un des plus grands intellectuels européens. Il garde au fond de lui ce sens du collectif. C’est ce qui donne tant de force à son texte : « Qu’est-ce qu’une nation ? ». Ce texte célèbre décrit l’essence même d’un peuple. Renan y rejette les définitions ethniques et les mythes guerriers. Il affirme que la nation n’est ni une race, ni une langue, ni un territoire. Elle est un pacte et une volonté. Dans cette réflexion, on entend clairement son héritage breton. Renan écrit avec une lucidité et une générosité que seuls ceux qui ont connu l’entraide quotidienne peuvent posséder.

Seul un Breton pouvait rédiger un texte d’une telle humanité. Voici un extrait puissant de « Qu’est-ce qu’une nation ? » :

Dans sa conférence en Sorbonne de 1882, « Qu’est-ce qu’une nation ? », Renan apporte des éléments permettant d’aller au fond des choses sur la question de notre relation avec la France.

« Une nation est donc une grande solidarité, constituée par le sentiment des sacrifices qu’on a faits, et de ceux qu’on est disposés à faire encore. Elle suppose un passé ; elle se résume pourtant dans le présent par un fait tangible : le désir clairement exprimé de continuer la vie commune.

L’existence d’une nation est (pardonnez-moi cette métaphore) un plébiscite de tous les jours, comme l’existence de l’individu est une affirmation perpétuelle de vie. Oh, je le sais, cela est moins métaphysique que le droit divin, moins que le droit prétendu historique.

Dans l’ordre d’idées que je vous soumets, une nation n’a, pas plus qu’un roi, le droit de dire à une province : « Tu m’appartiens, je te prends. ». Une province, pour nous, ce sont ses habitants : si quelqu’un en cette affaire a droit d’être consulté… c’est l’habitant. Une nation n’a jamais un véritable intérêt à s’annexer ou retenir un pays malgré lui. Le vœu des nations est, en définitive, le seul critérium légitime, celui auquel il faut toujours en revenir.

Une nation est une âme, un principe spirituel. Deux choses qui, à vrai dire, n’en font qu’une constituent cette âme, ce principe spirituel.

L’une est dans le passé, l’autre dans le présent. L’une est la possession en commun d’un riche legs de souvenirs ; l’autre est le consentement actuel, le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l’héritage que l’on a reçu indivis. L’homme, messieurs, ne s’improvise pas.

La nation, comme l’individu, est l’aboutissement d’un long passé d’efforts, de sacrifices et de dévouements. Un long passé héroïque, de grands hommes, de la gloire… voilà le capital social sur lequel on assied une idée nationale. Avoir des gloires communes dans le passé, une volonté commune dans le présent ; avoir fait de grandes choses ensemble, vouloir en faire encore, voilà les conditions essentielles pour faire un grand peuple… »

Seul sans doute un Breton pouvait écrire un tel texte. Dans ces lignes, Renan résume ce que le peuple breton vit depuis des siècles : une mémoire commune et une volonté de marcher ensemble. Il parle de l’humanité. Et derrière cette humanité, on devine toujours Tréguier, cette petite ville où la solidarité n’était jamais un effort, mais une culture.

Des racines anciennes.

Les premiers Bretons venus de l’île de Bretagne ont fondé leurs paroisses primitives sur la base de la coopération. Pour défricher, bâtir ou cultiver, il fallait agir en clan. Les familles se réunissaient ainsi autour de tâches collectives.

Les figures fondatrices occupent toujours la mémoire populaire. Aujourd’hui, la Vallée des Saints, sur sa colline de Carnoët, ressuscite ces géants. Lorsque l’imaginaire collectif est vivant, la solidarité sociale est encore plus solide.
Cette étape fondatrice s’appuie sur les valeurs chrétiennes à portée universelle.

La solidarité traduite sous de multiples formes.

Voir dans l’épisode numéro 25 la traduction de cette solidarité dans le monde économique et associatif

Quelques autres solidarités bretonnes …

Les Abris du Marin : Les maisons sûres des gens de mer

Les Abris du Marin sont fondés en 1900 par Jacques de Thézac, photographe humaniste fasciné par la vie rude des pêcheurs bretons. Leur fonction est simple : offrir chaleur, lecture, repos et sécurité aux marins qui passaient des semaines en mer. Des milliers de Bretons ont connu un lieu d’accueil digne, loin des tavernes. Ces abris témoignent d’une solidarité populaire organisée, entièrement tournée vers les plus exposés.

Une quinzaine d’Abris du Marin furent construits entre 1900 et 1952 dans le Finistère et le Morbihan.

Les HSB : L’ancêtre direct de la SNSM

Les HSB (Hospitaliers Sauveteurs Bretons) voit le jour en 1873 pour structurer le secours en mer en Bretagne. Elle s’appuie sur des marins bénévoles, des canots à rames et une discipline de fer. Plus tard, elle fusionnera avec la Société centrale de sauvetage des naufragés pour former la SNSM. Son héritage reste immense. Les HSB ont posé les bases d’un modèle où le courage, le bénévolat et l’organisation collective sauvent chaque année des vies.

Kenleur : La danse bretonne comme solidarité vivante

La fédération Kenleur réunit environ 200 cercles celtiques, près de 10 000 danseurs adhérents et 800 bénévoles. Elle prolonge une longue histoire de transmission des costumes et de la danse bretonne, qui unit enfants, adultes et anciens dans un même mouvement. Les festoù-noz et les répétitions deviennent des lieux de partage intergénérationnel. Chaque cercle perpétue un art de danser local. Et chaque danseur enrichit une tradition vivante où la communauté prime toujours sur l’individu.

Sonerion : Les bagadoù, écoles de fraternité musicale

La fédération Sonerion encadre l’univers des bagadoù, avec environ 80 ensembles, plusieurs milliers de musiciens, et un réseau de bénévoles omniprésent. Créée dans les années 1940, elle a structuré l’enseignement des instruments traditionnels, du biniou au bombarde, en passant par la caisse claire écossaise. Sonerion transmet un art collectif, et chaque bagad fonctionne comme une petite famille. Et chaque répétition renforce un esprit commun qui fait vibrer la Bretagne entière.

BRUDED : Innover ensemble, à la bretonne

L’association Bruded rassemble quelque 280 collectivités bretonnes qui coopèrent pour partager leurs réussites et leurs solutions concrètes : écoconstruction, écoles, mobilités douces, espaces publics, culture. Le réseau fonctionne sur un modèle proche de Produit en Bretagne, mais appliqué à la vie communale : échanger, inspirer, améliorer. Les communes avancent ensemble.

Cinq exemples de solidarité bretonne. Cinq parmi des milliers, chaque jour, dans chaque coin du pays.
Par conséquent, la solidarité bretonne n’est pas un mythe romantique : c’est une méthode, une manière de construire, une manière de penser le futur.

La solidarité au quotidien : les Cahiers Bleus du Télégramme.

Chaque matin, les Cahiers Bleus montrent ce que vivent les communes. On y découvre des dizaines d’initiatives. Une collecte pour une jeune malade. Un chantier participatif lancé dans un bourg. Une association qui aide une famille après un incendie. Ces Cahiers Bleus racontent une Bretagne réelle.

En outre, ces informations locales prouvent que la solidarité n’est pas conceptuelle. Elle prend forme dans des repas partagés, dans des fêtes reconstituées, dans des projets culturels montés avec trois bouts de ficelle. Elle s’inscrit dans la vie ordinaire.

Les Cahiers évoquent souvent des actions discrètes mais décisives. On y lit la même énergie : celle d’un peuple qui ne se résigne jamais à l’isolement. À travers ces lignes, on comprend que la Bretagne avance par ses habitants. Ils s’impliquent, proposent et construisent.

La solidarité bretonne est une force active qui modèle chaque journée.

Breizh A Live : la langue bretonne, fête et combat collectif

L’opération Breizh A Live a vu le jour en 2025, sous l’impulsion de la chanteuse bretonne Gwennyn et de nombreux autres artistes bretons déterminés à donner un nouveau souffle à la langue bretonne.

A travers un concert, elle incarne à la fois un rassemblement culturel et un moment de mobilisation citoyenne. Ce projet prouve qu’aujourd’hui encore, la solidarité bretonne s’exprime par la musique. Il réunit des générations différentes : des jeunes issus des écoles bilingues, des artistes confirmés, des bénévoles.

Par son ambition, Breizh A Live montre que la langue, la culture et la mémoire se portent mieux quand on s’unit pour les défendre. L’événement dépasse le simple concert. Il se veut aussi un moment de réflexion sur l’avenir de la langue bretonne, un appel à l’engagement citoyen, et une manière de rappeler qu’une culture vivante se construit ensemble.

Ainsi, Breizh A Live incarne à nouveau cette Bretagne active, fière, solidaire, qui ne se contente pas d’hériter, mais agit.

De nouveaux horizons : la Bretagne, force motrice du secteur quaternaire

La solidarité bretonne ouvre désormais une voie nouvelle : celle du secteur quaternaire, centré sur l’innovation sociale et la coopération. Selon le sociologue Roger Sue, ce secteur deviendra déterminant pour les sociétés avancées.

Justement, la Bretagne dispose déjà de tous les ingrédients. Elle possède un tissu associatif dense et encourage les initiatives citoyennes. Elle valorise les projets ancrés dans ses régions. Et surtout, elle nourrit une culture de l’engagement qui dépasse les alternances politiques.

La solidarité bretonne s’exprime aussi dans une multitude de gestes discrets, et essentiels.
Des marins pêcheurs bretons ont ainsi offert de filets de pêche réparés à l’Ukraine, dans le cadre de l’initiative Kernic Solidarité portée par Christian Abaziou à Tréflez.

Dans le même élan, les camions envoyés vers l’est de l’Europe ont été complétés par des produits alimentaires rassemblés grâce à l’engagement de Gilles Falc’hun et de nombreux bénévoles. D’autres se mobilisent pour connecter les plus isolés, répondre à des besoins immédiats, ou organiser des chaînes logistiques étonnamment efficaces.

Dans un appel récent, le Pape invite à imaginer de nouveaux réseaux d’entraide lors d’une salutation aux auteurs de l’IA et du monde numérique, à la Basilique Saint Pierre de Rome le 29 Juillet 2025.

‘’Je lance un appel à vous tous,que vous alliez réparer vos filets. Jésus a appelé ses premiers apôtres alors qu’ils réparaient leurs filets de pèche. Il le demande aussi à nous, il nous demande même, aujourd’hui, de construire d’autres filets  »
‘’ Réseaux de relations. Réseaux d’amour. Réseaux de partage gratuit ou l’amitié est authentique et profonde. Réseaux ou l’on peut recoudre ce qui est déchiré, où l’on peut guérir de lassitude, sans compter le nombre d’abonné , mais en expérimentant dans chaque rencontre la grandeur infinie de l’Amour. Réseaux qui donnent plus de place à l’autre qu’à soi-mème, où chaque ‘’ bulle ‘’ ne peut couvrir la voix des plus faibles. Des réseaux qui libèrent, des réseaux qui sauvent. Des réseaux qui nous font redécouvrir la beauté de se regarder dans les yeux.. Des réseaux de vérité .
Ainsi , chaque histoire de bien partagé sera le noeud d’un réseau unique et immense; le réseau des réseaux, le réseau de Dieu
’’

Ici, les gens savent créer des liens, partager leurs ressources et inventer des solutions collectives, même modestes. Ces solidarités dispersées dessinent un même fil rouge : en Bretagne, on n’attend jamais que les choses se fassent toutes seules. On agit, on aide et on relie.

Et si le monde change, cet état d’esprit reste intact.
La Bretagne n’est pas seulement une terre.
C’est un peuple solidaire, un peuple capable de transformer l’imprévu en force commune. 

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2 commentaires

Anne Merrien 30 novembre 2025 - 12h08

En revanche, la pétition des 100 000 a été abandonnée à son triste sort, sacrifiée et trahie. Aucune solidarité (ou presque) avec Bretagne Réunie.

Répondre
Anne Merrien 30 novembre 2025 - 12h30

Il y aurait beaucoup à dire sur Renan. De mémoire :
Se sentant mourir, il quitta la Bretagne pour expirer au Collège de France.
Anatole Le Bras avait sollicité son appui pour pouvoir enseigner le breton. Renan le lui refusa : pour lui, la langue bretonne ne pouvait véhiculer que des idées passéistes. Mieux valait qu’elle disparaisse.
Renan pensait aussi que les races indo-européennes étaient supérieures aux races sémitiques : funestes considérations.

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