dîners celtiques

Dîners celtiques : un réseau breton discret à Paris

de Rémy PENNEG
Publié le Dernière mise à jour le

Dîners celtiques : ce réseau breton discret mais influent qui se réunit à Paris

Les dîners celtiques ne sont ni des banquets folkloriques ni de simples repas de retrouvailles entre Bretons expatriés.
Au contraire, ils constituent un espace structuré de rencontres, d’échanges et de sociabilité, ancré au cœur de Paris. Pourtant, leur existence reste largement méconnue du grand public breton.
Alors, que sont réellement les dîners celtiques ?
Qui y participe ?
Et surtout, que disent-ils du rapport entre la Bretagne, Paris et le pouvoir ?

Une tradition bretonne née… à Paris

À première vue, l’expression peut surprendre. Pourtant, les dîners celtiques sont historiquement une création parisienne. Dès la fin du XIXᵉ siècle, des intellectuels, artistes et universitaires bretons installés à Paris ressentent le besoin de se retrouver. Ainsi, ils recréent un espace de sociabilité bretonne loin de la Bretagne.

Cependant, ce choix géographique n’a rien d’anodin.
Paris concentre alors le pouvoir politique, culturel et économique. Par conséquent, s’y organiser devient presque une nécessité pour qui veut exister dans l’espace public.
Dès lors, les dîners celtiques s’inscrivent dans cette logique : faire vivre la Bretagne là où se prennent les décisions.

Les Dîners Celtiques aujourd’hui : un fonctionnement assumé

Aujourd’hui, Les Dîners Celtiques prennent la forme d’événements organisés deux à trois fois par an, toujours à Paris.
Ce rythme volontairement restreint renforce leur caractère sélectif. Ainsi, chaque dîner devient un moment attendu, préparé et identifié.

Le format est relativement stable. D’abord, un dîner dans un lieu parisien institutionnel ou prestigieux. Ensuite, la présence d’un invité d’honneur, souvent une personnalité étrangère ou bretonne occupant une fonction stratégique. Enfin, des échanges libres entre les participants.

Par ailleurs, l’association Les Dîners Celtiques assure la continuité et l’organisation, sous la houlette de Yannick Le Bourdonnec. Elle garantit également une certaine stabilité du réseau, tout en intégrant de nouveaux profils. Cette structure explique en grande partie la longévité du dispositif.

Qui participe aux dîners celtiques ? Une sociologie éclairante

La liste des participants à un dîner celtique révèle une grande diversité de profils, mais aussi une cohérence sociale forte.
On y retrouve d’abord des acteurs culturels : journalistes, écrivains, éditeurs, artistes, responsables de festivals. Ensuite, viennent les dirigeants économiques, issus de la banque, de l’industrie, du conseil ou des grandes entreprises.

De plus, des responsables politiques et institutionnels sont régulièrement présents. Élus régionaux, anciens ministres, membres de cabinets, représentants diplomatiques y croisent des universitaires, des hauts fonctionnaires ou des responsables associatifs. Ainsi, les dîners celtiques rassemblent une Bretagne décisionnelle, souvent installée à Paris.

Cependant, cette sociologie pose question.
En effet, la Bretagne populaire, rurale ou ouvrière y apparaît peu. De même, les jeunes générations bretonnes y sont minoritaires, même si leur présence progresse lentement.

Une Bretagne influente… mais largement centralisée

À travers les dîners celtiques, se dessine une réalité plus large. La Bretagne qui pèse dans les cercles de pouvoir français agit majoritairement depuis Paris. Ce constat n’est pas propre à la Bretagne, mais il y prend une dimension particulière.

En effet, l’extrême centralisation française oblige les élites régionales à monter à Paris pour exister politiquement ou économiquement. Dès lors, les dîners celtiques deviennent un outil d’adaptation à ce modèle centralisé. Ils permettent de maintenir une identité bretonne tout en jouant selon les règles parisiennes.

Cependant, cette situation crée un décalage croissant entre la Bretagne vécue et la Bretagne représentée dans les lieux d’influence. Ainsi, la question de la légitimité se pose progressivement.

Réseau d’influence ou simple sociabilité bretonne ?

Le terme de réseau d’influence breton revient souvent lorsqu’on évoque les dîners celtiques. Pourtant, il mérite d’être nuancé. D’un côté, ces dîners ne constituent pas un lobby structuré au sens strict. Ils ne produisent ni communiqués politiques, ni positions officielles communes.

Cependant, ils remplissent bien certaines fonctions propres aux réseaux d’influence. Ils facilitent les mises en relation. Ils permettent la circulation d’idées. Ils offrent un accès informel à des décideurs économiques ou politiques. En ce sens, leur influence est diffuse mais réelle.

Ainsi, les dîners celtiques incarnent une forme de soft power breton, discret mais efficace. Ils produisent moins de décisions que de connexions. Pourtant, dans un système centralisé, ces connexions comptent énormément.

Analyse politique : ce que les dîners celtiques disent du pouvoir en Bretagne

Politiquement, les dîners celtiques sont révélateurs d’un paradoxe breton.
D’un côté, la Bretagne dispose d’une identité forte, d’une culture dynamique et d’un tissu économique solide. De l’autre, elle demeure structurellement dépendante de Paris pour accéder aux leviers de décision.

Ainsi, les dîners celtiques apparaissent comme une réponse pragmatique à cette dépendance. Ils permettent aux élites bretonnes de rester visibles, audibles et connectées. Toutefois, ils entérinent aussi une réalité problématique : pour peser, il faut encore être à Paris.

En ce sens, ces dîners traduisent l’absence d’un véritable centre décisionnel breton autonome.
Ils montrent également les limites du modèle régional hexagonal, incapable de retenir ses propres élites sur ses terres. Dès lors, la question n’est pas de condamner les dîners celtiques, mais d’interroger ce qu’ils compensent.

le centralisme jacobin parisiano centré nous étouffe
le centralisme jacobin parisiano centré nous étouffe

Dîners celtiques et Bretagne réelle : un lien distendu ?

Malgré leur attachement sincère à la Bretagne, les dîners celtiques restent largement déconnectés du quotidien breton.
Peu d’événements équivalents existent en Bretagne même. De plus, les échanges produits à Paris redescendent rarement vers le terrain.

Pourtant, cette distance n’est pas volontaire. Elle découle plutôt d’un système où la Bretagne reste une région administrée, plus qu’un pays décisionnaire. Tant que ce modèle persiste, les lieux de pouvoir resteront éloignés.

Cependant, cette situation alimente un sentiment croissant de frustration. Beaucoup de Bretons perçoivent ces réseaux parisiens comme fermés, voire hors-sol. Dès lors, la question de leur évolution devient incontournable.

Faut-il réinventer les dîners celtiques ?

Face à ces constats, plusieurs pistes émergent. D’abord, organiser des dîners celtiques en Bretagne, au plus près des réalités bretonnes Ensuite, ouvrir davantage ces rencontres à de nouveaux profils, notamment issus de la jeunesse bretonne.

Par ailleurs, une plus grande transparence sur les objectifs et les échanges pourrait renforcer leur légitimité. Enfin, inscrire ces dîners dans une réflexion plus large sur l’avenir politique de la Bretagne donnerait un nouveau sens à leur existence.

Ainsi, les dîners celtiques pourraient devenir non plus seulement un outil d’adaptation au centralisme, mais un levier de transformation.

Les dîners celtique : un miroir du rapport entre Bretagne et Paris

En définitive, les dîners celtiques ne sont ni anodins ni folkloriques. Ils constituent un miroir fidèle du rapport complexe entre la Bretagne et Paris. À la fois espace de fierté identitaire et symptôme de centralisation, ils révèlent autant qu’ils protègent.
Dès lors, la véritable question n’est pas de savoir s’ils sont utiles.
Elle est plutôt de savoir combien de temps encore la Bretagne devra penser son avenir depuis Paris.

Image header générée par IA ChatGPT 5.2 pour NHU Bretagne

Soutenez votre média breton !

Nous sommes indépendants, également grâce à vos dons.

A lire également

1 commentaire

Christian Rogel 29 janvier 2026 - 21h07

S’il est assuré que les « Dîners celtiques », sur une base régulière, ont commencé sous cette appellation à l’époque d’Ernest Renan et de Narcisse Quellien vers 1880, il y a eu des banquets bretons intermittents bien avant, comme celui de septembre 1836, au cours duquel Auguste Brizeux chanta sa « Kanaouenn ar Vretoned », laquelle, au dire de la Villemarqué, avait suscité une ovation extraordinaire. De fait, c’est la première expression politique du nationalisme breton moderne.

Répondre

Une question ? Un commentaire ?

Recevez chaque mois toute l’actu bretonne !

Toute l’actu indépendante et citoyenne de la Bretagne directement dans votre boîte e-mail.

… et suivez-nous sur les réseaux sociaux :

Notre mission

NHU veut faire savoir à toutes et tous – en Bretagne, en Europe, et dans le reste du monde – que la Bretagne est forte, belle, puissante, active, inventive, positive, sportive, musicienne…  différente mais tellement ouverte sur le monde et aux autres.

Participez

Comment ? en devenant rédacteur ou rédactrice pour le site.
 
NHU Bretagne est une plateforme participative. Elle est donc la vôtre.