Saboter l’unité de la Bretagne, au cœur d’un État centralisé

Saboter l’unité de la Bretagne, au cœur d’un État centralisé

Michel  Debré : L’unité de la Bretagne, un crime !

La division de la Bretagne est sans cesse imposée du sommet de l’Etat central français. Nantes, Rennes ou une assemblée bretonne n’ont aucun pouvoir. La doctrine de Michel Debré, datant de 1958, est plus que jamais d’actualité.

Diviser la Bretagne: un problème politique créé de toutes pièces

Paris, 2 juin 1958 est en pleine « crise algérienne ». Le Général de Gaulle obtient les pleins pouvoirs du Parlement français pour former un nouveau gouvernement et rédiger une nouvelle Constitution. De mi-juin à mi-juillet 1958, le projet est piloté par le ministre de la justice, le Dr. Michel Debré. Il est maître de requêtes au Conseil d’Etat à Vichy de 1941 à 1943. C’est lui qui prêta serment au Maréchal Pétain en 1941, au cœur d’un Etat collaborant tout entier avec l’Allemagne nazie.
C’est lors de l’une de ces réunions de l’été 1958 que Michel Debré assène : « Mon Général, si vous refaites l’unité de la Bretagne, vous faites un crime ! ». Ainsi le révèlera Edmond Michelet, son successeur au ministère de la justice. Absolutistes, anti-démocratiques, les propos sont outrageants. Car la Bretagne – annexée de fait par l’Etat français après 1488 et dont l’unité territoriale a fêté ses mille ans en 1845 – n’est plus censé être un pays occupé depuis la dissolution de l’Etat breton puis de ses institutions en 1790.

Pour Michel Debré, nier, uniformiser et suspecter permet de diviser puis régner

« J’évoque la longue tradition, d’abord monarchique et ensuite républicaine. Par des revendications d’ordre économique, par l’appel à des souvenirs d’histoire le plus souvent injustifiés, par l’ardeur de certaines minorités à cultiver des différences déraisonnables, une coalition se forme en vue d’affaiblir l’État. Cette coalition trouve des appuis, et d’abord à l’étranger, pour saboter l’indépendance et la capacité de la France » se justifie-t-il alors, le consignant dans ses Mémoires. (in: Trois républiques pour une France, tome 2)

En 1956, l’énarque Serge Antoine, 28 ans, employé à la Cour des comptes, est chargé par l’Etat français d’un projet d’uniformisation des limites des régions. Elles doivent avoir une fonction administrative et technique, surtout pas politique, dans le sens de pouvoir régional élu. En 1958, maintenant sous la Cinquième République, le travail de Antoine est terminé mais doit être validé par Michel Debré.
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Michel DEBRÉ et le Général de GAULLE

Diviser l’Allemagne et la Bretagne

Et la vision de Michel Debré est viscéralement absolutiste : « La centralisation est chez nous le garant de l’unité et de la puissance, donc de la liberté. Le mot de région ou de province est écarté de la nouvelle Constitution. De ce débat, il demeure une trace dans la rédaction de l’article 72 de la Constitution. Où, après avoir énuméré les collectivités territoriales de la République, communes, départements, territoires d’outre-mer, il est ajouté : Toute autre collectivité territoriale est créée par la loi. »
La personne morale « Bretagne » sera ignorée et divisée. Michel Debré ayant même inventé l’étrange vocable d’ « extrême ouest » pour la nommer. Ainsi préfigurant un « grand ouest » pour noyer son identité. Il est en visite en Bretagne, le 1er mars 1960 à Rennes. L’ancien fonctionnaire de l’Etat collaborateur de Vichy martèle à nouveau sa doctrine centraliste. Juste avant la création de la région administrative « Bretagne » : « Il n’y a pas de politique bretonne en France : il y a une politique française appliquée à la Bretagne. »

Mais, sitôt promulguée, la nouvelle Constitution est contournée.

Les treize départements composant l’Algérie française d’alors relèvent tout autant de l’article 72 de la Constitution. Mais le ministre de la justice Edmond Michelet déclare en pleine guerre d’Algérie : « La constitution unitaire de la Cinquième République n’est pas un obstacle à une sécession algérienne. Tout est dans le processus » (in: Les porteurs de valise, de Hervé Hamon et Patrick Rotman)

En fait, onze ans plus tôt, en 1947, Michel Debré n’était aucunement dans la logique de respecter l’unité d’un Etat. Lui qui voulait détacher la Sarre de l’Allemagne occupée en se justifiant ainsi : « Les Alliés, au lendemain de la guerre, voulant une Allemagne faible, ont insisté sur l’importance des Länder ». Debré appuyant ses revendications sur les annexions françaises en Sarre de 1680 à 1815. « Une annexion par la France est justifiée et il convient d’y préparer les esprits. » Mais la nouvelle République Fédérale d’Allemagne, créée en 1949, s’opposera à ses sinistres plans. En 1955, les Sarrois s’expriment par référendum et la Sarre sera réunie à l’Allemagne en 1957. Son unité territoriale est depuis respectée.

Michel DEBRÉ le 12 Juillet 1960

Michel DEBRÉ le 12 Juillet 1960

L’état français dans l’illégalité

En 2016, le Conseil de l’Europe réprimande la France. Et lui indique que la fusion des régions, qu’elle a opérée sans consultation ni concertation en 2015, est illégal. Car elle viole la Charte européenne de l’autonomie locale. Pourtant cette charte est un traité international. Donc de fait supérieur aux lois nationales, ratifiée par l’Etat français en 2007 et qui vise à garantir les droits des collectivités locales et de leurs élus.
Le Conseil de l’Europe, fondé en 1949, est une organisation intergouvernementale. Elle est dotée d’une personnalité juridique reconnue en droit international public. Le Conseil de l’Europe invite alors la France à « revoir le processus de consultation des représentants directs des collectivités locales et régionales pour toutes les décisions les concernant ».Mais cette dernière ne s’engage nullement à prendre les mesures préconisées par le Congrès européen.
Ainsi, l’Etat français reste juge et partie pour la Bretagne. Qu’elle a amputée de la Loire-Atlantique en édictant pas moins de quatorze décrets et arrêtés concernant les régions françaises (en 1919, 1926, 1938, 1941, 1954, 1955, 1956, 1959, 1960, 1964, 1972, 1982, 2015, 2016). Et ceci sans jamais avoir consulté la population des cinq départements bretons. Et issue d’écoles où l’histoire de Bretagne n’est pas enseignée. Ce qui fit dire à l’écrivain Morvan Lebesque : « Enfer est privation d’histoire. »
Car rien ne se passe dans les urnes. Tout est décidé entre les murs du pouvoir centralisé de l’Etat parisien.

Le pouvoir de l’Etat français reste régalien.

Ainsi, en 2015, il a décrété la réunification de la Normandie. Tout en niant à nouveau le droit légitime à la Bretagne d’être traitée comme une région normale. Pour tous les citoyens bretons, quelle que soit leur condition, se présente ou non le devoir et le courage de la doctrine du philosophe Henry David Thoreau. Qui écrit dans son essai sur « Le devoir de désobéissance civile » : « Faites de votre vie le bâton dans les roues qui arrêtera la machine. Je dois faire en sorte de ne pas prêter main forte, en aucune manière, au mal que je condamne. »

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Fañch GAUME
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Mon quotidien est le management du sport. La Bretagne l'est tout autant, pour son histoire, son économie, ses relations internationales et tout ce qui la caractérise, d'hier, d'aujourd'hui et de demain, avec ses neuf Broioù / cinq départements et son potentiel national au coeur des autres nations celtes. Avec "Bretagne est Univers", Saint-Pol-Roux nous a tracé un chemin sans limite. Que la Bretagne s'affirme et rayonne : Put Brittany On The Map / Exportons la Bretagne ! Fañch GAUME, Directeur général de Bretagne Football Association (BFA)

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3 commentaires

  1. Tara Bleiz
    octobre 08, 21:45 Répondre
    Avant de rejoindre officiellement la Résistance, Debré préparait, sous couvert de son appartenance à l'administration de Vichy, le débarquement des alliés en Afrique du Nord.... Oui il y a eu nombre de résistants qui ont prêté serment au maréchal. Jean Moulin aussi certainement. Faire passer Debré pour un pétainiste ou un collabo discrédite tout le reste de l'article. C'est peut-être dommage.
    • Lanwal
      mai 13, 15:53 Répondre
      Il ne faut pas confondre ceux que l'on appelle pudiquement les "déçus de la révolution nationale" (i.e. collabos repentis passés à la résistance à compter de 1942-43) et les véritables résistants non plus.

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