L’assassinat d’Arthur de Bretagne et la fin de l’espoir breton

L’assassinat d’Arthur de Bretagne et la fin de l’espoir breton

La reprise des hostilités

Après le désastreux traité du Goulet, Arthur de Bretagne n’a d’autre possibilité que d’attendre la reprise des hostilités entre Philippe Auguste et celui qu’il faut bien appeler désormais le roi Jean Ier, « King John » comme disent les Anglais. Mais le roi de France n’avait pas renoncé à détruire l’Empire Plantagenêt et n’attendait qu’un prétexte pour reprendre la guerre. Celui-ci lui est fourni par Jean qui, inquiet par le mariage prévu entre le fils du comte de La Marche et la fille de celui d’Angoulême, union qui donnerait naissance à un ensemble coupant l’Aquitaine en deux morceaux, et frappée par la beauté d’Isabelle, la future mariée âgée de seulement douze ans, ne trouve rien de mieux que de l’enlever et de l’épouser à Westminster le 8 Octobre 1200 !

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Aussitôt le comte de La Marche demande justice au roi de France qui en profite pour attaquer le Maine avant qu’une trêve ne soit signée à l’approche de l’hiver. Mais, la reprise de la guerre est désormais inévitable, et, avant le combat décisif, chacun se cherche des alliés tout au long de l’année 1201. Alors au début d’avril 1202, Philippe Auguste somme Jean de comparaître à sa cour, mais celui-ci ne se présente pas. Le 28 il est déclaré déchu par ses pairs de tous les fiefs qu’il tenait du roi de France. Quelques jours plus tôt il avait promis à Arthur de Bretagne en mariage sa fille Marie en mariage, alors âgée de cinq ans, sans que Jean, pourtant le seigneur d’Arthur, ait été consulté. Aussi ces deux événements entraînent la reprise de la guerre.

L’inconstance des barons poitevins

Philippe Auguste fait payer très cher à Arthur son soutien : après l’avoir armé chevalier et reçu son hommage lige (le plus contraignant) à Gournay en juillet 1202, il l’investit de la Bretagne, et du Maine, du Poitou et de l’Anjou s’il parvient à s’en emparer, se réservant la Normandie. Surtout il ne lui donne qu’une petite troupe de deux cents chevaliers et de l’argent. Pour combattre l’armée de Jean, c’est peu, et Arthur de Bretagne se retrouve donc à la merci des inconstants barons poitevins, ce qui le conduira à la mort.

Arthur de Bretagne faisant hommage à Philippe Auguste - Chroniques de Saint Denis XIVe siècle

Arthur de Bretagne faisant hommage à Philippe Auguste – Chroniques de Saint Denis XIVe siècle

Puis, les deux hommes se séparent. Et Arthur de Bretagne se rend à Tours où il est accueilli par de nombreux seigneurs poitevins. Et où il reçoit encore quelques renforts. Des troupes doivent également arriver de Bretagne quelques jours plus tard. Mais, apprenant que la reine-mère Aliénor se trouve non-loin à Mirebeau, les Poitevins exigent d’aller la capturer sans délai. Tandis qu’Arthur ne parvient pas à les convaincre d’attendre l’arrivée des troupes bretonnes. Celles-ci sont composées de mille cinq cent chevaliers et de trente mille fantassins. Avec ces renforts, Arthur aurait été capable d’offrir une toute autre résistance à l’armée de Jean. Qui à ce moment-là est en train de faire le siège du Mans qui s’était soulevée contre lui. Mirebeau est donc assiégée et se rend facilement.

Arthur de Bretagne emprisonné en Normandie

Ce que refuse de faire Aliénor d’Aquitaine, réfugiée dans le donjon. De là elle parvient à envoyer un message à Jean que ce dernier reçoit le 30 juillet.
Réalisant l’une des plus magnifiques opérations de sa carrière, le 1er août au petit matin, Jean parvient à entrer dans la ville par une porte mal défendue. Et capture tous ses adversaires dont la majorité n’a même pas le temps de s’habiller.
Arthur de Bretagne est pris avec tous ses partisans ainsi que sa sœur Aliénor. Il est envoyé à Falaise en Normandie où il est emprisonné en attendant qu’il soit statué sur son sort.

Château de Falaise en Normandie

Château de Falaise en Normandie

Dans les mois qui suivent, la situation ne cesse de se dégrader pour Jean. Il perd rapidement tous les bénéfices de sa victoire en se comportant de façon cruelle et humiliante avec ses prisonniers. Dont beaucoup mourront de faim en Angleterre. Tandis que les Lusignan (la famille du comte de La Marche) sont mis aux fers ce qui est contraire aux usages chevaleresques. Sitôt libérés contre un serment de fidélité, ils s’empressent de renier leur parole et d’aller se mettre au service de Philippe Auguste. D’autres barons du sud de la Loire, de l’Anjou, du Maine et même de Normandie font à leur tour défection. Et au printemps de l’année 1203, Jean ne peut plus relier la Loire à la Normandie. La révolte contre lui s’étant encore étendue.

Disparition d’Arthur.

C’est dans ce contexte particulièrement inquiétant (il a l’impression d’être entouré de toutes parts par des ennemis) que fin janvier 1203 Arthur est transféré dans la tour du château de Rouen. Quand début avril Philippe Auguste attaque la vallée de la Loire avec les nobles de la région ralliés à lui. L’Empire Plantagenêt est en voie de démembrement.
C’est alors qu’Arthur disparaît dans des conditions mystérieuses.

Jeté dans la Seine …

Mais il n’y a plus guère de doutes sur les circonstances de sa mort. Il a été assassiné par ou sur ordre de Jean. Selon le poème écrit en 1219 et intitulé La Philippide par le Léonard Guillaume le Breton, chapelain à la cour de Philippe Auguste, Jean se serait rendu à la tour de Rouen en bateau où il se serait fait livrer Arthur de Bretagne qu’il aurait tué à coup de couteau avant de jeter son corps dans la Seine.
Avec cet assassinat une occasion unique de réaliser les prophéties de Merlin disparaît à tout jamais. Au cours de son règne, Jean finit de soumettre l’Ecosse, le Pays de Galles et l’Irlande …

Une représentation du meurtre d'Arthur de Bretagne, datant du XIXe siècle

Une représentation du meurtre d’Arthur de Bretagne, datant du XIXe siècle

Mais avec la mort d’Arthur de Bretagne c’est la fin de l’espoir breton.

C’est-à-dire celle de l’attente messianique de son retour.
Alix de Bretagne est la fille que Constance avait eu de son dernier mari Guy de Thouars en 1200. Aussi est-elle déclarée héritière du duché par une assemblée de barons bretons au cours de l’été 1203. En attendant sa majorité, Guy de Thouars est nommé régent. Et passe de la fidélité à Jean à celle de Philippe Auguste. A ce moment-là Arthur de Bretagne est mort et son décès a été annoncé mais pas confirmé. En Septembre, peut-être pour forcer Philippe Auguste à lever le siège de Château-Gaillard, Jean attaque le duché, mais sans résultat. Sur la route du retour, il incendie la cathédrale de Dol. Geste de représailles qui traduit son impuissance à empêcher la perte de la Bretagne.
Alors on peut en effet dire qu’à cette date, le duché a fait sécession.

Alix de Thouars - Vitrail de la cathédrale de Chartres

Alix de Thouars – Vitrail de la cathédrale de Chartres

Mais la Bretagne est passée sous la suzeraineté française.

Mais les prophéties de Merlin ne correspondent plus à cette nouvelle donne politique. La littérature arthurienne n’accordera aucune place au duc Arthur Ier. A part dans un récit d’origine écossaise, Le Roman de Fergus, où il est présenté comme le « faux Arthur » ! Et, les récits arthuriens du XIIIe siècle continuent de raconter la mort du roi Arthur comme si celui qui avait prétendu être sa réincarnation n’avait jamais existé. A la fin du XVIe siècle, dans sa pièce King John, Shakespeare attribue la mort d’Arthur Ier à une chute accidentelle alors qu’il tente de s’évader de sa prison, manière de limiter au maximum la responsabilité de Jean. Auparavant, vers 1200, le poète anglais Layamon n’hésitait plus à écrire : « Merlin annonça, ce qui était la vérité, qu’un jour Arthur reviendrait pour aider les Anglais » !

Arthur de Bretagne … Roi d’Angleterre ?

Aujourd’hui encore, Arthur est considéré comme un roi anglais outre-manche. Cependant si Arthur Ier avait vécu, il aurait eu plusieurs occasions de faire valoir ses droits à la couronne. Et serait sans aucun doute parvenu à détrôner Jean : ainsi en 1215 les Anglais ne pouvaient tellement plus le supporter qu’ils avaient proposé leur couronne au fils de Philippe Auguste, le prince Louis ! On imagine ce qui se serait passé si Arthur avait été en vie à ce moment-là. Sa mort précoce empêche définitivement la Bretagne de donner corps à la légende arthurienne.

Si vous voulez retrouver Arthur Ier de Bretagne

Nous vous recommandons la lecture du très bel ouvrage Arthur de Bretagne (1187-1203) L’espoir breton assassiné, superbement écrit par l’historien Éric BORGNIS DESBORDES.
Éditions Yoran Embanner.

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Arthur Ier de Bretagne – Éric BORGNIS DESBORDES, aux Éditions bretonnes Yoran Embanner

 

Retrouvez Éric BORGNIS-DESBORDES :
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A propos de l'auteur

Éric BORGNIS DESBORDES
Éric BORGNIS DESBORDES 8 articles

Je suis né en 1965 à Lannion, j'habite à Nantes, je suis professeur d'Histoire géographie, doctorant à l'Université de Bretagne Occidentale (Brest), membre du Centre de Recherche Bretonne et Celtique (CRBC) et auteur de : Arthur Ier (1187-1203), l'espoir breton assassiné, Yoran embanner (2012), prix Mocaër du livre d'Histoire de Bretagne 2013, Pierre Ier de Bretagne (1213-1237), un capétien sur le trône ducal , Yoran embanner (2013).

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