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Mercosur, l’accord commercial aux conséquences très concrètes pour la Bretagne
Mercosur, l’accord commercial aux conséquences très concrètes pour la Bretagne.
L’accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Mercosur revient brutalement au centre du débat politique et agricole. Longtemps bloqué, contesté, repoussé, il est aujourd’hui en passe d’être définitivement validé. Pour Bruxelles, il s’agit d’un succès diplomatique. Pour la Bretagne, en revanche, les conséquences pourraient être lourdes, durables, et peut-être irréversibles.
Car derrière les formules abstraites sur le commerce international se cache une réalité très concrète. Cet accord met directement en concurrence l’agriculture bretonne avec des systèmes agricoles industriels sud-américains, aux coûts bien plus faibles et aux normes bien moins exigeantes. Dans un pays comme le nôtre, déjà fragilisé, ce choc supplémentaire pourrait signer la disparition de ce qui reste de l’agriculture bretonne.
Dans ce contexte, l’accord UE-Mercosur apparaît comme une menace directe pour l’agriculture bretonne, ses filières d’élevage et son modèle agricole.
Mercosur : de quoi parle-t-on exactement ?
Le Mercosur est un marché commun sud-américain qui regroupe le Brésil, l’Argentine, l’Uruguay et le Paraguay. Depuis plus de vingt ans, l’Union européenne négocie avec ce bloc un vaste accord commercial visant à libéraliser les échanges. Après de longues années d’impasse, les discussions ont repris un rythme soutenu, jusqu’à aboutir à un texte quasiment finalisé en 2025-2026.
Cet accord prévoit notamment l’ouverture accrue du marché de l’Union européenne à de nombreux produits agricoles sud-américains. En échange, l’Union européenne espère faciliter l’exportation de biens industriels et de services. Sur le papier, l’équilibre semble respecté. Dans les faits, l’impact est très inégal selon les régions et les filières.
Pour la Bretagne, pays historiquement agricole, le danger est évident et immédiat.
Une concurrence structurellement déséquilibrée
L’un des problèmes majeurs de l’accord UE-Mercosur réside dans la mise en concurrence directe de modèles agricoles profondément différents. D’un côté, l’agriculture bretonne, soumise à des normes sanitaires, sociales et environnementales parmi les plus strictes au monde. De l’autre, des exploitations sud-américaines de très grande taille, aux coûts de production nettement inférieurs.
Cette différence ne tient pas au hasard. Elle est le résultat de choix politiques assumés. En Europe, et en Bretagne en particulier, les agriculteurs doivent respecter des règles de plus en plus exigeantes, souvent sans contrepartie économique. Pendant ce temps, les produits importés bénéficient d’un accès privilégié au marché européen, sans être soumis aux mêmes contraintes.
Ainsi, le principe de concurrence loyale est largement bafoué.
L’élevage breton directement menacé
La Bretagne demeure l’un des principaux bassins d’élevage d’Europe occidentale. Bovin, porcin, volaille, lait : ces filières structurent l’économie agricole bretonne et font vivre des dizaines de milliers de personnes. Or, ce sont précisément ces secteurs que l’accord Mercosur fragilise le plus.
La viande bovine, première victime annoncée
L’accord prévoit l’importation de volumes importants de viande bovine sud-américaine à droits de douane réduits. Ces viandes, produites à des coûts bien inférieurs, exerceront une pression immédiate sur les prix. Pour les éleveurs bretons, déjà confrontés à une rentabilité fragile, la situation pourrait devenir intenable.
À moyen terme, cela signifie moins de revenus, moins d’investissements et, inévitablement, des fermetures d’exploitations.

La volaille et l’élevage intensif sous pression
La filière volaille bretonne, déjà affaiblie par la concurrence internationale, dont ukrainienne, subirait un choc comparable. Face à des importations massives de poulets sud-américains, produits dans des conditions très différentes, les producteurs bretons ne peuvent rivaliser sur les prix sans sacrifier leurs standards.
Le risque est clair : soit s’aligner vers le bas, soit disparaître.
Il est impossible de s’aligner vers le bas, donc …
Une agriculture bretonne déjà fragilisée
Il serait faux de présenter le Mercosur comme l’unique cause de la crise agricole bretonne. Celle-ci est ancienne, profonde et multiforme. Depuis des années, la Bretagne agricole subit une accumulation de difficultés : endettement croissant, manque de repreneurs, pression administrative, volatilité des prix, crises sanitaires successives.
Cependant, l’accord UE-Mercosur agit comme un accélérateur brutal. Il intervient à un moment où de nombreuses exploitations sont déjà à bout de souffle. Dans ce contexte, un choc supplémentaire peut suffire à faire basculer des filières entières.
Le risque n’est donc pas théorique. Il est immédiat.
Bretagne : de région agricole à simple zone d’importation ?
À long terme, l’enjeu dépasse largement la question des revenus agricoles. C’est la place même de la Bretagne dans le système alimentaire européen qui est en jeu. Si la production locale recule, les importations augmenteront mécaniquement. Viande, soja, aliments transformés viendront de plus en plus de l’autre bout du monde.
Ce basculement pose un problème majeur de cohérence. Produire moins localement pour importer davantage de produits issus de la déforestation et du transport longue distance est un non-sens écologique. Pourtant, c’est précisément la trajectoire que dessine l’accord Mercosur.
Environnement : un discours européen en contradiction avec les actes
Officiellement, l’Union européenne affirme vouloir lutter contre le changement climatique et la déforestation. Dans les faits, l’accord Mercosur encourage indirectement l’expansion de l’agriculture industrielle sud-américaine, souvent au détriment des forêts et des écosystèmes.
En parallèle, les agriculteurs bretons sont soumis à des normes environnementales toujours plus strictes. Cette asymétrie nourrit un profond sentiment d’injustice. Elle fragilise l’acceptabilité sociale des politiques écologiques, pourtant indispensables.
Autrement dit, le Mercosur affaiblit à la fois l’agriculture locale et la crédibilité du discours environnemental européen.
Une souveraineté alimentaire de façade
Depuis la pandémie, la notion de souveraineté alimentaire est régulièrement mise en avant par les responsables politiques. Pourtant, l’accord UE-Mercosur va exactement dans le sens inverse. En augmentant la dépendance aux importations, il expose l’Europe, et la Bretagne en particulier, aux aléas des marchés mondiaux.
Un pays comme la Bretagne qui ne maîtrise plus sa production alimentaire perd une part essentielle de son autonomie.
Pour la Bretagne, dont l’identité est étroitement liée à son agriculture, cet abandon est lourd de sens.
Des décisions prises sans la Bretagne
Comme souvent, les choix déterminants sont faits loin du terrain. Les agriculteurs bretons n’ont pas été consultés. Les citoyens non plus. Les négociations se déroulent à Bruxelles, sous l’influence de grands intérêts économiques, avec peu de considération pour les réalités locales.
Cette déconnexion nourrit la colère et le sentiment d’abandon. Elle alimente aussi une défiance croissante envers les institutions européennes et parisiennes.
Mercosur : l’accord de trop ?
L’accord UE-Mercosur n’est pas un simple traité commercial. Il symbolise un modèle économique à bout de souffle, qui sacrifie les producteurs locaux au nom de la compétitivité globale. En Bretagne, ce modèle atteint aujourd’hui ses limites.
Refuser le Mercosur, ce n’est pas refuser le commerce international. C’est refuser une logique qui détruit plus qu’elle ne construit. C’est défendre une agriculture à taille humaine, ancrée dans son pays, capable de nourrir durablement sa population.
Un choix politique clair pour l’avenir de la Bretagne
L’accord Mercosur pose une question fondamentale : veut-on encore une agriculture bretonne vivante, ou accepte-t-on sa disparition progressive ?
Derrière les chiffres et les traités, ce sont des fermes, des emplois, des paysages et un savoir-faire qui sont en jeu.
Pour la Bretagne, le Mercosur pourrait bien être l’accord de trop.
Sur le papier, Bruxelles parle de “quotas limités”.
Pourtant, les chiffres suffisent à comprendre le choc potentiel. L’accord UE-Mercosur prévoit notamment 99 000 tonnes de bœuf entrant dans l’UE avec un droit réduit (quota annuel), 180 000 tonnes de volaille importées en franchise de droits (progressivement sur cinq ans), et 180 000 tonnes de sucre de canne brut pour raffinage autorisées sans droits (avec en plus un quota distinct de 10 000 tonnes pour le Paraguay).
Dans le même texte, l’UE ouvre aussi des volumes lourds sur l’éthanol : 450 000 tonnes en duty-free pour l’industrie chimique, plus 200 000 tonnes avec un droit “réduit” (un tiers du droit plein), là encore étalés sur cinq ans.
Et, même si c’est moins médiatique, il existe aussi des ouvertures sur 45 000 tonnes de miel et 60 000 tonnes de riz en franchise de droits. Face à cela, rappelons ce que pèse réellement l’agriculture bretonne : côté lait, la Bretagne administrative livre déjà 6 milliards de litres (2023). Côté porcs, la Bretagne reste un géant : 1,4 million de tonnes de porcs charcutiers abattus (2023). Enfin, sur la volaille, la Bretagne affiche des volumes massifs : vers 600 000 tonnes de viandes de volailles abattues en 2023.
Autrement dit, même si les quotas Mercosur paraissent “petits” vus de Bruxelles, ils s’attaquent directement aux filières qui structurent l’économie agricole bretonne, précisément celles où le prix fait la différence entre survie et fermeture.
Les pouvoirs centraux parisiens et bruxellois ont déjà ruiné la pêche bretonne. Ils s’activent maintenant à achever l’agriculture bretonne.
3 commentaires
Je suis partagé sur ce traité, concernant les importations le problème c’est bien plus la qualité des produits que la quantité qui m’inquiète, c’est à ce niveau que l’Europe aurait dû être intraitable, vu les normes imposées à nos producteurs, sur transposées par l’état français, alors que les produits importés d’Amérique du sud seront contaminés par des substances interdites en Europe. Cependant globalement, et vu le contexte géopolitique mondial, ce traité est plutôt positif pour l’Europe y compris pour certaines filières agricoles, également pour la Bretagne, un plus pour son potentiel maritime. Quand à la production dez viande bovine, elle a bien plus à s’inquiéter des rapports de la cour des comptes française que du MERCOSUR, les cours des bovins atteignent actuellement des sommets historique, s’ils sont répercutés à la consommation celle ci pourrait s’écrouler, donc un minimum d’importation peut atténuer cette crise annoncée, à condition bien entendu que ces produits importés soient de qualité équivalente. Je crains bien plus, une entrée de l’Ukraine dans l’UE qui va provoquer des dégâts considérables du fait des quantités importées bien supérieures à celles du MERCOSUR , le fait d’un saupoudrage des aides PAC va déstabiliser l’ensemble de l’agriculture.
https://www.letelegramme.fr/bretagne/mercosur-comment-la-bretagne-peut-tirer-son-epingle-du-jeu-6960543.php
https://france3-regions.franceinfo.fr/auvergne-rhone-alpes/puy-de-dome/clermont-ferrand/elever-moins-de-vaches-pour-le-climat-le-rapport-de-la-cour-des-comptes-percu-comme-une-mise-a-mort-de-l-elevage-francais-2779310.html
Je suis partagé sur ce traité, concernant les importations le problème c’est bien plus la qualité des produits que la quantité qui m’inquiète, c’est à ce niveau que l’Europe aurait dû être intraitable vu les normes imposées à nos producteurs, sur transposées par l’état français alors que les produits importés d’Amérique du sud seront contaminés par des substances interdites en Europe. Cependant globalement etcvu le contexte géopolitique mondial ce traité est plutôt positif pour l’Europe y compris pour certaines filières agricoles, également pour la Bretagne un plus pour son potentiel maritime. Quand à la production dez viande bovine, elle a bien plus à s’inquiéter des rapports de la cour des comptes française que du MERCOSUR, les cours des bovins atteignent actuellement des sommets historique, s’ils sont répercuté à la consommation celle ci pourrait s’écrouler, donc un minimum d’importation peut atténuer cette crise annoncée à condition bien entendu que ces produits importés soient de qualité équivalente. Je crains bien plus une entrée de l’Ukraine dans l’UE qui va provoquer des dégâts considérables du fait des quantités importées bien supérieures à celles du MERCOSUR , le fait d’un saupoudrage des aides PAC va déstabiliser l’ensemble de l’agriculture. L’opposition de certains syndicats agricole au MERCOSUR manque d’objectivité et est disproportionnée du fait qu’elle est manipulée par les politiuqes souverainistes français pour des objectifs que l’on devine.
https://www.letelegramme.fr/bretagne/mercosur-comment-la-bretagne-peut-tirer-son-epingle-du-jeu-6960543.php
https://www.reussir.fr/lait/rapport-de-la-cour-des-comptes-apres-la-colere-les-echanges
Ce sont bien plus les paysans qui continuent à sucer la FNSEA et le Crédit Agricole qui tueront l’agriculture bretonne. Bien avant le Mercosur.