✅ Alain le Grand, dernier grand Roi de Bretagne

En 874, après la mort de Salomon ses assassins vont se disputer l’hégémonie du Royaume de Bretagne.

Il va s’en suivre une guerre civile. Alors pour rappel, d’un côté on a Paskweten, gendre de Salomon, qui devient Comte de Vannes/Gwened. Puis de l’autre côté Gurwant qui était le gendre d’Erispoë et qui devient Comte de Rennes/Roazhon. Ils vont se disputer jusqu’en 876 date de la mort de Paskweten, laissant tout seul Gurvant aux manettes.
Problème ! C’est qu’en 877 Gurvant va lui aussi décéder.

Note : Alain le Grand était Alain Ier de Bretagne ou Alan ar C’Hentañ en breton.

Leurs successeurs vont être plus avisés.

Tout d’abord on trouve Alain qui est le frère de Paskweten. Puis Judikaël qui est le fils de Gurvant. Il vont continuer un petit peu la guerre civile mais vont très vite comprendre en 879 qu’il faut se rallier pour combattre un danger, bien sûr connu, c’est celui des Vikings. Ils décident donc en 890 de monter une expédition contre les hommes du nord qui ont assiégé Saint Lô. Après avoir remonté la Vire et encerclé la ville, les Vikings ont détourné le cours des rivières pour assoiffer la population. La population va se rendre avec son évêque. Pourtant elle va être massacré. Alors les Bretons, en représailles, décident d’attaquer les Vikings.

Judicaël.

C’est Judicaël, plus jeune, plus fougueux qu’Alain, qui attaque en premier les Vikings et qui prend le dessus. Mais en les poursuivant, il va se faire tuer à son tour. Alain arrive et finit le travail, accomplissant ses premiers hauts  faits-d’armes. Mais son vrai fait-d’armes est la fameuse bataille de Questembert/Kistreberzh à l’issue de laquelle il sera nommé Alain le Grand.
Jérôme Nedelec, dans ses romans historiques, place cette bataille ailleurs.

Alors faisons un petit arrêt sur image.

Questembert/Kistreberzh la bataille fêtée comme étant une victoire d’Alain le Grand. Mais il y a une autre théorie qui situerait cette bataille ailleurs.
On est en 890. C’est une bataille qui s’appelle la Bataille de Questembert/Kistreberzh. En fait on n’a aucune idée de l’endroit où elle a eu lieu exactement. C’est Pierre le Beau qui en parle pour la première fois. Pierre le Beau est l’historien d’Anne de Bretagne. Donc on est à la fin du xvème siècle et il évoque juste ce mot-là, « la Bataille de Questembert » sans plus de détails. Il faut savoir qu’entre la Bataille de Questembert/Kiztreberzh et Pierre le Beau la distance est la même qu’entre Pierre le Beau et nous.

Donc dans mes romans j’ai placé cette bataille à Rieux/Reoz.

Pourquoi Rieux/Reoz ? D’abord parce que c’est beaucoup plus facile de garer des drakkars à Rieux/Reoz sur les bords de la Vilaine qu’à Questembert/Kiztreberzh où il n’y a pas de voie navigable. Par ailleurs, le château de Rieux/Reoz est attesté dans le cartulaire de Redon, ainsi que dans la Vie des Saints de Redon comme étant la résidence principale d’Alain le Grand. Et cette bataille va être décisive pour les années à venir, puisque de 890 jusque les années 915 on ne va plus entendre parler du tout des Scandinaves chez les Bretons. Ils vont disparaître complètement. Puis il faudra attendre presque une génération pour les voir revenir jusqu’ici en Bretagne.

 

alain le grand

Table de Peutinger – Série historique Nominoë et les Rois de Bretagne, par le réalisateur breton Olivier CAILLEBOT

 

Alors ici on est devant la demeure d’un personnage breton très célèbre.

Oui Alain le Grand, Roi de Bretagne, et qui sera le dernier des rois bretons. En fait on a assez peu d’indications sur les résidences des rois en Bretagne. Pour Nominoë on parle de Renac/Ranneg pour  Salomon un petit peu plus au nord mais tout cela ne sont que des indications. En fait il n’y a pas vraiment de lieu précis. Alors qu’en ce qui concerne Alain le Grand, on parle de cette résidence. Aussi bien dans le Cartulaire de Redon que dans la Vie des Saints de Redon où on va préciser qu’Alain le Grand après avoir bouté les Vikings hors de Bretagne se repose dans sa demeure principale de Rieux/Ranneg. Le château de Rieux (Reus Castellum). Il est donc indiqué comme tel dans ces écrits, et il est positionné là où on est. Derrière nous ce sont les ruines d’un château plus récent, en fait du bas moyen-âge. Mais en tout cas c’est la seule fois où on a une indication précise d’un lieu, d’une résidence d’un roi breton.

Et l’avantage de ce château est aussi sa position auprès d’un bras d’eau.

En effet, on est sur un lieu de carrefour ancien qui est indiqué sur la Table de Peutinger, qui est une carte du la fin de la période gallo-romaine sur laquelle est indiqué un vitus entre Nantes/Naoned et Vannes/Gwened qui s’appelle Durethie. C’est ce lieu ensuite qui va s’appeler Reus Castellum, le Château de Rieux/Reoz. En fait ce lieu est au carrefour de plusieurs voies. La première voie c’est le fleuve qui est ici la Vilaine, qui est une voie navigable qui va remonter jusqu’à Rennes/Roazhon. Puis la voie romaine qui est entre Nantes et Vannes, Portum Namnetum et Darioritum et qui passe ici. Le gué est ici juste en face du château. Également une autre voie romaine, un axe nord-sud, qui va de Guérande/Gwenrann jusqu’à Rennes/Roazhon et qui passe toujours à proximité d’ici.
Donc là on est sur un carrefour très important, ce qui explique la fortification. Puis on est sur une zone de marais où c’est extrêmement plat, presque au niveau de la mer et où on a très peu d’endroits avec des élévations. Probablement ce qui explique le gué ici sur la Vilaine et qu’on ait placé très tôt dans l’histoire une fortification, ici sur ce promontoire rocheux qui domine tous les environs.

Terrain de jeu très sympathique pour les Vikings.

Probablement. En tout cas ce qui est attesté c’est le fait qu’ils soient venus à Redon dans les années 850, qu’ils soient ensuite allés à Rennes/Roazhon, etc …  Forcément ils sont passés juste ici. Mais à savoir s’ils se sont arrêtés sur ce château ou eu une interaction avec ce château, nous n’en avons aucune idée, aucune trace, ni écrite ni archéologique. Après ce sont des supputations qui font qu’étant donné que c’est un lieu stratégique et un lieu de carrefour, et étant donné leur appétence pour garder et dominer de tels lieux de pouvoir sur un secteur, il serait étonnant qu’ils ne se soient pas arrêtés ici.

Donc moi qui suis romancier …

C’est forcément la porte ouverte après à plein de supputations. Moi j’ai placé cette fameuse Bataille de Questembert plutôt ici, car ce lieu stratégique s’y prêtait. Le lieu de l’arrivée par la Vilaine de ces navires scandinave. Là aussi c’est quelque chose qui paraît logique, et qui n’est pas plus idiot qu’autre chose. Mais là encore il n’y a aucune preuve historique, ni aucune source qui pourrait nous le confirmer. Donc on est au carrefour de plusieurs voies sur un site qui va être hautement stratégique et disputé tout au long de l’histoire bretonne.

Car ce fleuve va devenir une frontière plusieurs fois dans l’histoire de Bretagne.

En fait on est là sur un niveau de sol qui est assez élevé. En effet, le terrain était beaucoup plus bas que cela. Là on est en fait sur les ruines du château, qui en réalité s’est effondré en fait à l’intérieur de l’édifice. Donc ce qu’on trouve aujourd’hui ne sont que des murs de la deuxième ruine du château de l’époque de Richelieu. Donc là on arrive sur un des derniers vestiges qui restent du château. Aujourd’hui c’est un grand mur  qui est à côté de la poterne. On est sur un niveau de sol qui est beaucoup plus élevé aujourd’hui qu’il ne l’était à l’époque. Car tout cela date en fait des dernières ruines du château sous Richelieu. Richelieu va demander en fait à ce que plusieurs forteresses de France soient détruites. Ainsi la forteresse de Rieux/Reoz va en faire partie et va être ruinée, mise à bas. Le donjon va être sapé, etc …

Il faut dire que c’était une forteresse d’importance puisque la famille de Rieux détenait presque dix sept paroisses.

Donc c’était quand même quelque chose de très important. Et Jean IV de Rieux qui était le parrain d’Anne de Bretagne a lui-même été maréchal lors de la bataille de Saint Aubin du Cormier/Sant-Albin-an-Hiliber en 1488. Donc oui, c’était une famille importante qui devait savoir, sous Richelieu en tout cas, et comme toutes les autres, qui était le patron. Forcément donc il a fait détruire cette forteresse dont il ne reste ici pas grand chose. Un mur qui est tronqué, des tours qui ont disparu et qui devaient être bien plus hautes que la cime des arbres. Ici il était aisé d’être très, très au dessus des marais pour pouvoir superviser toute la région.

 

alain le grand

Bataille de Questembert/Kistreberzh – Série historique Nominoë et les Rois de Bretagne, par le réalisateur breton Olivier CAILLEBOT

En effet ici il y a un horizon.

En effet, tout autour on peut avoir une vue presque à 360 degrés, ce qui est assez rare en Bretagne où nous avons un pays assez bocager et où on n’a pas forcément une très grande visibilité comme ici. Là on est vraiment sur un point haut sur une zone de marais qui est presque au niveau de la mer en fait.

Le fleuve ici était navigable jusqu’à Redon.

Voire même jusqu’à Rennes/Roazhon. Mais en tout cas le fait notable c’est que c’est une voie navigable intéressante parce qu’elle fonctionne avec la marée. La marée se fait ressentir jusque ici, jusqu’à Redon. Donc en fait les navires avançaient avec la marée plusieurs fois par jour, et repartaient de la même façon. Et cela jusqu’à l’estuaire de la Vilaine. Donc on a un poste avancé avant Redon. Redon qui va devenir un monastère très important au haut Moyen-Âge et qui va devoir sa richesse notamment au commerce du sel. Également à son implantation sur les bords de ce fleuve qui est une voie de communication très importante.

Une résidence royale.

Par ailleurs, ce qui est remarquable avec ce château c’est surtout que c’est l’un des rares lieux, si ce n’est l’unique lieu, qui est attestée à la période du haut Moyen-Âge comme étant une résidence aristocratique, une résidence de roi. Donc si on a pour définition d’une capitale, le lieu du pouvoir sur un territoire, alors cela veut dire qu’ici le Château de Rieux/Reoz était donc la capitale de la Bretagne à la fin du IXe siècle sous le règne d’Alain le Grand.

C’est le dernier épisode consacré à Alain le Grand qui devrait logiquement terminer cette série, puisque s’appelle Nominoë  et les Rois de Bretagne.
Mais avant de clore cette saga, on ne va pas laisser les Bretons comme cela. Car les Bretons ont encore un problème à régler. Ce problème est celui des Vikings, et des Vikings les Bretons vont s’en occuper.

Avec la participation de Jérôme NEDELEC, Auteur

 

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Á propos de l'Auteur

Olivier CAILLEBOT
Olivier CAILLEBOT 22 posts

Homme de radio depuis ses débuts à Radio Kreiz Breizh en 1983. Manager des groupes Ar re Yaouank, Kern, Dibenn. Coordinateur d’actions de préventions contre la drogue et le SIDA pour la DDASS. Directeur de tournée pour le Cirque Royal de France en Afrique. Directeur des programmes Trégor FM, Variation (Lannion). Réalisateur du DVD : « Connaissance de la Bretagne ». (Skol Vreizh). Réalisateur de la série « La Bretagne en Histoire » (TEBEO-TEBESUD-TVRENNES 35-TELE NANTES). Auteur/Réalisateur du documentaire « Nems et châtiments » (France 3 / Candela production). Producteur/Réalisateur du documentaire : « Nominoë et les Rois de Bretagne » (L.T.W.) .Producteur/Réalisateur des documentaires :"Les Chemins d'espérance", "Vies et morts de Mallargé" (L.T.W.). Auteur avec Jean-Jacques Monnier et Réalisateur du Livre-Audio 4CD "Histoire de Bretagne pour tous". (Skol Vreizh). Cadreur pour la série Komzoù Brezoneg de Laurent Jouin (Skol Vreizh, BCD). Coordinateur technique de projets ERASMUS en Pologne.

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