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Le Machtiern en Armorique, l’ancienne Bretagne

Publié le Dernière mise à jour le

Jarnithin, Machtiern ou premier Roi de Bretagne ?

Le Machtiern, littéralement « chef garant » en breton est un héritage de la conquête romaine des îles britanniques. Importé en Bretagne armoricaine dès le IIème siècle, le machtiernat est resté sans équivalent en Europe occidentale !

Le cartulaire de Redon fait référence aux machtierns à plus d’une centaine de reprises entre le VIème et le Xème siècle, avec une dernière mention en 1066. Le texte atteste que ces petits seigneurs bretons de la période mérovingienne étaient à la fois des propriétaires et des magistrats tenant leur pouvoir des rois puis des ducs de Bretagne, bien que le machtiernat précède ces derniers.

Machtiern : leur office était héréditaire, conférant à leur lignée un caractère dynastique !

Cette office n’était pas réservé aux hommes, dénué de prérogatives militaires, leur statut était d’un niveau nettement inférieur à celui de l’aristocratie comtale alliée aux francs.

Tradition d’origine brittonique, le machtiernat installe l’autorité d’un chef sur une «paroisse primitive», «une plebs» en latin, «un plou» en langue bretonne.
La chronique de Nantes rapporte que vers l’an 905, sous le règne d’Alain le Grand, « les comtes, les vicomtes et machtierns, terrifiés par les Normands se dispersent à travers la France », attestant l’idée que les machtierns étaient quatrièmes dans la hiérarchie des pouvoirs publics bretons !
D’origine brittonique, le mot machtiern existe toujours en langue galloise sous la forme mechdeyrn se traduisant par «roi» ou «seigneur». Il s’écrivait myghtern en cornique. Le breton quant à lui a perdu ce terme de façon précoce, dès le Moyen Âge central. Étymologiquement le mot se décompose en mach correspond à une racine celtique du terme « gage » et tiern se traduisant par « chef » renvoyant donc selon Léon Fleuriot au concept, sans équivalent dans la civilisation franque, de « chef garant »
Il s’agit sans doute de la continuité des Décurions Romains, ces derniers formaient un conseil administrant les civitates de la Bretagne romaine. Après le départ de l’administration romaine en 410, cette charge tombe en désuétude, mais le titre aurait continué à être usité sous sa forme brittonique par les élites locales, avant d’être introduit en petite Bretagne lors de l’émigration bretonne.

salomon

Salomon, Roi de Bretagne de 857 à 874

S’il en est un qui fait référence, c’est Jarnithin.

Depuis la chute de l’empire Romain (4 septembre 476) les Francs tentent d’intégrer la Bretagne Armoricaine dans leur Royaume. En vain, la dynastie Mérovingienne buttera sans cesse sur le pays Vannetais, leurs quelques succès aboutira au mieux à des serments de fidélité et des traités de paix qui seront éphémères.

En 799, profitant de la mésentente persistante des Bretons, le comte Franc Carolingien Guy de Nantes conquiert enfin la Bretagne. Il fait alors de Vannes sa résidence. En 800 les chefs bretons vaincus se rendent à Tours porter des dons à Charlemagne. Charlemagne va alors tenter d’installer son administration en Bretagne et choisir pour cela les Machtierns, parmi eux, Jarnithin.
Résidant en en la villa Lisbedu « la cour du bouleau », probablement située à Pleucadeuc /  Plegadeg,  Jarnithin fait partie des élites aristocratiques et possède plusieurs plou de grandes étendues : Carentoir / Karantoer, Molac / Moulleg, Pleucadeuc / Plegadeg, Ruffiac / Rufieg.
Une véritable petite principauté de 35 000 hectares ( Monaco s’étend sur 202 ha, Andorre sur 46 000 ha ) lui permettant de régner sur une grande partie du bassin de l’Oust, entre la rivière d’Aff et celle de la Claie, qu’il gouverne avec ses fils Portitoë et Gurvili. Ses fils sont, eux, Machtiern de Carentoir / Karantoer, Gurvili habitant le manoir de Lisnovid.
Portitoë exerçait, en plus de celle partagée avec son frère sur Karantoer, une autorité dans les paroisses de Molac / Moulleg, de Ruffiac / Rufieget de Pleucadeuc / Plegadeg.

Bien que leur autorité relevait directement de l’empereur Louis le Débonnaire, à titre de vassi dominici elle était exercée sur une population totalement d’ascendance et de langue bretonne; comme les noms des habitants, qui sont tous celtiques, nous le démontre ( Catlon, marié à Prostworet dont il eut Merchion et Junetwant; Woretic qui eut quatre garçons : Anaurau, Urblon, Haétlon et Judwallon ; Groécon et son fils Condeloc ; Maenhoiarn et son frère Loieshoiarn ; les frères Cumhaël et Judhaël, Budworet et Anaworet ; Riwallon et sa soeur Argantlon dont le fils fut le prêtre Haelwocon…)
Assisté de ses deux fils, Jarnithin préside le tribunal public composé de douze scabins.

Nominoë

Nominoë et les Rois de Bretagne – Bretagne et environs

A ce titre il avait droit de regard sur les ventes, sur les domaines…

En 811 les Bretons se révoltent à nouveau, et à nouveau les Francs matent la rébellion sans que leur victoire soit pleine et décisive.
En 813 il se passe deux événements majeurs, le premier c’est évidemment le Concile de Tours, celui-ci apporte la preuve que le latin n’est plus ni parlé ni compris par le peuple puisqu’il est proclamé que les deux plus grandes composantes linguistiques qui constituent l’Empire de Charlemagne sont le roman, de tradition latine et le monde germanique.

Hors rappelez vous qu’à l’Ouest de Vannes / Gwened, dans les Marches de Bretagne sous contrôle franc, on parle Breton !

Cette déclaration nous apprend deux choses, l’Armorique Bretonne ne faisait pas partie de l’empire Carolingien. Le Gallo, langue Romane n’est pas une langue Celtique mais bien Latine !
Il est intéressant de noter que même à l’est de la Vilaine, dans ces Marches de Bretagnes, de nombreux plou ont une toponymie bretonne, Peillac / Paolieg, Avessac / Avezeg, Massérac / Merzhereg, Nivillac / Nivilieg, Lohéac / Lohieg … Et même, à ce qui constitue aujourd’hui l’extrême frontière de la Bretagne, on trouve des toponymes breton comme Gosné, attesté depuis au moins le XIème siècle et dont l’origine du nom vient d’un terme celtique signifiant « colline ».

La deuxième événement majeur de cette année 813 c’est un acte foncier du 30 décembre 813 enregistré comme notice no 135 dans le cartulaire de Redon :
« Juduuallon a donné à Iamcon pour une part de la terre qu’on appelle Roetanau, et pour la moitié d’Eusigird et les trois hommes qui sont dessus : Tiamoc et ses fils Couualin et Uuorethemel. Fait dans le lieu dit, écrit par Lathoiamus. »
Suivent les témoins et acteurs de la charte : « in ipso anno quo emisit spiritum Karolus imperator, régnante Jarnhitino, et Wido comite ». (Wido c’est Gui II, membre de la dynastie Widonide, comte franc du pays vannetais qui sera succédé dans ce titre par un certain Nominoë…)

Jarnithin est ici qualifié de régnant !

Si c’est le seul acte où il est ainsi qualifié, il n’en faudra pas plus pour que beaucoup en fasse le premier Roi de Bretagne !

En 1750, Dom Morice, dans sa table généalogique des rois, comtes et ducs de Bretagne, en fait le premier Roi de Bretagne avant Morvan !

Quoi qu’il en soit, Charlemagne meurt l’année suivante, à la suite de sa troisième et dernière reconquête de la bretagne, bien qu’y ayant mit des moyens considérables cette conquête est fort imparfaite, puisqu’il n’inscrivit pas la Bretagne dans son dernier testament.
Plus que jamais il semble alors émergé chez les Bretons une volonté, pour au moins ceux de Vannetais Oriental, d’être une nation et de se donner un souverain digne de nom, capable de les unir et de vaincre les francs, un successeur à celui qui a fait plié les Mérovingiens, Waroch, un hériter à celle qui à fait plier les romains, Boadicée.

charlemagne

Charlemagne n’a jamais régné sur la Bretagne

La Machtiern Jarnithin sera celui-là et il mènera une révolte sitôt Charlemagne mort, hélas sans résultat bien sérieux.

Il conservera tout de même un grand pouvoir et une grande influence jusqu’à sa mort le 3 février 821 pour certain, en 825 pour d’autre. Dans plusieurs chartes il donne des terres à des compatriotes et les autorise à les défricher.
Par exemple, dans la notice no 267 du cartulaire de Redon Worwelet demande à Jarnhitin, un endroit pour faire pénitence de ses péchés. Jarnhitin, en tant que machtiern et propriétaire, lui donne un lieu nommé Rosgal (ou Botgarth) avec l’autorisation de défrichement et fondation d’un ermitage. Non seulement Jarnithin lui offre mais il renouvellera ce don au fils de Worwelet après son décès.

A sa mort, ses fils héritent de ses terres comme de son pouvoir, preuve de sa puissance et du respect qu’il imposait tant pour les Breton que pour l’Empereur Franc Louis le Pieux.

Il les y avaient préparé, très tôt, on l’a vu, et au moment où Nominoë émerge, sa dynastie pèsent encore de tout son poids.
En 833 Louis le Pieux est emprisonné par ses fils, Nominoë en profite pour faire, au nom de Louis, don aux moines non seulement le terrain sur lequel s’élevait l’abbaye que le leur avait refusé Louis, mais toute la région de la paroisse de Bains, depuis lors et jusqu’à ce jour forme encore la paroisse de Redon !

En 834, sortie de sa captivité, Louis confirme cette donation par un diplôme solennel daté d’Attagni, 27 novembre 834,  » sur la prière et l’intervention de notre fidèle Nominoë » il leur donne le Plou de Bains tout entier et la paroisse de Langon.
Cette même année de 834, Portitoën fils de Jarnithin, se dispense des autorisation de Nominoë et de Louis et offre aux moines de Redon de prendre possession de Rosgal pour en continuer le défrichement.

Il gouverna un court espace de temps l’Armorique, en totalité ou en partie bien que ce fut comme missus de l’empereur Louis il est le trait d’union d’un changement profond dans la mentalité Bretonne et son organisation sociale inspiré des organisation romaine et germaine qui s’impose à eux.

Désormais les Bretons ne veulent plus faire qu’un, veulent être indépendant et souverain et pour cela sont prêt à se ranger derrière un seul homme.
Jarnithin à tracé la route que bientôt Morvan va emprunté et que les Bretons ne quitteront plus pendant onze siècles.

Notes.

Comme de nombreux anthroponymes notés dans le cartulaire de Redon pour cette période, le nom propre de Jarnithin semble être formé de deux termes de vieux-breton relatifs aux qualités guerrières : Iarn, forme archaïque pour « fer ». Uuethen, pour « combat ».

Bibiographie

http://bibnum.univ-rennes2.fr/items/viewer/337 fbclid=IwAR0vPlQymTihGOUes8qqwBk2ChkU12Je81oaD83vftPS7GlEUQFtxAwgFHI#page/2/mode/1up
https://digital.nls.uk/dcn6/7634/76348971.6.pdf

Photo principale : @larisons2006
Texte : Anthony Charton
Titre et illustrations de NHU Bretagne

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2 commentaires

Sual 29 septembre 2023 - 9h07

Pas très clair et pas très pertinent cet article. La partie sur le machtiernat est correct dans l’ensemble mais trop souvent pompé sur wikipedia (des phrases entière). La partie sur la toponymie et Jarnithin comporte bien trop d’erreurs et d’inexactitudes.

Répondre
NHU Bretagne 29 septembre 2023 - 18h01

Bonsoir, et merci de votre commentaire. Il y a une solution pour ne pas lire les « erreurs et inexactitudes » des autres, c’est de venir écrire soi-même dans les colonnes de NHU Bretagne. Nous sommes un média collaboratif et citoyen : soyez bienvenue et écrivez sur les sujets qui vous passionnent et passionnent nos lecteurs, dès lors que c’est en rapport avec la Bretagne. On vous attend : redaction@nhu.bzh
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