Acharnement et discrimination linguistique en Bretagne.

Acharnement et discrimination linguistique en Bretagne.

La République en flagrant délit de discrimination linguistique … à nouveau.

Après le tildé du ñ du prénom breton Fañch d’un nouveau-né de la région de Kemper, voici le refus du c’h du prénom breton Derc’hen d’un nouveau-né de la région de Rennes/Roazhon.
Ce petit garçon est né le 21 Août dernier. Ainsi, ses Parents se sont vus refuser ce prénom Derc’hen sous prétecte que l’apostrophe n’existe pas en langue française dans un tel cas. Tu peux t’appeler Erwann L’HARIDON ou Derwella L’HELGOUAC’H avec des apostrophes dans ton patronyme. Mais pas Derc’hen, pas d’apostrophe dans le prénom. Donc, ou changer de prénom ou s’appeler Derchen.
Le C’H est une lettre en breton.
En breton, la lettre C n’existe pas. L’alphabet breton c’est A, B, CH, C’H, D, E … Et CH et C’H sont deux lettres, comme il existe le LL en espagnol ou en catalan. Cette lettre C’H se prononce comme la jota en castillan espagnol.

Mairie de Rennes et justice française.

On en est rendu, dans ce pays d’hyper centralisme, au point qu’un Procureur de la République se préoccupe de l’orthographe des prénoms. Ou plutôt, dirons-nous, de certains prénoms de certains territoires.
Les parents n’acceptent pas cette discrimination linguistique intolérable. Dans l’impossibilité d’appeler leur enfant Derc’hen et devant bien lui donner un prénom, ils l’ont prénommé Derchen, pensant ensuite pouvoir déposer un recours. Comme semble t-il, le leur avait dit la Mairie. Mais ce type de recours est impossible. Le Procureur se base sur une circulaire ministérielle du 23 juillet 2014 listant les signes diacritiques autorisés pour l’état civil; pour justifier son refus. Circulaire s’appuyant, entre autres, sur « La loi n°118 du 2 Thermidor An II » c’est à dire du 20 Juillet 1794 !

Il y a plus de deux siècles.

Un extrait qui en dit long « Si la convention n°14 de la Commission Internationale de l’État Civil (CIEC) relative à l’indication des nom et prénoms dans les registres de l’état civil reconnaît les signes diacritiques étrangers, il convient de relever que
celle-ci n’a pas été ratifiée par la France« . Ni signée ni ratifiée.
La France, « pays des droits de l’Homme » et des « lumières », dont la devise est « liberté, égalité, fraternité », refuse à des parents de nommer leur fils nouveau-né Fañch et Derc’hen. A cause d’un minuscule petit sigle.

Lisez ici le texte intégral de cette circulaire discriminatoire.

Et pour sourire un peu, un autre extrait :

« Ces règles ici rappelées ne font pas obstacle au principe de liberté du choix des prénoms de l’enfant par ses
parents : les parents peuvent choisir les prénoms de leurs enfants, pouvant à cet égard faire usage d’une orthographe non traditionnelle, sous réserve toutefois qu’elle ne comprenne que les lettres diacritées et les ligatures de la langue française ci-dessus rappelées ».
En clair, vous pouvez envisager n’importe quel prénom : « principe de liberté », « choisir« , blabla … c’est merveilleux ! … sauf ceux qui sont interdits. Dont nombre de prénoms bretons : Gwenc’hlan, Jungomarc’h, Fañch, Kristoc’h, Meheñ, Prijañ, Wiomarc’h, Arc’hantael, Berc’hed, Frañseza, Goulc’hen …

Êtes-vous en règle avec votre nom de famille breton ?

Dans cette circulaire discriminante, il est également écrit ceci :

« Ces mêmes règles s’appliquent pour le nom de famille ainsi que toutes autres indications contenues dans les actes de l’état civil. Ainsi, par exemple, l’adresse d’un domicile à l’étranger ou le nom d’une personne même de nationalité étrangère doivent être indiqués avec les voyelles et consonnes connues de la langue française sans reproduire les éventuels signes diacritiques de la langue étrangère, non reconnues dans la langue française quand bien même ils auraient été indiqués précédemment dans un acte de l’état civil français de l’intéressé. »

Discrimination : noms de famille interdits ?

Donc beaucoup de noms de famille et de lieux-dits bretons ne respectent pas cette circulaire.
Vous les KERLOC’H, GUYOMARC’H, PENNANEAC’H, LOZAC’H, ARC’HANTEG, KERROC’H, BALC’HOU, BARRAC’H, PEOC’H, POULMARC’H, BENEC’H, BELBEOC’H, BOULC’H, KERNEC’H, PULLOC’H, KOATARMANAC’H, ELGOUARC’H, GOLC’HEN, LEZOUALC’H, GUYONVARC’H, HELLEGOUARC’H, KERANFLEC’H, KERC’HOM, MANAC’H, NOAC’H, PENKREC’H, RONAC’H, TORC’H, YEUC’H et autres.
Vous êtes hors-la-loi française.

Et les noms de lieux-dits ? Interdits aussi ?

Penmarc’h et Tourc’h en Cornouaille devront-ils changer de nom ou enlever leur apostrophe, comme ce petit garçon Derc’hen ?
Et ce grand Amiral Pierre Alexis RONARC’H, Vice Amiral et Chef d’État-Major de la Marine française, vous en faites quoi ?

En 2018, en Europe, il serait temps d’abolir ce type de discrimination linguistique d’un autre temps. Cette forme de repli sur soi va à l’encontre du vivre-ensemble et de l’ouverture d’esprit.

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4 Comments

  1. FLOC'H
    janvier 23, 23:45 Reply

    Je viens d’apprendre, à la lecture de cette circulaire, que mon fils dont la naissance est prévue dans quelques mois ne pourra pas porter mon nom 🙁
    (FLOC’H)

    • La Rédaction
      janvier 24, 09:10 Reply

      Bonjour. On va mettre un lien dans cet article pour accéder directement aux texte original de cette circulaire. Retournez-y pour le consulter à la mi-journée. Merci de nous suivre.

  2. Alan Gwenn
    juillet 03, 07:25 Reply

    Il faudrait aussi mentionner le nom Lescouarc’h, qui est aussi celui de Thierry Lescouarc’h, procureur à Quimper, et qui a ordonné le refus du prénom Fañch.

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