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Je suis fou de fest-noz.
Si vous me suivez depuis un moment, vous savez ma passion pour la danse bretonne, le fest-noz et les traditions de ma région.
Mais connaissez-vous le lien entre le Fest-Noz et le monde Paysan ?
Le fest-noz (« fête de nuit » en breton) c’est le bal populaire breton. Aujourd’hui, il s’organise un peu toute l’année, l’été en extérieur, l’hiver en intérieur, accueillant des groupes de musiciens professionnels et/ou amateurs. Plutôt d’influence très traditionnelle, dirait-on presque puriste du couple biniou et bombarde, accordéon et clarinette (treujenn gaol), ou simplement du couple de chanteurs-euses (le Kan ha Diskan). Également avec des influences contemporaines rock, jazz, reggae, techno, musiques du monde…
21 juillet 2022 : depuis dix ans, le Grand fest-noz du Château de Kerjean (Saint-Vougay, Finistère, Bretagne) est un rendez-vous incontournable des amateurs. Vidéo Michel Valladon
… le tout faisant danser durant des heures et à perdre haleine des dizaines, des centaines voire des milliers de « Nozeurs » pour les plus gros festivals comme le célèbre #Yaouank à Rennes.
Comme ici le groupe Startijenn en 2022 avec 8000 danseurs !
Startijenn à Yaouank 2022 – vidéo Avelenn
Évidemment, le fest-noz tel qu’il se déroule aujourd’hui n’a pas toujours existé sous cette forme.
Revenons donc quelques décennies en arrière…La danse, pratique gestuelle et corporelle coordonnée, archaïque, tribale ou sophistiquée, a accompagné l’histoire de tous les peuples.
Les premières traces écrites de pratique de la danse « chorégraphiée » remontent pour la Bretagne à 1588 dans l’Ochesographie de Thoinot Arbeau. Les danses sont alors des héritages de branles, de caroles, et de trihoris…
Au fil des siècles, les danses évoluent avec les mœurs.
Ainsi, d’état communautaires elles deviennent marquées d’une certaine individualité. Les rondes s’ouvrent en chaînes, les couples en cortèges s’intègrent (bal à deux), mais les danses Kof a kof (ventre à ventre) resteront prohibées par le clergé jusqu’au début du XXe siècle !
Si au départ la danse était une pratique partagée par l’ensemble de la communauté indistinctement des classes sociales, au passage de la renaissance, les marqueurs de rang et de territoire ont été plus forts, et l’exercice de la danse bretonne (en opposition aux danses de cours) s’est ancrée dans la ruralité.
A quelles occasions dansait-on ?
Les principales occasions de danse étaient les noces, qui parfois regroupaient plusieurs centaines de convives.
La danse marquait les moments de la noce, de la cérémonie, au cortège, au repas, au lancé de bouquet, et à la veillée… parfois de manière un peu plus libre et moins « codifiée » même elle venait entrecouper le repas qui s’étalait en longueur !
Pardons, foires, fêtes de villages étaient aussi de grands moments de partage communautaires où la danse occupait une place centrale.
Mais, la danse rythmait aussi profondément la vie rurale, les travaux des champs et de récolte, le battage, le pressage des pommes pour le cidre, etc…
Les travaux étaient harassants, de l’aube à la nuit tombée, et si le chant et la musique accompagnaient le labeur, la danse était l’exutoire des corps par le délassement qu’elle apportait et assurait la cohésion des hommes, et des femmes bien sûr.
Enfin, outre l’aspect ludique et solidaire de sa pratique, la danse avait des utilités très concrètes !
Tel en atteste (entre autres) Pêr-Jakez Hélias dans « Le Cheval d’Orgueil » quand la danse servait à la réalisation de l’aire à battre (Fest al leur nevez)..
En effet, avant l’arrivée des batteuses mécaniques, le battage se faisait au pied ou au fléau sur une aire en argile qu’il fallait aplanir et tasser. De la même manière, les veillées dansantes permettaient de préparer le sol des maisons en terre battue.
Évidemment, au fil du temps, la mécanisation, les nouveaux moyens de construction et la modernisation en général ont contribué à l’érosion de ces pratiques. Ainsi, la danse bretonne, au début du XXe n’était quasiment plus pratiquée, d’autant plus par la succession des deux guerres…
C’est au profit du « revival » culturel breton, dans les années 1955/60, avec la création des premiers bagadoù et cercle folkloriques (j’y reviendrai une autre fois sur ce terme😉), avec la vague Alan Stivel, Tri Yann, puis des groupes comme Sonerien Du et autres Diaouled Ar Menez que le Fest-Noz émergera sous sa forme contemporaine.
Avec un mélange intra-breton des différents terroirs mais aussi l’intégration de danses vendéennes ou du centre avec leurs lots de passe-pieds, de branles et de quadrilles… (maraîchine, branle de Noirmoutier, bourrées). Ou plus « exotiques » avec les jigues, les scottishes, les polkas et les mazurkas…
Et moi autant que je le pourrais je continuerai de danser et de partager ce mouvement dans la culture vivante et la tradition…