Bretagne passez à l’ouest : à qui ce message s’adresse t-il ?

Bretagne passez à l’ouest : à qui ce message s’adresse t-il ?

Ah si la Bretagne pouvait passer à l’Ouest !

Très belle campagne de promotion de la Bretagne qui bouge et qui agit pour son avenir.

Passer à l’ouest serait donc le bonheur.
Cette expression « passer à l’ouest » est à compréhension variable. Du temps de ce grand bloc soviétique, un et indivisible, monolithique et uniforme, c’était le rêve de beaucoup de personnes. Passer à l’ouest, des mots magiques. Du rêve à l’obsession pour certains. Cette campagne promotionnelle très habile dirait-elle la même chose ? Vous qui êtes à l’est, dans un quotidien un peu sombre, passez donc à l’ouest. Là où est le bonheur. Moins de bouchons, de pollution, d’horizons trop courts, de promiscuité … Dans cet autre grand bloc qu’est l’Hexagone, un et indivisible selon certains, monolithique et uniforme pour beaucoup d’autres. Soyez patients, gens de l’est, les grands blocs devenus ingérables éclatent tous, tôt ou tard.
A moins que ce slogan ait une autre signification ?

Bretagne, passez à l’ouest !

Comme une prière, ou une injonction. Bretagne, passe donc à l’ouest. Ce grand ouest où un état central moribond voudrait tant dissoudre le pays millénaire. Dans cette volonté acharnée à solubiliser des territoires affirmés dans une bouillie uniforme et sans personnalité. Faire disparaître jusqu’au mot Bretagne sur les cartes pour nous nommer Grand Ouest. Ils ont déjà inventé un Grand Est noyant l’Alsace et la Lorraine. « Vous n’aurez pas l’Alsace et la Lorraine » chantaient les soldats français dans une guerre pas si lointaine, à l’adresse de l’adversaire allemand. Finalement c’est le centralisme français qui en aura eu raison.

Slogan ambigu.

La Bretagne est déjà à l’ouest. En regardant une carte d’Europe, on ne peut plus à l’ouest.
Passez à l’ouest en regardant vers l’est : étrange concept. Trop de mots, de phrases et d’images disent « passez à l’est ».
Parcourez le site www.passezalouest.bzh.
Dont voici quelques extraits :

« Avec l’ouverture de la Ligne à Grande Vitesse en juillet 2017, la Bretagne et les breton.ne.s n’ont jamais été aussi proches de Paris … »
 » … 45 minutes en moins sur tous les trajets vers Paris … »
 » A partir du 2 juillet 2017, toutes les gares à l’ouest de Rennes gagneront entre 45 et 50 minutes en moyenne sur le trajet vers Paris … »
 » La Bretagne à Grande Vitesse met les grands aéroports parisiens à moins de 2h ! »

passez à l'ouest

A gauche le version officielle de « Bretagne passez à l’ouest ». Mais le train va vers l’est et on nous dit d’aller vers Paris, donc encore à l’est. Si c’est vraiment passer à l’ouest, c’est le visuel de droite qui est correct, revu par NHU Bretagne.

Le slogan « Bretagne passez à l’est » n’aurait-il pas été plus approprié ?

Étonnante cette incapacité intellectuelle à se défaire, jusque dans les mots, de ce centralisme viscéral. Le slogan est « passez à l’ouest » mais les propos ne vous parlent que de gagner du temps pour aller vers l’est. Ou plus précisément à Paris. Parce qu’à l’est de Rennes, il n’existe qu’un seul endroit qui vaille : Paris.
Breton.ne (nous, nous mettons toujours une majuscule aux noms des peuples), tu ne peux et ne dois aller nulle part ailleurs.

Le visuel est lui aussi très révélateur.

Regardez ce train par rapport à une carte. Il roule bien d’ouest en est. Si réellement, il s’agissait de « passer à l’ouest », l’avant du train serait dans l’autre sens.
Quel est le slogan lisible sur ce visuel ? « En 2017, la Bretagne à 1h30 de Paris« . S’il s’agissait vraiment de « passer à l’ouest », le slogan serait « En 2017, Paris à 1h30 de la Bretagne ». A moins que nos voies de chemin de fer soient toutes à sens unique.
Bordelais, Strasbourgeois, Niçoises, Clermontois, Lilloises et autres Français-es, vous n’intéressez pas du tout le Conseil régional siégeant à Rennes. Qui n’a d’yeux que pour une seule ville française.

Mais restons positifs.

Cette démarche du Conseil Régional administrant quatre des cinq départements bretons est une excellente chose, globalement.
Pour une Bretagne « sereine, connectée, performante et inspirante« .
Elle donne aux Breton.ne.s et au-delà de Bretagne, une vision très favorable de notre pays. La Bretagne est en pointe pour la mobilité, pour le numérique, pour l’éducation et l’enseignement, pour le bien-être, etc … Avec un coût d’un million d’euros d’argent public breton, cette campagne Bretagne, passez à l’ouest, est une belle réussite.

On y trouve même des rappels historiques.

« … en Bretagne, l’autoroute est gratuite ! Une tradition qui remonte au temps où les voitures n’existaient pas encore, puisqu’Anne de Bretagne imposa la suppression de l’octroi lors de son mariage avec le roi de France. Quand on vous dit que les bretons sont visionnaires … ».
« Visionnaires »
on vous dit !

Et linguistiques … hasardeux cependant !

« 206000 locuteurs actifs de la langue bretonne » et « 5% de la population bretonne parlerait gallo« .
Pourquoi « langue bretonne » et non « breton ». De fait, pourquoi pas « langue gallèse » si c’en est une ?
Pourquoi un nombre de locuteurs d’un côté et un pourcentage de l’autre ? Ce ne serait quand même pas pour empêcher toute comparaison facile ?
Pour le Conseil Régional administrant quatre des cinq départements bretons, la population est de 3,3 millions habitants (sinon 4,6 millions en Bretagne).
Il y aurait donc 6,2% de la population de ces quatre départements à parler breton. Et il y aurait donc 165000 locuteurs en gallo ? Alors que penser du recensement INSEE de 1999 qui affichait 1,3% de la population des mêmes quatre départements à parler gallo ? Le Conseil Régional retiendrait-il parfois des données à quatre départements, et parfois celles concernant les cinq départements. Parce qu’en effet, le gallo d’oïl est également parlé en Loire Atlantique.

www.bretagne.bzh/upload/docs/binary/octet-stream/2015-10/rapport_gallo_octobre2015.pdf

L’humour décalé de cette campagne d’information, ou de propagande diront certains, à un million d’euros quand même, financée par les Breton-ne-s, distille très habilement certains messages quasi subliminaux sous son beau vernis.
Qui d’autre que NHU Bretagne pour gratter sous ce vernis ?

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