Bécherel la Cité bretonne du Livre

Bécherel la Cité bretonne du Livre

Il était une fois et il sera …

Dans les années 80, la progression du chômage, nous préoccupait déjà. La mécanisation, la robotisation raréfiaient le nombre des postes de travail. Nous étions quelques familles à nous inquiéter de l’avenir de nos jeunes. La droite au pouvoir ne faisait rien pour transférer le montant des charges sociales sur les bénéfices réalisés grâce au chômage. D’ailleurs il n’a jamais été question de taxer les robots. La dette commençait à prendre des proportions inquiétantes. Les informations centralisées à Paris nous épargnaient toute prise de conscience claire sur la situation. Aussi fallait-il un regard attentif et acéré pour se rendre compte des dangers qui nous guettaient.
L’élection de François Mitterrand en 1981 a fait illusion durant les deux premières années de son « règne ». Son discours sur la langue et la culture bretonnes nous avait séduits. Nous avons vainement espéré qu’il tiendrait ses promesses à la fois économiques et culturelles.

Nous avons réagi.

Avec quelques amis nous avons réfléchi à l’avenir et particulièrement à l’avenir de nos jeunes.
J’élevais seule mes trois enfants ; la petite dernière, née en 1960, avait un projet professionnel clair depuis son tout jeune âge. Sa sœur et son frère aîné savaient uniquement ce qu’ils ne voulaient pas faire.
Je ne pouvais pas rester sans rien imaginer et avec quelques amis nous avons élaboré un projet  …
Ce travail d’élaboration ajouté à nos occupations professionnelles et familiales a réclamé du temps et quelques recherches pas toujours  enthousiasmantes.

La quête …

Bon an mal an nous avons fini par finaliser le petit schéma ci-dessus et nous nous sommes mis en quête d’un lieu, et d’un site susceptibles de nous accueillir.
Bonjour la question financière.
Notre implantation en dépendrait absolument…
Nous avons parcouru tout le littoral breton. Conclusion : trop cher pour nous. Cessons de rêver ?

Bécherel

Becherel Cité du Livre en Bretagne – logo

Et puis … Bécherel.

Erwan, mon fils aîné s’était installé à Bécherel en 1981, avec sa brocante et ses vieux documents. Également ses papiers et autres fourniments, qui, selon lui, cacheraient un trésor qui lui apporterait à la fois la richesse et la gloire. Ou pas.
Un peu à la fois, nous prenons conscience que le centre ancien de Bécherel, désertifié depuis les année 60, laissait vides et donc disponibles à peu près quatre maisons sur cinq. Le site, médiéval, avait permis son classement parmi les Cités de caractère de Bretagne. La situation géographique autorisait qu’un projet culturel et économique puisse prospérer grâce à l’environnement et grâce au tourisme culturel.

Le choix étant arrêté.

Les copains qui ne se voyaient pas vivre loin du grand large, ont continué à soutenir notre effort sans se joindre à nous. À Bécherel, outre Erwan et sa brocante, Brigitte et Marc avaient installé un atelier de lithographie ou Marc dessinait.
Je vais donc acheter la « grande maison » et ce sera avec les maisons d’Erwan et Yvonne arrivée là entre temps. Puis celle de Marc et Brigitte, le point de départ de l’aventure. Le choix étant arrêté,  les copains qui ne se voyaient pas vivre loin du grand large, ont continué à soutenir notre effort sans se joindre à nous. À Bécherel, outre Erwan et sa brocante, Brigitte et Marc avaient installé un atelier de lithographie ou Marc dessinait.

Bécherel

Bécherel, la maison où tout a commencé.

Et c’est là que tout a commencé.

C’est grâce à Catherine, dotée d’une licence d’histoire et d’une licence de celtique à laquelle elle ajoutera … une « licence4 » pour débit de boisson, que va naître la première implantation culturelle et économique de notre Entreprise sous forme d’une « Crêperie-Bar-Snack-animations »
Mais l’année 1987 va traîner en longueur. La crêperie fonctionne correctement. Puis nous organisons des rencontres autour d’écrivains et d’artistes. Nous recevons Youenn Gwernig, Gilles Servat, Yann Brekilien, Yann Fañch Kemener, Myrrdhin et sa harpe celtique. Nous dessinons avec Marc, nous faisons du Yoga avec Tremeur Bourlès, … Mais le Centre ancien reste désespérément vide et les belles vieilles pierres de la Cité continuent à dormir bien protégées par les toiles d’araignées. Il nous faut une idée pour redonner vie à la Cité.
Merci à Bernard le Nail, alors Directeur de l’institut Culturel de Bretagne de nous avoir parlé de Redu. Un village de six cents âmes perdu dans les Ardennes belges, transformé en village du livre en 1984 à la suite de Hay-on-Wye, au Pays de galles qui avait été mis en place par Richard Booth en 1961.
Bécherel

Il y a foule dans les belles rues de Bécherel, la Cité du Livre de Bretagne

Bécherel, Cité du Livre® va naître à l’occasion d’une première fête du livre que nous organisons à Pâques 1989.

Bécherel, 700 habitants, compte 15 à 18 professionnels du livre avec des libraires et bouquinistes. Des livres anciens et d’occasion, vieux papiers, documents, des relieurs d’art, des illustrateurs, des dessinateurs de BD, un éditeur. Elles sont ouvertes chaque jour et tout au long de l’année.
Sept autres villages du livre se sont peu à peu installés en France. Puis en Europe et finalement dans le monde entier.

Nous pourrions nous reposer sur nos lauriers. Mais notre entreprise culturelle n’est pas au terme de son évolution. Une prolongation vient de naître pour réhabiliter les locaux de l’ancienne gendarmerie qui appartient à la Mairie de Bécherel. Un collectif de Bécherellais prépare un projet qui réunira les habitants et leurs associations. En faisant appel à des chantiers d’insertion et en utilisant les énergies nouvelles nous espérons pouvoir prolonger notre dynamique culturelle et économique.

Bécherel

Inauguration de la Cité du Livre de Bécherel

Il nous reste encore tant à faire.

Il me semble qu’un accueil hôtelier chez l’habitant et en gîte pourrait accueillir des stagiaires particulièrement intéressés pour apprendre les langues d’Europe sans y oublier les langues bretonne et gallèse.
Pourquoi ne pourrions-nous pas organiser des séjours /lecture avec l’aide de notre conteuse Marie Chif’mine. Également de notre poète et chanteur Alain Pouteau, de notre jeune poète créatif Simon, de nos dessinateurs Pépito et Jean Marie, et d’autres.
Il me semble que nous pourrions pas organiser des séjours/découverte : le Pays romantique avec Combourg et Chateaubriand. Puis la côte du Mont Saint Michel au Cap Fréhel, Dinan Ville d’art et d’histoire. D’un autre côté Brocéliande, Merlin et le Val sans retour, Comper et ses légendes arthuriennes. Puis plus avant encore la civilisation mégalithique avec les pierres levées des alentours. Le chantier est ouvert et nous y travaillons dans une solidarité qui a enfin trouvé son prétexte : La réhabilitation d’un bâtiment qui permettra de mettre en valeur le splendide panorama autour de Bécherel.

La solidarité.

Une solidarité entre tous les acteurs sur le terrain dessine notre avenir. Et pourrait bien faire grille ou modèle pour d’autres entreprises culturelles partout en Bretagne. D’abord en choisissant des objets à partir desquels se développer. Ainsi je verrais bien un village dédié aux inventions genre celles du concours Lépine. En outre pour répondre à cette créativité individuelle très active en Bretagne mais souvent négligée. Entre autres également, le bois, les arts culinaires terre et mer, le lin, le chanvre et les tissus, les broderies, les dentelles sont autant d’objets. A vrai diret il y en a beaucoup d’autres, à partir desquels on peut décliner des activités professionnelles autant que culturelles.

Bécherel

La Cité du Livre de Bécherel, tout un programme

Et le réseau.

On peut également imaginer les mettre en réseaux pour organiser une proposition touristique et culturelle sur l’ensemble d’une Bretagne riche de sites multiples et très variés. Je pense aux villages des artisans d’art de la Gacilly, je pense aux peintres de Pont Aven, je pense aux « petites Cités de Caractère », aux villes d’art et d’histoire. Je pense à la Vallée des Saints de Carnoët, à Brocéliande où la légende le dispute à l’histoire pour pouvoir continuer à penser hors système et hors cadre, je pense aux îles en collier autour de nos côtes, à leurs particularités et à leur histoire. La culture ilienne, si spécifique est méconnue et très mal mise en valeur.

Le Trépas …

Il y a du bon travail à faire chez nous et il me semble que les temps sont venus de nous mettre ensemble à retrouver nos talents, à innover dans la foulée de nos particularités, de notre géographie très particulière de presqu’île souvent sublime, et de notre pré carré niché dans la nature, de retrouver dans nos sources historiques une créativité spécifique entre imaginaire et pragmatisme, entre passé présent et futur.
Et rappelons nous l’enseignement du « Barzaz Breizh » : Il n’y qu’une seule nécessité à prendre en considération quand on est un représentant de la condition humaine, où que nous soyons enraciné ou implanté : C’est le Trépas, nécessité unique et incontournable. Alors il faut que la vie triomphe et c’est affaire de métamorphose, et de fraternité universelle, mais chacun dans son coin, forcément !
Bécherel

Bécherel, village de l’est de la Bretagne.

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A propos de l'auteur

Colette TRUBLET
Colette TRUBLET 5 articles

Colette TRUBLET née à Dinan en 1935. Trois enfants dont l’aîné Erwan est libraire à Bécherel, la seconde Catherine est chargée de mission à Diwan et Annaïg médecin psychanalyste. Fondatrice, en 1983, de Savenn Douar (Le Tremplin en Français). Fondatrice en 1989 de "Bécherel, Cité du Livre" Auteur de livres publiés aux éditions "Bécherel, Cité du Livre" dédiées à Savenn Douar - Thème : la Bretagne - trois livres en cours de e-édition chez Primento. Actuellement projet d’un collectif-citoyen pour lancer la réhabilitation de l’ancienne gendarmerie de Bécherel avec une Tour panoramique (360° du Mt St Michel au Cap Fréhel, Rennes et Dinan) avec initiation pour les jeunes à l’écologie.

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3 commentaires

  1. Beau travail ! (pour reprendre le titre d'un film). Il reste énormément de choses à faire en Bretagne, notamment y introduire la philosophie, pratiquement totalement absente et ignorée. Je vois que sur NHU, Ernest Renan est qualifié de philosophe. Non, Renan n'était pas un philosophe.
    • Rémy PENNEG
      juin 15, 18:51 Répondre
      Bonsoir Hoel, et merci du commentaire. Comment peut-on alors qualifier Ernest RENAN ? Sinon, NHU Bretagne est prêt à ouvrir ses colonnes, aussi, à la philosophie. Nous en avons parlé par ailleurs.
  2. Hoel
    juin 16, 10:21 Répondre
    Ernest Renan est un intellectuel assez complexe et touche-à-tout, qui a lu des philosophes et a été influencé par la philosophie, mais de là à le considérer comme un philosophe, non.

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