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Réunification Bretagne : consultation, référendum ou décret ?

de Rémy PENNEG
Publié le Dernière mise à jour le

La demande est telle qu’on y arrive enfin : la Bretagne sera bientôt réunifiée.
Les élections municipales ont déclenché en Bretagne, et en particulier en Loire Atlantique, des manœuvres politiques en ce sens
La question essentielle est maintenant de savoir comment y arriver. Si nous étions dans une vraie Démocratie moderne, le sujet serait rapidement réglé. Mais intégré dans l’Hexagone, nous sommes malheureusement plus proches de certains pays exotiques que des britanniques, germaniques ou scandinaves.

Consultation ?

La consultation n’a pas force de loi.
La loi du 13 Août 2004 a créé la Consultation des électeurs (art. L1112-15 et suivantes). Cette loi généralise à toutes les collectivités territoriales la possibilité de consulter leurs électeurs. En particulier sur les décisions que les autorités de cette collectivité envisagent de prendre pour régler les affaires relevant de la compétence de cette dernière. Par ailleurs, les électeurs peuvent eux-mêmes être à l’initiative d’une demande de consultation, la décision de l’organiser revenant toutefois à l’assemblée délibérante (art? L21112-16).

Il y a eu dans un passé récent deux consultations.

L’une concerna le projet de construction d’un aéroport à Notre Dame des Landes dans le sud de la Bretagne. Les quelques 967500 électeurs de ce département breton furent invités à voter pour ou contre cette construction en 2016. Le taux de participation fut de 51,08% et le oui l’emporta avec 55,17%
Le candidat Macron promit de respecter le vote. Mais une fois élu, par la voix de son Premier Ministre, il bafoua le suffrage universel et annula purement et simplement le projet de l’aéroport de NDDL Notre Dame des Landes.
Dans le même ordre d’idée, l’association Bretagne Réunie réussit l’exploit de collecter quelques 105000 signatures de Citoyen(ne)s de Loire Atlantique. Collecter plus de 10% de signatures du corps électoral permet de demander à un Conseil départemental d’organiser une consultation. En l’occurrence ici une consultation en vue de la réunification de la Bretagne.
Cette fois encore, Philippe Grosvalet président de ce Conseil départemental, ne respectera pas le résultat et passera le sujet aux oubliettes.

Alors, un référendum ?

Théoriquement, selon les textes, une collectivité territoriale peut organiser un référendum. Et le résultat, contrairement à la consultation, a (en principe) force de loi. Bien sûr sous condition que l’état central l’y autorise. Ce qui revient à dire que c’est, là encore, Paris qui décide. C’est le pouvoir central qui décide mais c’est la collectivité territoriale qui paye les frais d’organisation

En mai 2005, près de 42 millions de Citoyen(ne)s sont invités à participer à un référendum sur le traité établissant une constitution pour l’Europe. Également appelé Traité de Rome II. A une large majorité de 54,68% des votants disent non à cette entrée. On sait, là aussi, ce qu’il adviendra du respect de ce suffrage universel.

L’état central ne respecte que les résultats qu’il espère.

Qu’il s’agisse, nous le voyons par ces quelques exemples, de «simples » consultations ou de référendums plus officiels.
Que croyez-vous qu’il adviendrait du résultat pour une consultation ou référendum en vue de la réunification de la Bretagne ?
L’état central ne veut pas de cette réunification. Il a instauré cette partition territoriale en 1941, sous le régime pro-nazi de Pétain.

S’il avait voulu revenir sur cette mesure inique, il a eu quatre vingt ans pour le faire. Il connaît très bien les résultats des très nombreux sondages qui donnent toujours un oui massif pour cette réunification. En 2014, lors du nouveau découpage des régions, le régime socialiste avait la pleine possibilité de le faire. Il ne l’a pas fait.

Nous ne sommes plus en Démocratie.

Si l’état central accepte bientôt une consultation ou un référendum en vue de cette réunification, c’est qu’il aura la certitude de la victoire du non. Les sondages électoraux étant souvent erronés, malgré une victoire espérée du non par Paris, le résultat pourrait être positif. Dans ce cas là, le risque du non respect de l’opinion publique et de la demande démocratique de la réunification de la Bretagne serait réel. L’histoire récente nous a prouvé la capacité du pouvoir central à ne pas respecter la loi lorsque celle-ci ne le satisfait pas.

Le pouvoir central basé à Paris s’est toujours méfié de l’opinion du peuple.
Nous ne sommes plus dans une vraie Démocratie. Une vraie Démocratie respecte toujours le suffrage universel.

Réunification Bretagne : deux pièges à éviter …

Quelle zone de consultation ?

Une des premières difficultés serait de déterminer la zone géographique pour cette consultation. Sont-ce seulement les électeurs du département breton de Loire Atlantique qui seraient invités à se rendre aux urnes ? Ou tous ceux des actuelles régions administratives dites de Bretagne et des Pays de la Loire ? La propagande anti bretonne de la dernière citée bénéficie d’argent public depuis des décennies pour qu’un non l’emporte. Et on peut se demander si la première citée, aux ordres de Paris, mettrait sincèrement tout en oeuvre pour prôner cette réunification.

C’est à la Bretagne de l’époque que le pouvoir central a volé un cinquième de son territoire. Donc ce n’est, en toute logique, qu’à ces mêmes Breton(ne)s qu’il faut demander s’ils souhaitent le retour de la Loire Atlantique.
En 1941, a t-on demandé aux Mayennais ou aux Vendéens s’ils acceptaient le million de Breton(ne)s de Loire Atlantique dans une même région administrative ?
Et maintenant, leur avis compterait ?

Réunification Bretagne et communication

En fait, Paris n’acceptera le principe d’une consultation ou d’un référendum que s’il est certain de la victoire du non. Dès lors, et pour éviter tout « risque » d’un oui, il mettra en oeuvre une communication puissante au service de la partition actuelle. Les médias mainstream, tous aux ordres de l’état central, nous abreuveront en continu de toutes les raisons de voter contre la réunification. On a bien vu lors d’élections récentes, la machine de communication outrancière se mettre en marche pour « convaincre » les électeurs à « bien » voter.

Rappelez vous que 71% des interventions des médias télévisés étaient en faveur du oui défendu par l’état central pour le référendum de 2005.
Tant que Paris n’accepte pas le principe de l’organisation d’un scrutin au sujet de la réunification de la Bretagne, c’est qu’il est convaincu que le oui l’emporterait.
Les gesticulations de Johanna Rolland, actuelle Maire de Nantes, sur la possibilité d’un éventuel débat sur la réunification, n’est qu’électorale.

sinon rien, la réunification de la Bretagne

Réunification de la Bretagne par décret, sinon rien

Ce qu’un décret a fait, c’est un décret, seul, qui doit le défaire.

Ainsi en 1941, il n’a fallu qu’un décret signé par Pétain pour instaurer cette partition de la Bretagne. Alors le pouvoir central n’avait que faire de l’opinion publique.
Ce qu’un décret à fait, c’est uniquement un décret qui doit le défaire.
De plus en plus de Bretons voient le piège d’une consultation ou d’un référendum dans un état hyper centralisé maniant la Démocratie avec fantaisie.
Donc, le président de la République, quel qu’il soit ou sera, devra signer un décret promulguant la réintégration du département de Loire Atlantique à la Région Bretagne administrative.
Ce décret est la seule solution logique et pérenne.

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7 commentaires

Iffig 10 août 2020 - 10h22

Le référendum serait d’une manière évidente le piège dans lequel il ne faudrait pas tomber :
La Bretagne ce sont les 9 pays historiques et rien d’autre
Nous ne maitriserons jamais , ni le territoire ou serait effectué ce référendum, ni la ou les questions posées ni celui qui le proposera, donc le résultat est plus qu’aléatoire et l’on ne peut accepter de perdre.
Deux catégories de gens favorable au référendum , les naïfs qui se basent sur des sondages , les anti sous couvert de démocratie, persuadés que cela ne se fera jamais, ou que les résultats iront dans un autre sens
De toute façon, la réunification se fera lorsque le gouvernement français aura changé d’état d’esprit….et à condition que le peuple breton de Loire atlantique l’exige fermement : et là il n’y a plus besoin de référendum !

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Atchoum 11 août 2020 - 6h42

Décret : oui! Et continuer inlassablement à informer et construire la nouvelle entité par des actions concrètes, positives, au niveau politique local et économique.
Les faits s’imposeront d’eux même tôt ou tard.

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Alan-Erwan 11 août 2020 - 8h57

Nous, Nantais aimerions que nos compatriotes des 8 autres régions de Bretagne n’écoutent pas l’intox de l’État et de SES médias. C’est révoltant de rencontrer autant d’ignorants. Quel peuple a assez d’idiots pour rejeter une partie de son territoire ? NOUS !
Excellente analyse de NHU qui rejoint d’autres analyses similaires et qui doit orienter le combat de BR.

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Brezhon 11 août 2020 - 21h46

Ouai! ca fait des années que je le dis aussi et combien de fois on m’a traité de traitre!
Certains veulent absolument le oui du peuple breton par referendum parceque le décret ça vient de paris donc je suis un saboteur et un saboteur est un traitre m’a t on dit.
Je suis pour la réunification immédiate par décret et on passe à autre chose (langue bretonne, enseignement de l’histoire…)
On ne va pas militer pendant 20 ans pour un referendum surtout quand des centaines de milliers de parasiens et autres doivent arriver cela aussi il faut en tenir compte dans les futurs votes.
N’oublions pas non plus le poids des medias de la francisation qui iront dans le sens de paris et dernier en date ‘la populaire serie tv francaise ‘camping paradis’ ou un acteur s’exclame, « Nantes n’est pas en Bretagne, c’est en Loire-Atlantique, même si Anne de Bretagne avait son château là-bas « .

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CDH 12 août 2020 - 15h06

En 2004, pour inciter l’Etat à agir, un recours contre le découpage régional a été déposé devant le Comité des Droits de l’Homme (organe chargé de veiller au respect du Pacte international relatif aux droits civils et politiques), à l’initiative de Bretagne Réunie (cf. https://abp.bzh/bretagne-reunie-soutient-le-recours-citoyen-devant-le-comite-des-droits-de-l-homme-de-l-onu.-883). Cette action a tourné court, peut-être pour des raisons de forme uniquement. On ne connaît pas les raisons précises de l’échec cependant car l’avocat chargé du dossier n’a pas communiqué les informations qu’il a reçues du Comité (il y a 15 ou 16 ans…). Cela pourrait-il être un sujet d’investigation pour NHU?

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Henry Colliot 25 septembre 2020 - 7h36

Le décret Pétain a été abrogé en 1946, la vrai partition Bretonne, c’est 1956 et la création officielle des PDL.
Le fosseyeur de la Bretagne, c’est Debré sous De Gaulle, pas Pétain, même s’il a créé la région Loire a cause de la guerre !

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Anne Merrien 5 juillet 2023 - 19h04

« Il y a eu dans un passé récent deux consultations. » Justement non, la pétition n’a pas obtenu la consultation demandée.
Etonnant aussi de s’aligner sur l’argument de Grosvalet : une consultation ne vaudrait rien, à cause du précédent de NDDL. Une fois n’est pas coutume ! D’ailleurs, 10 % de la population la demande, cette consultation, alors que le destin de celle sur NDDL est encore dans toutes les mémoires.
« selon les textes, une collectivité territoriale peut organiser un référendum. » Seulement les communes ! Et même si le référendum départemental était autorisé, le changement de région n’est pas une compétence du département, qui ne peut donner qu’un avis. La pétition souhaitait justement faire exprimer l’avis de la population, mais le CD 44 ne veut toujours pas organiser cette consultation qu’il redoute.
« C’est à la Bretagne de l’époque que le pouvoir central a volé un cinquième de son territoire. » La Bretagne n’avait plus d’existence administrative depuis la nuit du 4 août ! Par la suite, elle a été divisée en cinq. Et c’est en 1938 qu’elle a été remontée à quatre, malheureusement. Le pouvoir central n’en porte pas seul la responsabilité, les élus du 44 préférant déjà le grand ouest, et c’est l’essentiel du problème.
Il y a une dichotomie entre la population du 44 et ses élu(e)s : seule une consultation peut la mettre en lumière. Ensuite, l’Etat central choisirait qui il souhaite écouter, il y aurait peut-être une nouvelle loi (et non pas un décret, nous ne sommes plus dans les années 60).

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