sous-sol breton : qui décide vraiment ?

Sous-sol breton : qui décide vraiment ?

de NHU Bretagne

Le sous-sol breton n’appartient pas à la Bretagne

Sous-sol breton : qui décide vraiment ?
La Bretagne est souvent présentée comme un pays agricole et maritime. Pourtant, cette image masque une autre réalité, moins visible mais tout aussi stratégique. Sous ses terres se cache un sous-sol riche en minerais, en métaux et en ressources aujourd’hui très convoitées. Longtemps ignorée, cette richesse revient brutalement au centre du jeu, portée par les besoins industriels, numériques et énergétiques.

Or, face à ce regain d’intérêt, une question essentielle s’impose. Qui décide réellement de l’avenir du sous-sol breton ?
La réponse est claire, et elle dérange. Ce ne sont ni les Bretons, ni leurs élus locaux. Les décisions se prennent à Paris, selon des logiques nationales et économiques qui échappent largement aux réalités du pays breton.

Des permis d’exploration accordés depuis Paris : faits, dates et chiffres

En décembre 2025, l’État français a validé trois Permis Exclusifs de Recherches Minières (PERM) signés par arrêté ministériel et publiés au Journal officiel de la République française.
Ces décisions datent du 3 décembre 2025 et ont été prises par le ministre délégué chargé de l’industrie, Sébastien Martin, en application du Code minier.

Le premier permis, dit « Epona », couvre environ 51 km² de sous-sol dans le Morbihan, sur les communes d’Hennebont, Kervignac, Languidic et Nostang, pour une durée initiale de trois ans.

Les deux autres permis, « Taranis » et « Bélénos », ont été accordés pour cinq ans.
Le permis Taranis porte sur environ 359,5 km² de zones réparties entre le Morbihan, l’Ille-et-Vilaine et la Loire-Atlantique, englobant une vingtaine de communes, tandis que Bélénos, qui s’étend aussi au-delà de la Bretagne vers le Maine-et-Loire, couvre environ 440,9 km².

Au total, ces trois permis couvrent un peu plus de 850 km² en Bretagne et en France, sans décision collégiale des collectivités locales, même si des consultations publiques ont été organisées avant l’octroi.

Chaque permis s’accompagne d’un engagement financier minimal inscrit dans les arrêtés (par exemple environ 427 000 € pour Epona et 708 000 € pour Taranis) et comprend des cahiers des charges très détaillés précisant les conditions techniques et environnementales des travaux exploratoires.

Ces décisions mettent en lumière une réalité procédurale : même si les zones concernées relèvent de l’espace géographique breton, c’est l’autorité ministérielle centrale à Paris qui fixe les permis, leurs durées et leurs contours, sans que les populations locales puissent, au stade de la décision juridique, infléchir le principe même de l’octroi.

Une Bretagne redevenue stratégique

Depuis quelques années, la Bretagne attire de plus en plus les regards. D’abord pour son littoral et ses vents, ensuite pour son potentiel énergétique, désormais pour ses ressources minérales. Cette accumulation n’a rien d’anodin. Elle s’inscrit dans une stratégie plus large, où certains espaces deviennent des réserves au service d’intérêts étrangers.

Dans ce contexte, les projets se multiplient. Énergies marines, infrastructures lourdes, exploration minière. À chaque fois, le même schéma se répète. Les annonces tombent d’en haut, souvent sans débat préalable. Les Bretonnes et les Bretons découvrent les projets une fois qu’ils sont déjà engagés.

Ainsi, la Bretagne apparaît moins comme un pays qui choisit que comme un espace que l’on mobilise. Certains parlent de « colonie intérieure ».

Un sous-sol loin d’être vierge

Contrairement à une idée répandue, la Bretagne n’a jamais été étrangère à l’activité minière. Son Histoire en témoigne. Étains, plombs, argent, or … De nombreuses exploitations ont existé, parfois jusqu’au XXᵉ siècle. Certaines ont laissé des traces durables dans les paysages et les sols.

Aujourd’hui, ce passé ressurgit sous un nouvel angle. La transition numérique et énergétique a profondément modifié la valeur de certains métaux. Les terres rares, les métaux stratégiques et les minerais critiques sont devenus indispensables. Dès lors, des pays autrefois jugés secondaires redeviennent attractifs.

La Bretagne fait partie de ces espaces redécouverts. Mais cette redécouverte ne s’accompagne pas d’un retour du pouvoir de décision.

Qui sont Epona, Taranis et Bélénos ?

Ces noms ne sont pas choisis au hasard.
Ils renvoient tous à des divinités celtiques, un procédé fréquent dans le monde minier et géologique pour ancrer symboliquement des projets dans un territoire.

  • Epona : déesse celtique liée à la terre, aux chevaux et à la fertilité.
  • Taranis : dieu celte du tonnerre et du ciel.
  • Bélénos (ou Belenus) : dieu associé à la lumière, au feu et à la guérison.

Un habillage culturel qui interroge : un peu de couleur locale pour mieux faire accepter la pilule aux autochtones ?

Le cadre juridique : un verrou centralisateur

En France, le principe est simple. Le sous-sol appartient à l’État central. Ce cadre juridique, hérité d’une longue tradition centralisatrice, a des conséquences très concrètes. Les permis de recherche minière sont instruits par l’administration centrale. Les décisions sont validées par les ministères parisiens. Les collectivités locales, elles, ne disposent que d’un rôle consultatif.

Dans les faits, les communes concernées sont souvent informées tardivement. Parfois, elles découvrent l’existence des projets par voie de presse. Le débat public intervient après coup, lorsque les grandes orientations sont déjà fixées.

Ainsi, la question de fond, accepter ou refuser un projet, n’est presque jamais posée démocratiquement.
Souvenez-vous de Plogoff / Plougoñ.

Une mécanique qui alimente la défiance

Ce fonctionnement technocratique crée une rupture profonde entre les institutions et la population. Les citoyens ont le sentiment d’être mis devant le fait accompli. Les élus locaux eux-mêmes se retrouvent marginalisés, réduits à gérer les conséquences de décisions qu’ils n’ont pas prises.

Peu à peu, la défiance s’installe. Elle ne vise pas seulement les entreprises porteuses de projets. Elle vise le pouvoir central, accusé d’imposer des choix sans tenir compte des réalités locales. Dans ce climat, chaque nouveau dossier devient conflictuel, même lorsqu’il pourrait être discuté sereinement.

Ce n’est donc pas uniquement un problème minier. C’est un problème démocratique.

Des risques environnementaux sous-estimés

L’exploration minière est souvent présentée comme une étape légère, presque anodine. Pourtant, elle comporte déjà des risques. Forages, pistes d’accès, prélèvements, produits utilisés. Chaque intervention modifie l’équilibre des sols et des nappes.

En Bretagne, ces enjeux sont particulièrement sensibles. Le pays a déjà payé cher certaines politiques productivistes. La qualité de l’eau, la biodiversité et les sols restent fragiles. Dans ce contexte, toute activité industrielle lourde devrait faire l’objet d’un débat approfondi, transparent et localisé.

Or, lorsque les décisions se prennent à distance, cette exigence passe souvent au second plan.

Des promesses économiques peu convaincantes

Les porteurs de projets mettent en avant les retombées économiques. Emplois, dynamisme local, attractivité. Pourtant, l’expérience montre que ces promesses sont rarement tenues. Les phases de recherche mobilisent peu de main-d’œuvre locale. Les emplois sont temporaires. Les compétences clés viennent souvent d’ailleurs.

Lorsque l’exploitation débute, les profits suivent le même chemin. Ils remontent vers des groupes étrangers, toujours immatriculés hors de Bretagne, voire d’Europe. La valeur créée quitte le pays, tandis que les risques environnementaux, eux, restent sur place.

Ce déséquilibre nourrit un sentiment d’injustice largement partagé.

Une Bretagne transformée en réserve

À force d’accumuler ces projets décidés ailleurs, un modèle se dessine. La Bretagne devient une réserve stratégique. Réserve énergétique, foncière, minérale. Elle fournit des ressources, mais ne maîtrise ni le calendrier ni les finalités.

Ce modèle rappelle une logique bien connue. Un centre décide. Les périphéries exécutent. Les bénéfices se concentrent. Les contraintes se diffusent. Dans ce cadre, la Bretagne n’est jamais pleinement actrice de son avenir.

Cette situation n’est pas une fatalité. Elle résulte de choix politiques.

Reprendre la main : une approche bretonne du sous-sol

Affirmer que le sous-sol breton doit être géré par les Bretons n’a rien d’idéologique. C’est une exigence de bon sens. Qui mieux que les habitants d’un pays pour décider de l’usage de leurs ressources ?

Une gestion bretonne impliquerait plusieurs principes clairs. D’abord, un véritable droit de veto local. Ensuite, des études indépendantes décidées en Bretagne. Enfin, une vision de long terme, intégrant l’environnement, l’économie et les générations futures.

Dans certains cas, l’exploitation pourrait être envisagée. Dans d’autres, elle devrait être refusée. L’essentiel n’est pas la réponse, mais la légitimité du choix.

infographies
Le sous sol de Bretagne est riche de nombreux minerais et métaux précieux. Mais ils sont pillés par des étrangers.

L’autonomie comme réponse concrète

Le dossier minier révèle une réalité plus large. Sans pouvoir politique réel, nous restons dépendants. Les débats deviennent symboliques. Les consultations, cosmétiques. L’autonomie apparaît alors non comme un slogan, mais comme une nécessité pratique.

Décider en Bretagne permettrait d’adapter les choix aux réalités locales. Cela renforcerait la responsabilité collective. Cela apaiserait aussi les conflits, car une décision choisie ici sera toujours mieux acceptée qu’une décision imposée d’ailleurs.

Il ne s’agit pas de rompre avec l’État central. Il s’agit de rééquilibrer les pouvoirs.

Le vrai débat à ouvrir

Le débat ici n’est pas de savoir si l’or ou les terres rares sont souhaitables. Le vrai débat porte sur la capacité des Bretons à décider pour eux-mêmes. Tant que cette question restera évitée, les tensions persisteront. Les projets seront contestés. La défiance continuera de grandir.

À l’inverse, redonner la parole aux Bretons changerait profondément la donne. Même un refus deviendrait légitime, car il serait le fruit d’un choix collectif.

NHU Bretagne : affirmer une ligne claire

NHU Bretagne défend une idée simple et constante. La Bretagne n’est pas une périphérie à exploiter. C’est un pays, avec une Histoire, une population et des intérêts propres. Ses ressources doivent servir un projet breton, pensé ici, pour ici.

Le sous-sol breton n’est pas une marchandise abstraite. Il engage l’environnement, l’économie et l’avenir. Le traiter comme une variable d’ajustement nationale est une erreur politique majeure.

Décider ici, décider Nous-Mêmes, pour demain

La Bretagne est riche. De ses paysages, de sa culture, mais aussi de son sous-sol. Tant que cette richesse sera gérée ailleurs, elle restera source de tensions et d’injustices. Le dossier minier en est une illustration éclatante.

Redonner aux Bretons la maîtrise de leurs ressources, c’est renforcer la démocratie. C’est protéger durablement l’environnement. C’est construire un avenir cohérent et assumé.

La question n’est donc plus technique. Elle est politique. Et elle mérite enfin d’être posée clairement.

Soutenez votre média breton !

Nous sommes indépendants, également grâce à vos dons.

A lire également

2 commentaires

Anne Merrien 18 décembre 2025 - 13h57

Epona, Taranis, Bélénos : pas sûr que ce soit pour la couleur locale, car la plupart des gens ne connaît rien aux dieux gaulois. Cette entreprise recherche les anciennes mines d’or des gaulois armoricains dont la localisation reste un mystère. Evidemment, ce n’est pas pour faire progresser l’archéologie !

Répondre
HERVE PARIS 24 janvier 2026 - 18h46

on oubli pas PLOGOFF

Répondre

Une question ? Un commentaire ?

Recevez chaque mois toute l’actu bretonne !

Toute l’actu indépendante et citoyenne de la Bretagne directement dans votre boîte e-mail.

… et suivez-nous sur les réseaux sociaux :

Notre mission

NHU veut faire savoir à toutes et tous – en Bretagne, en Europe, et dans le reste du monde – que la Bretagne est forte, belle, puissante, active, inventive, positive, sportive, musicienne…  différente mais tellement ouverte sur le monde et aux autres.

Participez

Comment ? en devenant rédacteur ou rédactrice pour le site.
 
NHU Bretagne est une plateforme participative. Elle est donc la vôtre.