✅ Scombrus et pêche pélagique en Bretagne : stop ou encore ?

✅ Scombrus et pêche pélagique en Bretagne : stop ou encore ?

L’histoire commence dans les années 40.

Deux Concarnois, hardis et visionnaires, André et Joseph DHELEMMES, achètent à cette époque de vieilles coques de langoustiers à voile et les équipent de moteurs. En 1955, c’est Pierre Yves DHELEMMES qui les rejoint. Des radios et des radars équipent maintenant les navires. Plusieurs langoustiers modernisés armés par France Langouste Douarnenez, émanation de DLM, peuvent maintenant rejoindre plus facilement un des sites langoustiers parmi les plus prolifiques du monde : le banc d’Arguin au large de la Mauritanie.
Par ailleurs, la famille DHELEMMES (DLM pour les intimes) investit dans le chalutage et créent un armement, toujours à Konk Kerne (Concarneau) qui opèrera jusqu’à une douzaine de chalutiers hauturiers de près de quarante mètres. Ces navires coque acier, souvent construits localement et aux équipages quasi exclusivement composés de Bretons, pêcheront en Mer Celtique et jusqu’au nord Écosse et ouest Irlande.

Jusqu’en 1987, des accords bipartites sont négociés entre l’état central à Paris et la Mauritanie.

Et les Bretons exploitent raisonnablement ce gisement de langoustes, à partir des ports de Douarnenez et de Kameled (Camaret sur Mer).  Puis, avec l’entrée dans l’Union Européenne de l’Espagne et du Portugal le 1er Janvier 1986, ce sera Bruxelles qui négociera avec la Mauritanie. Dès lors les Bretons vont être concurrencés par les Portugais, plus proches du banc d’Arguin et moins respectueux de la ressource.
Rappelons que ce furent des Bretons de Douarnenez, Konk Kerne et Kameled qui découvrirent les premiers ces bancs mauritaniens. En effet, en 1913 déjà, on dénombrait pas moins de trente trois navires bretons pêchant dans ces parages. La toute dernière campagne aura lieu en 1990.

De France Langouste à France Pélagique.

Vers la fin des années 80, Bruxelles et l’état central parisien épuisent la pêche chalutière bretonne, alors une des plus dynamiques d’Europe. Car l’Espagne vient d’entrer dans l’Union Européenne. Et ce pays consomme autant de produits de la mer que l’ensemble des autres membres de l’Union d’alors. Il faut donc lui réserver en priorité les activités halieutiques. En Bretagne, des EAM Écoles d’Apprentissage Maritime ferment, limitant de fait la formation de nouvelles générations de pêcheurs. Les médias ne renvoient au grand public que des images très négatives de la pêche maritime : naufrages, pollution, surexploitation des ressources …
En outre, les armements sont confrontés à des contraintes administratives et au coût très élevé du gas-oil. Alors, ils ferment les uns après les autres. Pendant ce temps, des dizaines de chalutiers étrangers, très majoritairement espagnols, ratissent sans vergogne les fonds au large de la Bretagne. Il est vrai que le gouvernement central de Madrid a une vision maritime, quand Paris ne se souvient jamais qu’il possède le deuxième plus vaste espace maritime du monde.

 

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Un pays qui touche à la mer n’est jamais un petit pays

La destruction de la pêche bretonne.

On peut s’en féliciter ou la déplorer. Dans les années 80, puis 90, les plus importants chalutiers disparaissent. Et avec eux, des Équipages entiers, des savoir-faire ancestraux et une des plus importantes activités de la Bretagne. Bruxelles et Paris payaient pour construire des chalutiers neufs. Dorénavant, ils payent pour les détruire. Pour les talus de notre bocage, ils ont d’abord payé pour détruire et maintenant pour reconstruire. Certains navires seront littéralement achetés pour être physiquement détruits sur place publique. Les plus nombreux seront vendus et subventionnés sur fonds publics à d’autres pays, comme l’Espagne, l’Irlande. Voire en Afrique.
Exploité en Bretagne, ils étaient une menace pour la ressource en Mer Celtique. Il semblait ne plus l’être dès lors que le pavillon devenait irlandais ou espagnol, pour pêcher dans la même Mer Celtique.

La saga DLM continue  …

A la fin de ces années 80, Antoine DHELEMMES, le fils de Pierre Yves, décide de suivre un autre chemin. En 1988, en s’associant au néerlandais Cornelis Vrolijk pour créer France Pélagique, l’armement DLM quitte la langouste et le chalut pour foncer vers les espèces pélagiques. Ainsi trois chalutiers usine congélateurs traqueront les poissons bleus en Mer Celtique, Mer du Nord, Manche …
Puis vingt ans plus tard, en 2018, c’est Geoffroy, trente sept ans, le fils d’Antoine DHELEMMES, qui rejoint la compagnie. Cette compagnie emploie quatre vingt personnes pour un chiffre d’affaire annuel vers vingt trois millions d’euros.
Cette année, France Pélagique inaugure la Scombrus à Konk Kerne. Un chalutier usine congélateur pélagique de quelques quatre vingt mètres. France Pélagique possède par ailleurs des parts dans l’Armement concarnois War-Raog qui exploite trois petits sardiniers senneurs bolincheurs.
Le siège social de France Pélagique est à Paris …

En quoi consiste cette discrète pêche pélagique?

La pêche pélagique consiste à pêcher intensivement des espèces à faible valeur commerciale pour les commercialiser en poissons surgelés ou en farines animales. Les poissons ciblés sont les poissons bleus, appelés aussi parfois poissons gras. Parmi ces espèces pélagiques, on trouve la sardine, le maquereau, le hareng, le sprat, le chinchard, le tacaud, le merlan bleu …
Contrairement aux Néerlandais et Danois, leaders européens dans la transformation des captures en farines animales de poissons, le Scombrus de France Pélagique congèle ses prises à destination de « l’alimentation humaine uniquement« .

Le Scombrus, un symbole de la pêche pélagique.

Ce navire pélagique usine a un nom tout à fait évocateur. En effet, Scombrus scombrus est le nom scientifique du Maquereau commun. Ce magnifique poisson que l’on pêche à la mitraillette le long des quelques 2700 kilomètres de côtes bretonnes dès le printemps.
Ce navire de quatre vingt deux mètres a été construit en Norvège aux Chantiers Havyard, et immatriculé à Konk Kerne sous pavillon tricolore. Les vingt six hommes d’équipage sont capables de prélever entre cent et deux cent tonnes de poissons sauvages chaque jour. Ils seront trente cinq avec le personnel de l’usine de traitement du poisson à bord.
« Nous fournissons des millions de repas sains dans le monde avec des poissons provenant des eaux de l’Union Européenne, mais qui ne sont néammoins guère consommés en Europe« , selon Geoffroy DHELEMMES, Secrétaire Général de France Pélagique.

Crédit photo : Thomas TROADEC, Agence Catalpa (Hill+Knowlton Stratégies)

Pêche pélagique – sources.

www.persee.fr/doc/caoum_0373-5834_1997_num_50_198_3649
www.francepelagique.fr
www.bloomassociation.org/

 

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 Lire aussi.

La pêche thonière bretonne, seconde d’Europe.

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Rémy PENNEG
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